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L'établissement de celle nouvelle troupe de comédiens aussi de la troupe avec son mari, et quelques aulies'. n'eut point de succes, parce qu'ils ne voulurent pas suivre Molière, en formant sa troupe, lia une forte amitié avec les avis de Molière, qui avait le discernement et les vues la Béjart , qui, avant qu'elle le connût, avait eu une pelite beaucoup plus justes que des gens qui n'avaient pas été cul- fille de M. de Modènc, gentilhomme d'Avignon, avec qui lisés avec autant de soins que lui.

j'ai su, par des témoignages très-assurés, que la mère avait Un auteur grave nous fait un conte au sujet du parti que contracté un mariage caché. Cette petite fille, accoutuméc Molière avait pris de jouer la comédie. Il avance que sa fa- avec Molière, qu'elle voyait continuellement, l'appela son mille, alarmée de ce dangereux dessein, lui envoya un ec- mari dès qu'elle sut parler 2; et à mesure qu'elle croissait, clésiastique pour lui représenter qu'il perdait entièrement ce nom déplaisait moins à Molière; mais cela ne paraissait à l'honneur de sa famille; qu'il plongeait ses parents dans de personne tirer à aucune conséquence. La mère ? ne pensait à douloureux déplaisirs, et qu'enfin il risquait son salut d'em- rien moins qu'à ce qui arriva dans la suite; et occupée seubrasser une profession contre les bonnes meurs, et condam-lement de l'amitié qu'elle avait pour son prétendu gendre, née par l'Église; mais qu'après avoir écouté tranquillement elle ne voyait rien qui dat lui faire faire des réflexions. l'ecclésiastique, Molière parla à son tour avec tant de force Molière partit avec sa troupe, qui eut bien de l'applauen faveur du théâtre, qu'il séduisit l'esprit de celui qui le dissement en passant à Lyon en 1653, où il donna au public voulait convertir, et l'emmena avec lui pour jouer la comédie. Ce fait est absolument inventé par les personnes de force de faire crédit à ses confrères du Parnasse, il se ruina, qui M. Perrault peut l'avoir pris pour nous le donner; et et qu'un beau matin, sans aucun respect pour les muses, des quand je n'en aurais pas de certitude, le lecteur, à la pre- huissiers le jetérent dans une prison. Il en sortit après un an de mière réflexion, présumera avec moi que ce fait n'a aucune

caplivité, et voulut donner au monde les vers qu'il avait comvraisemblance. Il est vrai que les parents de Molière essayé posés ; mais, dit plaisamment d'Assoucy, « il ne trouva dans Paris rent, par loutes sortes de voies, de le détourner de sa ré

« aucun poéte qui le voulùt nourrir à son tour, et aucun palis

« sier qui, sur un de ses sonnets, lai voulùt faire crédit seulesolution; mais ce fut inutilement : sa passion pour la co- a ment d'un paté. Il sortit donc de Paris avec sa femme et ses médie l'emportait sur toutes leurs raisons 2.

« enfants, lui cinquième, en comptant un petit åne tout charge Quoique la troupe de Molière n'eut point réussi, cepen- « de ses oeuvres, pour aller chercher fortune en Languedoc, ou dant, pour peu qu'elle avait paru, elle lui avait donné oc- « il fut reçu dans une troupe de comédiens qui avait besoin d'un casion suffisamment de faire valoir dans le monde les dis

« homme pour faire un personnage de Suisse, où , quoique son positions extraordinaires qu'il avait pour le théâtre; et M. le

« röle fût tout au plus de quatre vers, il s'en acquitta si bien,

a qu'en moins d'un an il acquit la réputation du plus méchant prince de Conti, qui l'avait fait venir plusieurs fois jouer

« comédien du monde; de sorte que les comédiens ne sachant dans son hôtel, l'encouragea; et voulant bien l'honorer de

« à quoi l'employer, le voulurent faire moucheur de chandelles; sa protection, il lui ordonna de le venir trouver en Languedoc « mais il ne voulut point accepter cette condition, comme réavec sa troupe, pour y jouer la comédie 3.

« pugnante à l'honneur et à la qualité de poëte : depuis, ne pouCette troupe était composée de la Béjart, de ses deux « vant résister à la force de ses destins, je l'ai vu avec une autre frères; de Duparc, dit Gros-René; de sa femme; d'un på

troupe, mouchant les chandelles fort proprement. Voilà le

« destin des fous quand ils se font poëtes, et le destin des poetes tissier de la rue Saint-Honoré, père de la demoiselle de la Grange, femme de chambre de la de Brie “; celle-ci était

« quand ils deviennent fous. » (D’Assoucy, Aventures d'Italie, pag. 281.)

