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SAMEDI 13 JUILLET 1833.

(N° 4270)

La Vérité catholique démontrée, ou Lettres de M. l'Évêque

de Bayonne , actuellement Archevêque de Toulouse, aux Protestans d'Orthez. (1)

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M. d'Astros, alors évêque de Bayonne, adressa en 1825 une Lettre aux Protestans d'Orthez, à l'occasion d'une mission qui se donnoit dans cette ville. Le prélat avoit su qu'à l'approche de la mission plusieurs ministres protestans s'étoient rendus dans cette ville, où il y a un consistoire, et où se trouvent environ 1,000 protestans, sur une population de 7,000 ames. Les chefs de famille protestans eurent grand soin d'empêcher leurs enfans et leurs domestiques d'aller aux exercices de la mission. M. l'évêque de Bayonne, voulant trouver quelque moyen de leur faire entendre la vérité, leur adressa une lettre à laquelle il ne crut pas devoir mettre son nom, mais qu'il revêtit de son approbation, sous la date du 15 octobre 1825. Le consistoire chargea un des ministres d'y répondre; et en effet, la réponse parut quelques jours après, avec l'approbation et au nom du consistoire local. M. l'évêque de Bayonne ne crut pas devoir garder le silence sur cet écrit, et fii paroitre une deuxième Lettre aux Protestans d'Orthez. Cette lettre, plus longue que la première, et datée du 17 décembre 1825, portoit le nom du prélat. Elle attira une deuxième réponse du ministre. C'est pour réfuter cette deuxième réponse que M, d'Astros a composé la troisième lettre, où il traite avec plus d'étendue tout ce qu'il y avoit d'essentiel dans les premières. Le prélat a cru devoir réunir les trois lettres, afin qu'on pút mieux saisir l'origine, la suite et le développement de la controverse,

Nous avons rendu compte autrefois de la première lettre (voyez No 1176, tom. XLIV). Le prélat y discutoit quelques difficultés, entre autres la question de la règle de foi. Le mi

(1) Deux vol. in-8°. Prix : 9 fr., et 12 fr. franc de pori. Á Toulouse, chez Douladoure; et, à Paris, au bureau de ce Journal.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion. '.' . :i Gg

nisure ayant allaqui colie leltre, M. de Bayonne développa avec plus de soin ses assertions et ses preuves. Il se proposoit de montrer quc sit première lellre ploil demeurée inlacle dans toutes ses parties, malgré la réponse, ct qu'il éloil constant que la croyance des protestans n'est appuyée sur aucun fondement raisonnable. Il résutoil quelques objections du ministre, il melloit dans un nouveau jour la vérité de l'Eglise catholique el la fausseté de l'église protestante. Le ministre ayant publie une deuxième réponse, qui a momc cu deux éditions, le prélat a jugé nécessaire d'étendre el d'approfondir ce qui avoit fait le sujet de ses premières Icltres. Il s'allache principalement aux deux questions fondamentales de l'Eglise et de la règle de foi. La troisième lettre est divisée en quatre parties, la première partie sur l'église catholique, la deuxième sur l'Ecrilure, la troisième sur quelques points particuliers de doctrine, la quatrième sur la règle de foi. Sur ces divers chefs, l'illustre auteur répond aux objections du ministre et résule ses raisonnemens: Un passage montrera arec quelle force de logique procède le prélat; nous choisissons exprès une discussion incidente qui est aisée à détacher du resle, et qui est moins théologique que de fails :

s. Le caractère d'intolérance qu'on veut nous donner est une des choses, M. F., qui aliènent le plus vos cours de l'Eglise catholigae. Ce qui vous choque d'avantage dans sa doctrine, c'est le principe que hors de l'Eglise il n'y a point de salut. Mon intention n'est piis ici de défendre celle maxime. Je ne pouvois mięux Ja justificr clans votre esprit qu'en vous prouvant, comme je l'ai fait, qu'elle est également enseignée dans votre communion, Mais puisque le ministre réveille cotre nous d'odieuses accusations en nous reprochant d'exclure du salut cinquante'millions de protestans, je veux, une fois pour toutes, vous démontrer, et cela malhéimatiquement, que vos docteurs excluent du salut bien plus de monde que nous, si loutefois nous en excluons quelqu'un (1), et qu'on a droit, par conséquenl, de leur impuler une beaucoup plus grande intolérance. Pour remplir ma promesse, je vais établir, premièrement qu'ils meitent lors de la voie du salat, dans

