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ture, ces jeunes gens montèrent à la croix, en coupèrent plusieurs morceaux, déliuisirent une plaque qui en consolidoit les bras, et l'auroient l'enversée entièremeni si on n'étoit parvenu à les en empêcher. Les hommes de toutes les opinions doivent avoir horreur de ces actes d'impiété,

- Dans le but d'empêcher la profanation du cimetière SaintRoch, à Avignon, qui est abandonné depuis quelques années, l'autorité a fait commencer l'exhumation, et un Ossuaire considérable résultant des fouilles a dû être transporté processionnellement au cimetière Saint-Lazare. Le clergé des quatre paroisses d'Avignon et toutes les autorités se proposoient de former le cortége.

-Nous avons vu qu'à Tours la procession du second dimanche fut · troublée par le son d’un cor qui se fit entendre inopinément. Le bruit partoit du premier étage d'une maison au coin de la rue de la Longue-Echelle. L'intention étoit manifeste, et tout le peuple en fut indigné. On se porta vers la maison ; quelques individus montèrent à la fenêtre, dont les persiennes éloient fermées : ils ne trouvèrent personne dans la pièce , et jetèrent le cor dans la rue. Bientôt vinrent les gendarmes, qui dissipèrent le rassemblement. On a traduit en police correctionnelle, non pas l'auteur du désordre, mais les deux individus qui sont entrés dans l'appartement; ils ont paru à l'audience du tribunal de Tours le 28 juin. Le premier témoin entendu éloit le sieur Omer Duchesne, celui-là même qui avoit donné du cor; il a prétendu qu'il l'avoit fait sans intention, et qu'il ignoroit que la procession de la paroisse SaintFrancois-de-Paul dût passer près de chez lui. Les deux prévenus étoient Clisson, charcutier, et Boucher, maçon ; ils sont très-légèrement chargés. Au fond, ils n'avoient fait que céder à l'indignation générale contre l'auteur du tumulte. Le procureur du Roi, M. Gouin, qui n'avoit point fait arrêter les prévenus, a dit que la détention préalable avoit souvent de graves inconvéniens, et qu'il ne falloit pas disposer légèrement de la liberté des citoyens. En finissant, il s'est adressé au sieur Duchesne, ei l'a exhorté à plus de tolérance et à plus de respect pour cette liberté qu'il réclamoit pour lui-niême, et dont cependant il avoit méconnu les principes. L'avocat des prévenus a montré que les violences se réduisoient à peu de chose; ils n'avoient aucune mauvaise intention, ils n'ont fait qu'empêcher une émeule, et, en faisant taire M. Duchesne, ils ont préservé ce très-jeune homme des violences dont il auroit pu être l'objet. Les deux prévenus ont été condamnés à huit jours de prison, sans amende. L'espoir des curieux, qui s'attendoient à voir discuter la légalité des processions, a été complètement trompé; il n'en a été question de part ni d'autre.

- Dans l'affaire de Saint-Crespin, jugée au tribunal correctionnel de Beaupréau, comme nous l'avons rapporté dans le der

nier Numéro, les dépositions établissoient clairement deux délits,celui de provocations et de coups portés, et celui d'outrage à la religion. Il résultoit des dépositions de onze témoins que le 9 juin, Monnier et Babonneau, qui étoient dans le clocher, descendirent précipitamment, et courarent jusque dans le sanctuaire de l'Eglise .chercher querelle à Jean Martin, que Monnier le frappa avec violence, et tira sur lui son sabre; qu'il se jeta ensuite sur François Chupin, et le frappa de plusieurs coups à la figure, et que dans ce moment le conseiller municipal Babonneau déchargea un violent coup de poing sur l'épaule et un autre sur la figure de ce même Chupin, qui ne cherchoit pas à se défendre. Malgré ces dépositions, le ministère public avoit conclu, au grand étonnement de l'auditoire, à renvoyer Monnier et Babonneau de la plainte,. et à condamner les plaignans aux dépens. Heureusement, le tribupal n'a point adopté ce système de partialité : on ne l'accusera cei tainement pas d'excessive rigueur pour avoir condamné le sergent à six jours de prison, et le municipal à 16 francs d'amende.