i Ces acteurs ne faisaient pas partie de la troupe au moment tion, et dont l'auteur, qui se nommait Molière, avait longtemps de son départ de Paris; mais Molière s'étant arreté à Lyon ou Joué la comédie, eut quelque part à ce choix. ( Ce passage est il donna l'Étourdi, y obtint un tel succès , qu'il fit tomber deux extrait d'une Vie de Molière, peu connue, écrite en 1724. Nous autres troupes dont les premiers acteurs s'empressèrent de se aurons plusieurs fois occasion de citer cet ouvrage, dont le ré- joindre à lui. De ce nombre étaient la Grange, du Croisy, Dudacteur avait recueilli de la bouche des contemporains plusieurs parc, et les demoiselles de Brie et Duparc. C'est pour Duparc anecdotes fort piquantes. )

que Moliére tit le rôle de Gros-René du Dépit amoureux. Perrault, qui raconte cette anecdote, parle d'un maitre de * Molière ne se lia avec les Béjart qu'en 1645. La jeune Armande pension, et non d'un ecclésiastique. Le fait ainsi rétabli n'a était peut-être alors auprès de sa sąur. Elle avait quatorze ou rien d'invraisemblable. On peut croire au contraire que Molière quinze ans en 1653, au moment de son départ pour Lyon. Mocomposa le Maitre d'école, le Docteur amoureux, les Trois Doc- lière l'ayant épousée dans la suite, on osa répandre le bruil leurs rivaux, et le rôle de Métaphraste , pour son maitre de qu'il s'était uni à la fille de sa maitresse , et même à sa propre pension : on sait avec quel soin il appropriait ses rôles au ca- tille, imputations infames auxquelles Molière ne daigna jamais ractère de ses acteurs.

répondre. Cependant on avait ignoréjusqu'à ce jour qu'Armande ? A cette époque, c'est-à-dire en 1645, Molière quitta Paris, Béjart ( femme de Molière ) était la scur et non la fille de cette et parcourut la province avec sa troupe. Il y resta quatre ou Madeleine Béjart que Raymond, seigneur de Modène, épousa einq ans pour se perfectionner dans son art. Dans ce long in- secrètement. Cette découverte précieuse cst due à M. Bessara , tervalle, on le retrouve une seule fois à Bordeaux, favorable- qui a publié l'acte de mariage de Molière, acte qu'il ne sera point ment accueilli par le duc d'Épernon, si fameux sous les règnes inutile de rapporter ici : de Henri III et de Henri IV. En 1650, il revint à Paris; et c'est « Jean-Baptiste Poquelin , fils de sicur Jean Poquelin et de seulement alors que le prince de Conti, son ancien condisciple, « feue Marie Cressé, d'une part; et Armande Gresinde Béjart, le fit jouer à son hótel ( aujourd'hui la Monnaie).

« fille de feu Joseph Béjart et de Marie Hervé, d'autre part; 3 Nouvelle confusion dans les époques. Ce ne fut qu'en 1653 « tous deux de cette paroisse vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés ou 1654 , un peu avant la convocation des états du Languedoc, « et mariés, tout ensemble, par permission de Á. Confles, que le prince de Conti ordonna à Mollère d'aller le rejoindre à « doyen de Notre-Dame, et grand-vicaire de monseigneur le Béziers. Ainsi voilà huit années de la vie de Molière dont tous « cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence dudit Jean les détails nous sont inconnus. Molière passa à Lyon toute l'année « Poquelin, père du marié, et de André Boudet, beau-frère du de 1653.

a marié, de ladite Marie Hervé, mère de la mariée, Louis Bé4 Ce påtissier se nommait Ragueneau; il fut longtemps aimé jart et Madeleine Béjart, frère et seur de ladite mariée. » des comédiens et chéri des poëtes, qui se régalaient à ses dé- Cet acte est signé J. B. Poquelin ( c'est Molière), J. Poquelin pens. L'un de ces derniers, nommé Beys, lui ayant inspiré l'idée (c'est son père), Boudet (c'est son beau-frère ), Marie Hervé de faire des vers, le pauvre Ragueneau négligea son four, et ( c'est la mère d'Armande Béjart), Armande Gresinde Béjart, de bon pålissier, il devint d'abord méchant poëte, puis méchant Louis Béjart, et Béjarl (Madeleino, sæur d'Armande Béjart) comédien. D'Assoucy, qui nous a conserve son histoire, dit qu'à 3 Lisez, la swur.

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l'Eloudi , la première de ses pièces, qui ent autant de suc- Molière s'acquit beaucoup de réputation dans celle pro cès qu'il en pouvait espérer. La troupe passa en Languedoc, vince, par les deux premières pièces de sa façon qu'il fit où Molière fut reçu très-favorablement de M. le prince de paraitre, l'Étourdi et le Dépit amoureux; ce qui engaConti', qui eut la bonté de donner des appointements à ces gea d'autant plus M. le prince de Conti à l'honorer de sa biencomediens ?

veillance et de ses bienfaits : ce prince lui confia la conduite

des plaisirs et des spectacles qu'il donnait à la province, 1 Armand de Bourbon, prince de Conti, frère du grand pendant qu'il en tint les états; et ayant remarqué en peu de Condé, né le 11 octobre 1629, épousa, en 1654, Martinozzi, temps toutes les bonnes qualités de Molière, son estime pour nièce de Mazarin, ce qui le tit nommer gouverneur de Guienne. Il aimait passionnément la comédie, et se plaisait même à ima

lui alla si loin qu'il le voulut faire son secrétaire : mais Mo. giner des sujets propres à la scène; depuis il a écrit contre les

lière aimait l'indépendance, et il était si rempli du désir de spectacles. Il mourut à Pézenas, le 21 février 1666. Son ouvrage faire valoir le talent qu'il se connaissait, qu'il pria M. le est intitulé Traité de la comédie et des spectacles, selon la prince de Conti de le laisser continuer la comédie; et la tradition de l'Église, par le prince de Conti. Paris, 1667, in-8°. place qu'il aurait remplie fut donnée à M. de Simoni. Ses ? Ce ne fut qu'en 1654 que Molière se rendit auprès du prince

amis le blåmèrent de n'avoir point accepté un emploi si avande Conti. Cette date est établie par la première représentation

tageux. « Eh! messieurs, leur dit-il, ne nous déplaçons du Dépit amoureux, et par les Mémoires de d'Assoucy. Ce der

jamais : je suis passable auteur, si j'en crois la voix publiniet ouvrage nous fournit quelques détails pleins d'intérêt sur cette époque de la vie de Molière, sur son ouvrage, et sur la

