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réjouira de voir exclus des comités celui précisément qui y auroit soutenu les intérêts de la religion.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. Paris. Le Moniteur du 3 mai contient une réponse à la lettre de M. Isambert en faveur des gens de Lèves. Celle réponse est sérieuse et discute des questions que M. Isambert n'avoit fait qu'embrouiller; comme elle est un peu longue, nous nous contenterons d'en extraire ce qu'elle a de plus solide et de plus précis :

« Pourquoi le gouvernement, demande-l-on, est-il intervenu Jans des matières de culte ? La question est mal posée. Le gouvernement n'est intervenu que dans une question d'ordre public, et pour protéger la liberté des culles contre l'intervention exclusive d'une secte nouvelle; l'intolérance étoit du côté des novaleurs. L'administration a rétabli le respect des droits. En effet, depuis que le curé de Lèves s'éloit affilié aux nouvelles doctrines, la population catholique de celle commune manquoit de prêtre d'église et de culle. Deux fois cet état de choses aroit failli produire de graves désordres.

» On sent qu'il étoit important de mellre un terme à ces violences, daus l'igtérêt même de la liberté des cultes, qui ne signifie pas, apparemment, la prédomipance exclusive d'un seul. L'autorité résolut donc de faire installer un curé dans l'église catholique, qui étoit restée fermée depuis quelque temps. Ce n'étoit pas, comme on le dit, in:ervenir dans les matières de culie, c'étoil protéger un culte contre le despotisme d'une secte ; c'étoit assurer la vraie liberté.

» On ajoute : Chaque commune doit adopter la forme religieuse qui lui convient le mieux. Qu'est-ce à dire ? Cette forme deviendra-t-elle donc exclusive, intolérapte ? Dites que chaque citoyen peut adopter telle croyance qu'il lui plaira ; soit. Mais chaque commune! cela veut donc dire qu'elle s'assemblera, qu'elle votera, qu'il y'aura une majorité et une minorité ; par couséquent, qu'il y aura un culte privilégié, et que les autres seront ou exclus ou persécutés ?

?». Il ne dépend, ni du gouvernement, ni de l'administration, ni d'une commune, et encore moins d'une portion des habitans, de changer la destination des églises, mises par la loi à la disposition des évêques. L'autorité, soit à Lèves, soit à Clichy, devoit rendre au culte catholique un bâtiment qui lui appartient, de même qu'elle empêcheroit l'usurpation des temples protestans ou israélites, que tout prétre de la soi-disant église française voudroit envahir. Le culte prétendu français avoit à Lèves sa chapelle ; mais les catholiques n'avoient plus leur église. L'autorité a voulu rouvrir l'église catholique, mais sans ferner la chapelle française, et les sectaires français ont opposé la violence à celle mesure d'équité. De quel colé est, dans ce cas, le fanatisme, l'intolérance ? Nous le demandons à tous les gens de bon sens et de bonne foi.

» Ici, l'auteur de la lettre élève une préiention aussi étrange que dangereuse. La majorité des habitans de Lèves est ralliće, dit-il, à l'église française ; la com

mune doit donc suivre ce mouvement ? Où iroit-on avec cette doctrine ? La majorité élant catholique dans presque toutes les villes de France, il s'ensuivroit que les protestans, les israélites, devroient être privés du moyen d'exercer leur culte. Fermez les temples, les synagogues ! C'est un ami de la liberté qui le demande, qui le veut; car il n'admet pas les croyances des minorités. Il a besoin de cet argument pour une petite localité; et il ne s'aperçoit pas , dans sa préoccupation, qu'il prêche, pour toute la surface du royaume, la proscription de la croyance qu'il défend.

