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Que peut-on attendre de lui sous le rapport de la religion? Dès son introduction, il nous avoit fait pressentir son système, lorsqu'il avoit dit: Par cela seul qu'il est notre dernier principe, le besoin doit être aussi notre dernière fin... L'homme fait tout pour ses besoins , il ne peut jamais rien devoir qu'à eux seuls, et il se doit tout pour les contenter. Excellente théorie morale, en vertu de laquelle apparemment celui qui n'a rien, mais qui a des besoins, se doit tout pour les contenter! Il est aisé de voir ou cela conduit, et quelle application les pauvres pourroient faire de cet axiome. Le besoin est notre dernier principe, et doit être notre dernière fin. Nous autres, chrétiens, nous croyons que c'est Dieu qui est notre principe et notre fin. Mais l'auteur a réformé ces vieilles idées ; on s'en convaincra par la définition qu'il donne de la religion :

« La religion est tout ce qui lie et civilise les hommes; elle consisle dans l'amour qu'on a pour ses parens, dans le souvenir de leur's bonnes actions, dans le respect ei l'obéissance que l'on doit aux lois utiles, dans la recherche et la manifestation de la vérité, dans l'élévation et l'étendue des facultés de l'humanité, dans la pratique de toutes les vertus, et enfin dans une sympathie générale entre les hommes de toutes les doctrines, de tous les gouvernemens, de tous les pays et de toutes les couleurs. »

C'est la première fois peut-être que le nom de Dieu est omis dans une définition de la religion. Les déistes reconnoissent un Dieu, quel qu'il soit; les théophilantropes honoroient aussi Dieu , ou du moins prétendoient l'honorer. Robespierre lui-même avoit proclamé l'Etre suprême. Toute religion suppose des rapports avec Dieu. Dans la définilion nouvelle, pas le plus petit mot de Dieu , aucun devoir envers Dieu, aucunes croyances, aucunes pratiques. Cela s'appelle simplifier beaucoup les choses, On ne dira pas que le symbole de l'auteur est court, il n'a pas du tout de synıbole: il n'admet que la religion de la morale, qui, dit-il, n'a jamais produit et ne peut jamais produire aucun désordre, aucune guerre, aucune cruauté. Effectivement, les philosophes de 1793 disoient aussi qu'ils ne connoissoient d'autre religion que la religion de la morale, et l'on sait tout ce que cette belle religion leur a inspiré d'idées philantropiques. On sait que leur heureuse domination n'a produit ni désordre, ni guerre, ni cruauté. Cela ne doit-il pas donner aux peuples l'envie de voir recommencer cette touchante expérience ? L'auteur regrelte que les missionnaires n'aient pas dit à tous les peuples qu'ils visitoient: Toutes vos religions sont bonnes, conservez-les. Ainsi, il auroit fallu dire aux mahométáns, aux sectateurs de Brama, aux adorateurs des fétiches et des idoles, à ceux même qui immolent à leurs dieux des victimes humaines : Toutes vos religions sont bonnes, conservez-les. Aimable tolérance! On trouve que toutes les religions sont bonnes, on veut les conserver toutes, même les plus absurdes et les plus barbares, et en même temps on poursuit, on dédaigne, on livre au ridicule la religion de son propre pays, on flétrit ses pratiques, on accable de reproches ses ministres : n'est-ce pas là une charmante impartialité ?

