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d'argent et se refusant toðt. Sa garderobe étoit de nulle valeur, ses meubles simples et bornés au nécessaire.Cela ne l'empêchoit pas de recevoir honorablement chez lui les personnes qui venoient le voir; surtout ses confrères, qui de tous les côtés avoient recours à lui dans leurs difficultés, el ne se repentoient jamais d'avoir suivi ses avis. Son caractère gai, ouvert, fianc et sincère, une cordialité peinte dans tout son extérieur, le rendoient cher à tous ceux qui le connoissoient. Aussi, à sa mort, ce n'a été qu'un cri de douleur dans le clergé et les fidèles. Il est impossible d'exciter des regrets plus universels ni plus sensiblement exprimés. Quoiqu'il fût mort Je dimanche au malin, il ne fut enterré que le mardi après-midi, afin que les prêtres voisins, qui n'auroient pu venir le dimanche ni le jour de saint Jean , assistassent à la cérémonie funèbre. Pendant tout ce temps, les habitans de Bouère, dont la désolation étoit extrême, se succédoient sans cesse auprès de leur pasteur à qui ils faisoient les derniers adieux en versant des torrens de larmes. Le service du septième jour a eu lieu le 4 juillet; il s'y trouvoit près de soixante ecclésiastiques. L'église étoit pleine de fidèles, et l'affliction paroissoit la même que le premier jour. M. Bouvier, vicaire-général du diocèse, ami intime du défunt depuis le temps où ils avoient fait leur séminaire ersemble, a prononcé l'oraison funèbre.

- Sur l'invitation de M. l'évêque d'Angers, M. Choron s'est l'endu en cette ville à l'effet d'y organiser un chiçur de chant en sa cathédrale. Arrivé le dimanche inatin, M. Choron n'a pu con- ' mencer ses opérations que le lendemain à trois heures et demie de l'après-midi. Des circonstances locales l'ont obligé d'opérer séparément sur les deux corps de chanteurs, composés l'un de 130 á 140 voix d'hommes, l'autre de 190 à 200 voix d'enfans. Chacun de ces corps a exigé environ 50 minutes de préparation. A cinq heures trois quarts les deux corps, réunis dans la grande galerie du palais épiscopal, n'ont plus offert qu'un seul cæur d'environ 330 voix, qui ont exécuté avec un ensemble surprenantun motet à la sainte Vierge, à sept parties de quatre réelles. Le même molet a été exécuté, quel·ques instans après, dans le coeur de la cathédrale. Jeudi dernier, ce choeur, si nouvellement formé, a exécuté le salut; et le lundi, jour de la Saint-Jean, le même chour a chanté tout l'office de la fète en musique ou en plain-chant à quaire parties, d'une manière qui a étonné et ravi tous les auditeurs. M. Choron est parti le jour même pour aller porter sa méthode en d'autres lieux.

- Le 27 juin a eu lieu à Vauclusolie, diocèse de Besancon, une cérémonie aussi édifiante pour le grand nombre d'étrangers qui s'y étoient rendus, que consolante pour la paroisse. On a béni une belle église, commencée en 1829 et terminée à la fin de 1832. Pour rendre celte cérémonie, où assistoient une qua

rantaine d'ecclésiastiques, plus solennelle et en même temps plus glorieuse à la religion, les habitans de cette paroisse, non contens de contribuer par eux-mêmes à tout ce qui pouvoit la rendre plus imposante, avoient fait venir de Charquemunt la musique de la garde nationale. Dès la veille on entendit tirer des boîtes placées au haut d'une montagne qui domine Vauclusotie. Vers les dix heures du matin du jour de la bénédiction, pendant que le clergé chantoit dans l'intérieur de l'église, à l'extérieur la garde nationale du lieu faisoit des décharges, et la musique exécutoit des pièces choisies pour cette cérémonie. Ensuite une messe solennelle fut célébrée par M. Guerrand, curé de Saint-Hippolyte, qui avoit auparavant fait les bénédictions nécessaires. M. Faivre, curé de Maiche, fit un sermon dont la force, capable de toucher les profanateurs d'églises, fit'une grande sensation sur tous les auditeurs.