« que; je puis étre un fort mauvais secrétaire. Je divertis le générosité de son caractère. D'Assoucy était une espèce de trou- « prince par les spectacles que je lui donne; je le rebuterai badour, bon musicien, pošte agréable, qui courail joyeusement « par un travail sérieux et mal conduit. Et pensez-vous d'ailde ville en ville, son luth à la main, et suivi de deux jeunes « leurs, ajouta-t-il, qu’un misanthrope comme moi, capripages qui ont beaucoup trop occupé la muse de Chapelle. Ar

« cieux si vous voulez, soit propre auprès d'un grand ? Je rivé à Lyon, il trouva, dit-il, ses poésies dans tous les couvents

« n'ai pas les sentiments assez Nexibles pour la domesticité : de religieuses; mais « ce qui me charma plus, ce fut la ren

« mais plus que tout cela, que deviendront ces pauvres gens a contre de Molière et de MM. les Béjart. Comme la comédie " a des charmes, je ne pus si tot quitter ces charmants amis :

« que j'ai amenés si loin? qui les conduira? Ils ont compte « je demeurai trois mois à Lyon parmi les jeux, la comédie « sur moi; et je me reprocherais de les abandonner. » Ce. a et les festins, quoique j'eusse bien mieux fait de ne m'y pas pendant j'ai su que la Béjart ( Madeleine ) lui aurait fait le « arreter un jour; car, au milieu de tant de caresses, je ne laissai plus de peine à quitter; et cette femme, qui avait tout pou* pas d'y essuyer de mauvaises rencontres. (Il perdit son ar« gent au jeu, et un de ses pages l'abandonna.) Ayant our dire * qu'il y avait à Avignon une excellente voix de dessus dont je a eux à Pézenas, où je ne saurais dire combien de graces je rea pourrais facilement disposer, je m'embarquai avec Molière « çus ensuite de toute la maison. On dit que le meilleur frère * sur le Rhône, qui mène en Avignon, où, étant arrivé avec a est las, au bout d'un mois , de donner à manger à son frère ; « quarante pistoles de reste du débris de mon naufrage, comme « mais ceux-ci, plus généreux que tous les frères qu'on puisse « un joueur ne saurait vivre sans cartes, non plus qu'un ma- avoir, ne se lassèrent point de me voir à leur table tout un bi* telot sans tabac, la première chose que je tis, ce fut d'aller à « ver; et je peux dire a l'académie; j'avais déjà oui parler du mérite de ce lieu, et de la a capacité de plusieurs galants hommes qui divertissaient galam

* Qu'en cette douce compagnie, ~ ment les bienheureux passants qui aiment à jouer à trois dés.

« Que je repaissais d'harmonie, « J'en sus encore averti charitablement par un fort honnète mar

« Au milieu de sept ou huit plats, a chand de linge, qui voyant ma bourse assez bien garnie, que

« Exempt de soin et d'embarras, « j'avais ouverte pour lui payer quelques rabats, me dit : Mon

« Je passais doucement la vie. « sicur, tandis que vous avez la main au gousset, vous feriez bien

« Jamais plus gueur ne fut plus gras, * de faire votre provision de linge, car je vous vois souvent entrer

« Et quoi qu'on chante et quoi qu'on die « dans cette porte ( me montrant la porte de l'académie), où

« De ces beaux messieurs des états, j'ai bien vu entrer des étrangers aussi lestes que vous; mais

« Qui tous les jours ont six ducats, je vous puis assurer , par la part que je prétends en paradis,

« La musique et la comédie; # que 'e n'en ai vu jamais aucun qui, au bout de quinze jours,

« A cette table bien garnie, « en soit sorti mieux vélu que notre premier père Adam sortit

« Parmi les plus friands muscats, « du paradis terrestre. Comme cette maison est un petit quartier

« C'est moi qui soufflais la rôtie, « de la Judée, et que les Juifs sont amoureux des nippes, ils

« Et qui buvais plus d'hypocras. « joueront sur tout; et bien que vous ayez le visage d'un fé« bricitant ( il avait la fièvre), ne croyez pas que ce peuple mo « En effet, quoique je fusse chez eux, je pouvais bien dire « saique, qui ne pardonne pas à la peau, pardonne à la chemise. « que j'étais chez moi. Je ne vis jamais tant de bonté, tant de « Après avoir gagné votre argent, ils vous dépouilleront comme a franchise ni tant d'honnêteté, que parmi ces gens-là, bien a au coin d'an bois, et vous gagneront votre habit : c'est pour- * dignes de représenter réellement dans le monde les personna« quoi je vous conseille d'acheter au moins une paire de cale- « ges des princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre.

