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Louis, par la grâce de Dieu , Roi de France et de Navarre; à tous présens et à venir , SALUT. Aussitôt que Dieu nous eut appelés à la conduite de cet État , nous eumes pour but, non-seulement de remédier aux désordres que les guerres viles, dont il a si longtemps été affligé, y avoient introduits, mais aussi de l'enrichir de tous les ornemens convenables à la plus illustre et la plus ancienne de toutes les monarchies qui soient aujourd'hui dans le monde. Et quoique nous ayons travaillé sans cesse à l'exécution de ce dessein, il nous a été impossible jusqu'ici d'en voir l'entier accomplissement. Les mouvemens excités si souvent dans la plupart de nos provinces, et l'assistance que nous avons été obligés de donner à plusieurs de nos alliés, nous ont divertis de toute autre pensée que de celle de la guerre, et nous ont empêchés de jouir du repos que nous procurions aux autres. Mais comme toutes nos intentions ont été justes, elles ont eu aussi des succès heureux. Ceux de nos voisins qui étoient oppressés par leurs ennemis, vivent maintenant en assurance sous notre protection; la tranquillité publique fait oublier à nos sujets toutes les misères passées; et la confusion a cédé enfin au bon ordre que nous avons fait revivre parmi cux, en rétablissant le commerce, en faisant observer exactement la discipline militaire dans nos armées, en réglant nos finances et en réformant le luxe. Chacun sait la part que notre très-cher et très-amé cousin, le cardinal duc de Richelieu, a eue en toutes ces choses, et nous croirions faire tort à la suffisance et à la fidélité qu'il nous a fait paroître en toutes nos affaires, depuis que nous l'avons choisi pour notre principal ministre, si, en ce qui nous reste à faire pour la gloire et pour l'embellissement de la France, nous ne suivions ses avis, et ne commettions à ses soins la disposition et la direction des choses qui s'y trouveront nécessaires. C'est pourquoi lui uyant fait connoître notre intention, il nous a représenie qu'une des plus glorieuses marques de la félicité d'un Etat, étoit que les sciences et les arts y fleurissent, et que les lettres y fussent en honneur aussi bien que les armes, puisqu'elles sont un des principaux instrumens de la vertu. Qu'après avoir fait tant d'exploits mémorables, nous n'avions plus qu'à ajouter les choses agréables aux nécessaires, et l'ornement à l’utilité; et qu'il jugeoit que nous ne pouvions mieux commencer que par le plus noble de tous les arts, qui est l'éloquence. Que la langue françoise, qui jusqu'à présent n'a que trop ressenti la négligence de ceux qui l'eussent pu rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que jamais de le devenir, vu le nombre des personnes qui ont une connoissance particulière des avantages qu'elle possède , et de ceux qui s'y peuvent encore ajouter. Que, pour en établir des règles certaines, il avoit ordonné une assemblée dont les propositions l'avoient satisfait : si bien que, pour les exécuters et pour rendre le langage françois non-seulement élégant, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences, il ne seroit besoin que de continuer ces conférences; ce qui se pourroit faire avec beaucoup de fruit, s'il nous plaisoit de les autoriser, de permettre qu'il fût fait des réglemens et des statuts pour la police qui doit y être gardée, et de gratifier ceux dont elles seront komposées de quelques témoignages honorables de notre bienveillance. A CES CAUSES, ayant égard à l'utilité que nos sujets peuvent recevoir desdites conférences , et inclinant à la prière de notredit Cousin, nous avons, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale , permis , approuvé et autorisé, permettons , approuvons et autorisons par ces pré- ' sentes, signées de notre main, lesdites assemblées et conférences. Voulons qu'elles se continuent désormais en notre bonne ville de Paris, sous le nom de l'ACADÉMIE FRANÇOISE : que notredit Cousin s'en puisse dire et nommer le chef et protecteur; que le nombre en soit limité à quarante personnes; qu'il en autorise les officiers , les statuts et les réglemens, sans qu'il soit besoin d'autres lettres de nous que les présentes, par lesquelles nous confirmons, dès maintenant comme pour lors, tout ce qu'il fera pour ce regard. Voulons aussi que ladite Académie ait un sceau avec telle marque et inscription qu'il plaira à notredit Cousin, pour sceller tous les actes qui émaneront d'elle. Et d'autant que le travail de ceux dont elle sera composée, doit être grandement utile au public, et qu'il faudra qu'ils y emploient une partie de leur loisir; notredit Cousin nous ayant représenté que plusieurs d'entre eux ne se pourroient trouver que fort peu souvent aux assemblées de ladite Académie, si nous ne les exemptions de quelques-unes des charges onéreuses dont ils pourroient être chargés comme nos autres sujets, et si nous ne leur donnions moyen d'éviter la peine d'aller solliciter sur les lieux les procès qu'ils pourroient avoir dans les provinces éloignées de notre bonne ville de Paris, où lesdites assemblées se doivent faire : Nous avons, à la prière de notredit Cousin, exempté, et exemptons par ces mêmes présenies, de toutes tutelles et curatelles, et de tous guets et gardes, lesdits de l'ACADÉMIE FRANÇOISE , jusqu'audit nombre de quarante, à présent et à l'avenir; et leur avons accordé et accordons le droit de committimus de toutes leurs causes personnelles, possessoires et hypothécaires, tant en demandant qu'en défendant, pardevant' nos amés et féaux conseiilers les maîtres des requêtes ordinaires de notre hôtel, ou les gens tenans les requêtes de notre Palais à Paris, à leur choix et option, tout ainsi qu'en jouissent les officiers domestiques et commensaux de notre maison. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers les gens tenans notre Cour de Parlement à Paris, maître des requêtes ordinaires de notre hôtel, et à tous autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra , qu'ils fassent lire et registrer ces présentes, et jouir de toutes les choses qui y sont contenues, et de ce qui sera fait et ordonné par notredit Cousin le cardinal duc de Richelieu, en conséquence et en vertu d'icelles , tous ceux qui ont déjà été nommés par lui, ou qui le seront ci-après, jusqu'au nombre de quarante, et ceux aussi qui leur succéderont à l'avenir, pour tenir ladite ACADÉMIE FRANÇOISE; faisant cesser tous troubles et empêchemens qui leur pourraient être donnés. Et pour ce que l'on pourra avoir affaire des présentes en divers lieux, nous voulons qu'à la copie collationnée par un de nos amés et féaux conseillers et secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original. Mándon's au premier notre huissier ou sergent sur de' requis, de faire pour l'exécution d'icelles tous exploits nécessaires, sans demander autre permission. Car TÉL EST NOTRE PLAISIA; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, pour lesquelles nous ne voulons qu'il soit différé, dérogeant pour cet effet à tous édits, déclarations, arrêts, réglemens et autres lettres contraires aux présentes: Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel, sauf en autres choses notre droit, et d'autrui en toutes.