(G. de Franche-Comté.) - M. Fenwick, évêque de Boston , aux Etats-Unis, vient d'acheter à Madison, dans l'élat de Maine, un terrain où étoil autrefois une église pour les Indiens, et où fut lué, le 3 août 1724 , le père Sébastien Rasles, jésuite et missionnaire français, par un parti d'Anglais et d'Indiens. M. l'évêque se propose d'élever un monument au pieux missionnaire et d'en poser la première pierre le 23 août prochain, et il invitera à la cérémonie les Indiens de Penobscot et de Passamaquody, descendans des Abénakis, dont le père Rasles fut autrefois l'apôtre. Cet hommage rendu au vénérable missionnaire est à la fois un acte de reconnoissance et de piété. Un journal américain donne quelques détails sur la vie et la mort du père Rasles. Nous trouvons, dans les Lettres curieuses et édifiantes, deux lettres du père Rasles à son neveu, écrites de Nanranisouak, le 15 octobre 1722 et le 18 octobre 1723. Il y disoit qu'il vivoit depuis plus de trente ans avec les sauvages. Il étoit arrivé à Quebec en 1689, et avoit résidé successivement chez les Illinois, les Hurons, les Algonquins et les Abenakis. Mais c'est chez ces derniers qu'il fit un plus long séjour. Il étoit avec eux avant 1697, et leur avoit bâti une église. Sa résidence éloit Nanrantsouak, aujourd'hui Midgewock, à 30 lieues de la mer. Comme ce - lieu étoit voisin des possessions anglaises et que les deux nations étoient souvent en guerre, il eut beaucoup à souffrir des Anglais qui tentèrent plusieurs fois de l'enlever et qui pillèrent son église el sa maison. Il prévoyoit son sort, mais il ne voulut jamais se séparer de son troupeau. Dans une irruption des Anglais, le courageux inissionnaire osa se présenter à eux peut-être pour donner à ses Indiens le temps de se reconnoître et favoriser leur fuite. Une . décharge de mousqueterie le fit tomber mort au pied d'une grande croix qu'il avoit plantée au milieu du village ; sept sauvages qui l'entouroient furent tués à ses côtés. Les Anglais pillèrent le village et brûlèrent l'églisc. Cela arriva le 23 août 1724. Après le départ

des Anglais, on enlerra le corps du père Rasles. Il étoit âgé de 67 aus. On trouve dans les Loures édifiantes une relation de sa mort dans une lettre du père de la Chasse, supérieur des missions du Canada. Il fait un grand éloge des vertus, du zèle et de la charité du généreux missionnaire. Honneur à M. l'évêque de Boston qui fait revivre la mémoire du saint prêtre! Une votice sur le père Rasles a paru dans le Recueil de la Société historique de l'étal de Maine, aux Etats-Unis.

NOUVELLES POLITIQUES.

