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partagé entre les travaux littéraires et les plaisirs de la bienfaisance, il vivifioit la contrée qu'il habitoit, assistoit les malheureux de sa fortune, ses conseils, de ses lumières ; qu'il environnoit sa vieillesse de bonnes oeuvres, et qu'il se hâtoit d'en remplir les restes d'une vie qui lui échappoit. C'étoit là que sa conduite honoroit ses principes, qu'il'montroit la piété chrétienne en action , qu'il fondoit un hospice pour fixer dans sa terre les héroïnes de la charité, les dignes filles de Saint Vincent de Paul ; et que, d'un seul don, il sacrifioit une somme de quarante mille livres à l'éducation des enfans et au soulagement des malades : · pouveau genre de gloire qu'il est si doux de pouvoir allier aux succès littéraires, parce que le génie et la vertu ne brillent de tout leur éclat

que

lorsqu'ils sont ainsi réunis ! Enfin, c'est là qu'après avoir déployé, dans ses longues souffrances, le courage de la résignation, il vient de terminer sa carrière au milieu des larmes de sa famille et des bénédictions de ses vassaux: hommage plus touchant et plus glorieux à sa mémoire, que le vain bruit de la célébrité!'::!'.

Avant sa mort, M. de Pompignan a rendu grâce à la solitude, du calme qu'elle avoit répandu sur sa vieillesse. L'un de ses derniers écrits a été une Epitre sur la retraite , dans laquelle, å la vue de lastre bienfaisant qui se levoit sur la France, il formoit, en poète citoyen, les voeux les plus ardens pour la prosperite d'un règne dont l'aurore est si

pas in,

brillante: objet bien digne en effet des derniers chants d'une muse qui n'a jamais rendu hommage qu'à la vertu. Eh! quel François , s'il n'est sensible à la gloire de son pays, a pu voir, sans une sorte d'enthousiasme, un prince qui, dès sa plus tendre jeunesse , ne s'est montré passionné que pour la justice et pour la vérité., la marine créée, la servitude abolie , les lois plus humaines, une politique morale , le credit fondé sur l'estime du

gouvernement, une guerre d'un intérêt vraiment national, couronnée par une paix glorieuse, et l'indépendance de l'Amérique assurée par un Monarque de vingt-sept ans ? La gloire des lettres

pas été oubliée , Messieurs, dans cette grande révolution qui a rapproché les deux mondes. Le Roi vient de cimenter une nouvelle alliance littés raire entre les Etats-Unis et la France, en dotant d'une riche collection de livres les universités de Virginie et de Pensilvanie. Vous voyez assis parmi vous un guerrier (1) qui , après avoir généreusement combattu pour cette république naissante, a sollicité en sa faveur.ce nouveau bienfait du Monarque, et qui a le double mérite d'avoir contria bué à procurerauxAméricains les deux plusgrands biens de l'ordre social, la liberté et les lumières. Ainsi, vos ouvrages , Messieurs, deviennent un noble moyen de munificence entre les mains de votre auguste protecteur. Ce sont vos trésors lite

(1).M. de Chastellux.

téraires qui font ses plus magnifiques présens , et il ne se montre jamais plus grand lui-même, que lorsque, du haut de son trône, il dispense aux nations les plus reculées les chef-d'oeuvres de są. nation. Mais, par un noble échange de gloire entre luiet le génie, ce Prince ainventé une manière, inconnue avant son règne , d'honorer les talens et les hautes vertus. Jusqu'à nos jours, en effet, Messieurs, les peuples avoient érigé des statues aux Souverains ; mais aucun Monarque n'avoit encore décerné le même honneur à ses sujets, même les plus illustres. Louis XVI est pour l'histoire le premier Souverain qui se soit fait un devoir d'acquitter cette dette importante de la patrie, en élevant des statues, dans son palais, aux grands hommes de sa nation, et en faisant servir l'ému. lation dont il anime les arts, à réveiller l'amour de la gloire dans tous les ordres de la société. s į Voilà peut-être, Messieurs, dans la science d'en: flammer les esprits et d'élever les ames , l'unique secret qui eût échappé au génie de Louis XIV: Les murs de ce sanctuaire ont retenti cent fois des hommages que l'éloquence et la poésie ont rendus à ce grand Roi , qui voulut qu'après la mort de l'illustre chancelier Séguier, la protection des lettres devint, dans son empire, l'apanage éternel de la royauté, fit régner avec lui, pendant un siècle, tous les beaux arts, et à qui son génie inspira souvent des traits dignes de Corneille , sans que, durant tout le cours de son règne, il ait proféré une seule parole qui ait démenti la dignité de son rang et l'élévation de son ame. Aussi , Messieurs, plus ce Monarque s'éloigne de notre âge, plus il s'agrandit à notre vue. A mesure que les mémoires de ses généraux nous rendent, en quel. que sorte, témoins de sa vie privée, l'ancien enthousiasme de la France, se réveille pour exalterun Prince, à qui elle doit tout, ses lois, sa discipline militaire, sa police, ses premières routes , sa marine, ses arsenaux, ses ports, ses manufactures, ses académies. Pour moi, Messieurs, qui viens à votre suite, et à une si grande distance de vos talens, apporter aux pieds de Louis XIV le foible tribut de mon admiration, dans ce temple où il régnera toujours par ses bienfaits et par votre reconnoissance, ne pouvant plus rien ajouter à vos éloges, je rassemblerai du moins sous vos yeux les traits épars de sa gloire, et je dirai simplement et sans art:Il eut à la tête de ses armées Turenne, Condé, Luxembourg, Catinat, Créquy, Boufflers, Montesquiou, Vendôme et Villars; Duquesne, Tourville , du Guay-Trouin commandoient ses escadres;Colbert, Louvois, Torcy étoient appelés à ses conseils ; Bossuet, Bourdaloue, Massillon lui annonçoient ses devoirs. Son premier sé- . nat avoit Molé et Lamoignon pour chefs, Talon et d'Aguesseau pour organes. Vauban fortifioit ses citadelles. Riquet creusoit ses canaux. Perrault et Mansard construisoient ses palais ; Puget , Girardon, le Poussin, Le Sueur et Le Brun les embel

lissoient. Le Nôtre dessinoit ses jardins. Corneille, Racine , Molière, Quinault, La Fontaine, La Bruyère, Boileau éclairvient sa raison et amusoient ses loisirs. Montausier, Bossuet, Beauvila liers, Fénélon , Huet, Fléchier , l'abbé de Fleury élevoient ses enfans. C'est avec cet auguste cortége de génies immortels, dont la plupart appartiennent à cette compagnie, que le premier Roi protecteur de l'Académie françoise, appuyé sur tous ces grands hommes qu'il sut mettre et conserver à leur place, se présente aux regards de la postérité,

Or

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