Images de page
PDF
ePub

en augmentant sa foi, il faut augmenter sa piété ; en éclairant ses croyances , il faut aussi guider sa conduite dans les sentiers de la vertu: nous profiterons en conséquence de toutes les occasions où nos paroles pourront tourner à l'édification des fidèles ; la Bible à la main, nous en commenterons les divins préceptes, et nous en ferons sortir les grandes leçons qu'elle renferme; plus heureux, mille fois plus heureux, si nous tournons une âme vers Jésus et vers l'Evangile, que si nous faisons cent prosélytes à nos croyances particulières sur d’insolubles questions.

Voilà notre plan, voilà nos projets : nous implorons à leur égard le secours de notre Dieu, et dès aujourd'hui nous mettons la main à l'œuvre: on comprend assez du reste, qu'en exposant ce plan, nous n'entendons prendre aucun engagement absobu sur le temps et l'espace que nous lui consacrerons; on sent que le cours d'une année est trop restreint pour remplir le vaste cadre que nous avons tracé, et que, par conséquent, nous serons satisfaits si nous parvenons à lui consacrer régulièrement quelques pages dans chacun de nos cahiers.

Dans ce que nous pourrons écrire, il y aura toutefois suffisamment de quoi répondre à un singulier système d'attaques qui a été dirigé contre nous: n'ont-ils pas

dit, n'ont-ils pas répété dans leurs journaux et leurs pamphlets que nos travaux, bons pour détruire, ne l’étaient point pour édifier? que notre foi étaitpurement négative? que nous n'avions pas une religion, mais bien une absence de religion? A de telles déclamations nous opposerons des faits; aucun de nous ne recule comme individu devant la profession de sa foi et de ses principes ; nous crayons , mais non pas comme croit le Méthodiste;

[ocr errors]

nous ne cherchons point comme lui à convertir nos opinions en règle pour les autres; nos coeurs sont pleins de foi et d'une vive espérance; mais la charité plus excellente encore nous défend d'employer la contrainte pour l'exercer sur la conscience de notre prochain.

Le second but que nous nous proposons dans cette nouvelle année comme dans la précédente, est d'offrir au public l'exposé des circonstancés diverses qui naîtront dans l'Eglise, et les réflexions que ces circonstances nous suggéreront. Il y a loin de l'état où nous vivons à une paix parfaite; en religion comme en politique, tout est en mouvement, tout s'agite; on vit comme au jour le jour, et notre devoir est de dire avec franchise ce que chaque jour amène ; s'il surgit un temps de calme et de pieuse tranquillité, nous nous en réjouirons; si de nouvelles attaques nous obligent encore à combattre, nous ne reculerons point devant la nécessité de cette triste polémique; nous serons ce que chaque mois voudra que nous soyons. Nous espérons cependant que les circonstances actuelles nous permettront d'étendre un peu notre champ d'observations, et de quitter la couleur presque exclusivement genevoise et locale que les faits nous avaient imposée : souvent déja nous avons dit que le mouvement religieux de l'époque actuelle se faisait sentir dans l'étranger comme au sein de notre patrie; souvent aussi nous avons communiqué à nos lecteurs des faits importans qui nous venaient de l'extérieur ; mais nous sentons que les violentes secousses imprimées à l'Eglise , qui nous est le plus chère, préoccupaient nos pensées d'une manière trop puissante pour nous permettre de consacrer à d'autres tout le temps que nous aurions désiré leur donner, Aujourd'hui nous voulons,

offrir plus de variété sur ce point; nous nous procurerons directement tous les renseignemens que nous pourrons obtenir sur l'état religieux des Eglises étrangères; au besoin, nous ne nous ferons point scrupule d'emprunter les nouvelles qui nous paraîtront intéressantes aux journaux qui s'occupent des mêmes sujets que nous, Nous remercions ceux de nos lecteurs et correspondans qui ont bien voulu à plusieurs reprises nous transmettre des faits et des observations qui nous ont été précieux; nous les prions de ne point se lasser, et de croire que nous recevrons avec reconnaissance tout ce qui nous fera connaître l'histoire de cette grande Eglise chrétienne , qui est le corps de Christ, et à l'augmentation de laquelle nous désirons vouer tous nos efforts.

