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JEUDI 16 MAI 1833.

(N° 3002.)

Sur les heureux progrès de notre civilisation.

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Il est de mode aujourd'hui, dans la plupart des journaux et des livres, quand ils comparent le temps présent aux temps anciens, de faire remarquer combien notre siècle l'emporte sur ceux qui l'ont précédé : nos meurs, dit-on, sont plus douces et plus épurées, et nous ne voyons plus, Dieu merci! ces crimes atroces, ces vices honteux et ces mæurs barbares qui souillent l'histoire du moyen âge : on se fait un mérite, entre autres, d'avoir aballu ces monastères, asiles, à ce qu'on prétend, de la superstition et de l'ignorance, et d'avoir consacré nos anciennes abbayes ou à l'industrie, ou à des établissemens d'utilité publique. Un journal qui vante sans cesse notre civilisation, et qui se moque des anciennes meurs et des anciennes institutions de notre patrie, a cependant raconté des détails qui donnent un terrible démenti à son système. On sait que l'abbaye de Clairvaux, autrefois dans le diocèse de Langres, aujourd'hui dans celui de Troyes , est devenue une maison de détention. C'est le sort de plusieurs de nos plus célèbres monastères. Lès abbayes de Fontevrauld, de Saint-Michel, de Loz, etc., sont aussi des maisons de détention. Sans doute, quand saint Bernard et les autres saints personnages fondèrent, il y a plusieurs siècles, ces pieux asiles, et qu'ils y réunissoient des centaines de religieux uniquement occupés de la pénitence et de la prière, ils ne pensoient pas que, long-lemps après eux, ces mêmes asiles seroient remplis de criminels qui avoient mérité d’ètre séquestrés de la sociélé, et qu'ils seroient le théâtre de la plus épouvantable corruption. Quelle différence entre le temps où ces voûtes ne reteniissoient que des louanges de Dieu et le temps où elles n'entendent que des chants licencieux, des imprécations et des blasphèmes! Quelle différence entre ces fervens et modestes cénobiles, qui n'avoient quitté le monde volontairement que pour travailler avec moins d'obstacle à leur salut, et pour s'exercer aux plus touchantes vertus qu'il est donné à l'homme d'atteindre, et ces

T'ome LXXVI. L'Ami de la Religion.

êtres dégradés par le vice , que la justice humaine condamne à expier là leurs forfaits ! Croil-on que la destination nouvelle de ces anciens monastères soit plus honorable pour l'humanité que leur destination primitive ?

Si on hésitoit à répondre, nous engagerions à consulter les séances des cours d'assises de Troyes en décembre 1831 (l 1832. Dans la première, le nommé Claude Gueux, détenu à Clairvaux, fut condamné à la peine de mort pour avoir assasiné le gardien en chef de la maison, le sieur Delacelle. Il avoit constamment désigné comme son complice Albin Legrand, autre détenu , qui cependant ne fut pas condamné. Les debals révélèrent toute la turpitude des mœurs de la maison de détention. Albin Legraud avoit succédé à Gueux dans l'ascendant qu'il exercoil sur ses camarades, et aussi dans ses honteuses passions. La soif du crime qui tourmentoit ce scélérat consommé eut bientôt fait une victime : il lua le malheureux Delaroche, détenu pour simple délit à Clairvaux, et essaya ensuite de se donner la mort à lui-même. N'y ayant pas réussi, il a été traduit devant la cour d'assises de l'Aube, et il y a comparu le jour anniversaire de la condamnation de Gueux. Là, comme aux précédens débats, les détenus assignés comme témoins ont épouvanté les assistans du tableau d'une horrible corruption. M. Mongis, substitut, a porté la parole pour le ministère public; il a cherché à prémunir les jurés contre un nouvel essai d’une indulgence meurtrière; il a rappelé qu'en 1827 Gueux avoit déjà comparu sur les bancs de la cour d'assises, accusé de tentatives d'assassinat sur le gardien Delacelle, et que, malgré la preure palpable du crime, Gueux avoit été acquitté par le jury : d'où il résulte que trois ans après une nouvelle tentative eut un funeste succès ; Delacelle eui le crâne ouvert de trois coups de hache. Albin Legrand, complice du crime, a dit M. Mongis, échappa aussi, par l'effet d'une semblable indulgence, à la condamnation qui sembloil l'attendre, et cette indulgence a coûté la vie à Delaroche. Après les plaidoiries, la question de préméditation ayant été écartée, Albin Legrand n'a élé condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité.

