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MARDI 28 MAI 1833.

N° 3007.)

Déclaration d'un Protestant converti.

Un professeur distingué de l'université de Tubingue, M. le docteur Henri-Ferdinand Eisenbach, qui jouit en Allemagne d'une grande réputation littéraire, est rentré cette année dans le sein de l'Eglise catholique. Il a rédigé par écrit l'histoire de sa conversion , et a permis qu'on l'inséråt dans le Catholique allemand qui se publie à Spire. Ce récit est plein d'intérêt et de candeur, et nous regrettons d'avoir été forcé de l'abréger. :

« En livrant au public l'histoire de ma conversion et un précis de ma vie, j'obéis en partie à une haule et honorable invitalion, en partie au désir de faire servir mon expérience à l'utilité des autres. Quand un tel relour n'est dû ni à des froissemens d'amourpropre, ni à des calculs temporels ; quand celui qui fait celle démarche se trouve, par son âge, son éducation et sa position, en état d'examiner mûrement et d'agir en pleine connoissance de cause, il est naturel que l'on désire connoîtie ses inotifs. Peut-être celte exposition servira-t-elle à affermir quelque catholique ou à ébranler quelque protestant qui cherche la vérité de bonne foi. Je puis déclarer qu'ils ne trouveront ici ni artifice, ni exagération, mais la simple vérité. Si j'ai écarté des considérations qui ont fortifié ma résolution, ce n'a pas été pour présenter les faits sous un plus beau jour, c'est que ces motifs ou ne s'offroient pas si clairement à mon esprit, ou touchoient à des intérêts privés, ou pouvoient blesser quelques personnes.

» Je suis né le 29 mars 1795, à Birtigheim, dans le Wurtemberg, où mon père étoit grand-bailli. J'eus dès mon enfance une grande passion pour les mathématiques ; et après la mort de mon père, j'abandonnai l'étude du droit, à laquelle il avoit voulu que je m'appliquasse. Je voyageai, et m'exerçai aux langues modernes. A mon retour, je traduisis des livres historiques, et m'occupai de recherches en ce genre. En 1823, je devins professeur à l'école Réale de Tubingue. En 1825, je professai les langues et la littérature modernes à l'université de cetle ville. Un mal d'yeux me força de quitter provisoirement cette carrière. J'obtins en 1830 une place à l'école industrielle de Stuttgard. Ma santé in'empêcha d'en remplir long-temps les fonctions, et j'en fus dispensé par dé

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

M

crel. Je revins alois à Tubinguc, el c'est là que j'ai vu fuir mes . agitations et mes incertiludes.

'» L'orgueil fut la source de presque tous mes égareméns. Ma jeunesse présomptueuse commença à rejeter quelques vérités du christianisme, qui dès lors perdit pour moi son enchaînement et son ensemble. Des principes humains ne pouvoient m'offrir aucun principe fixe de croyance. Il n'y avoit plus de preuvos historiques un philosophiques qui me satisfissent. En vain je tâchois de retenir par des efforts d'intelligence les débris d'une foi qui s'évanouissoit de plus en plus; en vain , en des lcmps meilleurs, je passois des: heures entières à pleurer. Il me fallui, pour ne pas lomber en contradiction manifeste avec ma raison, rejeler tout le christianisme, non parce que j'en trouvois les vérités incompréhensibles, puisqu'il y a lani de phénomènes physiques que nous ne pouvons expliquer ; mais parce que, raisonnant en protestant, rien ne me garantissoit que l'Ecritive sainte fût la parole de Dieu plutôt que le fruit des illusions et de l'enthousiasme, ou un recueil de mythes old'emblêmies. Suppose même que l'Ecriture fût la parole de Dieu, qui me garantissoit son infaillibilité? Și Luther a eu le droit de déclarer interpolés plusieurs livres canoniques, n'a-t-on pas le mēnje droit de prétendre que le passage est supposé, que tes livre est apocryphe ? Ou me disoit que plusieurs endroits devoient être entendus d'une manière symbolique, et cependant l'on exigeoit l'explication lillérale de quelqucs autres passages pour établir les dogmes les plus importans. Ces difficultés et d'autres pareilles ine parurent insolubles. Quiconque, d'après le principe protestant, rejetlé la tradition et l'autorité de l'Eglise pour se livrer à l'examen des doymes, doit, s'il est conséquent, tomber dans le même abîme. Les livres et les liommes parmi lesquels je cherchois des lumières ne me présentoient que des sophismes et des cercles vicicux.

