Images de page
PDF
ePub

» leçon; il favoit fi bien mesurer les unes & les MAI 2. autres, qu'il reprenoit avec la tendreffe d'un » pere, & louoit avec la gravité d'un maître. Il » étoit tout à la fois indulgent fans foibleffe, & » ferme fans dureté. Tous lifoient leur devoir dans » fa conduite; & quand il parloit, fes difcours » avoient tant d'efficace, qu'il n'étoit presque ja» mais obligé de recourir aux voies de rigueur. » Les perfonnes de tout état trouvoient en lui de » quoi admirer, & de quoi imiter. Il étoit fervent » & affidu à la priere, auftere dans les jeûnes,

infatigable dans les veilles & dans le chant » des Pfeaumes, plein de charité pour les pau» vres, condefcendant pour les humbles, intré» pide lorfqu'il s'agiffoit de s'opposer aux injuf»tices des Grands ». Il avoit, felon le même Auteur, le talent de perfuader ceux qui étoient d'un fentiment contraire au fien, à moins qu'ils ne fuffent endurcis dans le mal; & alors ceux qui ne fe laiffoient pas gagner, reffentoient une vénération fecrete pour fa perfonne. Quant à fes perfécuteurs, ils trouvoient en lui une ame inflexible & fupérieure à toutes les confidérations humaines. Semblable à un roc, rien n'étoit capable de le faire fléchir en faveur de l'injuftice.

Athanafe, après avoir foutenu de rudes combats, & remporté de glorieufes victoires fur les ennemis de la Foi, paffa à une meilleure vie le 2 Mai 373 (). Il gouverna quarante - fix ans l'Eglife d'Alexandrie (u).

de faint Athanafe en 371.

(t) Cette date eft appuyée fur l'autorité de la Chronique (u) Les Grecs honorent faint orientale des Cophtes, ainfi Athanafe le 2 de Mai, jour auque fur celle de faint Protere quel fes Reliques furent dépo& de faint Jérôme. Socrate s'eft fées dans l'Eglife de fainte Sodonc trompé en mettant la mort 'phie à Conftantinople, lors de fa

Voici de quelle maniere fa mort eft décrite par faint Grégoire de Nazianze. «Il termina fa vie MAI 2. » dans un âge fort avancé, pour aller fe réunir » à fes peres, aux Patriarches, aux Prophetes, » aux Apôtres, aux Martyrs, à l'exemple def» quels il avoit généreufement combattu pour la » vérité. Je dirai, pour renfermer fon épitaphe » en peu de mots, qu'il fortit de cette vie mor> telle avec beaucoup plus d'honneur & de gloire, » qu'il n'en avoit reçu à Alexandrie, lorsqu'après »fes différents exils, il y rentra de la maniere » la plus triomphante. Qui ne fait en effet que » tous les gens de bien pleurerent amèrement fa » mort, & que la mémoire de fon nom eft restée » profondément gravée dans leurs cœurs?...... » Puiffe-t-il du haut du ciel abaiffer fur moi fes regards, me favorifer, m'affifter dans le gou » vernement de mon troupeau, conferver dans »mon Eglife le dépôt de la vraie Foi ! Et fi » pour les péchés du monde nous devons éprou» ver les ravages de l'héréfie, puiffe-t-il nous » délivrer de ces maux, & nous obtenir par fon » interceffion la grace de jouir avec lui de la » vue de Dieu (x)!

[ocr errors]

même mois dans le Ménologe de
l'Empereur Bafile. Voyez la ré-
futation de Bollandus & de Pa-
pebroch, dans M. Affémani, ad
a Maii, T. 6. p. 30. 302.303.

tranflation qui s'en fit d'Alexan- | trouve une autre fête de faint
drie en cette ville. (Voyez Athanafe marquée au 9 de Juin
leurs Éphémérides dans leur dans les Menées, & au 27 du
Synaxaires). Ils en font encore
mémoire le 18 de Janvier, que
M. Affémani, in Calend. Univ.
T. 6. p. 299. prouve contre les
Bollandiftes, avoir été le jour
de fa mort, comme les Menées
(x) Nous croyons faire plaifir
le difent expreffément. Ils ho- à nos Lecteurs, en mettant ici
norent le même jour avec lui le portrait du faint Patriarche,
faint Cyrille, parce qu'il a été que M. l'Abbé de la Bletterie
Évêque de la même ville, quoi-a tracé dans fon Hiftoire de Jo-
qu'il ne foit mort qu'en Juin. On vien, T. 1. p. 128. «Athanafe

