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Il veut que je promette à fa fæur Antigone,
Que ce fils, par mon choix, élevé sur le trône,
Avec elle unira sa.gloire, son destin,
Et ne deviendra Roy qu'en lui donnant la main.
Avec empressement, je signai ces promesses:
De ceRoy généreux, les armes vengeresses
Me défirent bien-tôt de tous mes ennemis ;
Je les vis, par ses coups, abatus & soumis.
La moitié du traité, dès lors, fut accomplic;
Avec Démétrius votre four fut unie;
Et la fienne aussi-tôt amenée à ma Cour,
Vint, de son himénée, attendre l'heureux jour.
Je croi que cet himen, où ma foi vous engage,
Vous fait voir, à regner , un nouvel avantage:
Mais telles, de mon sort, sont les cruelles loix,
Qu'il faut qu'un seuldes deux tienne tout de monchoix;
Que, malgré mes souhaits, que, malgré ma tendresse,
Un seul doit obtenir le trône & la Princesse.
Mais aufli le destin a foin de désigner
Lequel de vous , mes fils, je dois faire regner:
Si je puis, sans égard au droit de la naissance,
Au plus digne des deux, donner la préférence,
Voyant même vertu d'un & d'autre côté,
Par ce droit seul, le choix me doit être dicté.
C'est donc à vous, Pyrrhus, qu'est dû le diadême;
Que l'Epire bien-tôt vous admire, vous aime,

Et secondant enfin mes souhaits les plus doux,
D'Antigone , en ce jour , soyez l'heureux époux.

PYRRHUS.
Ce n'est point le destin , qui, dans ce rang, me place,
A vos seules bontés, je dois en rendre

grace ,
Madame: mais pourquoi hâtez-vous ce grand jour,
Où le Sceptre devient un don de votre amour ?
Pensez-vous qu'ébloui de la grandeur suprême,
J'envie à votre front l'honneur du diadême !
Non , l’unique defir digne de votre fils,
Eft d'atteindre au grand nom que vous avez acquis.
Ah!souffrez que mon cæur,instruit par votre exemple,
Se forme à des vertus , que l'Univers contemple.

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OLIMPIA S.

Si j'avois pû penser, Prince, que votre cæur
Eût été lâchement jaloux de ma grandeur
En vain le fort , pour vous, m'auroit voulu féduire,
Je n'aurois, en vos mains, jamais remis l’Empire.
Mais qui, d'un beau devoir, cherche à suivre la loi,
Qui n'en veut qu'à la gloire est digne d'être Roy.
Un si noble defir dans votre cour domine,
Mon fils, montez au trône, où mon choix vous destiné.

(à Ptolomée.)
Je crois que sans regret , Prince, vous allez voir
Dans les mains de Pyrrhus , le souverain pouvoir :

Aux ordres d'une Reine, à la gloire d'un frere ,
Un Prince tel que vous ne sera pas contraire :
J'ai lieu de m'en flatter', je le dois espérer ,
Par toutes les vertus qui vous font admirer.
Si, secondant les væeux de mon amour extrême,
Sur ma tête , le Ciel laissoit un diadême,
Pour vous en couronner , je m'en dépouillerois ,
Qu'avec ardeur, mon fils, je vous le céderois 3
Mais je me vois réduite en cet état funeste,
Qu'une amitié stérile est tout ce qui me reste.

PTOLOME'E.
Et ce reste si doux est tout ce que je veux :
Il me suffit , Madame, & me rend trop heureux.
Quelque prétention que j'eusse à cet Empire,
Je n'espérai jamais de regner en Epire :
Prévenu qu’à Pyrrhus cet honneur étoit da,
A demeurer sujet je m'étois attendu;
Loin de voir sa puissance avec un cil d'envic,
Je voudrois la défendre au péril de ma vie.

PYRRHUS. Mon frere, vous sçavez que ma tendre amitié, Vous a fait, de ce trône , espérer la moitié : Vous même disposez de la premiere place; Pour prix de mon amour, j'exige cette grace; Et, de la Reine , ainsi secondant les louhaits. Tous trois, en ce grand jour, nous serons satisfaits.

Un rang

OLIMPIA S.
Dans cet instant, mes fils, que mon ame est ravie !
O mere trop heureuse; 6 fort digne d'envie!

(en se levant.)
Mais, selon vos desirs, je ne puis diviser

rang dont, pour tous deux, je voudrois disposer.
Ce feroit renverser les loix de cet Empire;
Et détruire peut-être un amour que j'admire.

(à Pyrrhus.)
Nos peuples , de vous feul doivent prendre des loix:
Je vais dès ce moment leur annoncer mon choix;
Et dégageant enfin une auguste promesse,
Remplir en même-tems les væux de la Princese.
Mon fils, pour cette fête, allez tout préparer ;
Dans le Temple bien-tôt, il faut la célebrer.
Par votre empressement à vous montrer fidéle
Aux sermens que pour vous a prononcé mon zéle,
Instruisez l'Univers combien vous respectez
La foi des Souverains, & l'honneur des traités.

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V

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SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS

SCENE V I.
OLIMPIAS, DORIS.

OLIMPIA S.
Ien, ma chére Doris, prendre part à ma joïe!

Que mon cour tout entier, à tes yeux, se déploïe!
Mes soins, enfin mes soins, ne sont pas superflus :
Je ne crains plus Téglis; je couronns Pyrrhus.

DORI S.
Je le dois avouer; ma surprise est extrême!
Eh quoi! vous renoncez, Madame , au diadêmę!
Tranquiles sous vos loix, vos peuples & vos fils,
A vos moindres defirs, sont toujours plus soumis;
Charmés de voir en yous la suprême puissance,
Ils font tout leur bonheur de leur obéissance:
Quand rien ne vous en presse, eh pourquoi qu ittez-vous
Un
rang, dont votre cœur paroissoit fi jaloux?

OLIMPIA S.
Oui, Doris, il est vrai ; mon ame ambitieuse
N'aspiroit autrefois qu'à la douceur flateuse
De régler à son gré, de tenir en les mains
Le repos, le bonheur & les jours des humains:
Mais à peine, à ce rang, hélas ! suis-je montée.
Que,

de son vain éclat, je me suis dégoutés ;

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