(1) Est-ce exclure les hommes du salut que de icur apprendre ce qu'ils ont à faire ou à éviler pour se sauver ? Rousseau, qui, au milieu de ses diiclamations pbilosophiques, laisse échapper des traits où se montre l'esprit de secte, nous accusé aussi de dainner nos frères, et, ce qui est horrible à penser, de les détester comme déjà damnés. (Prosess. du Vic. Sav., vers la fin.) Calomniè grossière ! l'état aciuel des choses, beaucoup plus de monde que nous į cieuxièmement, que, pendant un grand nombre de siècles, d'as. près leurs principes, lons les peuples chrétiens sans exception ont marché dans la voie de la dannation ; lioisièmement, qu'à moins cu'ils ne se contredisent manifestement eux-mêmes, il faut qu'ils mellent au nombre des réprouvés des personnages qui ont toujours clé célèbres dans le monde pour leur sainteté. Avant d'en venir à la preuve, je dois établir trois points de doctrine de vos théolo. flens.

» Le premier, c'est quc, suivant eux, on ne se sauve pas dans la communion de l'Eglise romaine. Ceci est positivemeni enseigné dans vos catéchismics. I.e ministre l'enseigne également, ct vous n'en êtes pas surpris.

» Le second joini sur legael je m'appuierai, que le ministre ne contestera pas davantage, el qui est encore consigné dans vos livres élémentaires d'instruction chrélienne, c'est que les idolâues sont hors de la voie du salut. C'est ici d'ailleurs une vérité expressément révélée : Les idolálres, dit saint Paul, n'entreront pas dans le royaume du ciel.

» Enfin le troisième point de doctrine de votre communion, d'après lequel je vais raisonner, c'est que les petits enfans nés de parens infidèles ne peuvent obtenir le salut en aucune manière: Voici en effet ce que vos docleurs enseignent bien positivement sur cet article.

» Le baptême, disent-ils, n'a pas la vertu de sauver; il est seulement sc signe de la gráce, le sceau de l'alliance de Dieu. Les enfans d'un père et d'une mère fidèles ne se sauvent que parce qu'ils entrent avec leurs parens dans celle alliancé. Quant aux enfans des infidèles, ils soul impurs, étrangers à l'alliance de Dieu. On ne doit pas même leur contérer le baptême; c'est au moins la conséquence nécessaire de la doctrine que nous exposons. Pourquoi en effet conférer le signe de la gráce à ceux qui ne la possèdeni pas ? Pourcuoi apposer le sceau de l'alliance de Diru à des êtres impurs, étran: yers à ceile alliance ? D'ailleurs, quand on le leur conféreroit, de quoi leur' sei viroit pour le salut un laptême qui ne sauve pas ? 11 n'y a donc aucun moyen de sauver les petits enfans des infidèles; cela esi clair.

» Venons-en naintenant aux calculs par lesquels vous vous con-. vaincrez, non sans étonnements que vos ministres exeltrent du salui infiniment plus de monde que nous. :'

j'en appelle à la charité tendre des clíréliens envers les païenis mêmie qui les persétuloicot. Qui ignore qu'on catholique, tandis qu'il appréhende toujours pour sont propre salut, ne désespère jamais du salut des hommes les plus impies? Coni: meal oser, près cela, nous accuser de laïr les hommes comme déjà danınés ?

Premièrement. Ils en excluent beaucoup plus de monde dans l'état actuel des choses; car ils damnent tous les catholiques, et il faut bien qu'ils nous damnent s'ils ne veulent être les plus inconséquens de tous les homines, puisqu'ils ne cessent de nous accuser d'idolâtrie. Or, dans l'Europe seulement, on compte 117 millions de catholiques. En faisant monter le nombre des prolestans, de quelque communion qu'ils soient, aussi haut qu'il plait au ministre, nous n'en aurons jamais que 50-millions. Comparez les deux nombres, et vous aurez dès à présent la démonstration mathématique que je vous ai promise.

