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Sur le cours de M. 'abbé Frere en Sorborin DE L'HOMME. (Suitė.) -- L'homme déchu; nature du péché ; ses causes.

(Leçon du 28 mars. )

Nous avotis étudié jusqu'ici l'excellence de la nature de l'homme, la perfection de ses rapports; l'étendue de ses magnifiques privileges, la gloire de ses destinées. Pourquoi une si brillante histoire n'est-elle point la nôtre? et comment les rejetons d'une aussi florissanle tige sont-ils frappés de dessèchement et de langueur? mystère doublement enveloppé de iénèbres pour la science antique comme pour les penseurs modernes qui étudièrent ailleurs que dans le grand livre la vérité des choses. Qui, iutre Eglise catholique seule connoit les maux de l'humanité, parce que seule elle a reçu de Jésus-Christ la connoissance, le pouvoir de les guérir. Et c'est là ce qui distingue son enseignement divin des théories et des systèmes, le propre de la vérité étant de conservér ét d'arnéliorer toujours. Ayons le courage de connoitre noire nature telle que le péché l'a faile; remontons à la cause de la grande maladie de l'humanité, et cherchons-en le remède ; car, vous le savez, dans la médecine, point de guérison, si on n'a découvert la cause du mal. Eh bien! la religion catholique à urie certitude plus grande que celle du médecin qui connoit la cause d'une maTadie et la guérit par les remëdès convenables; et aussi de celle révélation de l'origine et du remède de nos maux résultent le bien-être de l'homme, l'amélioration individuelle et sociale; le retour à tout bien, l'exemption de tout mál.

Et voilà ce que peut l'Eglise catholique : dans son enseignement vous trouverez une science parfaite, profonde, de la naiure de l'homme ; science non-seuleinent d'une théorie admirable, mais d'application et d'expérience infaillibles. Notre étude sera donc toute expérimentale. Ne craignez pas d'y rena contrer des søstèmes : ce sera l'esprii de vérité qui nous en: seignera la vérité et d'ailleurs, il faut lë diro; il fa en möräle

Tome LXXVI. L'Äini de la Religion:

des vérités aussi certaines qu'en mathématique, essentielles meni distinctes par leur objet, et différentes parce que l'ètre moral diffère de l'étre élendu, l'esprit de la matière. Chaque cire a scs lois, son mode d'investigation ; il faut les examiner nécessairement selon ce mude qui lui est propre. On passe plusieurs années à éludier la nature physique, et l'on ne voudra pas consacrer quelque temps à expliquer la science morale! ou bien, parce qu'on raisonne juste sur les mathématiques, on croira parler de même sur les vérités de l'ordre moral! Non : il n'y a que la connoissance que nous aurons le bonheur d'acquérir dans l'enseignement de l'Eglise qui puisse nous aider à résoudre toutes les difficultés, tous les problèmes de la nalure de l'homme. A la lueur du livre de vérité, nous sonderons la mine des siècles passés, les ténèbres des âges lulurs; tous les peuples passeront sous nos yeux, nous pénétrerons , les causes de leur grandeur ou de leur décadence : rien n'échappera à une pareille investigation. C'est la Bible à la main que nous allons commencer l'histoire de la nature humaine ; là, l'erreur ne sauroit pénétrer : tout y est divin. Quand lous les livres périroient, celui-là seul nous offriroit tout ce qui est nécessaire pour notre instruction et notre salut.

De toutes ces idées préliminaires, il faut tirer deux principes essentiels , sur lesquels roule toul ce qui se fait dans le genre humain, principes qu'il faut considérer dans les livres saints : le premier, la cause du mal dans la volonté de l'homme, et tous ses effets ; le deuxième, la cause du bien dans la miséricorde de Dieu, et tous les effets de cette miséricorde. Ces préliminaires établis, entrons en matière. Considérons le péché.

