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fuppreffion qui eft autorisée par l'usage, Richelet a cru pouvoir en introduire une autre qui déplaît à tous les Savants. On trouve dans fon Dictionnaire, condécendre, condiciple convalécence, convalécent, adolécence, décendre, décente, dicipline, diciple, lacif, laciveté, picine, & autres femblables, au lieu de condefcendre, condifciple, convalescence, convalefcent, adolefcence, defcendre, defcente, difcipline difciple, lafcif, lafciveté, pifcine, & autres femblables, que tous les Savants écrivent avec une f. Je conviens que cette Orthographe eft favorable aux ignorants; mais elle est contre l'ufage & l'étymologie: je prétends même qu'elle eft contraire à la prononciation; car dans ces mots on fait certainement fentir un peu l' avant le c.

Il faut prendre garde qu'entre deux voyelles, où la lettre fa un fon parfait, il faut mettre deux, & que l'on n'y en met qu'une quand elle a la prononciation du: cela paroît dans ces deux mots, poiffon, pifcis, & poifon, venenum,

C'est cette conformité de fon qui a fait écrireavec un plufieurs mots qu'on doit écrire avec une f, comme léfé léfion, qui ont été formés du fupin læfum de lædere; & par conféquent Richelet & Joubert ont eu tort d'écrire avec un lézé, lezion. Il y a apparence que ces Auteurs ne confultoient pas plus la prononciation que l'étymologie des mots. Je viens de prouver ce dernier point prouvons "

nant l'autre.

mainte

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La lettre entre deux voyelles emprunte le fon du cette regle eft générale; en voici des exemples: cafaque Céfar, difant, ofer, ufer, défert, léfard, éréfipele, réfoudre, préfumer, préfence, chemife, ufure, & mille autres mots où l' fe trouvant entre deux voyelles fe prononce comme un . Il ne devroit pas y avoir de difficulté sur cet article, cependant il y en a.

,

, parce

Quelques Modernes prétendent que dans les mots compofés des prépofitions de , pre, & re? dont le fimple commence par une f, cette lettre ne doit pas doubler qu'elle y conferve un fon fort, & par conféquent qu'on doit écrire défaler, défécher, préféance, préfentiment, réfuf citer, refouvenir, & ainfi les autres. Je dis premiérement que cette regle n'eft pas générale, puifque les Auteurs écrivent ces mots les uns d'une maniere, les autres d'une autre comme je le prouve dans l'ordre alphabétique ci-après. En fecond lieu je foutiens que cette regle eft abfurde. Pour le prouver invinciblement, il ne faut que comparer quelques

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mots les uns avec les autres. Et en effet, pourquoi écrirat-on défaler avec une feule, tandis qu'on trouve deffervir dans tous les Livres avec deux ? Quel privilege a la lettre dans le mot préfentir, pour y conferver le fon qui lui eft naturel tandis que dans le mot préfenter elle emprunte le fon du? Cette lettre n'eft-elle pas entre deux e dans l'un comme dans l'autre mot? On m'objectera fans doute la nouvelle regle de nos Modernes : voyons donc fi elle est recevable. Les mots reffufciter & réfurrection nous viennent de la même fource: ils font dérivés des Latins refurgere & refurrectio; pour les rendre conformes à leur étymologie, j'avoue qu'ils ne devroient ni l'un ni l'autre être écrits qu'avec une feule f. Mais cette aura-t-elle en François une force qu'elle n'a pas dans le Latin? On prononcé dans cette Langue originale rezu dans les deux mots : mais la nôtre n'admettant pas cette prononciation dans reffufciter, il faut convenir qu'on y doit doubler la lettre Л, afin qu'on ne prononce pas rezu dans ce mot comme on le prononce dans refurrection.

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.

