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Si un tel acte se consommait, ce serait en vain que les Anglais viendraient à l'avenir parler de leur loyauté, de leurs lois et de leur liberté; la foi britannique se trouverait perdue dans l'hospitalité du Bellérophon.

J'en appelle à l'histoire. Elle dira qu’un ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois ; et quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner de son estime, de sa confiance ? Mais comment répondit l'Angleterre à une telle magnanimité ? Elle feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi , et quand il se fut livré de bonne foi, elle l'immola (TM).

NAPOLÉON.

L'empereur, qui avait écouté avec un calme profond le message dont l'amiral Keith et sir Henry Bembury étaient porteurs, répondit : « Je suis l'hôte de l’Angleterre et non son prisonnier; je suis venu librement me placer sous la protection de la loi anglaise : le gouvernement a violé à mon égard les lois de son pays, le droit des gens et le droit sacré de l'hospitalité. Je proteste et fais appel à l'honneur britannique.»

Le lendemain, il écrivit à l'amiral Keith la lettre suivante :

Rade de Plymouth, 31 juillet 1815.

Mylord, j'ai lu avec attention l'extrait de la lettre que vous

(1) L'article 2 du traité signé à Paris le 11 avril 1814 par les plénipotentiaires de l'empereur (M. de Caulincourt, le maréchal Ney et le maréchal Macdonald) et par le prince de Metternich, le comte de Nesselrode et le baron de Hardenberg, au nom de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse, porte : « LL. MM. l'empereur Napoléon et l'impératrice Marie-Louise con» serveront ces titres et qualités, pour en jouir leur vie durant. » Le 27 avril 1814, lord Castlereagh, par ordre de S. A. R. le prince régent, agissant au nom et pour s. M., signa un acte d'adhésion ainsi conçu : « Le prince régent, ayant pleine connaissance du contenu dudit traité, y ac» cède au nom et pour S. M., autant qu'il concerne les stipulations rela» tives à la possession de l'ile d'Elbe en souveraineté, et les duchés de Parme, » Plaisance et Guastalla ; mais S. A. R. ne doit pas être considérée comme » étant, par cet acte d'accession, devenue partie contractante à quelques » autres stipulations y contenues. »

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Fréquentes, et trop souvent violentes dans les monarchies absolues, les renonciations forcées à la couronne ne sont guère plus rares dans les monarchies mixtes, où, cependant, la responsabilité des ministres et l'irresponsabilité du prince, que les constitutions octroyées ou acceptées déclarent toutes inviolable, sembleraient devoir maintenir le souverain dans une sphère inaccessible aux émotions populaires. Quelle que soit la forme des gouvernements, le droit ne peut sans péril public fléchir sous la force : cette vérité éternelle est la base de la justice, et les catastrophes contemporaines l'attestent

par des enseignements significatifs ().

Français, Louis Jer, roi de Bavière, Ferdinand jer, empereur d'Au-
triche (1848); Charles-Albert, roi de Sardaigne (1849).

L'antiquité aussi a vu des abdications : la plus mémorable est
celle de Dioclétien, qui renonça librement à l'empire du monde pour
se retirer dans ses jardins de Salone (305). Sept siècles avant lui,
Denys, tyran de Syracuse, tombé violemment du trône, ouvrait une
école à Corinthe

pour

subsister.
(1) On a vu quelques princes abdiquer partiellement, en s'adjoi-
gnant un membre de leur famille dans l'exercice du pouvoir souve-
rain. C'est ainsi qu'en 1834 le roi de Saxe et l'Électeur de Hesse
s'associèrent, l’un son neveu, l'autre son fils, en leur donnant le
titre de co-régent.

Quelques princes, héritiers présomplifs du trône, ont aussi, du
vivant de leurs auteurs, renoncé à leurs droits successoriaux. De
ce nombre sont : Antoine, dauphin de France, fils du roi Charles X
(1830), et Maximilien de Saxe (1831).

L'archiduc François-Charles renonça de même, lors de l'abdication de son frère l'empereur d'Autriche, Ferdinand Ier, à ses droits héréditaires, en faveur de son fils, neveu de ce prince, l'archiduc François-Joseph, aujourd'hui régnant.

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ACTES D'ABDICATION.

Acte d'abdication de l'empereur Napoléon. (1814.)

Déclaration.

Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie , qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France. Fait au palais de Fontainebleau, le 11 avril 1814.

NAPOLÉON.