Le péché est la transgression de la loi : Peccatum est legis transgressio, dit saint Augustin; et comme on peut manquer à la loi par pensées , par paroles et par actions, le même Père ajoute que le péché est toute action, parole ou pensée.contraires à la loi éternelle : Factum, conceptum, dictum adversus æternam legem. Mais voulez-vous avoir une idée bien claire, profonde ci intelligible sur le péché? concevez bien l'état primitif de perfection. Bossuet, dans son quatrième sermon sur le mystère de la circoncision, développe parfaitement celte malière. Nous avons donc dit, pour donner une idée du péché, que c'est une transgression aux lois de Dieu. C'est un pouvoir créé qui se rend indépendant de son créateur : cette

idée va ressortir de l'examen des trois exemples du péché que nous alions considérer; el afin de bien fixer el éclairer notre esprit dans cette élude, servons-nous du langage el des lerines mélaphysiques heureusement employés dans l'école.

Il y a une cause occasionnelle du péché, une cause formelle, c'est-à-dire une cause qui affecte l'ame, et enfin une cause efficiente, qui a vraiment fait l'objet par lequel l'homme a consommé le péché. La cause occasionnelle est le démon; la cause formelle est l'orgueil; la cause efficiente est la désobéissance. C'est par l'instigation du démon que le péché arrive dans le monde. Ne soyons pas étonnés d'y entendre un animal articuler des sons : un ètre intelligent et supérieur est le principe de ce prodige, il ne doit pas nous étonner; el nous verrons plus tard l'existence et l'influence du démon. Ainsi, d'après le texte sacré, le serpent parle à la femme: Serpens erat callidissimus. C'est parce qu'il est fin qu'il s'insinue; il surprend, il pique, il dépose un venin , il tue. Admirez combien iout ceci est rempli de convenance et de mystère! C'est la sagesse elle-même qui nou, l'a révélé. Pourquoi Dieu, continue l'insidieux serpent? Cur, etc. (Il avoit seulement interdit l'usage d'un seul fruit.) Voyez comme le démon dirige son allaque par la vue de la généralité! La réponse de la femme annonce une vérité : De fructul.... Ne foriè moriemur. Remarquez-vous cette expression fortè, qui dénole l'insinuation du venin diabolique. Dieu commande, la femme doule, le démon pie: Dixit autem: Nequaquam. Non, non, vous ne mourrez pas : entendez-vous le menteur? Ah! qu'il s'établit à juste titre le père du mensonge en s'exprimant ainsi pour notre perle!

Remarquez, par la suite du texte sacré, comme le démon pousse l'homme à la vanilé, à la vaine gloire : C'est qu'au jour ou vous mangerez de ce fruit, répond-il à l'imprudente Eve, vos yeux seront ouverts : semblables à des dieux, vous sau. rez le bien et le mal. Nous trourons là les deux premières causes que nous avons assignées au péché : cause occasionnelle, le démon qui excite; cause formelle, la vanilé qui perd nos premiers parens. En effet, remarquons la suite : Pidit igitur quod erat aspectu bonum. Voilà la femme qui regarde ce fruit défendu : ainsi commence le plaisir. Le serpent a fail briller la beauté, la bonté du fruit. Eve a regardé ces fruits avec l'ail

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du desir; et lelle est l'origine de la concupiscence, qui n'est autre chose que le regard jele sur les créatures en vue du plaisir qu'on peut en l'etirer. Eprise de l'aspect séduisant du fruit salal, Eve le cueille, le mange, et à son tour pousse son mari à le gouler. Tulit Adam et comedit. Ainsi sut consom · mée la première désobéissance et notre malheur. Ne cherchez plus ailleurs la cause des misères, des crimes et des folies qui composent l'histoire de l'humanité. Tout est là. Tulit et cu: inedit. Tel est l'abrégé de tout le livre ou nous recueillons ces paroles remarquables, qui nous font voir tant de bontés et de miséricordes du côle de Dieu, que la folie de l'homme á vendues inutiles en se laissant aller à l'orgueil. Oui, l'orgueil á lout perdu; et c'est ici le lieu d'étudier cette féconde cause du péché, si funeste à l'homme. Qu'est-ce en effet que l'orgueil, ce principe du mal? L'orgueil, de superbia , superbire, est ce sentiment par lequel l'homme se croit capable , pár ses propres efforts, d'acquérir indépendamment de Dieu un bienélre que Dieu ne lui a pas donné.