[ocr errors]

Si l'on joint les vertus que faint Athanase praMAI 2. tiqua dans la vie privée, à cet héroïfme de courage, de patience & de zele, qui ne fe démentit

[ocr errors]
[ocr errors]

lorfqu'il étoit dans fon Siege, & de la mort lorsqu'il étoit en exil, il lutta près de cine quante ans contre une ligue d'hommes fubtils en raifon

» dit-il, étoit le plus grand » Écritures, il en poffédoit l'ef-
» homme de fon fiecle; & peut prit. Jamais ni Grecs, ni Ro-
» être qu'à tout prendre, l'Eglife "mains, n'aimerent autant la
» n'en a jamais eu de plus grand. » patrie qu'Athanafe aima
"Dieu qui le deftinoit à com- » l'Eglife, dont les intérêts fu
"battre la plus terrible des hé- rent toujours inséparables des
» réfies, armée tout à la fois, fiens. Une longue expérience
» des fubtilités de la dialectique, » l'avoit rompu aux affaires ec-
» & de la puiffance des Empe- „ clésiastiques. L'adversité, qui
» reurs, avoit mis en lui tous » étend & rafine le génie, lorf-
» les dons de la nature & de qu'elle ne l'écrafe pas, lui
» la grace qui pouvoient le avoit donné un coup d'œil
» rendre propre à remplir cette admirable pour appercevoir
» haute deftination.
» des reffources, même hu-
» Il avoit l'efprit jufte, vif, maines, quand tout paroiffoit
» & pénétrant: le cœur géné- » défefpéré. Menacé de l'exil
»reux & défintéreffé: un cou- ""
»rage de fang froid, &, pour„
» ainfi dire, un héroïsme uni,
» toujours égal, fans impétuo-
» fité ni faillies: une foi vive:,,
une charité fans bornes : une "nements profonds en in
» humilité profonde : un Chris-!» trigues, courtisans déliés,
» tianisme mâle, fimple & noble » maîtres du Prince, arbitres
comme l'Evangile : une élo- ,, de la faveur & de la difgrace,
»quence naturelle, femée de ,, calomniateurs infatigables,
traits perçants, forte de cho- barbares perfécuteurs. Il les
» fes, allant droit au but, & déconcerta, les confondit, &
» d'une précision rare dans les leur échappa toujours, fans
» Grecs de ce temps-là. L'auf- leur donner la consolation de
térité de fa vie rendoit la lui voir faire une fauffe dé-
» vertu respectable : fa douceur, marche; il les fit trembler,
» dans le commerce la faifoit» lors même qu'il fuyoit devant
» aimer. Le calme & la féré-, eux, & qu'il étoit enfeveli
➜nité de fon ame fe peignoient "tout vivant dans le tombeau
» fur fon vifage. Quoiqu'il ne » de fon pere. Il lifoit dans les
» fût pas d'une taille avanta- » cœurs & dans l'avenir. Quel-
geuse, fon extérieur avoit» ques Catholiques étoient per-
» quelque chofe de majestueux
» & de frappant. Il n'ignoroit
» pas les fciences profanes,
" mais il évitoit d'en faire pa-»
rade, Habile dans la lettre des

[ocr errors]
[ocr errors]

fuadés que Dieu lui révéloit les deffeins de fes ennemis: les Ariens l'accufoient de Magie; & les Païens préten doient qu'il étoit verfé dans

jamais au milieu des plus horribles perfécutions, on ne s'étonnera point du refpect que l'on a eu MAI 2. pour fa mémoire dans tous les fiecles. L'Eglife le révere d'autant plus, qu'il continue encore de l'inftruire & de l'édifier par fes admirables Écrits.