Paris. Le changement qui vient d'avoir lieu à Prague a été amené par diverses circonstances qui remontent à quelques mois. Les deux sous-gouverneurs de M. le die de Bordeaux élant successivement l'entrés en France, et la san'é de M. le baron de Damas ne lui permellaut pas toujours la même assiduité dans ses foncjions, il avoit paru nécessaire de lui donner un coopérateur. M. le anarquis de l'oresla, bomme estimable, religieux el dévoué, qui a été préfet sous la restaura tion, et qui, l'année dernière, alla rejoindre la famille royale à Holyrood, fut choisi pour solls-gouverneur, et, en celle qualité, assistoil aux leçons du prince. Il est probable que M. de Barande le vit avec peine arriver à celle place, el qu'il fut particulièrement blessé de la présence el de l'assiduité du pouveau sous-goiverneur aux leçons : il crut voir là nne marque de défiance injurieuse pour lui. Il y eut même, dit-on, des causes de refroidissement plus graves. Aussi, déjà dės cel hiver il avoit été question d'appeler M. l'abbé de Maccarthy à Prague. Sa santé et ses travaux avoient retardé l'exécution de ce projet, que sa mort inopinée a renversé tout-à-fait. On doit le regreller : le nom et la réputation de l'éloqnent orateur eussent peut-être couvert, anx yeux d'un monde léger ou prévenu, le tort d'appartenir à un corps religieux. On a choisi pour le remplacer deux de ses confrères et de ses amis, tous deux dignes de la mission de confiance qui leur est donnée; ce sont M. Druilhet, qui a été supérieur de la maison de Saint-Acheul, et qui joint à un esprit très-aimable une intruction très - variée, et M. Deplace, qui a elé employé aussi dans l'enseignement, et qui s'est encore distingué comme orateur. Ils sont à Prague depuis un mois. Nous ne voyons pas ce que de tels choix ont de désolant et d'effrayant pour les royalistes. Il est vrai qu'on ne les a pas consultés ; c'est un lort qu'ils devroient excuser peut-être à raison de l'éloignemient. Il est probable d'ailleurs qu'on eût en de la peine à obtenir une unanimité complète des suffrages en faveur de tel ou tel choix. Dans cet embarras, Charles X et sa famille ont cru pouvoir user de la liberté dont jouit le particulier le plus

obscur, celle de choisir les maitres de ses enfans. * — Il y a tout lieu de croire que les journaux du ministère et du château ne

sont pas chargés d'avoir la même répugnance pour la république que pour la branche ainée des Pourbons. Il ne faut qu'un mot prononcé un peu de Iravers, Bu sujet de celle dernière, pour leur donner des convulsions. Ils ne conçoivot pas qu'on puisse s'occuper encore de la famille déclac. Selon eux, la famille léchue est éteinte comme si elle n'avoit janiais existé, et il leur paroît iperoyable qu'on pousse la monomanie jusqu'à vouloir garder mémoire de ces noms-là. Mais, quand il s'agit de la république, à laquelle ses amis promellent à la jouruec les. plus heureux destips, on remarque que l'indignation des journaux ministériels n'est plus la même. La dispute devient molle, et ils out l'air de ne plaider que, pour l'acquit de leur conscience ; à peu près comnie les avocats qui plaident d'of., fice dans des causes auxquelles ils n'ont pas confiance.

- Les journaux du programme de l'Hôtel-de-Ville sont plus persuadés que jamais qu'on mène la France aux abîmes de la restauration. Ils veulent qu'an sache, pour l'acquit de leur conscience, qu'ils ne cessent de répéter ce çri d'alarme aux copducteurs du char politique; el que, si vous sommes destinés à see bir celle grande calamité, il n'y aura point eu, de leur faule. C'est que justice qui leur est due, et que nous ne voulons pas être les derniers à leur rendre. Les; conducteurs du char politique sont bien avertis que les abîmes de la restauration sont là. S'ils y entraînent la révolution de juillet, c'est qu'ils l'auront voulu, Quant à nous, notre deuil en est fait. Abimes pour abimes, autant vaut-il tomber dans ceux' de la restauration que dans d'autres.

- Une ordonnapce du 16 contient quelques dispositions pour l'exécution de la nouvelle loi sur l'instruction primaire. Les conseils municipaux délibéreront chaque année, dans leur session du mois de mai, sur la création et les dépenses des écoles primaires communales, élémentaires ou supérienies. Le inivisire fera dresser tous les ans, pour le soumettre aux chambres, l'état des communes de France où il y a des besoins de locaux ou de secours pour l'instruction. Les instituteurs ne seront installés qu'après avoir prélé serment. Les préfets présenteront aux conseils généraux, dans leur prochaine session, un aperçu des soin-' mes nécessaires pour aider les communes à procurer un local el assurer un trai-' tuinent aux instiluleurs en 1834. "

- M. Beyne, procureur du Roi à Charlres, est nommé conseiller à la cour s'oyale d'Orléans, el remplacé par M. Genreau , qui croit procureur du Roi à Mantes; celui-ci a pour successeur M. Chanoine. M. Poux-Francklin est nommé procureur du Roi à Melun.