cons... J'étais trop amoureux de mon faible pour écouter un « Après donc avoir passé six bons mois dans cette cocagne, et « conseil si contraire à ma passion dominante; et jour pour « avoir reçu de M. le prince de Conti, de Guilleragues, et de « jour je me trouvai, au bout du mois, au même état que mon « plusieurs personnes de cette cour, des présents considérables, * marchand de linge m'avait prédit... Un grand Juif, qui avait « je commençai à regarder du côté des monts; mais comme il « le nez long et le visage pale, me gagna mon argent; Moise « une fachait sort de retourner en Piémont sans y amener en« me gagna ma bague, et Simon le lépreux mon manteau. Pier- « core un page de musique, et que je me trouvais tout porté a rotin, qui faisait gloire de m'imiter, rafla son baudrier contre « dans la province de France qui produit les plus belles voix « Abraham. Je laissai donc tout à ce peuple circoncis, jusqu'à « aussi bien que les plus beaux fruits, je résolus de faire encore « ma tièvre quarte, que je perdis avec mon argent. Mais comme « une tentative; et pour cet effet, comme la comédie avalt « un homme n'est jamais pauvre tant qu'il a des amis, ayant « assez d'appas pour s'accommoderà mon désir, je suivis encore * Molière pour estimateur, et toute la maison des Béjart pour « Molière à Narbonne. » ( Aventures de d'Assoucy , t. I, p. 309.) « amie, en dépit du diable, de la fortune, et de tout ce peuple On regrette que d'Assoucy ne soit pas entré dans de plus longs « hébralque, je me vis plus riche et plus content que jamais; détails sur Molière et sur sa troupe; cependant ce passage est « car ces généreuses personnes ne se contentèrent pas de m'as- d'autant plus précieux, qu'il renferme les seuls documents aua sister comme ami, elles me voulurent traiter comme parent.thentiques qui nous soient parvenus sur cette époque de la vie « Flant coinmandés pour aller aux états, ils me menèrent avec de Molière.

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Foir sur son esprit, l'empecha de suivre M. le prince de Conti. a monde leur avait fall oublier qne Sa Majesté avait à son De son côté, Molière était ravi de se voir le chef d'une service d'excellents originaux, dont ils n'étaient que de troupe; il se faisait un plaisir sensible de conduire sa petite « très-faibles copies; mais que puisqu'elle avait bien voulu république : il aimait à parler en public; il n'en perdait ja- « souffrir leur manière de campagne, il la suppliait trèsmais l'occasion; jusque-là que s'il mourait quelque domes- a humblement d'avoir agréable qu'il lui donnåt un de oes. tique de son théâtre, ce lui était un sujet de haranguer pour petits divertissements qui lui avaient acquis quelque réle premier jour de comédie. Tout cela lui aurait manqué « putation, et dont il régalait les provinces '; » en quoi il chez M. le prince de Conti'.

comptait bien réussir, parce qu'il avait accoutumé sa troupe Après quatre ou cinq années de succès dans la province, à jouer sur-le-champ de petites comédies à la manière des la troupe résolut de venir à Paris. Molière sentit qu'il avait Italiens. Il en avait deux entre autres que tout le monde assez de force pour y soutenir un théâtre comique, et qu'il en Languedoc , jusqu'aux personnes les plus sérieuses, ne avait assez façonné ses comédiens pour espérer d'y avoir se lassaient point de voir représenter : c'étaient les Trois un plus heureux succès que la première fois. Il s'assurait Docteurs rivaux, et le Maitre d'école, qui étaient entièreaussi sur la protection de M. le prince de Conti.

ment dans le gout italien. Molière quitta donc le Languedoc ? avec sa troupe; mais Le roi parut satisfait du compliment de Molière, qui l'a. il s'arrêta à Grenoble, où il joua pendant tout le carnaval; vait travaillé avec soin; et Sa Majesté voulut bien qu'il lui après quoi ces comédiens vinrent à Rouen, afin qu'étant donnat la première de ces deux petites pièces, qui eut un plus à portée de Paris, leur mérite s'y répandit plus aisé- succès favorable”. Le jeu de ces comédiens fut d'autant ment. Pendant ce séjour, qui dura tout l'été, Molière fit plus goûté, que depuis quelque temps on ne jouait plus que plusieurs voyages à Paris, pour se préparer une entrée chez des pièces sérieuses à l'hôtel de Bourgogne; le plaisir des peMonsieur, qui lui ayant accordé sa protection, eut la bonté tites comédies était perdu 3. de le présenter au roi et à la reine mère.

Le divertissement que celle troupe venait de donner à Sa Ces comédiens eurent l'honneur de représenter la pièce Majesté lui ayant plu, elle voulut qu'elle s'établit à Paris : de Nicomède devant leurs majestés, au mois d'octobre et pour faciliter cet établissement, le roi eut la bonté de 16583. Leur début fut heureux, et les actrices surtout fuo donner le Petit-Bourbon « à ces comédiens, pour jouer alrent trouvées bonnes. Mais comme Molière sentait bien que ternativement avec les Italiens. On sait qu'ils passèrent en sa troupe ne l'emporterait pas pour le sérieux sur celle de l'hôtel de Bourgogne, après la pièce il s'avança sur le théâ. Nous rétablissons ici le discours de Molière, tel qu'il se trouve tre; et après avoir remercié Sa Majesté en des termes très- dans la préface de la Grange, édition de 1682. modestes de la bonté qu'elle avait eue d'excuser ses défauts 2 Ce ne fut point les Trois Docteurs rivaux, mais le Docteur

amoureux, que Molière représenta devant Louis XIV.« Comme et ceux de sa troupe, qui n'avait paru qu'en tremblant de

