Images de page
PDF
ePub

mis, heureusement choisis parmi les plus éclairés, les plus verlucux, savent se conduire en apôtres, ils en ont l'élévation et le courage; mais toujours est-il vrai que pour eux il n'existe plus de garantie, plus de Charle.

Nous finirons par révéler la véritable cause de l'abandon que l'épiscopat éprouve, de la malveillance envenimée à laquelle on le laisse en proie, des calomnies dont on l'accable; c'est que , fidèle à ses traditions et aux préceptes évangéliques, il fait constamment profession de condamner la révolte. Inde iræ. Une faction que les dépositaires du pouvoir savent réprimer, quand c'est à eux qu'elle s'altaque, obtient en compensation d'assouvir sur le clergé sa vieille haine. C'est ainsi qu'elle lui fait expier des doctrines peu libérales et des vertus qui ne sont plus en harmonie avec le siècle. « Ilin necis causam præbuit, ista manum. »

M. A. C.
NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

Paris. On a entendu avec intérêt, dans la séance des pairs du 19, M. de Barante protester contre le paganisme du Panthéon. Ce fut immédiatement après la révolution de juillet et dans l'ivresse dela victoire que le parti irréligieux ravit ce inonument à sa destinalion.On aime mieux voir cet édifice fermé et complètement inulile, que de souffrir qu'il retentît des chants de l'église et des prières de la piété. Depuis trois ans, à quoi sert le Panthéon ? Ses voûtes sont muettes et son enceinte est abandonnée ; on le réserve pour la sépulture des grands-hommes :

« Mais, a dit M. de Baranle au nom de la commission sur les projets de grands travaux publics, cette pieuse destination exclura-t-elle la religion de ce temple de reconnoissance? En quel temps, en quel pays, honorer les morts a-t-il cessé d'être un sentiment religieux ? Quelle bizarre contradiction voudroit-on établir entre l'immortalité de la gloire et l'immortalité de la destinée humaine? Depuis quand les tombeaux ont ils un autre gardien que le culte de l'éternité ? C'est ce qu'avoit comprisl'empereur; iln'avoit pas voulu que le Panthéon devint un musée funéraire mais une église, un lieu consacré pour le culle. Sans cela , comment pourrionsnous même l'appeler un lieu consacré? Sans doute, les sépultures que le pays honore devroient être mises à l'abri d'une intolérance exclusive et passionnée ; mais, à celle condition, l'édifice devroit prendre ou plutôt conserver un caractère religieux. Tant que cette question ne sera point décidée, l'administration des travaux publics ne peut s'occuper que des constructions indispensables. » .

::- Les Frères des écoles chrétiennes, qui depuis bientôt trois ans sont exposés à tant d'avanies, qui là sont baffoués, ici sont privés de tout traitement, ont trouvé un moyen de se venger, ct, en hommes pleins de rancune, ils l'ont saisi avec empressement. M. Guizot luimême nous a appris qu'ils avoient établi des écoles du soir pour instruire les adultes. Ils en ont six à Paris. Dans ces écoles,on voit arriver à la chute du jour des enfans, des jeunes gens, des hommes mariés, des pères de famille ; les uns viennent apprendre à lire, les autres à écrire, à compter, quelques-uns viennent prendre des leçons de dessin linéaire. Cet hiver, les deux classes étoient pleines; en celle saison, elles sont moins nombreuses. Après avoir passé toute la journée à donner leurs leçons accoutumées dans les classes d'enfans, après s'être fatigués à parler, à répéter, à expliquei', les Frères se dévouent à parler encore pendant plusieurs heures; ils auroient besoin de repos, ils n'en prennent d'autre que de faire une nouvelle classe qui dure jusqu'à dix heures du soir. Ainsi ces hommes, qui se lèvent à quatre heures du matin, l'etranchent sur leur nuit pour rendre service, et uniquement pour rendre service, car ce surcroît de travail ne leur procure aucun avantage pécuniaire; ils ne reçoivent rien de plus pour ces classes du soir. Tel est le zèle de ceux que l'on qualifie d'ignorantins el d'obscurans. Ils vont au-delà de ce qu'ils avoient promis; ils ne s'étoient engagés qu'à instruire l'enfance, ils étendent encore leurs soins à la jeunesse déjà formée, et à l'âge mûr. Qui leur inspire ce dévoûment? Est-ce l'ambition, la vaine gloire, l'amour des applaudissemens, le besoin de faire parler d'eux? Hélas ! leur bonheur est de ne point occuper le public d'eux-niêmes, et de faire le bien en silence; ils n'ont d'autre mobile que l'amour de Dieu et du prochain. C'est ce motif surnaturel qui les soutient et les anime dans des fonctions qui exigent tant de patience et de charité. Quel mo. lif humain pourroit remplacer les motifs de religion ? L'expérience montre tous les jours ce qu'il faut attendre de maîtres intéressés, indifférens sur la religion, ou même irréligieux ; et plus on mulipliera leur nombre, plus on reconnoîtra les suites naturelles du système qu'on a adopté.