Donné à Paris au mois de janvier , l'an de grâce 1635, et de notre règne le 25€.

Signé LOUIS. Et sur le repli : Par le Roi, DE LOMENI E. > Et scellées du grand sceau de cire verle, sur lacs de soie rouge et verte,

ET RÉGLEMENS

DONNÉS A L'ACADÉMIE FRANÇOISE

PAR LE CARDINAL DE RICHELIEU.

ARTICLE PREMIER..

PERSONNE ne sera reçu à l'Académie, qui ne soit agréable à Monseigneur le Protecteur, et qui ne soit de bonnes moeurs, de bonne réputation, de bon esprit, et propre aux fonctions académiques.

II. L'Académie aura un sceau duquel seront scellés en cire bleue tous les actes qui s'expédieront par son ordre, dans lequel la figure de monseigneur le cardinal due de Richelieu sera gravée, avec ces mots à l'entour : Armand , cardinal duc de Richelieu , Protecteur de l'Académie Française établie l'an 1635; et un contre-sceau où sera représentée une couronne de laurier, avec ce mot : A L'IMMORTALITÉ; desquels sceaux l'empreinte ne pourra jamais être changée pour quelque cause que ce soit.

1. Il y aura trois officiers; un directeur, un chancelier et un secrétaire, dont les deux premiers seront élus de deux mois en deux mois, et l'autre ne changera point.

IV. Pour procéder à cette élection, l'on mettra dans une boîte autant de balottes blanches qu'il y aura d’Académiciens à

Paris, entre lesquelles il y en aura deux marquées, l'une d'un * point noir, et l'autre de deux, dont celle-là désignera le direca teur, et celle-ci le chancelier.'

V. En l'absence du directeur, le chancelier présidera eu

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