La moisson est grande; qui pourrait en douter? L'avenir dans son infini est plein d'immenses événemens; qui ne s'efforcerait d'en prévoir l'issue ? qui ne chercherait à y plonger un regard scrutateur, à en sonder les profondeurs ? Et nous aussi , nous dirons ce que nous attendons; et après avoir exposé nos projets, nous essaierons de signaler rapidement quelles sont nos espérances.

Elles se résument pour nous dans ces deux mots : triomphe de la religion, fin des disputes religieuses. A Dieu ne plaise que nous méconnaissions l'action de la Providence dans ce grand mouvement qui partout a montré un retour à la vie chrétienne! A une desséchante philosophie, à une froide incrédulité, a succédé, grâces. en soient rendues, dans bien des cours le besoin d'avoir une religion, une foi, des dootrines ; les agitations politiques ruinant incessamment les projets en apparence les plus solides, renversant tout ce qu'il y a sur cette terre de puissant et de fort, ont tourné les pensées

[ocr errors]

vers Celui qui seul est Fort, qui seul est immuable; de tous côtés des voix se sont élevées qui ont dit : Gloire à Dieu ! Voilà ce qui nous réjouit, et voilà ce qui place devant nos yeux une brillante perspective; nous aimons à croire que ce besoin de sentimens pieux, d'appuis inébranlables, de confiance non déçue, ira s'augmentant, gagnant à la cause de l'Evangile des prosélytes toujours plus nombreux, toujours plus ardens.

Mais malheur à celui qui confondrait la cause de l'Evangile avec celle des sectes religieuses, qui prendrait pour des symptômes de vérité et de piété une agitation superstitieuse, et qui, par cette illusion, voudrait encourager quelqu'un de ces fâcheux extrêmes où la pauvre humanité se laisse toujours entraîner! Après quelques débats, après quelques résistances, il verrait s'évanouir cette ombre trompeuse, et la secte qu'il avait embrassée, soutenue peut-être avec chaleur, irait se ranger sur la ligne de tant d'autres qui ne nous sont plus connues que par l'histoire. La vérité seule subsiste; à elle seule est l'avenir; pour elle se font les mouvemens et les révolutions; mais devant elle disparaissent les exagérations folles et les tentatives extrêmes.

Quelle peut être en particulier la durée des agressions méthodistes auxquelles aujourd'hui nous sommes en butte ? Où peut être l'avenir de cette secte? elle séduira quelques esprits encore; elle durera quelques années; puis elle se fondra comme d'elle-même, laissant après elle bien des âmes étonnées d'avoir cru à sa puissance. Ne voit-on pas régner aujourd'hui en toute chose une soif de liberté et comme une fureur d'égalité qui peut sans doute être très-diversement appréciée, mais qui n'en est pas moins un fait incontestable, en contradic

tion ouverte avec les vues des Méthodistes? A quelle nation pourront-ils persuader qu'il lui faut courber la tête sous des symboles humains, adopter forcément les systèmes et les interprétations d'autres hommes sous peine de damnation, se ranger docilement sous le joug d'une autorité extérieure? Non, le siècle où nous vivons ne peut leur appartenir : ils ne sauraient lancer dans un tel sol que des racines amaigries et sans consistance.

Et cette impuissance du Méthodisme, il en a le sentiment; il sait ce qu'il lui manque et ce qu'il voudrait acquérir; on voit ses adeptes, tourmentés de cette répugnance du siècle, lui proposer des accommodemens, affecter

par l'abus du langage de se faire croire en harmonie avec les besoins de l'époque: ils se disent les hommes du progrès, les soutiens de la liberté; et pourquoi ? parce qu'ils attaquent les institutions existantes, bravent les convenances, se soustraient aux règles admises. Faire de l'opposition violente, voilà ce qu'ils appellent la liberté, et voilà comment ils en sont les champions; comme s'il suffisait de se refuser à toute loi pour pouvoir se dire libéral! Non encore une fois, sur ce point ils ne séduiront personne; ils ne réussiront pas pour persécution la résistance légale qu'on leur oppose; ils ne persuaderont point qu'ils soient martyrs de la liberté, quand on les voit sans obstacle donner suite à toutes leurs entreprises, et que, pour toute réponse, on se contente de soustraire à leurs atteintes les choses et les institutions qu'ils voudraient détruire! Ils sont, ils ne peuvent être que les défenseurs de l'exclusisme et de l'autorité; ils ne sauraient donc subsister dans un temps où tous à l'envi revendiquent de la liberté et de la tolé

à faire passer

rance.

« PrécédentContinuer »