Salan, ange rebelle , lombe par orgueil : envieux dès-lors du bonheur de l'homme innocent, il cherche un moyen , une route par ou il puisse le conduire à transgresser les ordres du Créalear; il le prend par l'orgueil : Vous saurez , lui dit-il, le bien que vous connoissez déjà, et le inal que vous ignorez encorc : Scientes bonum et malum: Vos yeux alors seront ouverts sur loules choses ; vous serez comme des dieux. Adanı se laisse aller à l'illusion : Si je prends ce fruit, semble-t-il se dire, par mon propre effort, par un acte de ma main, sans le secours de Dieu, contre sa défense, j'acquerrai une perfection qui me manque, je saurai : Scientes. Cetle erreur n'est-elle pas encore celle de tout le genre humain ? On se dit : Je puis me procurer ce bien par mes propres forces. Oli fait abstraction de Dien , lui moyen nécessaire, lumière de l'homme, qui seul peut donner une perfection, un bien-être qui nous manqueroit. De là les suites de notre orgueil, de là le châtiment de Nabuchodonosor réduit à l'état de brute, de là l'inconcevable folie de ce philosophe allemand qui écrivoit naguère : « J'ai dit que je voulois ètre libre, me façonner, me faire moi-même de mes propres mains. » Voilà l'homme, créalure', boue, poussière, qui ose dire qu'il peut refaire son être !

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. Paris., Un journal annonce qu'on ya publier les mémoires de l'abbé Blache, et il applaudit à celte publication qui, dit-il, sera fort curieuse. Blache est un ecclésiastique mort à la Bastille en 1714, après une vie fort agitée. Il voyoit des complots partout, et dénonça le cardinal de Retz et ses adhérens coinme auteurs d'un projet d'ôter la vie au roi et au dauphin. Il dénonça le cardinal Lecamus, évêque de Grenoble, évêque pieux et zélé qu'il accusoit d'intrigues, de trahison et de perfidie. C'étoit le cardinal Lecamus, et avec lui M. de Harlay et le père La Chaise qui furenų cause de la guerre de 1688. Blache dénonça surtout les jésuites, et fatigua toutes les aulorités de ses plaintes et de ses récriminations. Rien n'est si commun dans ses mémoires que des empoison-; nemens. Il fut arrêté en 1709 peut-être pour se débarrasser de ses poursuites , et mis à la Bastille. Le manuscriș de ses mémoires fut Trouvé chez les jésuites à l'époque de la destruction de la société, et donna lieu à un compte rendu du président Rolland, du 27 février 1768, où brillent la crédulité et la passion. Ce président, le même qui avoit eu tant de part à la destruction des jésuites, adopte Tous les rêves de Blache, qu'il cile comme une autorile irrefragable. Le manuscrit des mémoires passa à M. Rollaud de Champbaudouin, son fils, qui l'avoit vendu, à ce qu'il paroît, à nn fameux bibliomane, M. Boulard. Après la mort de celui-ci, il a été acheté par des libraires qui se proposent de le publier. C'est comme si on publioit les mémoires des habitans de Bicêtre ou de Charenton. L'abbé Blache étoit un cerveau félé, dont les mémoires prolixes et ennuyeux n'apprendront rien. Barbier en parle dans son Examen critique en homme fort préyenu. Voir le Supplément au Dictionnaire historique de Feller, édition de 1820, toine iv. Après avoir lu le rapport du président Rolland , on se convainc que l'importance donnée à celle affaire étoit une manoeuvre des ennemis des jésuites.

- La statistique de l'église. Auzou n'est pas brillante. M. l'abbé Thiberand, dont vous avons parlé il y a quelque temps, et qui s'étoit affilié à cette église, n'y est pas resté longtemps. On se moquoit un peu, dans ce jeune clergé, du vieux prêtre conştiļutionnel et de son obstination à dire la messe en latin. Ne devoit-il pas se conformer au goût du siècle et suivre les progrès de la raison ? Si on avoiı pu innover en 1790 et faire un schisme , n'étoil-il pas naturel qui'un schisme fail quarante ans plus tard fît un pas de plus dans la voie du perfectionnement? Falloit-il se traîner dans les mêmes ornières? Ainsi je m'élonne des scrupules de M. l'abbé Thiberand; puisqu'il avoit prèché sur la danse , il auroit dû mieux comprendre la nécessité de

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