Tous les détails de celle affaire sont horribles, et tels que nous n'oserions les mellre sous les yeux de nos lecteurs. Le journal qui les retrace sommairement en est lui-même épòuvanté, et jette un coup-d'oeil de compassion et d'horreur sur les maisons de détention. Il est sûr que cet échantillon des progrès de notre civilisation n'est pas consolant, et que la différence entre les mours de Clairvaux au douzième siècle et aujourd'hui n'est pas fort honorable pour l'époque actuelle. O saint Bernard, grand homme, qui fûtes l'oracle de votre siècle par votre génie, et le modèle de tous les siècles par vos vertus, qui vous eût dit que vos disciples, qui paroissoient plutôt des anges que des hommes, seroient remplacés un jour par l'écume de la société et par des scélérats ramassés de tous les coins de la France ! qui vous eût dit que cette école de piété et d'austérité deviendroit un repaire de crimes effroyables et de vices honteux! Qui pourroit se rappeler sans émotion que c'est de celte maison, aujourd'hui souillée par tant d'horreurs, que saint Bernard écrivit des lettres si admirables, adressoit de si sages conseils aux pontifes et aux mois, combatloit les erreurs, et exerçoit sur son siècle une si étonnante et si salutaire influence! C'est de là qu'il sortoit pour réconcilier les rois entre eux, pour éteindre les haines, la discorde et les révoltes, pour réprimer les abus et les scandales, et pour étonner les peuples par le succès de ses prédications, par l'ascendant de ses vertus et par

les prodiges qui accompagnoient ses missions. Quiconque comno parera avec impartialité l'histoire de cette époque et celle de

la nôtre, jugera que si nous l'emportons sur nos ancêtres sous quelques rapports, ils peuvent prendre leur revanche sous bien d'autres. Sans doute il ne faut pas juger toute la société actuelle par la maison de détention de Clairvaux; mais tant de crimes qui retentissent à nos cours d'assises, tant de délits et de scandales portés chaque jour devant nos tribunaux, l'impudence

et la mauvaise foi de nos journaux, le grossier matérialisme - du peuple, nos passions effrénées, notre amour immodéré de :l'indépendance, notre manie irréligieuse , nos railleries et nos profanations sacrilèges, la licence de nos spectacles et de nos gravures, nos discordes, nos haines, nos émeules, nos révolles, lout cela forme un lerrible argument contre la douceur de nos meurs et les progrès de nolre civilisation.

· NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES. Paris. Un journal d'an titre assez frivole a donné assez souvent, sur la famille royale exilée, des articles où l'on trouve plus de bien

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veillance et de dévoûment que d'exactitude historique. Il lui arrive à commandement des aneciloles plus ou moins intéressantes sur d'ilJustres proscrits. Dernièrement, ce journal, c'est la Mode, renfermoit une lettre de Prague, du 10 avril, remplie de détails sur M. le duc de Bordeaux. Ces détails, il faut le dire, ne paroissent pas lous authentiques, et cependant la lettre a été reproduite dans plusieurs journaux, et surtout dans les journaux de province. Une chose particulièrement nous a choqué dans cette lettre, et quoique M1. de Mengin - Fondragon y ait répondu dans la Quotidienne , on nous permettra de réfuter plus expressément une allégation de l'anonyme. Le voyageur raconte, entre autres, qu'un jour le jeune prince l'engagea à venir entendre la messe à la chapelle du château, en ajoutant tout bas : Je vais à la messe Tous les dimanches comme Henri IV el Napoléon, mais ni plus ni moins. Cette anecdote est tout-à-fait invraisemblable; nous ne ferons pas valoir, pour la combattre, les pieux sentimens que M. le duc de Bordeaux montra naguère lors de sa première communion; nous remarquerons seulement que la position de M. le duc de Bordeaux et l'éducation qu'il a reçue ne. l'ont certainement pas conduit à choisir Napoléon pour son modèle. Il seroit fâcheux assurément qu'il suivît les traces de l'ex-empereur en religion comme en politique. M. le duc de Bordeaux, qui sait sans doute de quel sang il est né, a d'autres exemples à imiter que ceux d'un soldat de fortune, d'un despote, qui a cherché querelle à tout le monde, qui a trompé les uns, dépouillé les autres, qui a exposé la France à deux invasions, et que ses folies et ses fureurs" ont conduit à aller mourir sur le rocher de Sainte-Hélène. Le jeune prince trouvera dans sa famille des modèles plus dignes de. lui. Il descend d'un grand roi qui fut à la fois pieux et habile, et qui n'entendoit pas la messe par manière d'acquit. L'histoire nous apprend que saint Louis ne l'entendoit pas seulement le dimanche, mais lous les jours, et même qu'il en entendoit plusieurs par jour. Il ne paroît pas que celle pieuse coutume l'ait empêché de remplir ses devoirs de roi et de faire le bonheur de ses sujets, en même temps qu'il se faisoit estimer et même quelquefois craindre de ses voisins. Voilà un modèle que M. le duc de Bordeaux peut suivre sans honte, et il lui sera sans doute plus agréable de trouver ce modèle dans sa famille que dans celle de l'ennemi de sa maison. Au surplus, l'anecdote du voyageur est d'autant plus suspecte, que lui-même paroît empreint des idées philosophiques de noire temps. Prions Dieu qu'il en préserve à jamais un jeune prince qui a beaucoup étudié l'histoire, et qui y a vu sans doute et les bienfaits de la religion, et son influence sur le bonheur des peuples, et les tristes résultats d'une philosophie qui n'a réussi qu'à ébranler les trônes et à pervertir les nations ch z lesquelles

