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ACTE II I.

SCENE PREMIER E.
OLIMPIAS, DORIS,

OLIMPIAS.
UE dois-je faire,ÓCiel! je ne sçais où je suis!

Et qui peut concevoir l'horreur de mes
Q

ennuis?

Infortuné Pyrrhus, où s'égare ton ame! A ta gloire, à ton rang, préférer une femme! Tout ce que je craignois, hélas ! est arrivé; Mon sang, à cette honte, étoit-il réservé?

DORIS Faut-il qu'à fa douleur, votre ceur s'abandonne? N'êtes-vous pas maîtresse encor de la couronne? Si Pyrrhus, démentant la gloire de son sang Ose ainsi, pour Téglis, descendre de son rang, Pour punir les transports dont son ame est charmée,

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Vous pouvez....

OLIMPIA S.

Oui, je puis couronner Ptolomée :
Je le puis, mais le dois-je ? entre dans mes projets;
Demes craintes, Doris, voi les justes sujets.
Je ne le nîrai point; un penchant invincible
A rendu, pour Pyrrhus, mon ame plus sensible;
Sa honte causeroit mon plus cruel ennui;
Et nes foins les plus doux n'agissent que pour lui.
Quoi, par un nouveau choix, approuvant sa foiblesse,
Puis je l'abandonner à sa folle tendresse?
Non, Doris, mon amour ne me le permet pas.
D'ailleurs, j'aliumerois la guerre en mes Etats.
Le laissant à Téglis, l'ambitieux Sosthêne
Exigeroit de lui qu'il la fît Souveraine :
Et mon choix, pour ce Prince, hautement déclaré,
Scroit, pour la révolte, un prétexte assuré.
Pyrrhus eft, dans ces lieux, plus aimé que son frere;
Plus

quc lui, complaisant, affable, populaire,
Par là, de mes sujets, il a gagné le cæur:
Sesthéne, d'un seul mot, pourroit en sa faveur,
Et même, malgré lui, soulever tout l'Empire,
Er, de troubles affreux, inonderoit l'Epire.
le ne puis prévenir les maux que je prévoi,
Qu'on obligeant Pyrrhus à dégager ma foi:
Si le même interêt l'unit avec Sosthéne,
Tout est perdu, Doris; & ma promesse est vaine.

41 DORIS. Cependant, si Pyrrhus s'obstine en fes refus.....

OLIMPIA S. S'il s'obstine? ah! pour lors... mais ne différons plus, Assurons-nous d'abord de Téglis , de son pere: Que dis-je ! il vaudroit mieux suspendre ma colére... Oui, le Ciel me l'inspire : emploïons la douceur ; C'est le plus sûr moyen pour s'attirer un cæur. D'un sựjet trop puissant & qui m'est redoutable, Flattons, pour les grandeurs, la soif insatiable; Faisons tout pour sa fille; & cachons mon courroux. Il faut que Ptolomée en devienne l'époux.

DORIS. Quoil...

OLIMPIAS. Pour gagner Sosthêne & vaincre un feu funeste', Je dois tenter encor ce moyen qui me reste. Sans doute que l'honneur, où je veux l'élever , Comblera les desirs qui l'ont pû captiver. Heureux Rois, que seconde un Ministre fidéle, Qui, dans tous ses desseins, guidé par un pur zéle, D'une injuste grandeur, fuyant le vain éclat, Ne songe qu'au bonheur du peuple & de l'Etat ; Que l'élévation , sans ce bien, importune; A qui ce bien tient lieu de trésor, de fortune, De famille, d'honneurs , de parens & d'amis, Et borne tous les væux" dont son coeur est épris!

Si tel étoit Softhêne, hélas ! loin de me plaindre,
D'un odieux amour, je n'aurois rien à craindre ;
Et sans être gagné par de nouveaux bienfaits,
Lui même en préviendroit les funestes effets.
Ovous, qui connoissez les motifs qui me guident,
Grands Dieux!à mes desseins que vos secours président!
Ne me réduisez pas à la nécessité,
D'avoir enfin recours à la sévérité !

(à Doris.)
Va, fais venir Softhêne :

D O R I S.

Il s'approche , Madame.

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US

N plaisir imprévû vient de toucher mon ame,

Sosthene, en aprenant que, dans cet heureux jour, Votre fille, en ces lieux, eft enfin de retour.

SOSTHENE.
Désarmés par les pleurs du plus malheureux pere,
Les Dieux ont appaisé leur injuste colere,

OLIMPIA S.
Pour mieux calmer vos maux, sur Téglis, & sur vous,
Je veux faire éclater mes bienfaits les plus doux.

SOSTHENE.
Que pouvez vous encor? votre main bienfaisante
A, depuis si long-tems, surpassé mon attente,
Qu'il ne me reste rien, Madame, à desirer.

OLIMPIA S.
Non, non, j'ai trop peu fait : je veux le réparer.
Je dois récompenser la valeur & le zéle
D'un sujet vertueux, à son devoir fidéle.
La plus haute vertu, pour l'homme, est un devoir,
Les Dieux daignent pourtant épuiser leur pouvoir,
A rendre heureux, un jour, le mortel qui s'y liyre:
Cet exemple des Dieux, les Rois. doivent le suivre.
Heureuse, de pouvoir payer avec éclat,
Vos soins & vos travaux pour le bien de l'Etat !

SOSTHENE. Ah! Madame....

OLIMPIA S.

Pyrrhus succede à la couronne,
Et doit, en cet instant, époufer Antigone :
Un fils me reste encor; je le donne à Téglis;
De ce que je vous dois, voilà le digne prix:
Je ne puis trop permettre à ma reconnoiffance;
Et je ne puis., trop haut, mettre la récompense.

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