— M. A. de Vareilles et La Gravière sont nommés auditeurs au conseil-d'Etat. *- Le général Bonnet a accepté la présidence de la commission d'enquéle qui va se rendre à Alger. Celte commission sera composée de MM. d'Haubersaert, pair; de la Pinsonnière, Laurence, Piscalory, Reynard, députés; le général Montfort, inspecteur du génie, et le capitaine de vaissean Duval-Dailly.

- M. Dodun, lieutenant-colonel de la 4€ légion de la garde nationale de la banlieue, vient d'être nommé colonel de celle legion. .- M. Ganneron, député, aucien juge au tribunal de conneree de Paris, a été élu président de ce tribanal. MM. Féron , David Michau , Buurgel et Bour langer, ont été nommés juges.

- Le ministre de la guerre a adressé aux généraux commandant des déparlemens une circulaire, pour leur recommander de fèler, en ce qui les concerne, l'anniversaire de la révolution de juillet. Dans chaque ville, il devra y avoir des salves de 21 coups de canon, et des revues militaires. Il sera fait aux sous-officiers et soldats des distributions de vin, a raison d'un demi-litre par homme.

- Les produits indirects du zo trimestre de 1833 présenlent une augmenta#tion de 12,829,000 fr. sur ceux du premier trimestre. Comparés avec le même.

trimestre des deux années précédentes, il y a une différence en plus de 10,975,00of. sur 1832, et de 25,092,020 fr. sur 1831. L'augmentation porte principalement sur les droits d'enregistrement et de greffe , de douane et de navigation, et sur l'impôt des boissons. Il y a toujours décroissement sur les produits de la loterie; le sel rapporte moins aussi , et cela doit être attribué à la contrebande.

- Des réclamations se signent jusque dans les départemens, contre le projet de ceindre Faris de forts. M. Arago, député, a reçu de Perpignan nine déclaration: revêtue de 400 signatures de cette ville, et de 570 pour différentes villes du déparlement, portant que si les travaux des fortifications continuent saus autorisa tion à Paris, les sigbalaires regarderout celle dépense comme illégale, el se croiront autorisés, pour ce fait, à refuser le paiement de l'impôt. .

- Le National et la Tribune ont été saisis le 18 pour avoir publié des pro. testations d'habilans de Châlons , de Tulle, de Perpignan et d'Estagel, contre les. forts détachés.

- Un article officiel, du 18, porte que les travaux des forts détachés sont définitivement suspendus jusqu'à ce qu'une loi ail été rendue sur les fortifications. de Paris.

— En détruisant, ces jours derniers, les travaux commencés pour l'érection, de la statue de Louis XVI sur la place de la Concorde, on a retrouvé la petite boite remplie de médailles, qui y avoit été apportée processionnellement et déposée par Charles X. Cette boite a été portée au château des Tuileries.

- M. Odier, membre du conseil-général des manufactures et de la chacobre des députés, est envoyé en mission à Londres.

- On s'occupe en ce moment de la rédaction du cabier des cbarges, pour un chemin de fer qui va être construit de Paris à Saint-Germain-en-Laye,

- Le F'endéen annonce que M. Chabot, commandant de la garde nationale de Sainte-Ilerinine, ayant été appelé à Fontenay pour présider un conseil de discipline, a lu un discours fort singulier. M. Chabot, qui est protestant, auroit altaqué avec vélémence les administrateurs du pays, les ministres, el même un personnage placé plus haut encore. Il auroit dit que, si la révolution de juillet reculoit, les gardes nationaux avoient des armes, et qu'il falloit la pousser. It au

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