» Ce n'est pas assez : il faut mettre encore hors la voie du salut, pour la même cause, loutes les églises de l'Orient qui sont séparées de l'Eglise romaine. Si nous sommes idolâtres, si nous adorons le Sacrement, ainsi que vos docteurs le prétendent, elles sont idolaures, elles adorent le Sacrement comme nous; elles célèbrent les sètes des Saints , honorent leurs images, révèrent leurs reliques, l'ecourent à leur intercession de la même manière que nous. Il est : vrai que nous les considérons aussi comme hors de l'Eglise à raison de leur schisme; mais ici la différence, entre la doctrine de vos ministres et la doctrine catholique sur le salut des peuples attachés à ces communions, est immense. Suivant vos ministres, tous ces peuples élant idolâtres, leurs enfans même ne peuvent être compris dans l'alliance de Dieu avec leurs parens qui en sont exclus. Ces enfans sont impurs et ne peuvent être sauvés par la foi de ceux qui leur ont donné le jour. Ils ne le peuvent pas davanlage en vertu du baptême, qui ne sauve pas. Vos ministres damnent donc, dans toutes les communions de l'Orient, non-seulement les personnes qui ont l'usage de la raison, mais encore tous les enfans. II. en est tout autrement dans les principes catholiques. Nous sauvons, sans aucun doute, dans ces églises orientales, non-seulemeni tous les enfans qui ont l'eçu le baptême, mais encore tous les adultes qui croient les principaux mystères de la religion, ignorent invio- . ciblement quelle est la vraie Eglise, et meurent exempts de toule faute capable d'exclure du royaume de Dieu. Nous en disons autant de toutes les anties communions chrétiennes séparées de l'Eglise catholique. Appréciez maintenant, M. F., le nombre infini de chrétiens que nous sauvons et que vos ministres dam-, nent.

»En second lieu, je dis que, dans les principes de vos ministres, tout le monde, pendant un grand nombre de siècles, a été exclu du royaume sie Dieu.

» Quand Luther parut, lous les peuples chrétiens, à l'exception des schismatiques d'Orient, étoient soumis au souverain pontife, successeur de Pierre. L'Angleterre, la Suède, le Danemarck, l'Allemagne, l'Autriche, la France, l'Espagne, et enfin tout l'Occident reconnoissoil son autorité et professoit la même doctrine

que protesse encore aujourd'hui l'Eglise romaine; lous ces peuples étoient par conséquent, suivant vos docleurs, coupables d'idolâtrie, sous la tyrannie de l'Antéchrist, et par-là même hors de la voie du salut. Les schismatiques d'Orient ne se sauvoient pas davantage, étant dès-lors dans le même état de damnation qu'ils sont aujourd'hui ; de manière qu'à cette époque l'église universelle toule entière étoit réprouvée. »

Dans un autre article, nous parlerons du second volume, qui est la continuation de la troisième leltre, et nous montrerons que le prélat y presse son adversaire avec une vigueur, une méthode, et en même temps avec une modération et une sagesse qui devroient porter la lumière dans tous les esprits droits.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

Paris. Le bruit couroit depuis quelque temps que l'abbé Châtel, en louant le bazar de la rue Saint-Honoré, avoit traité à forfait avec un entrepreneur qui s'étoit chargé de lous les frais. C'étoil là une spéculation tout comme une autre ; mais elle a amené des, discussions d'intérêt qui ont élé portées le 10 juillet au tribunal de commerce. Là, on a appris les détails, fort plaisans, du traité conclu en janvier dernier entre M. Dufour, propriétaire, et l'abbé Châtel, évêque primat par élection du peuple et du clergé, ce qui, par parenthèse, n'est pas vrai. Par cet acte, M. Dufour déclaroit l'econnoître l'abbé Châtel pour seul et unique chef quant au spiriluel de toutes les églises catholiques françaises établies ou à éiablir. Ainsi, ceux qui prétendent que M. Châtel n'a point de mission ont bien tort, puisque voilà un spéculateur qui le proclame chef suprême de toutes les églises présentes et futures. De son côté, Châtel, qui ne voulut pas se montrer moins généreux , l'econnut M. Dufour comme seul administrateur de ces mêmies églises. La fortune de l'un se trouvoit donc aussi assurée que la primauté de l'autre. M. Dufour s'engagea par le vailé à fournir tous les fonds nécessaires pour propager la réforme, à acquitter loutes les dépeases du culte, et à payer tous les ans 6,000 francs d'honoraires à M. le primat. Il devoit, de plus, payer un vicaire primarial, un vicaire-général, un autre prêtre, quaire enfans de chour, un huissier, etc. En conséquence, Châlel cédoit son Eucologe et sa Profession de foi, et renonçoit aux recettes de l'église et des chaises. Il paroît que le sacrifice n'étoit pas grand, et que les recettes n'ont pas répondu à l'attente des contractans. M. Dufour a fait beaucoup de dépenses pour meille le bazar en élat, il a souscrit des billets qui ont été protestés. Le 7 juin, il y eut un premier jugement par défaut contre lui. Il a formé opposition, et c'est

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