- M. Thomas Dagoumer, qui paroît protestant, cite dans un de ses ouvrages un bref de Pie VII à Louis XVIII, bref écrit de Venise le 14 mars 1800, immédiatement après l'élection du pape ; et il ajoute que, par ce bref conçu dans les termes les plus affectueux, - le pape se rend coupable d'une triple trahison : il trahit Buonaparte auquel il doit le pontificat, en écrivant le jour même de son élection au comte de Lille qu'il reconnoît pour Roi de France ; il se ménage in petlo le moyen de trahir Louis XVIII, et il le trahit en effet par la suite; Il trahit la France, en reconnoissant dans ce pays deux souverains. Toutes ces trahisons n'existent que dans l'imagination de M. Dagoumer. Pie VII, en écrivant à Louis XVIII pour lui notifier son élection, ne fit que se conformer à l'asage de tous ses prédécesseurs. Tous les princes en font autant à leur avénement au trône. Le pape par cette démarche ne trahissoit point Buonaparte, auquel il ne devoit rien. Ce n'étoit certainement pas par l'influence de ce général qu'il avoit été élu. Buonaparte iout récemment devenu premier consul n'avoit aucune auiorité en Italie, ni aucun crédit à Venise au moment de l'élection de Pie VII. Assurément la recommandation de Buonaparte n'eût pas été à cette époque d'un grand poids auprès des cardinaux pour le choix d'un pape. Ce ne fut que quelques mois après qu'il entra en Italie, et que par la bataille de Marengo il y reconquit le pouvoir. Il n'y eut donc pas trahison de la part de Pie VII envers Buonaparte, avec lequel il n'avoit eu aucune relation. Il n'y eut donc pas non plus de trahison ni envers la France, ni envers Louis ÅVIII. Louis XVIII avoit des droils évidens à la couronne de France, et ces droits étoient reconnus partout ailleurs qu'en France. Lui écrire, étoit une démarche de politesse et de convenance que le pape devoit surtout à un prince malheureux: A qui sied-il mieux qu'au chef de l'Eglise d'honorer une grande infortune et de lui conserver des égards ? Mais , dit-on, Pie VII trahit plus tard Louis XVIII, en signant un concordat avec Buonaparte. Pie VII étoit avant tout chef de l'église; il dut considérer les intérêts de la religion ; et la perspective de la tirer de l'abîme où elle étoit en France depuis dix ans, de faire cesser le schisme et d'y rétablir le libre exercice du culte, dut l'emporter dans son esprit sur tout autre motif. Loin de trahir ses devoirs, il se montra dans cette occasion supérieur à toute considération humaine et digne de sa qualité de Père commun des fidèles. Ainsi ce que M. Dagoumer a imaginé pour flétrir la mémoire de Pie VII est une pure calomnie. Mais cette calomnie plaît aux ennemis de la religion, et ils la répéteront. Châtel, dans un de ses derniers numéros, a reproduit les accusations de M. Dagoumer. Ce n'est pas à un tel homme qu'il faut demander de s'enquérir et de vérifier avant d'accuser et de condamner un pape.