Un chapitre entier de l'ouvrage est consacré à parler du parti-prêtre et de son influence en Savoie. Ce chapitre a certainement été fait avec des centons de M. de Montlosier et du Constitutionnel. Vous y voyez passer en rerue tous les grands mots de la fábrique libérale, la théocratie, l'ignorance, le jésuitisme, le sacerdotisme, l'intolérance, l'hypocrisie, la superstition, la friponnerie monacale, le fanatisme..... Tout cela est retourné dans tous les sens et accompagné des épithéles les plus propres à faire peur aux enfans. Pour prouver à quel point la terreur règne en Savoie, l'auteur nous apprend que les registres de l'état civil sont confiés au clergé : y a-t-il rien de plus monstrueux ? Les fèles sont excessivement multipliées, il est sévèrement défendu de travailler ce jour-là. Il est vrai que la même défense existe dans la Suisse protestante; mais il est convenu de ne crier que contre les catholiques. L'auteur prétend que depuis 1814 tous les colleges ont été érigés en séminaires, ce qui est faux. Il préle au clergé le projet d'interdire l'instruction à tous ceux qui n'auront pas une certaine fortune : l'archevêque de Chambéry a , dit-il, fait un projet d'édit à ce sujet. Or, cet édit est une imposture pour rendre le clergé odieux. Au surplus, tout ce chapitre est plein d'exagération, de suppositions gratuites, de mensonges, de niaiseries. L'auleur se plaint du fanatisme et de l'intolérance, et c'est lui qui se montre intolérant et fanatique à l'excès par le ton qui règne dans son livre, par les injures et les accusations qui y sont répandues, par les veux qu'il forme, et par les vengeances qu'il provoque. Nous ne savons à qui il faut impuler loules ces déclamations révolutionnaires et irréligieuses : est-ce M. d'Héran ou M. Darbier qui en est l'auteur? ou bien sont-ils tous les deux responsables de ces mancuvres pour troubler la paix d'un pays heureux et tranquille ? Quoi qu'il en soit, la médiocrité de l'ouvrage en atténue peut-être le danger. Ce livre est aussi mal écrit que mal pensé : le style est lourd, diffus et incorrect; souvent les phrases ne sont même pas françaises. Nulle grâce, nul intérêt, rien qui attache. Toujours le ton d'un homme en colère qui gronde, qui gourmande, qui menace. Espérons que les bons Savoisiens ne se laisseront point prendre à un appât si peu falteur, et qu'ils préféreront leur état paisible et leur régime paternel aux agitations inséparables de la révolution qu'on cherche à fomenter parmi eux. En ce moment même les journaux s'évertuent pour égarer l'opinion publique sur ce pays. La Sentinelle génevoise publioit dernièrement sur la Savoie un article qui n'est qu'un extrait du livre de MM. d'Héran et Darbier. Elle présentoit comme des faits certains les allégations mensongères des deux mécontens sur la puissance du clergé, sur l'oppression du peuple, sur les crimes du prince, etc. Hier encore, un de nos journaux répétoit ces déclamations. Nous engageons nos lecteurs à se défier de ce qu'ils publient à ce sujet.

NOUVELLES ECCLESIASTIQUES.

Rome. Le 24 juin, jour de la fête de saint Jean-Baptiste, le souverain pontife se rendit à Saint-Jean de Latran , où il assista , sur son trône, à la messe célébrée par M. le cardinal Pacca, archiprêtre de celle basilique. Les cardinaux, prélats et autres assistoient à la cérémonie.

- Le 16 juin , est morte à Rome , à l'âge de 54 ans , madame Justinienne Sambiasi , duchesse de Fiano. Elle étoit l'estée veuve de bonne heure, avec trois enfans, dont elle s'occupa de rétablir la fortune, dérangée par les révolutions ; mais elle travailla bien plus à leur inspirer l'amour de la religion et de la verlu. Les ayant tous établis, elle se donna toute à Dieu. Il n'étoit point d'ouvre de charité et d'exercice de piété auxquels elle ne prît part. Une longue infirmité, qui l'affligea plus d'une année, acheva de la purifier. Elle vit approcher la mort avec sérénité, et recommanda au duc son fils de ne mettre aucune pompe dans ses obsèques.

Paris. Jeudi dernier, jour où M.l'archevêque présida à la première communion de Saint-Sulpice, le prélat donna successivement la

confirmation dans quatre paroisses, aux Missions-Etrangères, à l'Abbaye-aux-Bois, à Saint-Severin et à Saint-Médard. Le lendemain, il administra le même sacrement à Saint-Roch , puis à Belleville. Partout ces cérémonies n'ont rien offert que d'édifiant. Dimanche dernier, le prélat est allé donner la confirmation à Choisy. Incessamment il aura terminé la visite des paroisses , et aura å se féliciter de n'avoir aperçu que des témoignages de religion et de respect.

