Images de page
PDF
ePub

Vous ne l'ignorez point : la Reine votre mere,
Par la derniere loi de votre auguste perc,
Peat, entre ses deux fils, élire un successeur,
Et nommer Ptolomée, ou vous, à cet honneur.
Mais celui que son choix placera sur le trône,
Seigneur, doit épouser la Princesse Antigone;
La Reine la promis; & depuis en ces lieux,
Cette Princesse attend un hymen glorieux.
Auriez-vous préféré Téglis au rang suprême,
Ne
pouvant,

sur son front, mettre le diadême, Ou, content de regner, d'un rival plus heureux, Auriez-vous pû fouffrir qu'elle comblât les væux?

PYRRHUS. Que ne puis je, aux dépens du sceptre & de la vie, La revoir en des lieux, où l'on me l'a ravie !

I P H I S. Seigneur !.... mais cependant quel est votre dessein, D'Antigone en ce jour recevrez vous la main?

PYRRHUS. Hélas !

1 2 H 1 S.
Quoi!...

PYRRHU S.
L'épouser! grands Dieux !
IPHIS.

Tout vous en presse.

FYRRHUS. Eh le pourrois-je, Iphis, sans mourir de tristesse ? Mon çæur. . .

IP H I S. Puisque Téglis ne peut plus être à vous, D’Antigone, Seigneur , daignez être l'époux.

PYRRHUS. Dans quels regrets mon ame, ô Dieux ! seroit plongée, Si lorsqu'ailleurs ma main se feroit engagée, Téglis se présentoit à mes yeux éperdus, Et me redemandoit des feux qui lui sont dûs?

I P H I S. C'est nourrir trop long-tems une vaine espérance, Seigneur;... mais en ces lieux, votre frere s'avance.

[ocr errors]

SCENE II I. PYRRHUS, PTOLOME’E, IPHIS,

PTOLOME'E. Nfin c'est en ce jour qu'immolant sa grandeur, E

La Reine, à notre pere, élit un successeur. Et l'on dit que ce choix, dicté par sa tendresse, Rend la justice dûe à votre droit d'aîneffe.

Je ne viens point ici, trop jaloux de ce rang,
Vous montrer un dépit indigne de mon sang:
J'y viens, malgré l'orgueil d'une haute naissance,
Vous assurer, Seigneur, de mon obéissance.
Par le trône, à la gloire on peut bien parvenir ;
Mais elle est toujours sûre à qui sçait obéïr.

PYRRHUS.
C'est ainsiqu'un grand cæur,quelqueprix qu'ilen coute,
De la gloire toujours sçait se fraïer la route:
Mais la tendre amitié, qui, par ses plus doux neuds,
Dispose de nos cæurs, & nous unit tous deux,
Vous a-t'elle permis, mon fiere, d'ofer croire
Qu'à sçavoir obéir, je bornois votre gloire?
Avez-vous pû penser qu'un ami, tel que moi,
Trouvât quelque douceur à vous donner la loi?
Ah! qu’un pareil soupçon m'est un cruel supplice!
Rendez à votre frere un peu plus de justice;
Croyez que la couronne est pour lui, fans

appas,
D'abord qu'à ses côtés, vous ne regnerez pas.
Non, vous ne verrez point un frere qui vous aime,
Ofer monter sans vous à cet honneur suprême....
La Reine vient; son choix va sans doute éclater:
De mes vrais sentimens, vous ne pourrez douter,

SCENE I V. OLIMPIAS, PYRRHUS, PTOLOMEE, IPHIS, MITRANE, fuite de la Reine,

Gardes, &c.

OLIMPIAS. Elle s'asseoit, do les Princes à ses côtés.

Prenez place, mes fils; & vous (a) qu'on se retire.

(a) A la suite,

SCENE V. OLIMPIAS, PYRRHUS, PTOLOME’E.

OLIMPIA S. E

Nfin voici le jour, qui doit, de cet Empire,

Assurer le bonheur, & fixer le destin, En lui donnant un Roy couronné de ma main. Pour vous placer au trône, ilest tems d'en descendre; Il ne m'appartient pas; & je viens vous le rendre. Mais je trouve dans vous deux fils dignes de moi; Je vous trouve chacun digne d'être mon Roy: C'est ce mérite égal qui me gêne & me trouble; A voir tant de vertus, mon embarras redouble;

Vous vous montrez tous deux dignes de commander;
Mon amour tremble, hésite, & n'ose décider.
Il faut pourtant, il faut qu'en ce jour je prononcé :
Ma gloire, sur ce choix, exige ma réponse ;
Je la dois à l’Epire, à l'Univers , à vous,
Aux ordres d’un Monarque, aux manes d'un époux ;
· Impatient de voir l'effet de ma promesse,
Par ses Ambassadeurs, Démétrius m'en presse :
Et quand ce seul motif, Princes, l'exigeroit,
Pour me déterminer enfin, il suffiroit.
A peine , sous les coups de la

de la parque cruelle,
Votre pere plongé dans la nuit éternelle,
A son trône, en mourant, ne laissoit pour appui,
Que deux fils hors d'état de regner après lui,
Qu'espérant profiter du tems de votre enfance,
Les fiers Etoliens arment en diligence;
Les cruels dans l'Epire entrent de toutes parts,
Et déja, sous leurs coups, tombent mille remparts,
Rien ne peut résister : toute l'Acarnanie,
Bien-tôt à leurs Etats, eût été réunie.
Au Roy de Macedoine, aussi-tôt j'ai recours;
Dans ce péril pressant, j'implore son secours :
Sosthêne , auprès de lui, chargé de l'ambassade,
Au gré de mes defirs, enfin le persuade.
Démétrius consent à fervir mon courroux,
Et même, de ma fille, il veut être l'époux;

« PrécédentContinuer »