« il y avait longtemps qu'on ne jouait plus de petites comédies, vant une assemblée si auguste, il ajouta « que l'envie qu'ils

« disent les éditeurs de 1682, l'invention en parut nouvelle ; et « avaient d'avoir l'honneur de divertir le plus grand roi du

« celle qui fut représentée ce jour-là divertit autant qu'elle sur« prit tout le monde. Molière faisait le docteur; et la manière

« dont il s'acquitta de ce personnage le mit dans une si grande Grimarest oublie ici un fail qui a pu influer sur la déterml

« estime, que Sa Majesté donna des ordres pour établir sa troupe nation de Molière. Cette place lui fut offerte peu de temps après « à Paris. » ( Préface de la Grange dans l'édition de 1682.) On la mort du poéte Sarrasin , que le prince lui proposait de rem- sait que Boileau regrettait fort qu'on eût perdu la petite comédie placer; et on lit dans les Mémoires de Segrais, « que Sarrasin du Docteur amoureux, « parce que, disait-il, il y a toujours quel« mourut à l'åge de quarante-trois ans, d'une fièvre chaude « que chose de saillant et d'instructif dans les moindres ouvrages « causée par un mauvais traitement que lui fit M. le prince de a de Molière. » (Voyez le Boléana.) Outre ces deux farces, Moliere • Conti. Ce prince lui donna un coup de pincette à la tempe :

avait encore composé en province le Maitre d'école, le Méde« le sujet de son mécontentement était que l'abbé de Cosnac,

cin volant, et la Jalousic de Barbouillé. Ces deux derniers « depuis archevêque d'Aix, et Sarrasin, l'avaient fait condescen

canevas servirent depuis à Molière lorsqu'il composa le Mariage « dre à épouser la nièce du cardinal Mazarin, et abandonner forcé, le Médecin malgré lui, et George Dandin. Ils ont élé « quarante mille écus de bénéfice pour n'avoir que vingt-cinq retrouvés. « mille écus de rente; de sorte que l'argent lui manquait sou- Il existe deux registres de la troupe de Molière, qui commen# vent; et alors il était dans des chagrins contre ceux qui lui cent le 6 avril 1663, et se terminent le 4 janvier 1665. On y trouve « avaient fait faire cette bassesse, comme il l'appelait, à cause le titre de différentes petites pièces dont il est possible que Mo« de la haine universelle qu'on avait dans ce temps-là contre le lière soit l'auteur : * cardinal de Mazarin. » (Mémoires de Segrais, page 51. ) Le prince de Conti avait été généralissime des troupes de la

1° Le 13 avril 1663, LE DOCTEUR PÉDANT. Fronde. Le cardinal de Retz dit de ce prince que « c'était un

LA JALOUSIE de GROS-RENE. • zéro qui ne multipliait que parce qu'il était prince du sang.

GORGIBUS DANS LE SAC, litre qui semble « La méchanceté, ajoute-t-il, faisait en lui ce que la faiblesse

indiquer le canevas de la seconde scène

des Fourbcries de Scapin. « faisait en M. le duc d'Orléans. Ce fut le cardinal de Retz qui « plaça le poëte Sarrasin auprès de ce prince. » (Mémoires du

LE FAGOTEUX : on sait que c'est le titre cardinal de Retz, liv. 11, p. 207, et liv. II, p. 60.)

que Molière donnait lui-même au Me* A son retour des états du Languedoc, au mois de décem

decin malgré lui. bre 1657, il trouva à Avignon Pierre Mignard qui revenait d'Ita

5° Le 20 Janvier 1031, LE GRAND BENÊT DE FILS : ce canevas lie, où il avait passé vingt-deux ans. A cette époque, Mignard

pourrait bien étre le modèledu 'Thofaisait le portrait de la marquise de Gange, célèbre par sa beauté

mas Diafoirus du Malade imagi.

naire. et sa fin tragique. C'est donc à Avignon que commença entre

6° Le 27 avril, GROS-RENÉ PETIT ENFANT. Mignard et Molière une amitié qui dura toute leur vie. Mignard

7° Le 26 mai, a laissé à la postérité le portrait de Molière; et Molière, dans son

LA CASAQUE. poéme du Val de Gráce, a rendu au talent de Mignard un 3 Depuis la mort tragique de Gros-Guillaume, Garguille et hommage qui mérita les éloges de Boileau. (Vie de Mignard, Turlupin, et la perte de Bruscambille, qui mourut dans la même in-12, 1630, page 55.)

année. 3 Ce début eut lieu le 24 octobre, sur un théâtre que le roi avait 4 Le théâtre du Petit-Bourbon avait été construit dans l'erafait dresser dans la salle des gardes du vieux Louvre. (Vie de p'acement qu'oocupe aujourd'hui la colonnade du Louvre. Molière, par la Grange.)