– Les joies et les chagrins sont mêlés en ce bas monde. L'église française de Clichy a eu dans la même semaine un succès et un revers. Elle a vu plusieurs de ses partisans acquittés aux assises et son chef condamné à une amende. Il paroît que M. Auzou n'avoit pas voulu șè soumettre pleinement à l'ordonnance de la police sur le culte extérieur. Il accompagnoit les corps au cimetière, et a été cité pour cela devant le juge de paix du canton de Neuilly. Là, sa défense a été victorieuse, à ce qu'il assure, et néanmoins il a été condamné à 5 fr. d'amende. Mais il a annoncé qu'ilen appeloit et qu'il iroit, s'il le faut, jusqu'à la cour de cassation pour défendre le principe. De plus, il est menacé d'un autre procès : il a été cité de nouveau devant la justice de paix de Neuilly à la requête des fabriciens de l'église catholique de Cli- , chy, qui lui redemandent les ornemens enlevés à cette église. It a répondu fièrement qu'il ne vouloit pas entrer en conciliation , et qu'il se défendroit devant un tribunal compétent. M. Auzou paroit avoir l'humeur assez guerroyante; il s'est mis , qui le croiroit? en état d'hostilité avec M. Isambert; avec M. Isambert, le patron des gens de Lèves, qui avoit pris part à leur première levée de boucliers, qui l'avoit favorisée de son influence , qui avoit publié des lettres dans les journaux, en faveur de cette église schismatique, n'est-ce pas là une criante ingratitude? Eh! au food, qu'a donc fait M. Isambert pour s'attirer l'animadversion de M. l'abbé Auzou ? Dans un discours à la chambre , le 28 mai dernier, parlant de la réduction des évêchés, il a émis le voeu que les prêtres ne fussent plus soumis à des interdits qu'il appelle arbitraires, de sorte qu'on ne les vît plus se jeter dans l'église française ou gémir dans l'abandon et le désespoir. Ce peu de mots a piqué la susceptibilité de M. Auzou ; comment jeter? mais c'est un terme de mépris. Mépriser l'église française, quelle injustice! une église environnée de tant d'estime et de l'espect! De plus, dans ce discours, M. Isambert parle de 3,000 curés et de 27,000 desservans qui constituent le vrai sacerdoce. Sentez-vous toute la malignité de ce trait? M. Isambert oppose donc le vrai sacerdoce du clergé de France au sacerdoce bâtard de la secte nouvelle, quel affront! Qui se seroit attendu à cela de la part de M. Isambert? Aussi l'abbé Auzou, profondément blessé, n'a pas cru devoir laisser passer celte attaque sans réponse. Il a inséré dans son journal,

un article contre le discours du député. Cela ne lui a pas suffi ; cet article, il l'a prêché en chaire; il l'a prêché quatre fois de suite, tant à Paris qu'à Clichy , de sorte que voilà une rupture absolument déclarée entre M. Isambert et l'abbé Auzou. Le discours de ce dernier l'espire d'ailleurs la modération, il engage les prêtres romains à jeter les évéques en bas de leur tróne mensonger. Combien il est humain, ce bon M. Auzou ! on diroit qu'il n'a d'autre souci que de faire haïr et mépriser les prêtres. Ses derniers discours ont éié contre l'hypocrisie des prêtres et des grands, sur le mal que les prêtres ont fait à la religion, sur les abus politiques de la confession, etc. Ses adhérens parlent dans le même sens ; le sieur Laverdat prêche contre le fanatisme, Paquet contre l'orgueil et Plumet contre l'ambition du clergé romain. Tout cela se fait en dépit de la loi organique de 1802, qui porte que les ecclésiastiques ne se permettront dans lcurs instruciions aucune inculpation directe ou indirecte, soit contre les personnes, soit contre les autres cultes autorisés dans l'Etat (art. 52). L'église française a apparemment le privilége de se jouer des lois,

- M. l'évêque de Langres a passé quelques jours à Autun. Accompagné de M. l'évêque d'Autun, qui accroît chaque jour par ses vertus le respect et l'attachement de ses diocésains, M. Mathieu a visité le petit séminaire où il a présidé à la première communion des enfans, et leur a ensuite donné la confirmation. M. l'évêque d'Autun l'en avoit prié, et la présence de ces deux prélats ajoutoit à l'intérêt de la cérémonie. M. de Langres est allé ensuite au grand séminaire, où il a parlé aux jeunes gens avec autant d'àpropos que de piété. Mais c'est à la cathédrale surtout que l'onciion de ses paroles a vivement ému. Les détails que nous recevons à ce sujet prouvent quelle impression avoit faite le prélat pendant sa courte apparition.

- Au sommet de la colline Sainte-Victoire, près Aix, existe un ancien couvent abandonné où se trouve une chapelle et des caveaux qui servoient à la sépulture des religieux. A quelques pas étoit une croix que les fidèles étayent de temps en temps et garnissent de plaques de fer pour la mettre à l'abri des injures du temps. Cette croix est le but d'une procession que font chaque année, le 24 juin, les habitans de Pertuis. Un phénomène d'optique attire aussi en ce lieu les curieux, qui viennent y observer le lever du soleil. Cette année, quelques jeunes patriotes visitèrent l'ermitage, pénétrèrent dans la chapelle, et s'y signalèrent par des traits de grossière impiété. Ils ouvrirent la tombe, dont l'entrée est au pied de l'autel, et trois d'entre eux y étant descendus, jetèrent en l'air la cendre des morts, et s'emparèrent de trois têtes qu'ils donnèrent en spectacle. Les reproches des personnes présentes, dit la Gazette du Midi, furent inutiles. Non contens de cette violation de sépul

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