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contre le gouvernement autrichien. L'auteur se borne à rapporter l'histoire de sa captivité et celle de plusieurs de ses compagnons d'infortune. Il rend compte de ses souffrances, mais surtout de ses sentimens et de ses dispositions dans le malheur. Il le déclare au commencement de son livre, il a dit adieu à la politique, et il évite même de parler des interrogatoires qu'il a subis et des motifs de sa condamnation. Une seule fois, en parlant des carbonari, il dit qu'il en connoit si peu qu'il ne sauroit expliquer ce que c'est. Mais ses Mémoires offrent un vif intérêt sous un autre rapport : ils sont pleins de religion, et l'on voit que si l'auteur avoit mérité d'être détenu , il profita très - chrétiennement de la dure captivité qu'il subit : rien ne prouve mieux l'empire de la foi sur ceux mêmes qui l'avoient un peu oubliée; car M. Pellico avoue que jusque là il observoit mal la religion, et que, quoiqu'il ne lui fût point hostile, et que les objections vulgaires contre elle lui parussent mériter peu d'attention, cependant les doutes et les sophismes publiés sur ce sujet avoient laissé des traces fâcheuses dans son esprit ; mais une fois en prison ces impressions s'effacerent. La pensée de ses parens, des sentimens qu'ils lui avoient inspirés le ramena à la religion. Il raconte avec une touchante simplicité les divers mouvemens qui agitèrent son ame pendant sa longue détention. Aussi nous croyons qu'on verra avec intérêt une analyse de ses Mémoires.

M. Pellico fut arrêté à Milan, le 13 octobre 1820, et conduit à la prison Sainte-Marguerite, ancien couvent de religieuses, où plusieurs de ses amis étoient déjà détenus. Dès les premiers. jours, il se résigna à son sort, et résolut de se montrer chrétien. Il avoit une Bible, et avoit toujours aimé cette lecture, même quand il se croyoit incrédule. Il l'étudia alors avec plus de respect, et s'accoutuma à réfléchir sur ces livres saints. Son habiiude étoit de réciter peu de prières ; mais il se tenoit sans effort . en la présence de Dieu, et s'appliquoit à ne se plaindre de rien.

Tous les matins, après un court hommage à Dieu, sa première occupation étoit de faire une revue de tout ce qui pouvoit lui arriver dans la journée, et ce qui pouvoit l'émouvoir, pour s'y préparer. Dans deux visites que son père obtint de lui faire, le prisonnier s'attacha à lui cacher toutes ses inquiétudes. Son bon cour pour ses parens paroit dans tout son récit. Il se montre d'ailleurs un homme d'un esprit cultivé. Il étoit connu en Italie par une pièce qui avoit eu beaucoup de succès , Françoise de Rimini; et dans les premiers temps de sa prison, il s'occupoit de quelques compositions littéraires.

A Milan , il se trouva près d'un autre prisonnier qui se disoit le duc de Normandie, fils de Louis XVI. Il n'ajouta point foi à son histoire , et remarqua avec peine que cet étranger, quoique assez bon enfant, étoit fort léger et fort peu religieux. M. Pellico se reproche de n'avoir point essayé de lui faire voir la foiblesse des objections contre le christianisme.

Dans la nuit du 18 au 19 février 1821, on vint le chercher pour le conduire à Venise, ou il devoit être jugé. Les soins de son procès le mirent, les premiers jours, dans un état d'agilation qui affoiblit un peu ses premières résolutions. Cependant il prii le dessus , en revint à la Bible , qu'il avoit négligée, cty trouva une grande douceur. Il déplore l'aveuglement ou la malice de ceux qui lournent en risée la ce livre divin, parce qu'ils ne l’entendent pas ; la critique de Voltaire lui paraii misérable et antiphilosophique. Il couchoit par écrit les réflexions pieuses ou morales qu'il faisoit sur divers sujets, el celle occupation charmoit l'ennui de sa solitude. Il eut quelque temps une correspondance avec un autre prisonnier, nommé Julien, qui se montroit ouverlement impie et licencieux. Il essaya vainement de le ramener à des pensées plus solides, . Au mois de décembre suivant, on publia la sentence des accusés impliqués dans le premier procès. Neuf étoient condamnés à mort; mais leur peine sut commuée en plusieurs années de captivité. Le 11 janvier 1822, on transféra M. Pellico dans la prison de Saint-Michel de Murano (1), près Venise, ou éloient déjà plusieurs de ses amis. Le 21 février, on le mena devant la commission , et là il apprit que la sentence étoit arrivée, qu'elle étoit terrible, mais que l'empereur l'avoit mitigée : la peine de mort éloit commuée en quinze ans de prison dure dans la forteresse de Spielberg. Le prisonnier ne dit que ces mots : Que la volonté de Dieu soit faite. Mon intention, ajouta-t-il, étoit véritablement de recevoir en chrétien ce terrible coup, et de ne nourrir aucun ressentiment contre qui que ce soit. De ce moment, on le réunit à M. Maroncelli, un de ses amis, dont il étoit séparé depuis seize mois. Bientôt l'horreur de sa situation, la désolation de ses parens , la perspective d'une prison

