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qu'a reçû ma Tragédie, qu'à l'indulgence qu'on a que pour un coup d'effai; & convaincu qu'on m'a tout pardonné en faveur de quelque talent qu’oną crù recannoître en moi, je suis bien éloigué de penser qu'on n'a fait que me rendre la justice qui m'étoit dûe , & que l'Ouvrage est digne, par lui-même, des applaunissemens qu’on a daigné lui accorder.

Je ne demandois du Public que de n'être pas rebuté ; il a fait plus , il m'a encouragé : trop fatisfait de ses bontés, jecroirois m'en rendre indigne, fi je laissois échapper l'occasion de l'assurer de ma reconnoissance. C'est ce motif, qui, non seulement , in'engage à faire une Préface , mais qui me détermine encore à me faire imprimer. Il eft vrai que je suis rassuré par la premiere grace qu'il m'a déja faite ; je me flatte que, se refsouvenant des raisons qui l'ont desarmé en ma faveur , il daignera lire la Piéce, avec le même esprit qu'il la vûe représenter.

Je sçais bien qu'il exige de ma reconnoiffance d'autres marques que de foibles remercîmens: mais plus il a eu de bontés pour moi , plus il me faut de tems pour travailler à les mériter. J'y ferai mes efforts : j'érudierai son goût, je profiterai de ses décisions: mais quelque foin que je puisse prendre, je ne compterai jamais que sur

ses nouvelles graces, parce que je n'aurai rien oublié pour'me les attirer. Je n'ai

pas dessein non plus de répondre ici

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ché que je

aux diverses objections qui m'ont été faites : de pareilles dissertations sont presque toujours fort inutiles , & font rarement revenir la victoire du côté de l’Auteur. Elles prouvent seulement qu'il se croit infaillible, & qu'il est assez orgueilleux pour s'imaginer d'avoir fait un Ouvrage sans défaut. La meilleure façon de répondre aux Critiques, c'est de tâcher de ne plus retomber dans les mêmes fautes ; je suivrai cette maxime autant que je pourrai: Heureux, si voulant évitet Carible, je ne vais pas échouer dans Scylla !

Cependant comme le sujet de cette Piéce n'eft pas fort connu, on ne sera peut-être pas fâ

que je le rapporte ici:& fans me parer d'une vaine érudition, j'avouerai de bonne foi que le hazardmelayane présenté dans le Dictionnaire de Bayle, je crus y découvrir tour d'un coup un fonds assez heureux pour une Tragédie. Mon âge, & sur-tour la situation où écoit mon coeur, me le firent envisager comme celui où je réussirois le mieux. Je n'eus d'abord que le dessein de me satisfaire moi-même, & de vaincre l'ennui, où l'oisiveté & le féjour de la Province m'exposoient. Mais quelques amis auprès de qui je voulus me faire honneur demes amusemens,m'ayant excité à reroucher mon Ouvrage , étant enfuite venu moi-même à Paris , on m'a engagé insensiblement de correction en correction, à le mettre en état d'être hazardé sur le Théatre. Voici l'article tel qu'on le trouvera dans le

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sap. 1. &

Dictionnaire qui m'a fourni la premiere idée de la Piece , tome 3. pag. 2315. de l'édition de Rotterdam en 1720. au troisiéme art. Pyrrhus.

Pyrrhus Roy d'Epire , petit fils du précedent *, succéda à son pere Alexandre , & fut

d'abord sous la tutelle de fa mere Olimpias. » Sa minorité rendit les Etoliens assez injustes pour entreprendre de lui enlever une partie de

l'Acarnanie..... Olimpias eut recours à Dé• metrius Roy de Macedoine ; & pour l'enga

» ger plus fortement à la secourir, elle lui don{a}fuftinus. na en mariage Phthie sa fille. L'Historien (a) 31b.xxviit: » nous laisse là, sans nous apprendre d'autres Reg.