» Ce n'est que par un miracle que l'homme qui marche dans ces voies d'erreur obtient la grâce de connoître la vérité. Je fus en effet délivré d'une manière extraordinaire de l'état d'incertitude où je languissois. Les voies de la providence sont mystérieuses. Je dois déclarer que dans mon retour, je ne puis me glorifier que de la grâce qui m'a prévenu, et qu'il n'y a rien cu doni je puisse me faire un mérite. Un fait singulier fut la première occasion de ma délivrance. L'objet d'un désir auquel je tenois fortement menaçoit de s'évanouir pour jamais au moment où je croyois atteiudre le but"Je fis alors comme un homme allaqué d'une naladie désespérée, qui dédaigne les remèdes d'un charlatan , et qui néanmoins les emploie quand il ne les croit pas nuisibles. Je savois que des catholiques font des vaux en pareil cas, et j'avois ous dire que plusieurs avoient, par ce moyen, vu leurs souhaits accomplis. Sans j ajouter beaucoup de foi , je fis veu d'offrir un don à la sainte Viuge si j'obtenois ce que je souhaitois. Je l'obtins aussitôt d'une

manière inespérée. Ce succès m'étonna, et ne me parul pourtant qu'un heureux hasard. Je remplis mon voçu , parce que je n'ai jamais voulu manquer à ma parole.

L'avantage lemporel qui n'avoit été accordé me porta du noins à reconnoître la possibilité d'une influence supérieure, et à me faire prendre la résolution d'aller au-delà de ce que j'avois promis dans nion væu. J'assistai un jour à la sainte messe. Celle visite de la maison du Seigneur, la première que je fisse dans des vues louables, eut un effet tout particulier sur moi. Je me sentis fort ému. Plus tard, loutes les fois que j'assistois au saint sacrifice, j'en étois récompensé par un progrès sensible dans mes sentimens de religion. Je ne sortois jamais sans avoir pris de bonnes résolutions, et j'acquérois chaque jour plus de force pour les réaliser. Je n'élois pas décidé à me rendre ouvertement catholique; je voulois tout au plus suivre celte religion en secret, s'il étoit possible. Tantôl j'écois retenu par la pensée de me soumelle à une hiérarchic dont les fondemens étoient encore douleux pour moi, et que je croyois, d'après les préjugés des protestans, être en possession d'imposer de nouveaux dogmes à sa faplaisie. Tantôt je me représentois que, suivaut mes études et mes recherches précédentes, il existoit dans l'Eglise catholique de grandes dissidences sur des points essentiels.

» Dans cet état d'incertitude, je ne manifestois point les scolimens qui m'agitoient, et je me dérobai jusqu'au dernier jour, par des réponses évasives, à toutes les controverses. Ma foi s'appuyoit loujours plus sur des sentimens intinies que sur des principes ; mais elle s'étoit fortifiée dans le silence, elle avoit subsislé dans la bonne il la mauvaise forlune; elle n'avoit aidé à surmonter la leutation, elle m'avoit suggéré des résolutions généreuses, et m'avoit donné la force d'y être fidèle; cofin elle avoit réforıné von ceur et mon entendement. Ne pouvant plus la prendre pour une illusion, je regardai conime un devoir de la professer franchement. Je communiquai ma résolution à cet égard à MM. les professeurs de la faculté de théologie de Tubiugne, qui n'engagèrent à ne rien précipiter; mais qui, voyant mon parli pris, m'apportèrent encore en pou de mots de puissans motifs ile conviction. Après m'être fait instruire, je prononçai mon abjur'ation le 1er février 1833, et fus admis aux sacreniens. Celle cérémonie ne se fit point à minuil et portes fermées, comme ou en 'à fail courir le bruit, mais å liuit heures du 'matin, dans l'église ouverte, et devant environ cinquante personie's. Je ne maudis point, comme on l'a prétendu, mes parens ni les chefs de l'erreur; mais je déclarai que je rejelois, et condamnois les doctrines rejetées et condamnées par l'Eglise. Je plains mes parens; j'espère qu'ils ont agi avec de bonnes intentions, el que Dieu leur pardonnera; inais je condamne les doctrines ré

prouvées par l'Eglise , persuadé qu'elles ne peuvent que produire du mal et être funestes au salut des ames.

o Si j'ai promis à l'Eglise de croire aux dogmes qu'elle propose, et d'obéir à ses commandemens, c'est qu'il m'éloit démontré par l'Ecriture sainte que l'Eglise catholique ne peut jamais tomber dans des erreurs pernicieuses au salut. Je reconnois la nécessité d'une obéissance savs bornes à la parole de Dieu. Celle obéissance n'est point servile, elle est toute filiale; elle ne résulte pas de la crainle des châtimens, mais de la reconnoissance pour les grâces recues, du sentiment de notre foiblesse, de l'assurance que Dieu remplit sa promesse en mellant son Eglise en élat de pourvoir à tout ce qui est nécessaire à notre salut. Une telle obéissance n'est point aveugle et ne nous empêche point de chercher des motifs à notre foi. Quel bonheur d'appartenir à une société où on a une telle assurance ! »

· NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

Rome. Il est d'usage que le général des Théalins ne dure que trois ans. Le temps du généralai du père Ventura étant donc expiré, on a procédé à une nouvelle élection , qui s'est faite dans le couvent de Saint-André-de-la-Vallée, sous la présidence de M. le cardinal Gamberini. Le père Jean Laviosa , de Palerme, visiteur : de l'ordre en Sicile, a été élu; il a quarante-six ans, et a rendu de grands services à son ordre. Le père Ventura est un des assistans, et le procureur-général est le père Cumbo.