(1) C'est un ancien couvent de Cainaldules où le Pape actuel a été religieux et a professé la théologie,

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qui seroit son tombeau, tout contribua à lui exalter la tèle. Il ne prioit plus, il étoit irrité. Ses compagnons d'infortune avoient résolu de faire leur pâque avant de partir ; il ne suivit point leur exemple, parce qu'il ne se sentoit point disposé à pardonner.

Il partit pour l'Allemagne, avec M. Maroncelli, la nuit du 25 au 26 mars; ils étoient enchainés : ils arrivèrent le 10 avril à Brunn en Moravie. La forteresse de Spielberg louche aux murailles de cette ville ; cette prison étoit bien plus dure que celles d'Italie : plus de livres, la chaine au pied, des planches pour lit, une mauvaise nourriture. De plus, on sépara les deux amis, et on les mit dans des chambres obscures. M. Pellico étant tombé malade fut changé de chambre. A côté de lui se trouvoit un autre prisonnier, le comte Antoine Oroboni, jeune homme de 29 ans; ils ne se connoissoient point auparavant, et trouvèrent moyen de se parler. Oroboni étoit plein de foi, et causoit religion avec M. Pellico, qui en étoit revenu à ces mêmes doutes dont il avoit si bien signalé le ridicule. Le malheureux fut tenté de suicide, et sut cependant y résister. Oroboni remontoit son courage ; ce jeune homme avoit d'excellens sentimens. Attaqué d'une maladie de langueur, il avoit demandé un prêtre qui sût l'italien pour se confesser. On lui répondit qu'il n'y en avoit point à Brurin. Dieu voit mon désir, dil-il; ii'ailleurs, je me suis confessé à Venise, et, en vérité, je ne crois pas avoir rien qui me charge la conscience. Pellico s'étoit aussi confessé à Venise, mais, dit-il, avec le cour plein de ressentimens. Touché de l'exemple de son ami, il promit de se confesser et de ne plus conserver de rancune. Oroboni parut ravi de le voir dans ces sentimens, et ces deux hons jeunes gens s'étoient promis de s'entretenir surtout ensemble de sujets graves et religieux.

Au commencement de 1823, M. Pellico essuya une maladie grave. Il demanda un prêtre, se confessa, communia et recut l'extrême-onction. L'ecclésiastique s'appeloit Sturm, et le prisonnier en fait l'éloge. On le réunit à M. Maroncelli, qui fut chargé de le soigner, et on lui permit d’écrire à ses parens. Le pieux Oroboni mourut le 13 juin 1823 dans les sentimens les plus édifians. Il reçut les secours spirituels du chapelain , qui se trouva savoir le français. Une heure avant d'expirer, il pleuroit en pensant à son père, vieillard octogénaire ; mais se reprenant aussitôt : Pourquoi pleurer le plus heureux de ceux qui me sont chers, puisqu'il est a la veille de me rea · joindre dans l'éternelle paix? Ses dernières paroles furent :

Je pardonne à mes ennemis. L'abbé Fortini, son ami d'enfance, pieux ecclésiastique, lui ferma les yeux.