» Enfin, que propose-t-on ? De consulter les conseils municipaux sur leurs préférences religieuses. Outre ce pouvoir monstrueux qu'on prétend attribuer aux conseils municipaux , qui ne sont appelés à délibérer sur rien de semblable, jugez ce qui en résulteroit dans l'Est pour les israélites, dans l'Ouest et le Midi pour les protestans. L'auteur de la lettre proclaine Ini-même que « c'est en matière de cultes. » que les consciences sont le plus rebelles, - et il n'imagine rien de mieux que de mettre partout la religion de chaque commune aux voix dans le sein du conseil municipal; formalité inutile, s'il entend laisser leur liberté à toutes les croyances, et qui n'a de sens et de but que s'il prétend souinettre la minorité au choix, à la préférence de la majorité.

» On voit comment le besoin de soutenir une question isolée, à l'égard d'une croyance obscure, et pour une étroile localité, a entraîné le signataire de la lettre dans une série de contradictions et d'inconséquenees qu'il suffit de signaler. Les exposer, c'est y répondre. »

- M. Isambert a voulu répondre à l'article du Moniteur. Cette réponse n'est pas fort concluante. M. Isambert y divague un peu ; par exemple lorsqu'il dit que le clergé s'étoit emparé autrefois des édifices religieux des païens et des druides. C'est aller chercher loin ses preuves, quand il s'agit de savoir si l'église de Lèves appartient aux catholiques ou à un parti né d'hier. M. Isambert persiste à soutenir que les églises appartiennent aux communes, et opposé à la loi organique du concordat, qui est précise sur ce pout, des arrêtés particuliers, des avis du conseil d'état qui ne sauroicnt apparemment infirmer une loi. Il veut qu'en fait de religion ce soii la majorité des habitans qui décide, ce qui pourroit donner lieu à des changemens sans fin. De bonne foi, les trois quarts des habitans des troisquarts des communes sont hoi's d'état de se décider par leurs propres lumières pour telle ou telle religion. A la suite de sa discussion, M. Isambert prétend que M. Ledru a été interdit illégalement; que le préfet auroit dû d'office faire annuller au conseil d'état cet interdit; comme si le conseil d'état pouvoit annuller un interdit lancé par un évêque. Ce député ajoute qu'il connoît l'affaire de Lèves mieux que le Moniteur. Je crois qu'en effet il la connoît, et que, s'il vouloit nous dire tout ce qu'il en sait, on apprendroit les ressorts secrets qui ont mis tout en mouvement. J'ai

passé dix ans de ma vie dans cette commune, dit-il, je sais combien les habitans en sont paisibles. En effet ils l'ont prouvé le dimanche 18 avril. Il a fallu un concours de circonstances irritantes pour qu'ils aient manifesté un sentiment d'opposition. N'est-il pas plaisant d'appeler sentiment d'opposition des barricades, des coups de pierre et le pillage d'un évêché? Quel sentiment! J'aime à croire qu'on ne trouvera pas parmi eux un coupable. Comment, on ne uouvera pas un coupable parmi ceux qui ont fait reculer la force armée et qui ont dévasté l'évêché? Mais où sont donc les coupables ? M. Isambert va nous l'expliquer. L'appareil déployé à Lèves a conduit dans celte commune des perturbateurs qui n'avoient pas encore trouvé l'occasion de faire nättre une collision. Ainsi ce sont apparemment les soldats qui ont dressé les barricades à l'aide desquelles on les a prepoussés ; ce sont peut-être aussi eux qui avoientenliepris la dévastation qu'ils ont fait cesser. On ne pouvoit rien imaginer de plus ingénieux pour disculper les gens de Lèves.