Acte d'abdication (sous forme de lettre) de Charles X,

roi de France, et de son fils le dauphin. (1830.) A mon cousin le duc d'Orléans, lieutenant général du royaume. Mon cousin, je suis trop profondément peiné des maux qui

(1) En 1815, l'empereur Napoléon, contraint de déposer pour la seconde fois la couronne, fit la déclaration suivante au peuple français :

« En commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés, et le concours de toutes les autorités nationales. J'étais fondé à espérer le succès, et j'avais bravé toutes les déclarations des puissances contre moi. Les circonstances paraissent changées : je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations et n'en avoir jamais voulu qu'à ma personne! Ma vie politique est terminée, et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, empereur des Français. Les ministres actuels formeront provisoirement le conseil du gouvernement. L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à inviter les chambres å organiser sans délai la régence par une loi. Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation indépendante. Donné au palais de l'Élysée, le 12 juin 1815.»

NAPOLÉON.

veiller avec vigilance et attachement aux chers intérêts de nos bien-aimés sujets, nous avons arrêté, après mûre réflexion et de notre volonté pleine et entière, de clore irrévocablement aujourd'hui notre long règne, et de transmettre notre souveraineté royale, grand-ducale et ducale, à notre fils bien-aimé le prince d'Orange, qui est le successeur légitime de nos couronnes royale, grand-ducale et ducale.

Nous remercions nos bien-aimés sujets des preuves de confiance et d'attachement que nous en avons reçues pendant toute la durée de notre règne; et nous sommes convaincu qu'ils accepteront avec amour et respect leur nouveau roi, auquel la patrie est déjà si redevable, et qui, avec un cæur profondément ému, mais cependant avec un mâle courage et en élevant un regard humilié vers le trône de Dieu, a reçu aujourd'hui de nos mains les couronnes de la Néerlande, du Luxembourg et du Limbourg, pour être portées par lui et ses successeurs légitimes, par suite de l'acte solennel de notre abdication et transmission volontaire: lequel acte sera transporté, par nos soins, dans les archives du royaume et du grand-duché pour y être déposé et gardé.

Finalement, nous ordonnons que notre présente proclamation, par laquelle nous terminons notre règne , sera publiée dans une séance solennelle du conseil suprême des Pays-Bas, des cours de justice provinciales, de la cour criminelle d'Amsterdam, ainsi que des cours de justice des arrondissements, et par suite dans les tribunes des conseils des chefs-lieux de provinces, et sera de plus affichée dans les lieux usités; enfin, qu'elle sera insérée dans la feuille de l'État. Fait à Loo, cejourd'hui 7 octobre 1840.

GUILLAUME.

Par le roi :

Van-Douen.

Abdication de l'empereur d'Autriche Ferdinand Ier.

(1848.)

Proclamation.

Ferdinand ler, par la grâce de Dieu, empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, de ce nom le cinquième, roi de la Lombardie, etc.

Lorsqu'après la mort de notre père, feu l'empereur François Ier, nous montâmes sur le trône comme étant son successeur légitime, pénétré de la sainteté et de la gravité de nos devoirs nous invoquâmes tout d'abord le Seigneur pour qu'il nous accordât son assistance.

Nous eûmes pour principe le maintien des droits, pour but l'accroissement du bonheur des peuples soumis à notre sceptre.

L'amour et la reconnaissance de ces peuples nous récompensèrent suffisamment des peines et des soucis du gouvernement, et même, tout récemment, lorsque des tendances criminelles sont parvenues à porter atteinte à l'ordre légal et à attiser la guerre civile dans une partie de nos territoires, l'immense majorité des populations a conservé la fidélité due au monarque. Des témoignages propres à consoler notre cæur attristé au milieu de ces pénibles épreuves sont arrivés à nous de toutes les parties de l'empire.

Mais les événements qui se sont succédé, le besoin et l'urgence d'une grande et vaste transformation des formes administratives de nos États, qu'en mars dernier nous nous sommes proposé d'opérer, nous ont fermement convaincu qu'il faudrait des forces plus jeunes que les nôtres pour faire avancer cette grande æuvre et pour l'accomplir avantageusement.

Après mûre réflexion, et pénétré de la nécessité absolue de celte démarche, nous avons résolu d'abdiquer solennellement, par la présente, le trône impérial d'Autriche.

S. A. I. notre frère et successeur légitime, l'archiduc François-Charles, qui nous a toujours fidèlement aidé et qui a partagé nos peines, a déclaré et déclare par le présent manifeste , signé

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