(DLIN)

a

2° Le 15,
3o Le 17,

4° Le 20,

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1660 au Palais-Royal, et qu'ils prirent le titre de comé- | qu'il a pris presque toute cette pièce chez les étrangers, diens de Monsieur.

il pouvait choisir un sujet qui lui fit plus d'honneur. Le Molière, qui, en homme de bon sens, se défiait loujours commun des gens ne lui tenait pas compte de cette pièce de ses forces, eut peur alors que ses ouvrages n'eussent pas comme des Précieuses ridicules ; les caractères de celle-là du public de Paris autant d'applaudissements que dans les ne les touchaient pas aussi vivement que ceux de l'autre. provinces. Il appréhendait de trouver dans ce parterre des Cependant, malgré l'envie des troupes, des auteurs et des esprits qui ne fussent pas plus contents de lui qu'il ne l'était personnes inquiètes, le Cocu imaginaire passa avec aplui

même : et si sa troupe, dans les commencements, ne plaudissement dans le public. Un bon bourgeois de Paris, l'avait excité à profiter des heureuses dispositions qu'elle lui vivant bien noblement, mais dans les chagrins que l'humeur connaissait pour le théâtre comique, peut-être ne se serait-il et la beauté de sa femme lui avaient assez publiquement pas hasardé de livrer ses ouvrages au public. « Je ne com- causés, s'imagina que Molière l'avait pris pour l'original « prends pas, disait-il à ses camarades en Languedoc, com- de son Cocu imaginaire. Ce bourgeois crut devoir s'en of« ment des personnes d'esprit prennent du plaisir à ce que senser; il en marqua son ressentiment à un de ses amis. « je leur donne; mais je sais bien qu'en leur place je n'y « Comment! lui dit-il, un petit comédien aura l'audace de a trouverais aucun goût. Eh! ne craignez rien, lui ré. « mettre impunément sur le théâtre un homme de ma sorte

pondit un de ses amis; l'homme qui veut rire se divertit « (car le bourgeois s'imagine être beaucoup plus au-dessus « de tout, le courtisan comme le peuple. » Les comédiens le « du comédien que le courtisan ne croit etre élevé au des. rassurèrent à Paris, comme dans la province; et ils com- « sus de lui)! Je m'en plaindrai, ajouta-t-il : en bonne pomcucèrent à représenter , dans cette grande ville, le 3 de « lice, on doit réprimer l'insolence de ces gens-là; ce sont novembre 1658. L'Étourdi, la première de ses pièces, qu'il « les pestes d'une ville; ils observent tout, pour le tourner fit paraître dans ce même mois, et le Dépit amoureux, « en ridicule. » L'ami, qui était homme de bon sens, et bien qu'il donna au mois de décembre suivant, furent reçues avec informé, lui dit : « Monsieur, si Molière a eu intention sur applaudissement; et Molière enleva tout à fait l'estime du a vous en faisant le Cocu imaginaire, de quoi vous plai. public en 1659 par les Précicuses ridicules, ouvrage qui « gnez-vous? il vous a pris du beau coté; et vous seriez bien fit alors espérer de cet auteur les bonnes choses qu'il nous « heureux d'en être quitte pour l'imagination. » Le boura données depuis. Cette pièce fut représentée au simple la geois, quoique peu satisfait de la réponse de son ami, ne première fois; mais le jour suivant on fut obligé de la mettre laissa pas d'y faire quelque réflexion, et ne retourna plus au double, à cause de la foule incroyable qui y avait été le au Cocu imaginaire. premier jour.

Molière ne fut pas heureux dans la seconde pièce qu'il Les Précieuses furent jouées pendant quatre mois de suite.

fit paraitre à Paris le 4 février 1661 : Don Garcie de NaM. Ménage, qui était à la première représentation de cette

varre, ou le Prince jaloux, n'eut point de succès. Mopièce, en jugea favorablement. « Elle fut jouée, dit-il, avec

lière sentit, comme le public, le faible de sa pièce : aussi « un applaudissement général; et j'en fus si satisfait en mon

ne la fit-il pas imprimer; et on ne l'a ajoutée à ses ouvrages « particulier, que je vis dès lors l'effet qu'elle allait pro- qu'après sa mort. a duire. Monsieur, dis-je à M. Chapelain en sortant de la

Ce peu de réussite releva ses ennemis; ils espéraient qu'il « comédie, nous approuvions, vous et moi, toutes les sot« tises qui viennent d'être critiquées si finement, et avec

tomberait de lui-même, et que, comme presque tous les

auteurs comiques, il serait bientot épuisé : mais il n'en « tant de bon sens; mais, croyez-moi, il nous faudra brûler

connut que mieux le goût du temps; il s'y accommoda en« ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons

tièrement dans l'École des maris, qu'il donna le 24 juin « brûlé. Cela arriva comme je l'avais prédit, et dès cette a première représenlation l'on revint du galimatias du

1661. Cette pièce, qui est une de ses meilleures, confirma

le public dans la bonne opinion qu'il avait conçue de cet « style forcé. »

excellent auteur. On ne douta plus que Molière ne fut enUn jour que l'on représentait cette pièce, un vieillard s'écria du milieu du parterre : Courage, courage, Molière!

tièrement maitre du théâtre dans le genre qu'il avait choisi; voilà la bonne comédie; ce qui fait bien connaitre que le

ses envieux ne purent pourtant s'empêcher de parler mal théâtre comique élait alors bien négligé, et que l'on était

de son ouvrage. « Je ne vois pas, disait un auteur contemfatigué de mauvais ouvrages avant Molière, comme nous

« porain qui ne réussissait point, où est le mérite de l'a. l'avons été après l'avoir perdu.