- Le jubilé s'ouvrira, dans le diocèse de Blois, le dimanche 12 mai. M. l'évêque de Blois l'a annoncé par un mandement du 10 avril, où il presse son troupeau de profiter de tant de grâces qui lui sont offertes :

« Voyez comme le Père des iniséricorrles cultiplie en notre faveur les témoiguages de sa bouté, à mesure que les dangers qui nous envirovnent deviennent plus nombreux et plus pressans! En peu d'anuées, ô providence qui d r ge el or donne tout en ce monde pour le salut des élus ! en peu d'années, troi: souverains pontifes ont successivement ouvert aux fidèles les précieux trèsors de l'Eglise, et la plupart d'entre vous ont vo jaillir de ces sources sacrées les gráce: qui suppléeut à noire indigence. Trois fois donc le maitre de la vigne est venu pour recueillir le fruit qu'il avoit droit d'attendre du figuier auquel il a donné lant de soins. Mais qu'il eu est un grand nombre, nous le disons en gémissant, conime l'apôtre, qui n'ont répondu à tant de sollicitude que par une désolanie stérilité, et qui, arbres infructueux, ont jusqu'ici occupé inutilement la terre ! Ah! leur dirouisnous encore cette fois, voici une nouvelle visite du inaitre, hålez-vous d'en profiter et ne forcez pas sa bouche à proponcer cuntre vous un arrêt d'élernelle malédic- tion , lorsqu'elle ne voudroit s'ouvrir que pour vous bénir. O vous, qu'une négligence trop prolongée et trop coupable a tenus éloignés encore cette année de la tablé sainte où vous invitoit votre Dieu, où vous pressoient peut-être de vous rendre les besoins multipliés de votre ame, entrez dans la nouvelle voie de salut qui va s'ouvrir devant vous. Et pourquoi vous obstineriez-vous à périr éters, nellement, alors que l'Eglise épuise en quelque sorle pour vous sauver toutes les ressources dunt son divin époux lui a laissé la dispensation ? »

. - Les propagateurs de l'impiété ont à se féliciter de succès de leur's plaisanteries et de leurs déclamations irreligieuses. Ils font des prosélytes dans les campagnes. Deux faits arrivés coup

sur coup en sont la triste preuve. Le 9 février dernier, au soir, six jeunes gens d’Ymeray, près Maintenon , diocèse de Chartres, entrèrent dans un cabaret revêtus de costumes ridicules. Le chef, Philidor Doye, portoit une chemise blanche par-dessus són habit avec une espèce d'étole, et, sur sa tête, une espèce de bonnet carré; un autre agitoit une sonnette. Arrivés dans le cabaret , ils se mirent à genoux, et Doye, tirant de sa poche une boîte à savonnette où étoient des morceaux de pomme découpés en forme d'hostie, en mit dans la bouche de chacun de ses compagnons en marmottant quelques mots. Cette dérision sacrilége pouvoit d'autant moins rester ignorée, que les jeunes gens allèrent ensuite avec leur costume dans différentes maisons du village, Ils ont été traduits en cour d'assises, et, malgré l'évidence des faits, ils ont été acquittés. Un jury n'a pas pensé que ce fût là insulter la religion. Quelque chose de semblable vient d'arriver dans le diocèse du Mans. Le 9 avril dernier, des jeunes gens de Gesvres, arrondissement de Mayenne , se réunirent le soir dans une auberge de la 'commune; l'un d'eux étant complètement ivre, ses camarades le mirent dans une toile, le portèrent comme un corps et le promenèrent dans le village, simulant les cérémonies d'un enterrement. Des flambeaux étoient allumés, un seau tenoit lieu de bénitier et une fourche disposée d'une certaine manière figuroit la croix. Ainsi rien ne manquoit à cette parade sacrilége, et un capitaine de la garde nationale y présidoit. L'autorité n'a rien fait pour réprimer ce scandale. Y aura-t-il des poursuites? On ne sait si on doit le désirer; car, traduire ces jeunes gens en justice pour les acquitler avec éclat, ce seroit ajouter un scandale à un autre. Quelle législation qui ne donne aucun moyen de réprimer de tels outrages à la religion! .