La vie de Jefus-Chrift étoit le Livre où faint Athanafe fe formoit à la pratique des plus fublimes vertus. En creufant avec une foi foumife dans le myftere de l'Incarnation, il ne pouvoit fe laffer d'admirer & d'adorer les tréfors infinis de la juftice, de la fageffe, de la fainteté, de l'amour, de la miféricorde de Dieu. Imitons fon exemple, fi nous voulons acquérir la fcience des Saints; cette fcience qui procure le vrai bonheur, en éclairant l'efprit & en réformant le cœur. Que la vie du Sauveur, que les différentes circonftances de fes actions, que fes vertus & fes exemples deviennent le principal fujet de nos méditations. Uniffons nos

» la fcience des Augures, & Orthodoxes, encourager les » qu'il entendoit le langage des plus timides, d'un foible ami » oifeaux, tant il eft vrai que» ne fe faire jamais un ennemi, » fa prudence étoit une espece excufer les foibleffes avec » de divination. Perfonne ne» une charité & une bonté » difcerna mieux que lui les d'ame, qui font fentir que » moments de fe produire ou » s'il condamnoit les voies de » de fe cacher; ceux de la rigueur en matiere de Reli» parole ou du filence, de l'ac-» gion, c'étoit moins par intérêt »tion ou du repos. Il fut fixer» que par principes & par ca

"

[ocr errors]

l'inconftance du peuple (des» ractere. Julien, qui ne per» Alexandrins, c'est tout dire), » fécutoit pas les autres Évê» trouver une nouvelle patrie »ques, du moins ouvertement, » dans les lieux de fon exil;,» regardoit comme un coup » & le même crédit à l'extré- » d'état, de lui ôter la vie, "mité des Gaules, dans la croyant que la deftinée du » ville de Treves, qu'en Égypte, "Chriftianifme étoit attachée » & dans le fein même d'Alexan-» à celle d'Athanafe ». Cette » drie, entretenir des corref- honorable diftinction fembloit »pondances, ménager des pro- avoir mis le comble à la gloire »tections, lier entre eux les du faint Évêque.

bonnes œuvres à fes mérites, & offrons - les au MAI 2, Pere, en lui, avec lui & par lui. Prions - le de nous bien pénétrer de fon efprit & de fes maximes; demandons lui fur-tout cet amour qui lui fait confacrer l'homme avec fes puiffances. Ne perdons jamais de vue ces belles paroles de S. Athanafe: «Le Fils de Dieu a pris fur lui notre pauvreté

& nos miferes, afin de nous rendre participants » de fes richeffes, Ses fouffrances nous rendront » un jour impaffibles, & fa mort nous rendra » immortels. Nous trouverons notre joie dans fes » larmes, notre résurrection dans son tombeau,

notre fanctification dans fon baptême, confor»mément à ce qu'il dit lui-même dans l'Evangile»: Je me fanctifie pour eux, afin qu'ils foient auffi fanctifiés en vérité.

Notice des Écrits de faint Athanafe.

1°. Le Difcours contre les Païens, écrit vers l'an 318. C'est le premier Ouvrage de faint Athanafe. On y remarque une grande connoiffance de la Littérature profane. Le faint Docteur y fait voir l'origine, le progrès & l'extravagance de l'Idolâtrie. Il se fert enfuite de deux voies pour conduire les hommes à la connoiffance du vrai Dieu; l'une eft la nature de notre ame; & l'autre, l'existence des chofes vifibles.

2. Le Difcours fur l'Incarnation, écrit vers le même temps, n'eft qu'une fuite du précédent. Saint Athanafe y prouve, 1°. Que le monde doit avoir été créé. 2o. Qu'il n'y a que le Fils de Dieu qui, par fon Incarnation, ait pu délivrer l'homme de la mort dont le péché l'avoit rendu digne.

3o. L'Expofition de la Foi. C'eft une explication des myfteres de la Trinité & de l'Incarnation contre les Ariens.

4. Le Traité fur ces paroles: Toutes chofes m'ont été données par mon Pere. Le but du faint Docteur eft de combattre les fauffes interprétations que les Ariens donnoient à ces mêmes paroles.

59. La Lettre aux Evêques orthodoxes, contre l'intrufion de Grégoire fur le Siege d'Alexandrie, en 341.

6. L'Apologie de faint Athanafe contre les Ariens, composée après le fecond exil du Saint, en 351. C'est un recueil de

« PrécédentContinuer »