- Le 6 janvier dernier, on a ouvert une église catholique à Rehoboth, diocèse de Cincinnati, aux Etats-Unis. On se rendit processionnellement d'une maison particulière à la nouvelle eglise. La croix étoit portée en tête et suivie du clergé en insignes sacerdotaux; car dans ce pays, où le protestantisme domine, on souffre les cérémonies extérieures, et on ne croit pas la liberté des cultes violée par une procession. Après la bénédiction de l'église, une grand'messe fut célébrée, et M. Young prêcha. Il rappela qu'il y a treize ans il n'y avoit dans tout l'Ohio que deux prêtres, M. Fenwick , qui vient de mourir, et lui. Souvent dans leurs courses ils passèrent par ce lieu même où on se moquoit d'eux et de leur religion; on les regardoit comme de dangereux fanatiques: à peine s'ils eussent trouvé à s'y rafraîchir , et aujourd'hui une église catholique est érigée dans cette ville. Il y a treize ans que la première église catholique de l'Ohio fut bâtie à trois milles de Somerset, et à présent il y a dans le comté de Perry, où est Rehoboth, trois grandes et belles églises qui sont encore insuffisantes. Comme la nouvelle église étoit remplie de monde , et que dans le nombre il y avoit beaucoup de protestans, M. Young exposa les dogmes cacholiques , et répondit aux objections. Le soir, M. Bullok, autre missionnaire, prêcha après vệpres sur le sacrifice de la messe, et répondit aux difficultés des protestans. On ne doute pas · que ces discours et la vue des cérémonies catholiques ne produisent

encore quelques conquêtes à la vraie foi. Au mois d'avril dernier, ' on a posé la première pierre de nouvelles églises à Kensington, en Pensylvanie, et à Frédéric dans le Maryland. Celle-ci sera loulė en pierres, et aura 134 pieds de long.

NOUVELLES POLITIQUES.

Paris. Il est décidé qu'on ne peut plus se passer des jésuites en France. Quand on n'en a pas, on en fait plutôt que d'y renoncer. A force d'aller à la recherche, les patriotes de juillet en ont retrouvé un bon nombre, qui avoit échappé à leur allention sous le règne de Montrouge et de Saint-Acheul : ce sont les jésuites de la quasi-légitimité, autrement nommés jésuites-doctrinaires. Ces derniers sont de la pire espèce ; et, si on vouloit écouter les patrioles, ils seroient gens à reprendre les anciens. Oui, les anciens; ceux qu'ils appellent les jésuites de la légitimité. Ils n'hésilent pas à déclarer qu'ils valoient infiniment mieux que les nouveaux. Le fait est qu'ils paroissent au désespoir du mauvais marché qu'ils ont fait avec les révérends pères de la doctrine, et qu'ils ne savent à quels moyens recourir pour se débarrasser d'eux. Jésuites pour jésuites, ils conviennent que les premiers n'approchoient pas des autres pour l'ambition, la soif du pouvoir et la cupidité. Enfin, les jésuites doctrinaires sont tout ce qu'ils connoissent de pire. Ils pourroient ajouter qu'ils ne connoissent pas de régime plus cher que le leur, et que les budgets de Montrouge n'étoient rien en comparaison de ceux du gouvernement à bon marché.

- Le glorieux anniversaire qui s'approche ramène le vieux rêve des amnisties. Mais la manière dont on en parle dans les journaux ne nous paroit pas devoir inspirer une grande confiance. En effet, ce n'est pas aux ministres quon altribue cetle bonne pensée ; au contraire, on annonce qu'ils ne la goûtent pas, et que, si on les écoute, il n'y a rien à espérer. Mais, en revanche, on nous assure que les constitutionnels marquans de la chanıbre des pairs conseillent les amnisties. Si bien que les gens qui veulent sont précisément ceux qui n'y peuvent rien, et que les gens qui pourroient sont ceux qui ne veulent point, A cela vous direz peut-être que ce n'est guère la peine de mettre l'affaire sur le tapis. Pardonnez-moi. Les journaux, qui éveillent l'attention publique là-dessus, ont leurs raisons et leur but : c'est de vous donner à entendre que, si l'on substituoit leur's constitutionnels marguans qui sont pour les amnisties, aux ministres actuels qui sont contre, la grande difficulté seroit levée, et que la chose ne tiendroit plus à rien. C'est évidemment une popularité qui cherche à s'établir sur des ruines, et qui, probablement, ne tiendroit pas ensuite mieux que les autres les promesses qu'on nous fait de sa part. A la place des ministres, il y auroit un bien bon moyen d'attraper les constitutionnels marquans, qui se font ainsi recommander aux dépens d'autrui; ce seroit de leur souffler bien vite leur projet d'amnistie, en le réalisant avant eux, et de ne pas les laisser jouir davanlage de la popularité qu'ils s'en promellent.