- Le maire dOrsival, diocèse de Cambrai, se plaignoit depuis long-temps de son curé, qui est aussi celui de Villers-Pol, commune contiguë. Il vouloit qu'on destituât le curé, ou au moins qu'on le plaçât ailleurs. L'autorité ecclésiastique ayant examiné les plaintes, ne les a sans doute pas trouvées fondées, et a maintenu le curé. Comme les principes qu'elle professe ne sont pas suspects , son jugement auroit dû calmer l'esprit d'opposition contre le curé de Villers-Pol. Au contraire, cet esprit a pris une nouvelle force. Le inaire d'Orsival et le conseil municipal ont donné tous à la fois leur démission. Ils ont espéré sans doute que cette mesure forceroit l'autorité à faire droit à leur demande. Le maire de Villers-Pol a suivi cet exemple : c'est une petite insurrection municipale contre un curé qui déplaît.

- Il a paru la semaine dernière, dans un de nos journaux politiques, un article sur la vacance prolongée du siége épiscopal d'Ajaccio. Il y a bientôt un an et demi que l'évêquc M. Sébastiani est mort, et il n'a pas encore de successeur. Cependant tout est à faire dans ce diocèse qui n'a même pas encore de séminaire. Il faudroit à Ajaccio un évêque actif et zélé, un 'évêque qui pût visiter son diocèse et former des établissemens. Tout languissoit sous le dernier évêque, tout languit encore aujourd'hui, tout languira bien davantage, si on envoie un évêque vieux ou indolent, qui n'ait pas l'esprit de son état ni le sentiment de ses devoirs. C'est pour le troupeau qu'il faut un évêque, et non dans l'intérêt de telle ou telle famille. Qu'elle veuille gouverner le diocèse sous le nom d'un autre, c'est une prétention qu'une politique étroite peut avouer, mais que la religion repousse et que le gouvernement même n'a pas intérêt à favoriser. Seroit-il vrai qu'on portât au siége vacant un prêtre un peu révolutionnaire, qui a été autrefois employé dans les vivres de l'armée et qui n'a jamais perdu les habitudes militaires ? Ce seroit une désolation dans tout le clergé et parmi les fidèles. Le gouvernement ne connoît pas assez l'esprit de la Corse. Il faut envoyer dans un pays religieux un homme dont la conduite soit en harmonie avec le caractère dont il sera revêtu , qui puisse y obtenir une considération et une influence qui serviroient même les intérêts politiques du pouvoir. Déjà les Corses se plaignent qu'on les néglige beaucoup, qu'on ne fait rien pour les attacher à la Métropole, qu'ils sont livrés à la partialité d'un seul homme qui dispose à son gré de tout dans l'ile. Il importe de faire cesser ces bruits; le bien de la religion, le bien de

la Corse, le bien du gouvernement le demandent également. Don' nez à ce pays un évêque capable et zélé, et tout s'y remettra de

soi-même à sa place.

NOUVELLES POLITIQUES. ! Paris. Nos lecteurs doivent se rappeler que la révolution de juillet nous est foujours apparue sous les formes et avec le même caractère que celle qui avoit déjà couvert la France de misère et de deuil. Dès les premiers jours, quand tout le monde s'accordoit à la trouver pure , nous prouvions qu'elle ne l'était pas, au moins sous le rapport de la dévastation et du pillage. A mesure que nous avançons, elle se charge de confirmer de plus en plus ce que nous avons toujours dit et pensé d'elle. Après avoir chanté la Marseillaise et la Carmagnole , la voilà maintenant qui arrive à chanter les Aristocrates à la lanterne; à crier : Vive la république! vive la guillotine ! et à demander dans ses épanchemens la

fraternité ou la mort. On présume, à la vérité, que ce ne sont pas les direc·teurs en chef de la révolution qui donnent encore ces mots d'ordre. Mais, comme

les inférieurs du parti n'enlendent pas la politique transcendante, ils y mettent moins de façon et de mystère, et ils se hâtent d'aller au fait de la manière dont ils le comprennent. A cela près qu'ils commellent peut-être une indiscrétion , ils raisonnent juste. Les patrioles qui les dirigcut leur promettent de les tirer de

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