On permit à un religieux augustin, le père Baptiste, de venir tous les mois visiter les prisonniers. M. Pellico en parle comme d'an ange de douceur; ses manières étoient distinguées, ses exhortations persuasives. Il apportoit des livres aux prisonniers , car cette faveur leur fut accordée quelque temps. Il causoit avec eux et les consoloit. A celle occasion, l'auteur des Mémoires . s'étend sur les avantages de la confession, et plaint ceux qui ne peuvent en jouir. M. l'abbé Paulowich (1), prêtre dalmate, qui fut envoyé de Vienne, et qui devint évêque quelques années après, succéda au père Bapliste. C'est à lui que les prisonniers durent d'avoir la messe, qui jusque-là leur avoit été refusée. Un çapucin venoit la célébrer, et ne la terminoit jamais sans y joindre une oraison pour les prisonniers. · M. Maroncelli, compagnon de prison de M. Pellico, étant devenu infirme, obtint de pouvoir sortir dans la prison pour prendre l'air. M. Pellico partageoit cet avantage, et les derviers temps de sa captivité furent moins rudes. Un nouveau confesseur venoit les visiter; c'étoit M. l'abbé Wrba, professeur d'Ecriture sainte à Brunn,' et élève d'un Institut fondé à Vienne par le célèbre Frint, alors curé de la cour. L'abbé Wrha, demeurant à Brunn, pouvoit voir plus souvent les prisonniers. Il causoit volontiers avec Pellico, qui se feliciivit beaucoup de ses entretiens, et qui en profita sous le rapport spirituel. L'abbé Vrba, étant tombé malade en 1829, lut remplacé par l'abbé Ziak, vicaire , qui aussi étoit un prètre éclairé et excellent. Il est -remarquable que, sur cinq prêtres, allemands qu'a vus l'auteur des Méinoires, il n'en ait trouvé aucun dont il ne fasse l'éloge pour leur zèle, leur savoir et leur sagesse.

Enfin, le dimanche 1er août 1830, les prisonniers Pellico, Maroncelli et Tonelli eurent leur grâce : ils partirent peu après pour l'Italie. Pellico rejoignit sa famille à Turin le 17 septembre. Il termine ainsi ses Mémoires : Ah! de tous les malheurs passés et de toute la joie présente, comme de

(1) Son véritable nom est Étienne- Paulovich Lurich ; il a été fait en 1818 érèque de Cattaro, en Dalmatie, et occupe encore ce siège.

tout le bien et de tout le mal qui n'est réservé, bénie soit la Providence dont les hommes et les choses sont d'admirables instrumens qu'elle sait faire servir, qu'ils le veulent ou non, à des fins diynes d'elle.

Nous aurions eu plaisir à citer quelque chose de ces moires, si déjà cet article n'étoit fort étendu. Il y a des passages pleins de sens et de raison sur la religion. Nous osons dire qu'il est peu de livres plus attachans et ou règne plus de candeur, de simplicité et de tout ce qui fait aimer un écrivain.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. Rome. Le lundi 15 au matin, le saint Père tint au Vatican un consistoire secret, dans lequel l'office du vice-chancelier de l'églisc romaine fut conféré à M. le 'cardinal Odescalchi. Ensuite Š. S. remplit les églises vacantes ainsi qu'il suit :

A Sabine, M. le cardinal Odescalchi; à Naples, M. Philippe Giudice Caracciolo, de la famille des ducs de Gesso , lransféré de Molfetta ; à Palerme, M. Gaëtan-Marie Trigona, transféré de Caltagirone; à Sassari , en Sardaigne, M. Jean-Antoine Giannotti, chanoine primicier à Turin;

A Rimini, M. Francois Gentilini, transféré d'Anycles in part. à Calahorra et Çalzada, M. Paul Abella, transféré de Tibériopolis in part.; à Orviete, le père Antoine-François Orioli, vicairegénéral de l'ordre des mineurs conventuels; å Urbania et SaintAnge in vado , Laurent Parigini, chanoine de Nocera ; à Savone et Noli, Augustin-Marie de Nari, prêtre génois ; à Tortone, Jean Negri, chanoine penitencier de Verceil; à Alexandrie, en Piémont, Denis-André Pasio, prêtre de Turin ; à Ampurias et Civita, Diégue Cepece, chanoine de Cagliari ; à Caltagirone, Benoît Dente, bénédiciin du Mont-Cassin; à Ratisbonne, François-Xavier Schwebl, chanoine de Munich; à Namur, Jean-Arnold Barn rett, vicaire général de Liége ; à Barcelonne, Pierre-Martinez de San Martin , chanoine-trésorier de Burgos; à Fogaras, du rit' grec-uni en Transylvanie, Jean Lemery, vicaire capitulaire et chanoine de la cathédrale; à Huesca , Laurent Ramo de San Blas, général de la congregation de la Mère de Dieu des écoles pies; à Lerida, Julien Alonzo, ancien général de l'ordre de Prémontré pour l'Espagne; * Et aux évéchés in part. suivans, de Gerra, M. François Zoppi, précédemment évêque de Massa di Carrara; de Maximianopolis, Gaëtan de Kowalski, chanoine de Gnesne, nommé suffragant du diocèse ; et de Tricomie, Joseph de Chelkowski, chanoine de Posen, nommé suffragant de ce diocèse.

Après une courte allocution, S. S. déclara cardinanx de l'ordre

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