« voir fait : ce sont les Adelphes de Térence; il est aisé Cette comédie eut cependant des critiques; on disait que

a de travailler en y mettant si peu du sien, et c'est se donc'était une charge un peu forte : mais Molière connaissait

« ner de la réputation à peu de frais. » On n'écoutait point déjà le point de vue du théâtre, qui demande de gros traits

les personnes qui parlaient de la sorte; et Molière eut lieu

d'être satisfait du public , qui applaudit fort à sa pièce : c'est pour affecter le public, et ce principe lui a toujours réussi

aussi une de celles que l'on verrait encore représenter dans tous les caractères qu'il a voulu peindre. Le 28 mars 1660, Molière donna pour la première fois aujourd'hui avec le plus de plaisir, si elle était jouée avec

autant de feu et de délicatesse qu'elle l'était du temps de le Cocu imaginaire, qui eut beaucoup de succès. Cepen

l'auteur. dant les petits auteurs comiques de ce temps-là, alarmés de la réputation que Molière commençait à se former, fai

Les Fächeux, qui parurent à la cour au mois d'août 1661, saient leur possible pour décrier sa pièce. Quelques person

et à Paris le 4 du mois de novembre suivant, achevèrent nes savantes et délicates répandaient aussi leur critique :

de donner à Molière la supériorité sur tous ceux de son temps le titre de cet ouvrage, disaient-ils, n'est pas noble; et puis qui travaillaient pour le théâtre comique. La diversité do

caractères dont cette pièce est remplie, et la nature que * L'auteur veut dire sans doute que le prix des places fut dou- les applaudissements du public. On avoua que Molière avait

l'on y voyait peinte avec des traits si vifs, enlevaient tous blé : il se trompe, elles furent tiercées, ce qui n'empêcha pas la pièce d'etre jouée quatre mois de suite. Il parait que Molière

trouvé la belle comédie; il la rendait divertissante et utile. joua le rôle de Mascarille avec un masque pendant premières

Cependant l'homme de cour, comme l'homme de ville, qui représentations. C'est ce que nous apprend le comédien Villers croyait voir le ridicule de son caractère sur le théâtre de dans la Vengeance des marquis. (B.)

Molière, attaquait l'auteur de tous cotés. Il outre tout, di

sait-on; il est inégal dans ses peintures; il dénoue mal. Toutes L'Impromptu de l'ersailles, qui fut joué pour la première les dissertations malignes que l'on faisait sur ses pièces n'en fois devant le roi le 14 d'octobre 1663, et à Paris le 4 de empêchaient pourtant point le succès; et le public était lou. novembre de la même année, n'est qu'une conversation sa. jours de son côté.

tirique entre les comédiens, dans laquelle Molière se donne On lit dans la préface qui est à la téle des pièces de Mo- carrière contre les courtisans dont les caractères lui déplailière, qu'elles n'avaient pas d'égales beautés, parce, dit-on, saient, contre les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, et qu'il était obligé d'assujettir son génie à des sujets qu'on contre ses ennemis. lui prescrivait, et de travailler avec une très-grande préci- Molière, né avec des mœurs droiles; Molière, dont les mapitation. Mais je sais , par de très-bons mémoires, qu'on ne nières étaient simples et naturelles, souffrait impatiemment jui a jamais donné de sujets; il en avait un magasin d'é- le courtisan empressé, flatteur, médisant, inquiet, incombauchés par la quantité de petites farces qu'il avait hasar- mode, faux ami. Il se déchaine agréablement dans son Imdées dans les provinces; et la cour et la ville lui présentaient promptu contre ces messieurs-là, qui ne lui pardonnaient tous les jours des originaux de tant de façons, qu'il ne pou pas dans l'occasion. Il attaque leur mauvais gout pour les vait s'empêcher de travailler de lui-même sur ceux qui ou vrages; il tâche d'Oler tout crédit au jugement qu'ils fai. frappaient le plus : et quoiqu'il dise dans sa préface des saient des siens. Fácheux, qu'il ait fait cette pièce en quinze jours, j'ai de Mais il s'attache surtout à tourner en ridicule une pièce la peine à le croire; c'était l'homme du monde qui travail. intitulée le Portrait du Peintre, que M. Boursault avait lait avec le plus de difficulté : et il s'est trouvé que des di- faite contre lui, et à faire voir l'ignorance des comédiens de vertissements qu'on lui demandait étaient faits plus d'un l'hôtel de Bourgogne dans la déclamation, en les contrean auparavant.

faisant tous si naturellement, qu'on les reconnaissait dans On voit dans les remarques de M. Ménage, a que dans son jeu. Il épargna le seul Floridor'. Il avait très-grande « la comédie des Fächeux, qui est, dit-il, une des plus raison de charger sur leur mauvais goût. Ils ne savaient au

belles de celles de M. de Molière, le facheux chasseur qu'il cun principe de leur art; ils ignoraient même qu'il y en eat. « introduit sur la scène est M. de Soyecourt; que ce fut le Tout leur jeu ne consistait que dans une prononciation am• roi qui lui donna ce sujet en sortant de la première repré- poulée et emphalique, avec laquelle ils récitaient également *sentation de cette pièce, qui se donna chez M. Fouquet. tous leurs rôles; on n'y reconnaissait ni mouvements ni « Sa Majesté voyant passer M. de Soyecourt, dit à Molière : • Voilà un grand original que vous n'avez point encore co* pié. » Je n'ai pu savoir absolument si ce fait est vérita- donne les noms de quelques-uns des détracteurs de l'École des ble; mais j'ai été mieux informé que M. Ménage de la ma- femmes. C'est le duc de la Feuillade qui est désigné ici par le nière dont cette belle scène du chasseur fut faite : Molière titre d'homme de cour, et qui ne pouvait soutenir une pièce où n'y a aucune part que pour la versification ; car ne con