Cherchons maintenant l'autorité de cette nouvelle Orthographe chez ceux mêmes qui en font les auteurs. On trouve dans les Dictionnaires de Richelet & de Joubert les mots refacrer, refaigner, refaluer, refauter refeller, refemeller refemer &c. écrits avec une feule f; parce qu'ils font compofés de la prépofition re & des mots facrer faigner, faluer, fauter, fécher, feller, femelle, femer, &c. Voilà une nouvelle regle établie : mais ces prétendus Légiflateurs fuivent-ils exactement cette loi qu'ils nous don◄ nent? C'est ce qu'il faut examiner. Je trouve dans ces mêmes Dictionnaires les mots reffaffer, reffentiment, reffentir, refferrer, reffortir, pour fignifier fortir de nouveau, ressouvenir &quelques femblables, écrits avec deux Cependant ces derniers mots font auffi-bien que les premiers, compofés de la prépofition re, & des mots faffer, fentiment, fentir ferrer, fortir, & fouvenir, qui commencent par une f. Que leurs partifans conviennent donc qu'ils font blâmables d'avoir écrit les premiers avec une feule, ou qu'ils ont eu tort d'écrire ces derniers avec deux . Je leur donne le choix; mais puifqu'ils ne font pas d'accord avec eux-mêmes fuivrai mon goût particulier ; & s'il m'étoit permis de, prendre le ton de Maître, je leur confeillerois d'examiner mes raifons, & j'ofe me flatter qu'ils s'y rendroient.

je

Il faut obferver que la double ayant le même fon que

le c, on pourroit les confondre. Pour prévenir cet incon vénient, il faut avoir recours à l'étymologie; ainfi pour écrire correctement, matelaffier, échalaffer, fucceffion, endoffer, offement, & femblables, il faut favoir qu'ils font compofés de matelas, échalas, fuccès, dos, os, &c. mots dont la finale eft une s. On m'objectera peut-être les mots, rifible, repofer, clofe, & semblables, où la lettre ne double pas quoique dérivés de ris, repos, clos, &c. dont la finale eft pareillement une s. Mais il y a bien de la différence entre tous ces mots, parce que dans les uns la lettre doublant emprunte le fon du c, & dans les autres où elle eft fimple elle prend celui du ་• Ainfi lever cette difficulté, ne faut confulter que l'oreille, & fuivre l'ufage.

pour

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La lettre doit toujours être placée à la fin de la feconde perfonne du fingulier de tous les verbes, dans quelque temps ou mode que ce foit. Cette regle eft générale, excepté à l'Impératif de la premiere Conjugaifon, & de quelques autres verbes dont la premiere perfonne du préfent de l'indicatif eft terminée par un e muet.

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Enfin il ne me refte plus rien à dire fur cette lettre fi ce n'eft qu'elle doit doubler dans les mots qui tirent leur étymologie des Latins où elle eft double, comme difféquer, diffoudre, & femblables, qui viennent de diffecare, diffol vere, &c. dans quelques-uns de ceux qui viennent des Latins en x, comme coaffer, qui vient de coaxare; & enfin dans ceux qui font compofés de la prépofition à, & d'un mot François qui commence par une, comme affeoir, affujettir, & femblables. Voyez ci-deffus les Remarques des lettres B & C, & ailleurs.

DE LA LETTRE T.

Cette lettre devant un i fuivi d'une voyelle, fe prononce en plufieurs mots comme un c. Pour ne pas fe tromper dans l'Orthographe de ces fortes de mots, il faut avoir recours aux Latins dont ils font dérivés, & confidérer comment ils font écrits dans cette Langue originale. Voyez cette Remarque ci-après aux Terminaifons.

Cette regle, quoique prudemment établie, fouffre cependant quelques exceptions; car on écrit précieux & délicieux quoique ces mots viennent du Latin pretium, delitia. Il eft vrai que MM. de Port-Royal prouvent dans leur Méthode que delicia avec un e vaut mieux que delitiæ avec un t- Mais

que

il n'en eft pas de même des mots précieux, gracieux & plufieurs autres les meilleurs Auteurs écrivent avec unc, quoique dans le Latin, dont ils dérivent, ils foient écrits avec un t, & qu'ils viennent de pretium & de gratia. C'eft pourquoi, outre l'étymologie, il faut encore confulter l'ufage, qui fouvent l'emporte fur la raifon même.

Il en eft de cette confonne comme de la plupart des autres qui ne doivent doubler que dans les mots où la Langue originale les double, & dans ceux qui font compofés de la prépofition à, comme attendrir, attirer, & femblables. Voyez les Remarques des lettres B & C.

