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« de faste offensant; » et quelques années s'étoient à peine écoulées, que d'Alembert se plaint qu'ils soient persécutés par ceux même qui ont le plus d'intérêt à les défendre ; il les exhorte à la noble pauvreté, et il s'écrie:« Le moyen le plus sûr pour « vous faire respecter , est de vivre unis, s'il vous « est possible, et presque renfermés entre vous ». On croiroit voir la plus étonnante contrariété entre ces deux auteurs contemporains; et vainement voudroit-on l'expliquer par la différence de leurs caractères : ce n'est point une opinion disférente qu'ils énoncent, c'est un fait contraire dont ils déposent, et leur apparente contradiction ne tient qu'au changement général et rapide, survenu dans un si court intervalle.

Cependant la capitale, si long-temps prompte et docile imitatrice des sentimens, des goûts, des opinions de la Cour, cessa , dans le même temps, d'avoir

pour elle cette antique déférence. Ce fut

s'éleva parmi nous ce que nous avons nommé l'Empire de l'opinion publique. Les hommes de lettres eurent aussi-tôt l'ambition d'en être les organes , et presque les arbitres. Un goût plus sérieux se répandit dans les ouvrages d'esprit; le désir d'instruire s'y montra plus que le désir de plaire. La dignité d'Homme de lettres , expression juste et nouvelle, ne tarda pas à devenir une expression avouée, et d'un usage reçu.

Mais si , dans le période précédent, l'abus inévitable du bel esprit avoit été celuxe stérile , cette

alors que

vaine subtilité de pensées et d'expressions, quel. quefois une servile complaisance et d'avilissantes flatteries; l'abus, dans ce nouveau période, fut une espèce d'emphase magistrale, une audace imprudente, une sorte de fanatisme dans les opinions, et sur-toutunton affirmatif et dogmatique, qui faisoit dire à Fontenelle, alors dans sa centième année, et témoin encore de cette révolution : «Je « suis effrayé de l'horrible certitude que je ren, « contre à présent par-tout»,

DISCOURS

Prononcéle 11 décembre 1788, par M. Vicq-d'Azer,

lorsqu'il fut reçu à la place de M. le Comte de BUFFON.

ÉLOGE DE M. DE BUFFON.

Messieurs,

Dans le nombre de ceux auxquels vous accordez vos suffrages, il en est qui, déjà célèbres par

d’immortels écrits, viennent associer leur gloire avec la vộtre; mais il en est aussi qui, à la faveur de l'heureux accord qui doit régner entre les sciences et les arts, viennent vous demander, au nom des sociétés savantes, dont ils ont l'honneur d'être membres, à se perfectionner près de vous dans le grand art de penser et d'écrire, le premier des beaux arts, et celui dont vous êtes les arbitres et les modèles.

C'est ainsi, Messieurs, c'est sous les auspices des corps savans auxquels j'ai l'honneur d'appartenir, que je me présente aujourd'hui parmi vous. L'un de ces corps (1) vous est attaché depuis Jong-temps par des liens qui sont chers aux

(1) L'Académie royale des sciences.

IX.

lettres; dépositaire des secrets de la nature, interprète de ses lois, il offre à l'éloquence de grands sujets et de riches tableaux. Quelque éloignées que paroissent être de vos occupations les autres compagnies (1) qui m'ont reçu dans leur sein, elles s'en rapprochent, en plusieurs points, par leurs études. Peut-être que les grands écrivains qui se sont illustrés dans l'art que je professe, qui ont contribué, par leurs veilles, à conserver dans toute leur pureté ces langues éloquentes de la Grèce et de l'Italie, dont vos productions ont fait revivre les trésors, qui ont le mieux imité Pline et Celse dans l'élégance de leur langage; peut-être que ces hommes avoient quelques droits à vos récompenses. Animé par leurs exemples, j'ai marché de loin sur leurs trạces; j'ai fait de grands efforts, et vous avez couronné mes travaux. · Et ce n'est pas moi seul dont les voeux sont aujourd'hui comblés. Que ne puis-je vous exprimer, Messieurs, combien la faveur que vous m'avez accordée a répandu d'encouragement et de joie parmi les membres et les correspondans nombreux de la compagnie savante dont je suis l'organe. J'ai vu que dans les lieux les plus éloignés, que par-tout où l'on cultive son esprit et sa raison, on connoit le prix de vos suffrages; et si quelque chose pouvoit ajouter au bonheur de les

(1) La Faculté et la Société royale de Médecine de Paris,

avoir réunis, ce seroit celui de voir tant de savans estimables partager votre bienfait et ma reconnoissance ; ce seroit ce concours de tant de félicitations qu'ils m'ont adressées de toutes parts, lorsque vous m'avez permis de succéder parmi vous à l'homme illustre que le monde littéraire a perdu.

Malheureusement il en est de ceux qui succèdent aux grands hommes, comme de ceux qui en descendent. On voudroit qu'héritiers de leurs priviléges, ils le fussent aussi de leurs talens; et on les rend pour ainsi dire responsables de ces pertes que la nature est toujours si lente à réparer. Mais ces reproches , qui échappent au sentiment, aigri par la douleur, le silence qui règne dans l'empire des lettres, lorsque la voix des hommes eloquens a cessé de s'y faire entendre, ce vide qu'on ne sauroit combler, sont autant d'hommages offerts au génie. Ajoutons-y les nôtres, et méritons par nos respects que

l'on nous pardonne d'être assis à la place du philosophe qui fut une des lumières de son siècle, et l'un des ornemens de sa patrie.

La France n'avoit produit aucun ouvrage qu'elle pût opposer aux grandes vues des anciens sur la nature. Buffon naquit, et la France n'eut plus, à cet égard, de regrets à former.

On touchoit au milieu du siècle; l'auteur de la Henriade et de Zaïre continuoit de charmer le monde par l'inépuisable fécondité de son génie;

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