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On lui doit également de la reconnoissance, d'avoir tiré de l'oubli des Lettres très-instructives et très-intéressantes; mais au lieu de suivre l'ordre des matières, si naturel et si simple, devoit-il suivre l'ordre des dates, qui, ramenant à cent époques différentes un même sujet autant de fois interrompu, fatigue nécessairement l'attention et trouble la mémoire du lecteur? Devoit-il joindre aux lettres de Bossuet, celles qui lui étoient adressées, à moins qu'elles ne fussent nécessaires pour entendre ses réponses ? Et parmi celles de Bossuet lui-même, n'en est-il pas un grand nombre d'indifférentes, et d'autres qui pouvoient impunément, qui devoient même rester toujours ignorées ?.

Comment encore excuser l'énorme et trop souvent oiseuse prolixité des préfaces, des analyses, des notices, des notes, des tables dont il a surchargé les quinze volumes qu'il a donnés? Dans son prospectus il en annonçoit vingt-quatre ou vingt-cinq: s'il eût achevé son édition, en continuant de s'abandonner à cette intarissable diffusion, le nombre se seroit certainement élevé de quarante à cinquante vol. in-4°.

Mais un tort plus grave, est l'esprit de parti qu'il montre à découvert et sans réserve en toute occasion; ce zèle inconsidéré le dominoit au point, qu'oubliant ses protestations réitérées de respect

et d'admiration pour la doctrine toujours pure, toujours exacte de Bossuet, il se permet, et sur des matières sérieuses, de blâmer sa modération et de censurer ses opinions. Les murmures, les plaintes qui, dès la publication de ses premiers volumes, s'élevèrent de tous côtés contre lui, et dont nous ne sommes ici que de très-foibles échos, ne le rendirent pas plus circonspect. Ni les avis des censeurs, ni l'autorité du clergé, ni les représentations de ses confrères, ne purent vaincre son inflexible opiniâtreté; il ne s'arrêta enfin et ne cessa d'imprimer, que sur la défense expresse des supérieurs de sa congrégation.

Ces faits, dont nous avons été témoins, ont eu trop de publicité, et les torts de ce religieux sont trop évidens à quiconque le lit, pour que nous puissions les taire : nous ne les rappelons cependant qu'à regret, et par la nécessité d'assigner les vraies causes du discrédit de cette édition et de sa chute. Le quinzième tome est imparfait, renferme des morceaux tronqués et hors de place; une longue dissertation qui le termine, n'est pas même achevée, la dernière ligne finit au milieu d'une phrase; en sorte que tout lecteur croiroit qu'il manque quelques pages à son exemplaire; mais il n'en et la dernière page étoit imprimée, lorsque dom Déforis, frappé d'interdiction, retira son manuscrit, et se résigna au silence qui lui étoit en

manque

pas,

joint. Telle est la vraie solution d'une énigme qu'on a faussement interprétée. Il survécut six ans à sa disgrâce, édifiant par sa soumission et sa régularité, et tomba sous la hache révolutionnaire, le 25 juin 1794, âgé de soixante-deux ans.

La même année 1788, où le quinzième tome avoit paru, on donna, comme suite, les tomes 16, 17 et 18, sans préface, sans même le plus court avertissement. Ces volumes étoient depuis longtemps imprimés, avoient été préparés par l'abbé Le Queux, et selon son plan, beaucoup plus régulièrement ordonné, devoient former les tomes 4, 5 et 6 de la collection. La preuve en est dans les signatures au bas des pages qui suivent immédiatement les frontispices, et dans la préface du tome premier, où dom Déforis dit qu'il donne six volumes, tandis qu'il n'en donnoit que trois. Rien depuis n'a paru. Telle est l'histoire, tel a été le sort de cette édition, dont le discrédit est un arrêt qui nous enjoint d'en éviter les défauts.

Celle de messieurs Pérau et Le Roi, est donc la seule aujourd'hui qui soit digne d'être recherchée; mais, épuisée depuis long-temps, les exemplaires en sont rares et chers; mais elle est incomplète, puisqu'il y manque les Sermons, la Correspondance et quelques autres pièces; mais elle n'a point de table générale, défaut très-grand dans une collection si nombreuse et si variée; mais cette édib

tion enfin, que nous avons louée de très-bonne foi, n'est pas exempte de fautes réelles et de négli gences, qu'il est important de corriger et de ré

parer.

Ces reproches, que nous adoucissons, lui ont été plus durement faits par l'abbé Le Queux, par C. F. Le Roi, par dom Déforis même ; ils ne tombent que sur le premier éditeur, l'abbé Pérau; et ils sont fondés, en ce que pour plusieurs traités importans, dont il avoit en main les manuscrits, tels que l'Histoire des Variations, le Traité de la Communion sous les deux espèces, et quelques autres, qui d'ailleurs avoient été plus d'une fois réimprimés avec les additions et corrections de Bossuet: au lieu de suivre du moins ces éditions revues et corrigées, il a maladroitement copié les premières, avec leurs imperfections.

Ce sont ces motifs réunis, et les pressantes sollicitations de tous ceux qu'intéresse la gloire littéraire de la France, qui nous ont déterminé à entreprendre celle que nous donnons aujourd'hui. Jaloux de son succès, nous n'avons négligé aucune des précautions nécessaires pour l'assurer.

D'abord nous ne dirons qu'un mot de la partie matérielle et mécanique, c'est-à-dire, de la netteté des caractères, ils sont absolument neufs; du choix du papier, il est beau, solide, et de cette

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nuance de blanc qui plaît à l'œil et ne le fatigue pas; de la correction, nous y apportons la plus grande exactitude. Qu'on veuille bien remarquer enfin, que nous ne nous sommes pas proposé de donner une édition de luxe; trop peu de personnes auroient pu y atteindre ; mais une édition qui eût tout le mérite typographique, compatible avec la médiocrité de son prix. Les preuves d'exactitude à nos engagemens sont déjà faites, par l'édition des Vies des Saints de Godescard, et par celle des OEuvres du P. Bourdaloue, que le public a daigné honorer de son suffrage. Encouragés par ces heureux essais, nous avons redoublé de zèle pour mériter à celle de Bossuet un accueil aussi flatteur, et nous osons espérer, que l'exécution mécanique sera le moindre des avantages qu'on lui reconnoîtra.

Bossuet, orateur sublime, théologien profond, controversiste sans rival, historien inimitable, et l'homme du génie le plus vaste, le plus éminent, dans un siècle que tous les talens ont illustré: Bossuet, pendant une longue carrière, n'a pas cessé d'écrire; et le nombre de ses ouvrages, soit de ceux qui ont paru pendant sa vie, soit de ceux qui n'ont été donnés qu'après sa mort, est réellement prodigieux. Voulant les réunir en un seul corps, les personnes éclairées que nous nous sommes fait un devoir de consulter, ont pensé que

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