Images de page
PDF
ePub

Je ne dois desormais travailler qu'à t'éteindre ,
Fatal amour !... mais quoi, suis-je le seul à plaindre?
Mon frere, dans ce jour, est-il moins malheureux !
Lorsque le Ciel enfin rend Téglis à ses vaux,
A la gloire , à l'honneur du serment qui nous lie,
Ne faut-il pas qu'aussi Pyrrhus se sacrifie ?
Observons ses desseins , & ceux d'Olimpias
Ceux de Téglis... son pere ici porte ses pas:
Il cherche cet objet qui coûta tant de larmes ;
De leurs premiers transports , je troublerois les char-

[merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors][merged small]

L'Ai-je bien entendu ! A ce bonheur si grand , me serois-je attendu ! Je reverrois Téglis ? quelle main secourable Pourroit sécher les pleurs d’un pere déplorable ? Mais c'est un faux rapport! elle ne paroît pas ; Déja, vers ce palais, elle eût porté ses pas. Je cours de tous côtés & rien ne se présente ! Ahlje la vois...grands Dieux,vous comblez mon attentel

SCENE V. SOSTHENE, TEGL I S.

TEGLIS.

A

H! Seigneur, permettez.....
SOSTHENE.

Ah, ma fille ! c'est vous ?
Que cet embrassement, que ce retour m'est doux?
Ah, Dieux ! qu'en renvoyant une fille fi chere,
Je sens, avec transport, la douceur d'être pere!
Par ta présence, enfin mes væux sont exaucés;
Et, de mon souvenir, mes maux sont effacés.

TEGLIS.
Dans ce tendre moment, je n'ai pas moins de joïe !
Et je rends grace au Ciel du bonheur qu'il m'envoïc.

SOSTHENE.
Ah! de combien de cris, de combien de regrets,
Ai-je fait rétentir les murs de ce Palais !
Mais

par quel coup fatal vous avois-je perdue,
Et
par quel heureux sort m'êtes-vous donc rendue?

TEGL IS.
Je revenois du Temple, où, non loin de ces lieux,
On'offre son hommage au Souverain des Dieux;

Déja l'affreuse nuit, développant ses ombres,
Couvroit tout l'Univers des voiles les plus sombres,
Et, des flambeaux des Cieux, déroboit la clarté.
Cléonice & Phænix marchoient à mon côté :
Justes Dieux! des cruels, dans un lieu solitaire,
Ofent

porter sur nous une main téméraire ;
Et tandis que les uns s'opposent à nos cris,
D'autres, nous enlevant dans leurs bras ennemis,
Nous privent auffi-tôt de la douce espérance,
De trouver du secours contre leur violence.

SOST HENE.
Grands Dieux ! ne pouviez-vous, en ce fatal moment,
Connoître les auteurs de cet enlevement?

TEGL IS. Ils m'étoient inconnus : la nuit & le silence Enhardissoient encor leur coupable insolence. Ils nous traînent ainfi jusques dans un vaisseau Qui fend, dès notre abord, l'humide sein de l'eau; Et le vent, des cruels, secondant la furie, Presqu'aussi-tôt, l’Epire, à nos yeux, est ravie. De mes cris redoublés, rétentissent les airs; Je tente de m'ouvrir un tombeau dans les mers: On s'oppose aux efforts de mes vives allarmes ; Mais on ne peut tarir la source de mes larmes. Notre vaisseau flottoit au gré de leurs desirs, Et leur perfide joïe irritoit mes soupiss.

[ocr errors][ocr errors]

Après un mois enfin, de leur prison obfcure,
Tous les vents échapés foulevent la nature:
Sous un nuage épais, le soleil s'obscurcit,
Et plonge l'Univers dans une horrible nuit:
Les élémens, entre eux, se déclarent la guerre ;
L'air ne raisonne plus que du bruit du tonnerre;
Avec fureur, le feu, de son séjour, descend,
Il fait bouillonner l'onde & s'y perd à l'instant;
L'eau s'irrite à son tour, fe mutine & s'élance
Jusques aux régions où le feu preud naissance ;
Notre vaisseau devient, en ce désordre affreux,
De l'eau, du feu, de l'air , le jouet malheureux:
Par des rochers aigus, dans cette nuit profonde,
Le navire brisé fe disperse sur l'onde.
Mais touché du péril qui menace mes jours,
Le fidéle Phænix accourt à mon secours;
Et bien-tôt par ses soins j'aborde le rivage,
Qui nous fauve tous deux d’un malheureux naufrage.

SOSTHENE.
Quel bient fait, juste Ciel !

TE GL I S.

Sur ces bords écartés,
Mes jours couloient, de trouble & d'horreur, agités
Le sort, après un an, y conduit un navire,
Qui, reprenant bien-tôt la route de l'Epire,

M'a fait revoir des lieux à mon cœur si charmans, Et me laisse jouir de vos embrassemens.

SOSTHEN E.
Je ne puis revenir de ma surprise extrême !
Et j'adore, des Dieux, la clémence fuprême;
Ils ont, en ta faveur, signalé leur pouvoir ;
Et leur bonté pour moi surpasse mon espoir.
Je veux, pour reconnoître un secours fi propice,
Ordonner, pour demain, un pompeux facrifice.
Pourquoi le zéle ardent dont je me sens brûler,
Dès l'instant, ne peut-il, grands Dieux, se signaler?
Mais l'hymen solemnel & la superbe fête,
Qui, dans cet heureux jour, se publie & s'apprête,
De ma reconnoiffance, éloigne un jufte effet.

TEGLIS.
Quel hymen, quelle fête, arrête ce projet ?

SOSTHENE.
Pyrrhus monte aujourd'hui sur le trône d'Epire;
Olimpias le nomme héritier de l'Empire;
Et, dans le même tems, achevant un traité,
Du sang Etolien, tant de fois, cimenté,
Ma fille, il va donner la main à la Princesse.

TEGLIS bas.
Voilà le coup affreux que craignoit ma tendresse !
Ciel!

« PrécédentContinuer »