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je ne puis refuser aux mouvemens de mon coeur et à lareconnoissance des bienfaits dont Louis XV m'a honoré, l'hommage dû aux vertus sociales qu'il montroit dans son commerce particulier.

Au milieu des occupations les plusiinportantes, au milieu même des peines dont le trône est bien loin de garantir , on n'a jamais vu son caractère de douceur et d'affabilité se démentir un seul instant; il se plaisoit à oublier son rang; il ne le rappeloit jamais dans la société, et il possédoit au suprême degré cette égalité d'ame, si précieuse dans un Souverain, si douce à rencontrer, et même si rare dans un particulier.

Le détail de ces qualités aimables me ramène naturellement, Messieurs , à l'Académicien si di: gne de vos regrets, et que je ne remplacerai parmi vous que par un attachement égal au sien pour ses confrères. Né avec des talens distingués, M. de Belloy en a toujours consacré l'usage aux vertus qui perfectionnent les sociétés ; instruit par lalectare des Grecs, animé par les succès éclatans de l'immortel auteur de Zaïre, il a donné à toutes ses productions la noble empreinte du patriotisme; il s'est fait un devoir , et ce devoir a fait sa gloire, de n’exposer sur la scène que les tableaux intéressans de notre histoire , de ranimer, de perpétuer l'héroïsme national par la peinture des héros de la Nation ; les applaudissemens les plus flatteurs ont été sa récompensé, et c'est à ces représentations-qué le cri du coeur françois se fait entendre. Qui n'a pas envié le sort des citoyens de Calais? Qui n'a pas retrouvé dans son ame la même élévation, le même courage? Chaque spectateur se glorifioit d'être François : heureux mouvement d'orgueil patriotique qui nous inspiroit l'ardeur de ressembler à nos ancêtres , et de nous signaler comme eux !

Il y a long-temps, Messieurs, qu'on a comparé les François aux Athéniens; la facilité de mours, l'esprit de curiosité, le goût des amusemens, la passion des Arts, l'amour de la gloire ont fondé la ressemblance. M. de Belloy la rendue sensible; et en effet, dans la sensation passionnée qu'excitoient à Paris ses tragédies, comment ne pas reconnoître cette impulsion vive et prompte qui agitoit Athènes et Socrate lui-même aux éloges funèbres des héros? Aimable et brave Nation, si susceptible de tant de vertus ! il ne faut qu'en développer le germe dans vos cours, et c'étoit le but de M. de Belloy, c'étoit l'objet sublime de tous ses travaux. Un tel homme étoit bien fait, Messieurs, pour vous être associé; vos suffrages couronnèrent ses talens, et votre amitié fut le prix de ses vertus; vous avez connu, vous avez honoré, vous avez chéri toutes ses qualités personnelles : vous avez été les témoins de sa conduite, toujours noble sans hauteur, toujours modeste en conservant la juste estime de soi-même. Né sans fortune, il s'interdisoit pour l'augmenter tous les moyens désa youés par un coeur pur et une ame élevée.

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Egalement éloigné de la bassesse qui mendie les bienfaits, et de l'orgueil qui les repousse, quel bonheur de pouvoir contribuer à la satisfaction d'un tel homme! J'en ai joui deux fois, et j'étois alors bien plus heureux que lui. Dans sa dernière maladie, privé des secours qu'exigeoit sa situation, la dérobant à ses amis, qu'il craignoit de fatiguer , ou plutôt d'affliger, son secret perça malgré lui; il parvint au Roi, et Sa Majesté m'ordonna sur-le-champ de lui donner une preuve de sa bienfaisance. Cette circonstance me procura deux plaisirs bien vifs, celui de lire dans le coeur de notre jeune Monarque son empressement à soulager les malheurs qui parviennent à sa connoissance, et celui de voir dans l'ame de M. de Belloy les mou. vemens de la reconnoissance la plus vraie. Il fit un effort pour la consigner dans la dernière lettre que sa langueur lui permit d'écrire, et son dernier sentiment a été l'amour de notre nouveau Souverain.

Vous attendez sans doute, Messieurs, que je vous entretienne des qualités d'un Roi qui fait à si juste titre l'espérance de la Nation; plus on l'approche , et plus on aperçoit cet esprit d'ordre, et de justice, cet amour de la vérité, cette aversion, ou plutôt ce mépris pour l'intrigue, cette disposition à la bienfaisance, et cette rare simplicité de mours qui sont la base de son caractère. Mais sous son règne aucun de ceux qui ont l'honneur de l'approcher, et le désir de lui plaire, ne se ha

sardera à le louer autant qu'il pourroit l'être. Un si grand intérêt, Messieurs, m’impose la loi du silence, et me servira d'excuse auprès de vous.

RÉPONSE.

De M. DE BUFFON, directeur de l'Académie fran

çoise, au discours de M. le maréchal-duc de DURAS.

Monsieur

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Aux lois que je me suis preserites sur l'éloge, il faut ajouter un précepte également nécessaire ; c'est que les convenances doivent y être senties,

, et jamais violées ; le sentiment qui les annonce doit régner par-tout, et vous venez, Monsieur, de nous en donner l'exemple. Mais ce tact attentif de l'esprit qui fait sentir les nuances des fines bienséances, est-il un talent ordinaire qu'on puisse communiquer, ou plutôt n'est-il pas le dernier résultat des idées, l'extrait des sentimens d'une ame exercée sur des objets que le talent ne peut saisir? La nature donne la force du génie, la trempe du caractère et le moule du cour; l'éducation ne fait que modifier le tout; mais le goût délicat, le tact fin, d'où naît ce sentiment exquis, parce que mille

ne peuvent s'acquérir que par un grand usage du monde dans les premiers rangs de la société. L'usage des livres, la solitude , la contemplation des oeuvres de la nature, l'indifférence sur le mouvement du tourbillon des hommes, sont àù contraire les seuls élémens de la vie du philosophe. Ici, l'homme de cour a donc le plus grand avantage sur l'homme de lettres; il louera mieux et plus convenablement son prince et les grands, parce qu'il les connoît mieux, parce que fois il a senti , saisi ces rapports fugitifs que je ne fais qu'entrevoir.

Dans cette compagnie , nécessairement composée de l'élite des hommes en tout genre, chacun devroit être jugé et loué par ses pairs ; notre formule en ordonne autrement; nous sommes presque toujours au-dessus ou au-dessous de ceux que nous avons à célébrer; néanmoins il faut être de niveau pour se bien connoître; il faudroit avoir les mêmes talens pour se juger sans méprise. Par exemple, j'ignore le grand art des négociations, et vous le possédez; vous l'avez exercé, Monsieur, avec tout succès, je puis le dire; mais il m'est impossible de vous louer par le détail des choses qui vous flatteroient le plus ; je sais seu

avec le public, que vous avez maintenu pendant plusieurs années, dans des temps difficiles, l'intimité de l'union entre les deux plus grandes puissances de l'Europe ; je sais que

deyant nous représenter auprès d'une nation fière,

lement,

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