» suites du deffein des Etoliens, que l'irruption

qu'ils firent sur les frontieres de l'Epire au w tems de Ptolomée, frere & fucceffeur de now tre Pyrrhus. Il faut qu'il y ait là du vuide; car » sans doute il se palla quelques années entre la

minorité & la mort de Pyrrhus. Quoiqu'il en » soit, la Princesse Olimpias recourut à des

moyens trop violens, quand elle voulut s’op,

poser aux amourettes de son fils; car elle fit (5) Athen,'» empoisonner une Maîtreffe qu'il avoit. (b) A, lib. x.!!!. » Ptolomée qui lui succeda ne lui survêcut pas 43. 58).

beaucoup; leur mere les suivit bientôt, ayant » été accablée de la perte de ses deux fils.

Et dans les remarques.

A. Une Maitrefle qu'il avoit. Elle étoit de * C'est celui qui s'est rendu fameux par les Guerres contre

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les Romains,

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& avoir concilié 10 elle le réduit en faisant mourir ce qu'il aime.

Leucade, & fe nommoit Tigris. (a) M. de ( a ) Athen. Boissieu (6) rejettant toutes les interprétations pag. 58. qu'on a données à ces deux vers d'Ovide,

(b)in ibi. Uique nepas di&ti, noftro modo carmine , regis

pag. 65. Cantharidum succes dante parente bibas. o a conjecturé qu'il s'agit là de notre Pyrrhus,

& qu'Olimpias fa mere ne lui fit pas plus de quartier qu'à Tigris * fa concubine. Si cela

est, Justin a été bien bon d'imputer la mort de » cette Princesse au regret d'avoir perdu ses deux » fils. Il ne faut pas donner un nom honorable » au desespoir qui accableroit une mere bour» relée des remords de sa conscience, après » avoir fait mourir son fils.

On voit par là qu'il n'est rien dans l'Histoire dont je n'aye fait usage; & que rien de ce que j'ai ajouté ne lui est contraire. Je crois plûtôt avoir rempli le vuide dont se plaint M. Bayle; mentateur d'Ovide, par le caractere que j'ai donné à Olimpias. J'en fais, selon Juftin, la plus tendre des meres; selon Athenée , une Reine qui s'oppose avec vigueur à la folle passion de son fils ; & selon M. de Boissieu, je la rends du moins la cause de la mort de son fils par le desespoir où Pour qu'ils ayent raison tous trois,elle n'a pû agir que de la façon , & par les motifs que je suppose.

* Je ne crois pas qu'on me blâme d'avoir changé ce nom , qui ne convenoit guéres à une Héroine de Tragédie & qui n'étoiy pas fait pourdes vers françois.

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On voit encore, par ce peu que l'Histoire nous apprend de Pyrrhus, qu'il ne m'a pas

été permis

de le représenter autrement, que commeun Prince très-amoureux. Mon dessein a été de faire craindre, par son exemple, tous les égaremens où peut jetter l'amour lorsqu'il se rend maître d'un coeur : Pyrrhus lui facrifie la fortune, sa gloire; son devoir, son amitié

pour

fon frere, fon respect pour sa mere, fa vie même, &

porta encore fon amour jusqu'au-delà du trépas. J'ai voulu de même dans Sosthêne, dépeindre les égaremes de l'ambition ; & j'ai crû que la plus grande peine dont ils pourroient être punis, étoit de voir périr à leurs yeux & par leur faute,celle pour qui ils agissoient ; tandis que Prolomée qui , immolant l'amour, & l'ambition à son devoir , fait le contraste de Pyrrhus & de Softhêne,devoit être récompensé de fonsacrifice, en obtenant tout ce que sa vertu lui faisoit céder.

Enfin je me flatte qu'en examinant le fond Historique & la Tragédie, on verra qu'il y a peut-être un peu d'art à les avoir si bien ajutez ensemble; & qu'on jugera que je n'ai pas eu peu de peine à éviter de trop ressembler à Rodogune, à Inez, à Andromaque , à quoi me jettoit, malgré moi, mon sujet. C'est là une des principales raisons qui m'a empêché de donner plus d'étendúe au rôlle d'Antigone ; & c'est peut-être ce qui m'a fait tomber dans la plậpart des défauts qu'on m'a reprochez.

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