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ESPRIT

DES
LIVRES DÉFENDUS,

OU
ANTILOGIES

PHILOSOPHIQUES;
DUVRAGE dans lequel on a recueilli les

Morceaux les plus curieux & les plus inter
resans fur la Religion, la Philosophie,
les Sciences & les Arts, extrait des Livres
Philosophiques les plus modernes , & les
plus connus.

TOME SECOND,

A AMSTERDAM;

Et se trouve A PARIS,

Nyon, aîné, Libraire, rue Saint-Jean-
Chez de-Beauvais;

LAPORTE, Libraire, rue des Noyers.

M. DCC. LXXV I I.

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CHAPITRE PREMIER. De l'esprit des Solennités du Paga

nisme.
S. I. Quel a été dans l'origine l'objet des

solennités chez les Payens?
Es grandes solennités de l'anti-

* L

moire du déluge , & celles des grandes révolutions de la terre. Nous allons trou

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ver cette même vérité dans le ton lugùbre & funebre que nous verrons percer au travers du tumulte & de la joie de la plupart des fêtes anciennes. Nous nous convaincrons que, tristes dans leur origine, elles ne se sont égayées que par l'oubli des causes réelles qui les avoient fait inftituer; alors nous cefferons d'être surpris, en rencontrant des pleurs au milieu des réjouissances. On se forme vulgairement du paganisme une idée d'une religion de plaisirs, de gaieté & de dislolution; rien ne paroît plus contradictoire à ce sentiment, que l'opinion que les payens avoient eux-mêmes des jours solennels consacrés par leur religion. En effet, les Romains regardoient leurs jours religieux, comme des jours funestes & de mauvais augure ; ils étoient tous regardés comme des jours distingués des autres, & pour ainsi dire mis à part, parce qu'ils ne présageoient rien que de malheureux. Si dans ces tems on se reposoit, fi on demeuroit dans l'inaction, fi l'on n'entreprenoit ni voyage, ni affaires en ce jour, ce n'étoit point par refpeet pour eux ou pour les dieux, c'étoit uniquement par crainte, & par une attente de toutes sortes de malheurs.

S. II.

Examen du Culte & des Fêtes chez les

peuples les plus anciens ou les plus célebres , & de leurs usages domestiques,

Une opinion aufli extraordinaire a été commune à presque tous les peuples de la terre. Les fêtes les plus folennelles chez les Japonois, sont réputées les jours les plus malheureux de l'année. Si l'on s'y réjouit, ce n'est que pour s'ôter de l'esprit ce que ces jours annoncent de funeste; & il semble que les Japonois ne les ont appelés jours de visite & de félicitations, que parce qu'il est naturel de se visiter dans un jour de danger, & de se féliciter d'avoir eu le bonheur d'y survivre, ou d'en être délivré. Le même usage se trouve à la Chine. Les jours de fête font aussi des jours de visite & de félicitations.

La religion des Grecs n'avoit rien de plus pompeux & de plus folennel que la célébration des jeux publics, connus sous le nom d'Olympiques, de Pythiens, de Néméens & d'Isthmiques ; cependant S. Clément & S. Eusebe appellent ces jeux des assemblées mortuaires, (Sepul

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