— M. Dupont des Loges, ancien premier président de la cour royale de Rennes, est mort dans cette ville le 24 juin. Peu d'hommes ont acquis une estime plus gėvérale et mieus méritée, el tous les partis rendent en ce moment hommage à sa

mémoire. M. Pierre-Louis Dupont des Loges étoit d'une faniille parlementaire, et entra à dix-neuf ans dans la magistrature. Jeune conseiller, il se distingnoil déjà par sa maturité et sa piété. Noinmé sous la restauration président de chanıbre, puis premier président de la cour royale, il étoit dévoué à tous les devoirs de sa place. Député à la chambre de 1815, il y vola avec la majorité. Il se tint à l'écart pendant les cent-jours , et il a cessé de siéger en 1830. On l'a entendu se féliciter de pou voir consacrer à Dieu seul ses dernières années ; cependant les pauvres avoient aussi une partie de son temps : on l'avoit toujours vu zélé pour les bonnes æuvres. Menibre du conseil-général et du conseil municipal de Rennes, c'est à lui qu'on dut la rentrée des Sours de la Charité dans les hospices. Sou bouheur éluit de visiter et d'assister les malheureux; il faisoit le bien saus ostentation, mais aussi sans respect humain; la charité chrétienne animoit toutes ses actions. La courte maladie qui l'a enlevé, el qui ne présentoit d'abord rien d'inquiétant, ne l'a cependant point surpris; elle le trouva prêt à paroitre devant Dieu. Il reçut les sacremens avec de vives marques de foi, et, ce qui étoit touchant, c'étoit de voir le plus jeune de ses fils , qui est prêtre el qui se montre digne de celle vocation, lui administrer les secours de la religion. M. Dupont des Loges aroit demandé à être enterré dans le cimetière de sa paroisse de campagne, et il y a été porté, en effel, au milieu de signes de la douleur publique. A Reunes , où un service fut célébré dans l'église Saint-Sauveur, grand nombre d'ecclésiastiques et de perbonnes de toutes les classes , honorèrent sa mémoire par leur concours. A La Mézière, où on se rendit ensuite, le recteur paya un tribut d'hommages à la verili du défunt, et on a vu avec plaisir l'Auxiliaire breton , journal libéral, oublier les divisions d'opinions pour louer le religieux el honorable magistral.

- M. Henri de Bastard - d'Estang est nonimé conseiller à la cour royale de Paris, en remplacement de M. Lechanteur, décédé. M. Montsarral, substitut du procureur du Roi, esi nommé substitut du procureur-général près la même cour, et est remplacé par M. Poinsot. M. Teulon, député, est nommé conseiller à la cour royale de Poitiers. M. Cadet-Gassicourt, procureur du Roi à Bar-sur-Seine, passe à Troyes. MM. Pellereau - Villeneuve et de Ramfreville sont nommés procureurs du Roi à Bar-sur-Seine et à Pont-Audemer. M. Delzors, avocat à Montpellier, devient président du tribunal d'Espalion (Aveyron).

- M. Hunout, garde national, qui a eu la jambe fracassée dans les journées des 5 et 6 juin; vient d'être nommé conseiller référeudaire de secunde classe à la cour des comptes.

– La loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique a été sanctionnée le ġ de ce mois.

= Le Constitutionnel et d'autres feuilles assuroient qu'il y auroit enfin une amnistie à l'occasion de l'anniversaire de la révolution de juillet. Le Journal de Paris, organe de la majorité du cabinet, s'empresse d'ôter tout espoir à cet égard.

- Le maréchal Soult est parti, le 7, pour les eaux du Mont-d'Or. Pendant

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