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elle a obtenu quelque crédit. Si le prince 'n'avoit pas remarqué cela dans l'histoire du passé, l’listoire du préseni le lui diroit plus éloquemment encore, et la nouvelle disgrâce de toute sa famille ei la sienne propre sont de puissans avertissemens et de hautes leçons que la Providence réservoit à sa jeunesse pour la détromper des erreurs du siècle.

- Nous savons maintenant par quel abus de confiance on a fait, signer à quelques ecclésiastiques une espèce d'apologie du Journal des Connoissances utiles. Un prêtre doni nous ne voulons pas dire le nom est allé chez M. l'abbé Cabias, el lui a dit qu'une commission d'ecclésiastiques venoit de se former pour maintenir la saine doctrine dans un journal injustement attaqué. M. l'abbé Cabias a cru voir là un but utile, et n'a pu imaginer qu'un ami, un prêtre voulût le tromper. Un autre ecclésiastique, qui se trouvoit alors chez lui, a signé aussi de confiance. M. l'abbé Cabias déclare qu'il n'a rien lu du Journal des Connoissances utiles , qu'il désavoue tout ce qui pourroit s'y trouver de contraire à la doctrine de l'Eglise et à l'intérêt de la religion, qu'il ne veut avoir rien de commun ni avec les rédacteurs, ni avec la rédaction , et qu'il n'a assisté à aucune réunion de la commission. M. l'abbé Cabias est un ecclésiastique attaché à ses devoirs, dont on a surpris indignement la bonne foi, et qui est venu nous en exprimer sa peine. Tous ceux qui le connoissent l'endront justice à ses bonnes intentions. Nous avons vu que M. Haut, dont le nom se trouve après celui de M. Cabias sur la liste que nous avons citée, n'existe pas dans le clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois, ni dans le clergé de Paris ; mais il y a dans le clergé de Saint-Germain un ecclésiastique nommé M. Harel. Si c'est lui dont ou a voulu parler, il nous invite à déclarer qu'il ne connoît pas plus que M. Cabias le Journal des Connoissances utiles, qu'il n'a nulle connoissance de l'acte au bas duquel on auroit voulu mellre son nom, et qu'il désa vouc l'apologie du divorce, et tout ce qui se trouve de répréhensible dans le journal en question. Enfin, nous avons sous les yeux unc lettre de M. Resfay de Sulignon (car il paroît que tel est sou nom), qui déclare aussi n'avoir eu aucune connoissance de la circulaire au clergé, qu'il ne l'a pas vue manuscrite, et qu'il n'a pu mêine se la procurer depuis qu'elle est imprimée. « Il y a quelque temps, dit M. Reffay dans sa lettre, on vint me proposer d'être membre d'un comité d'ecclésiastiques, présidé, me disoit-on, par M. l'abbé Guillon, et qui seroit chargé de la partie religieuse du Journal des Connoissances utiles. On me lut à ce propos un rapport de M. Guillon sur ce journal. J'acceptai, parce que je pensois pouvoir contribuer à faire le bien en empêchant les mauvaises doctrines de se répandre ; mais je n'ai pas entendu parler de ce pro

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