Outre ces mots nous voyons dans les anciens Dictionnaires, & même dans plufieurs Modernes, entre autres dans celui de l'Académie, qu'on double la lettre t contre l'étymologie dans frotter, flatter, & femblables, par la feule raifon que les fyllabes précédentes font breves. Mais on doit écrire dégoutter avec deux tt, parce que ce mot vient de gutta, & que la fyllabe gou eft breve; & au contraire dégoûter avec un feul t parce que ce mot vient de gustare & que la fyllabe goû eft longue. Voyez, outre cette Remarque, celle des Terminaifons & du Pluriel.

DE LA LETTRE U.

Voyez les Remarques fur cette lettre au Trema & aux Accents.

DE LA LETTRE X.

vœux.

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Cette lettre fert pour défigner le pluriel des mots en al; en ail, en eau, & en eu. Exemp. Cheval, chevaux; travail, travaux ; bail, baux; Bureau, Bureaux ; vœu Mais cette regle n'est pas générale, parce qu'il y a plufieurs de ces fortes de mots dont les uns n'ont point de pluriel comme carnaval, naval, &c. d'autres qui prennent une s après la finale du fingulier, comme bal & regal, qui font au pluriel bals & regals. Il en eft de même des mots en oi, dont les uns au pluriel font ois, comme Rois, emplois, &c. & d'autres oix, comme Loix. Voyez ci-après les Remarques fur le Pluriel.

Cette lettre fert encore pour défigner le Datif pluriel; aux Cieux, & femblables. C'eft cette raison qui a porté quelques Modernes à écrire auxquels, auxquelles, au lieu de aufquels, aufquelles ; & cette Orthographe paroît la plus

raifonnable, puifque auxquels eft formé de aux & de quels + comme lequel eft formé de le & de quel.

Il ne faut point mettre d'Accent Aigu fur l'e qui précede l'x, foit que la fyllabe que forment ces lettres foit fuivie d'une voyelle, comme dans ces mots, exemple, exiger, &c. foit que cette fyllabe foit fuivie d'une confonne, comme dans ces mots, excellent, expiation. Je fonde cette Remarque fur la prononciation de cet e qui ne fauroit qu'être fermé devant l'x, & qui par cette raison ne demande point d'Accent Aigu.

DE LA LETTRE Y.

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L'Auteur de l'Officina Latinitatis dit que l'y se doit confi'dérer de deux manieres ou comme une lettre grecque, ou comme un double i, dont on a tiré le dernier un peu plus long, pour les diftinguer d'un u.

Dans la premiere qualité on s'en fert avec la prononciation de la voyelle i dans les mots qui defcendent du Grec comme Acolyte, améthyfte, afyle, beryl, crystal, cygne, cylindre, dactyle, dyfenterie, dynaftie, labyrinthe, lyre, martyr, myrrhe, myrthe, myftere, myftagogique, mystique, mythologie, néophyte, nymphe, olympiade, paralytique, hyacinthe, hydropique, hypocrite, hymne, hydre, hypoftafe, hypotheque, hypothefe, phyfionomie, porphyre, pyramide, pyrrhique, fatyre, Sibylle, style, fyllabe, fycomere, fyllogifme, fymbole, fymmetrie, fympathie, fymphonie fynerefe, Synagogue , fyncope, fyndic, fynecdoche, Synode, fynonyme, fyfteme, fyftole, Syrien, Syriaque, tympa non, tympanifer, tyran, Zéphyre, & femblables.

Dans la feconde on s'en fert dans les mots pays, paySage, payfan, payer, rayer, envoyer, frayer, employer & femblables, où l'y a le fon de deux ii, comme on peut le remarquer dans Royaume, qu'on prononce comme s'il étoit écrit avec deux ii, Roi-iaume; où il eft aisé de voir que le premier i fonne avec la premiere fyllabe, & le fecond avec la feconde. C'eft pourquoi l'i qui eft dans la diphthongue oie qui fe trouve à la troifieme perfonne des verbes ne peut point être un y, puifque cette diphthongue ne forme qu'une feule fyllabe, comme on peut le voir dans avoient & auroient, qui ne font chacun que de deux fyllabes. Auffi l'ufage n'admet-il que l'i dans ces mots. Par la même raifon on doit écrire proie joie envoie, claie, haie, pluie, fuie, & ainfi les femblables:

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oie

parce

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