- Il s'est trouvé deux avocats qui ont consenti à adhérer à la consultation de M. Franque en faveur de l'église française , cr sont MM. Ad. Gatine et Routhier, avocals aux conseils du roi et à la cour de cassation. La consultation du premier est du 30 avril dernier. L'auteur veut y établir deux choses, que la liberté religieuse est reconnue par nos lois et que les églises appartiennent aux communes. On jugera de la force du raisonnement de M. Gatine par le passage suivant :

« Nous n'entendons pas assurément faire ici le panegyrique du Culte cathulique fiunçais. Il n'appartient pas à des jurisconsules de le juger comuie roli. gion, comme église, comme nouvelle coinmunion. Mais toulos les choses d'ici bas sont en progrès incessant et infaillible. Le Culte catholique romain, forme humaine d'une religion, fille du Ciel, n'en est pas peut-être l'expression la plus parfaite, ni la dernière transfiguration. Peut-être le Culte catholique français atteint-il vo degré de plus dans cette carrière indéfinie de perfectibilité où la loi du progrès pousse les religions comme lout le resle. C'est à Dieu, ce n'est pas à César d'en juger.»

En supposant qu'il soit vrai que toutes les choses ici-baş sont en progrès incessunt et infaillible, ce qui peụt être contesté et ee qui au surplus auroit pu êure dit en français, il ne s'ensuit pas que la religion soit aussi sujète au progrès. Par là même qu'elle est Fille du Ciel, elle n'est point exposée à la mobilité des choses humaine. La religion catholique n'est point une forme humaine ; la rabaisser ainsi, c'est la nier. Quant à l'église de Châlel, c'est une absurdite que de voir un degré de plus de perfectibilité dans un culte qui n'en est pas un, qui a été improvisé un beau matin, qui se modifie tous les jours et qui ressemble beaucoup à une momerie. La consultation de M. Routlier ri'est pas tout-à-fait impie, mais elle est courte et maigre, et ne jetle aucune nouvelle lumière sur la question.

- Les obsèques de M. l'évêque de Clermont ont été célébrées le 17 avec une grande pompe et une affluence extraordinaire : toutes les rues étoient couvertes de monde. La marchie éloit ouverte par un détachement de hussards à pied. Les enfans de l'hospice étoient conduits par les Filles de Charité. Les Frères des écoles chrétiennes précédoient les élèves du séminaire. Les curés et vicaires des environs s'étoient joints au clergé de la ville. Quatre grands-vicaires tenoient les coins du poêle. Le cercueil étoit porté par six élèves du grand-séminaire, que d'autres · relayoient de temps en temps. Le deuil étoit conduit par M. de

Dampierre, neveu du prélat. On remarquoit en costume le général commandant la division, le commandant du département avec leur état-major; le préfet, le tribunal, le conseil municipal (moins le inaire); la troupe de ligne et la garde nationale formoient la haie : les artilleurs de celle garde et les gendarmes escortoient le cereycil. La tranquillité n'a pas été troublée un seul instant. D'après le vou du clergé et des fidèles, les corps a élé inhumé, avec autorisation, dans une chapelle de la cathédrale. Le lendemain, un service solennel a été célébré à la cathédrale : M. l'abbé Gannat, grand - vicaire., a prononcé l'oraison funèbre.

- La fête du Sacré-Coeur, établie en 1720 à Marseille pár M. de Belzunce, à l'occasion de la peste, a été célébrée avec ferveur le vendredi après l'octave de la Fète-Dieu. Dès le matin, à la messe basse, célébrée par M. l'évêque, l'église étoit remplie de fidèles, la plupart hommes et jeunes gens, qui ont reçu la communion des mains du prélat. On'estime à 1,500 le nombre des personnes qui se sont aprochées de la sainte table : aussi la messe, commencée de bon mat tin, n'a été terminée qu'à 10 heures. La grand'messe a été célébrée par M. l'évêque d'Icosie au milieu d'un grand concours. L'après-midi, l'affluence a été plus grande encore ; l'église étoit pleine même avant les vêpres. La procession s'est faite dans l'intérieur avec beaucoup de pompe, et la cérémonie a duré près de trois heures. Parvenu à la porte de l'église, M. d'Icosie a donné la bénédiction à la foule qui n'avoit pu pénétrer dans l'église, et qui couvroit le boulevart jusqu'à la Tourette. Suivant le voeu de M. de Belzunce, les adjoints à la mairie, MM. Massot, Chopin et Dunoyer, se sont, en l'absence du maire, rendus à la chapelle du premier monastère de la Visitation , pour y offrir un cierge en mémoire de la cessation de la peste. On a vu avec plaisir cet honimage rendu par les autorités à la religion. Une assemblée nombreuse et brillanto remplissoit la chapelle; une messe en musique a été célébrée. ;