I'on avait mis tarte à la crème. Ce mot était devenu proverbe. naissant point la chasse, il s'excusa d'y travailler; de sorte

Les autres personnages désignés dans l'épitre de Boileau sont le

commandeur de Souvré et le comte de Broussin, qui, pour faire qu'une personne, que j'ai des raisons de ne pas nommer, sa cour au commandeur, sortit un jour au second acte de la cola lui dicta tout entière dans un jardin; et M. de Molière médie. L'auteur d'une Vie de Molière, écrite en 1724, dit que Payant versifiée, en fit la plus belle scène de ses Fdcheux, le duc de la Feuillade, outré de se voir traduit sur la scène et le roi prit beaucoup de plaisir à la voir représenter'. dans la Critique de l'École des femmes, « s'avisa d'une venL'École des femmes parut en 1662, avec peu de succès;

« geance indigne d'un honnête homme. Un jour qu'il vit passer les gens de spectacle furent partagés; les femmes outragées,

« Molière par un appartement où il était, il l'aborda avec les

« démonstrations d'un homme qui voulait lui faire caresse. Moà ce qu'elles croyaient, débauchaient autant de beaux es

« lière s'étant incliné, il lui prit la tête, et en lui disant: Tarle prils qu'elles le pouvaient pour juger de cette pièce comme « à la crème, Molière, tarte à la crème, il lui frolta le visage elles en jugeaient. « Mais que trouvez-vous à redire d'essen- « contre ses boutons, et lui mit le visage en sang. Le roi, qui « tiel à cette pièce? disait un connaisseur à un courtisan de « vit Molière le même jour, apprit la chose avec indignation, « distinction. Ah, parbleu! ce que j'y trouve à redire est plai. « et le marqua au duc, qui apprit à ses dépens combien Molière • sant, s'écria l'homme de cour: tarte à la crème, morbleu!

« était dans les bonnes grâces de Sa Majesté. Je tiens ce fait d'une « tarte à la crême. Mais tarte a la crême n'est point un dé

* personne contemporaine qui m'a assuré l'avoir vu de ses profaut, répondit le bon esprit, pour décrier une pièce comme

« pres yeux. » (Vie de Molière, écrite en 1724.)

* Floridor entra dans la troupe du Marais en 1610. Il avait « vous le faites. Tarte à la créme est exécrable, répondit le beaucoup de noblesse dans l'air et dans les manières ; il était a courtisan. Tarte à la crême, bon Dieu! avec du sens com- fort aimé de la cour, et particulièrement du roi. De Visé a dit « mun peut-on soutenir une pièce où l'on a mis tarte à la de lui : « Il parait véritablement ce qu'il représente dans toutes a crême ? » Cette expression se répétait par écho parmi tous « les pièces qu'il joue; tous les auditeurs souhaiteraient de le les petits esprits de la cour et de la ville, qui ne se prétent

« voir sans cesse, et sa démarche, son air et ses actions, ont jamais à rien, et qui, incapables de sentir le bon d'un ou

« quelque chose de si naturel, qu'il n'est pas nécessaire qu'il

* parle pour attirer l'admiration de tout le monde. » ( Critique vrage, saisissent un trait faible pour attaquer un auteur

de la tragédie de Sophonisbe.) La nature avait encore accordé beaucoup au-dessus de leur portée. Molière, outré à son tour à cet excellent acteur une figure noble, une taille bien prise, uu des mauvais jugements que l'on portait sur sa pièce, les ra- son de voix qui, quoique måle, avait quelque chose de pénétrant massa, et en fit la critique de l'École des femmes, qu'il et d'affectueux : il joignait à tous ces avantages beaucoup d'esdonna en 1663. Cette pièce fit plaisir au public : elle était prit, et, ce qui est encore plus estimable, une probité et une du temps, et ingénieusement travaillée ?.

conduite exemplaires. Josias de Soulas Floridor était né de parents nobles, et avait d'abord servi en qualité d'enseigne. (Les

frères Parfait, tom. VIII, pag. 221.) Une anecdote racontée s Comment ose-t-on écrire que Molière n'a eu aucune part à par Boileau confirme tout ce qu'on vient de lire. Racine avait cette scène , parce qu'il ignorait les termes de la chasse ? N'est-il contié à Floridor le rôle de Néron dans Britannicus; mais cel pas plus naturel de penser, d'après quelques mémoires du temps, acteur était tellement aimé du public, que tout le monde sout que, le lendemain de l'ordre donné par Louis XIV, Molière | frait de lui voir représenter Néron et de lui vouloir du mal, ce alla chez M. de Soyecourt, et que, dans une conversation très- qui nuisit au succès de la pièce. Racine s'étant aperçu de ce animée sur la chasse, il trouva le sujet de la scène des Facheux ? singulier effet du mérite de Floridor, contia le rôle à un autre

· Brossette , dans ses notes sur la septième épitre de Boileau, i acteur, et la pièce s'en trouva mieux. (Boléana, page 106.)

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