Paris. Si, dans une paroisse où il y auroit diversité de cultes, les catholiques faisoient une émeute pour empêcher l'ouverture de l'église de l'autre culte; s'ils repoussoient la force armée, s'ils pilloient le logement du ministre du culte rival, leur curé, il n'y a pas de doute, seroit taxé de complicité. Les journaux le dénonceroient comme un brouillon qui auroit exalıé el échauffé les esprits; l'autorité séviroit contre lui, on l'arrêteroit provisoirement, ou le traduiroit en justice, on fermeroit son église. C'est ainsi qu'on en a agi envers des curés qni n'avoient donné nulle prise sur eux, ni par leur conduite, ni par leurs discours. Combien de curés ont élé chassés sur des bruits populaires , sur de fausses dénonciations, sur de vains prétextes ! Mais on est bien plus doux envers les prêtres en révolie contre l'autorité épiscopale; voyez ce qui s'est passé à Lèves. Après l'émeute des partisans du schisme, les chefs de ce schisme n'ont point été inquiétés; les sieurs Ledru et Auzou ont pu tenir leurs réunions, recommencer encorc leurs prédications, ils ont pu crier contre les évêques et contre les usurpations sacerdotales; ils ont pu dénoncer le faste de M. l'évêque de Chartres, dont leurs adhérens venoient de piller la demeure. On n'a pas usé de la même indulgence pour le clergé de St-Germain-l'Auxerrois, qui cepemilanı n'avoii fait ni émeule ni pillage. Ou a fermé l'é;;lise, si toutes les sollicitations n'ont pu obtenir depuis deux ans de la rouvrir; mais l'église schismatique de Lèves est ouverte, el on né croit pas pouvoir la fermer légale:nent. M. le curé de St-Germainl'Auxerrois a élé poursuivi, obligé de cesser ses fonctions, cl il est encore exilé de son église; mais M. Ledru oflicie tous les jours, s'il le veut, dans sa grange. Les catholiques de Saint-Germainl'Auxerrois, qui ne se sont point ameutés, qui n'ont point pillé, sont toujours privés d'un édifice auquel ils ont droit; mais les gens de Lèves, après une révolle ouverte, après avoir fait reculer la troupe, après avoir dévasté un évêché, jouissent paisiblement de ce qu'ils appellent leur église. Nous voudrions qu'on nous expliquât pourquoi cette différence.

- M. l'archevêque de Toulouse n'ayant été nominé à ce siéye qu'en 1830, les grands-vicaires qu'il avoit nonimés, el qui étoient les mêmes que ceux de son prédécesseur, n'avoient pas encore eu le temps d'obtenir l'agrémentdu gouvernementavani la révolution de juillet. Ces hommes estimables et justement considérés n'eussent certainement éprouvé aucune difficulté sous le précédent gouvernement; mais sous le nouveau on leur a refusé, pendant deux ans et demi, l'agrément ministériel. M. Ortric seul étoit grand--vicaire reconnu par le gouvernement. MM. Berger et Lanneluc ne viennent que d'être approuvés par une ordonnance du 1er mai; ils étoient jusque-là sans traitement. Il faut croire que la sagesse et la patience du vénérable archevêque et de ses dignes coopérateurs ont enfin dissipé les préventions les plus obstinées.

-Le tribunal de Montbrison a prononcé le 7 avril dans l'affaire de l'école cléricale de Roanne. Le tribunal de Roanne avoit, all mois de décembre dernier, condamné M. Arbel, curé de Roannc, à fermer son école et à payer 400 fr. d'amende. M. le curé a appelé, et la cause a été portée devant le tribunal de Montbrison, qui a jugé comme le tribunal de Villefranche et comme la cour royale de Lyon. Voyez notre n° 2047. Les motifs du jugement sont fort l'emarquables :

« Considérant qu'il ne s'agil point dans l'espèce d'une école publique et retribuée, qui seroit destinée à l'enseignement ordinaire ou mème à un enseignement ecclésiastique, tel qu'il pourroit être donné dans une école du genre de celles qu'admet l'art. 28 de l'ordonnance du 27 février 1821, mais d'un établissement privé, d'une mavécanterie autorisée par l'art. 30 du décret du 30 décembre 1809, où un nombre fixe de clercs ou enfans de chæur est formé gratuitement depuis plusieurs années dans l'intérieur d'un presbytère , soit alix cérémonies du culte ca'tholique, soit au chant et à la récilation des prières ordinaires dans la langue latine, dont la prononciation mêine ne peut être régulière sans quelque connoissance de ses premiers élémens ; de telle sorte que si les élèves y reçoivent quelques

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