- Nous avions cru n'avoir à gémir sur aucun désordre arrivé à l'occasion des processions de la Fête-Dieu ; mais nous nous étions trop hâte de nous féliciter. Nous apprenons avec douleur les inisulies faites à la religion à Angoulême. La procession s'étoit laite le premier dimanche dans l'intérieur de l'Eglise; mais le peuple en murmura. On accusoit l'autorité civile de foiblesse , de sorte que le prélat et le maire se réunirent pour engager M. l'évêque à faire sortir les processions, en loi promettant qu'elles ne seroient point troublées. Le prélat crút devoir céder au vou général el pouvoir compter sur les promesses qu'on lui faisoit. Le dimanche 16, au malin, on l'engagea à ne commencer la procession qu'à misli, la garde nationale devant se réunir aloi's sur la place de Beaulieu pour une revue, ce qui devoit être une nouvelle garantie de tran)quillité. La procession sortit à midi de l'église Saint-Pierre, se dirigeant par le boulevart sur la place du Parc, où étoit un beau s'eposoir. À peine le saint Sacrement y étoit-il arrivé qu'une troupe de jeunes gens, de gardes nationaux en uniforme, de paysans, se mirent à chanter la Marseillaise et à crier à bás la calotte' à bas les prêtres, les jésuites, les hypocrites! Toutefois les chants de l'Eglise couvroient la voix des perturbateurs. La procession reprit sa marche; elle arriva à la place Murier, où elle tenoit le côté gauche de la place. Tout à coup un roulement de tambour se fait entendre. Une compagnie de gardes nationaux, chantant la Marseillaise, s'avança au pas de charge et traversa la place pour couper la procession. M. Belamy, maire par interiin, s'avance avec son écharpe et somme la troupe de s'arrêter. L'irrilation des perturbateurs est au comble; beaucoup désobéissent, le inagistrat est insulté, deux gardes nationaux à cheval travoko sent la procession au trot en criant gare, et courrent sur le dais, qui heureusement lourpa à temps dans une rue adjacenle et rentre à Saint-Pierre. On peut se figurer le désordre de la procession et l'effroi des femmes. M. l'évêque a montré beaucoup de sangfroid; le maire, protestant, s'est bien conduit, le préfet n'a pas paru. Le lieutenant-colonel de la garde nationale a blâmé les auteurs de l'insalte el a donné sa démission, ainsi que quelques officiers. Dans l'après-midi, au faubourg l'Hommeau, la procession étoit sortie de la chapelle de l'ancien college de marine pour aller aux Ursulines de Chavagnes. Dans ce moment, des jeuns gens ont renversé un reposoir et ont voulu arracher la bannière que portoient trois jeunes filles. Elles ont résisté et se sont réfugiées dans une boutique, ils les y ont suivies et ont été repoussés. Alors ils se sont dirigés sur le dais en chantant et en criant. Le curé a retrogradé très-vite, et a eu le temps de rentrer dans l'ancien hôpital de marine dont on a fermé la grille. Lesauteurs de ces violences sont connus; ils se vantent de leurs prouesses, et ils sont libres.

- Le saint Siege vient de nommer deux nouveaux évêques pour les Elats-Unis : l'uv est M. Purcell, qui est nommé au siège de Cincinnati, vacant par la mort de M. Edouard Fenwick, arrivée le 26 septembre dernier. M. Jean Purcell, né le 26 février 1800, à Mallow, diocèse de Cloyne, en Irlande, passa de bonne heure aux Etats-Unis, et y embrassa l'état ecclésiastique. Il avoit déjà reçu les ordres mineurs, lorsqu'il vint, en 1824, achever ses études théologiques au séminaire Saint-Sulpice, où il fat ordonné prêtre en mai 1826. De retour en Amérique, il s'attacha au coljége d'Emmilzbourg, dans le Maryland, et il étoit devenu président de cet établissement. M. Purcell est egalement pieux et capable, el son âge donne au diocèse de Cincinnati l'espérance de le conserver long-temps. L'autre évêque est M. Rézé, qui administroit le diocèse de Cincinnati depuis la mort de M. Fenwick; il est nommé évêque du Détroit, siége projeté depuis quelque temps, et nouvellement érigé pour le Michigan et le territoire du Nordouest. Ces territoires étoient jusqu'ici sous la juridiction spirituelle de M. l'évêque de Cincinnati. M. Frédéric Rézé est Allemand et élève du collége de la Propagande, à Rome. M. Fenwick l’euvoya en 1827 en Europe pour recueillir des secours. M. Rézé visita alors l'Allemagne et la France. Ce fut lui qui établit à Vienne l'association Léopoldine, dont nous avons mentionné plusieurs fois les dons généreux pour les missions des Etats-Unis. De retour en Amérique, M. Rézé seconda M. l'évêque de Cincinnati par son zèle. Nous avons raconté (N° 1810, tom. lxviii) les détails d'une niission qu'il donna en 1830 dans le territoire du Nord-ouest et dans le Michigan, c'est-à-dire dans la partie imême où il va exercer sa juridiction,

« PrécédentContinuer »