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N'est pas

Appòrtant à vos pieds l'hommage volontaire,
Que des enfans heureux viennent rendre à leur pere;
Tout l'État rassemblé devant son bienfaiteur,
Vous offrant un pouvoir qui fera son bonheur,
Ces tributs mérités, ces respects unanimes
Sont votre récompense , & ne sont point vos crimes.
Timoléon lui seul osant vous accuser,
A tous nos citoyens voudra-t-il s'opposer ?
Voudra-t-il préferer au parti de son frere
Quelques Républicains dont l'âpre caractere

fait

pour goûter la douceur de vos loix, Veut balancer un peuple , & combattre son choix ?

TIMO PHANE. Écoute. Quand l'État me donne un diadéme, Quand la voix aujourd'hui m'appelle au rang su

prême, Quand s'estimant heureux de vivre sous ma loi, D'un Magistrat qu'il aime il veut faire son Roi, J'ai le droit d'accepter ce présent respectable, Et mon cæur en un mot ne fe fent point coupable. Mais ce caur pour toi seul n'a point eu de secrets ; Tu fais si du pouvoir j'ai chéri-les attraits , Si de l'ambition les erreurs orgueilleuses M'ont jamais engagé dans ses routes trompeuses. Je n'aurais point cherché cet honneur dangereux De régir les mortels & de veiller pour eux , De

payer de mes soins leur vaine obéissance, De vivre sous le joug de ma propre puissance, Au milieu des travaux, des périls, des combats, Pour d'aveugles humains toujours prêts d’être ingrats. Un autre objet me touche , un autre espoir m'anime. Je vais avec ce Throne obtenir Eronimę.

par lui.

Eronime est à moi, c'en est fait... Ah! mon coeur
N'a qu'un seul sentiment, ne connait qu'un bonheur.
Je le cherchai longtemps, mon ame en fut avide.
Des titres, des honneurs j'ai senti tout le vuide.
J'ai vécu tristement & seul & sans appui :
L'homme , il n'est que trop vrai , n'est point heureux
Dans nos ennuis cruels, dans nos douleurs extrêmes ,
Hélas ! à chaque instant accablés de nous-mêmes,
Las, détrompés de tout, & défirant toujours,
Pouvons-nous porter seuls le fardeau de nos jours ?
Il nous faut un objet où notre ame asservie
Retrouve à tout moment le charme de la vie,
Un attrait plus aimable & des liens plus doux,
Que nous puissions placer entre le sort & nous ;
Qui dans cette union & fi pure & sichere,
Nous fafle de l'aimer un bonheur nécessaire.
Voilà mes sentimens, & voilà mon espoir.
Mais quand j'ai recherché le souverain pouvoir
Qui devait à mes væux assurer Éronime,
Je ne suis point entré dans les chemins du crime.
Chéri de mes égaux, devenus mes Sujets ,
Je regnerai sur eux par le droit des bienfaits.

TIMÉE.
donc vous troubler ? Et quels secrets orages
Sur des jours si brillans répandent des nuages ?
Quoi ! de Sparte aujourd'hui craignez--vous les pro-

jets ?
On dit que dans nos murs ses envoyés secrets
De nos Républicains ont excité l'audace.

TIMO PHANE.
Je hais Lacédémone , & brave sa menace.

Qui peut

Je m'afflige , il est vrai, de voir des citoyens Refuser leur suffrage à ce rang que j'obtiens. Je voudrais écarter la discorde & la guerre. Mais je ne puis penser sans frémir de colere Que l'altier habitant des bords de l'Eurotas Ofe juger la Grèce, & regler nos États. Je suis prêt à voler aux combats qu'il prépare. Du sang des citoyens je fus toujours avare ; Je voudrais voir le lien épuisé par mes coups.; Et l'orgueil Spartiate irrite mon courroux. Mais ce qui dans mon cæur porte le plus d'allarmes , C'est ma mere , je crains ses douleurs & fes larmes. Elle a trop pénétré mes sentimens secrets, Et condamne mes feux autant que mes projets. Ses discours m'ont tantôt reproché ma faiblesse : L'Amour , fi je l'en crois , me dégrade & m'abaisse. Je dois sacrifier mon bonheur & mes veux, Quoi !l'on veut me forcer à rougir d'être heureux ! Je le suis , je la vois.

SCENE V. TIMOPHANE , ÉRONIME, TIMÉE.

ÉRONIME.
Ан

H!conçois-tu ma crainte?
Léofthene est, dit-on , dans les murs de Corinthe.
Timoléon bien-tôt doit le suivre en ces lieux.
Ton regne & notre amour lui seront odieux,

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Et tå mere avec lui.....

TIMOPHANE.

Leur espérance est vaine. Ils tenteraient en vain de briser notre chaîne. O ma chere Éronime ! il est venu ce jour, Ce jour tant désiré qu'attendait notre amour. Tu regnes sur Corinthe, ainsi que sur moi-même. C'est moi qui sur ton front place le diadême, Et dans le même instant au pied de nos Autels, Nous serons enchaînés par des næuds éternels. Eronime , demain le peuple me couronne. Ah ! ce titre brillant, ce sceptre qu'il me donne, Si tu n'y joins ta main, que serait-il pour moi? J'en étais peu jaloux : je l'ai voulu pour toi.

ÉRONIME, Tu connais Éronime, & tu fais si mon ame Eft digne de la tienne , & brûle de ta flamme. Ce rang où mes regard te verront élevé Aux vertus d'un héros sans doute est réservé. Par son propre penchant Éronime entraînée, Eût oublié pour toi le fang dont elle est née ; Et partageant tes feux sans te demander rien, N'eût voulu que ton cæur qu'elle eût payé du sien. Mais tu connais assez l'orgueil du diadême. Il fallait obéir à cet ordre suprême, A la loi que mon pere imposa malgré moi. Enfin , de mon amant l'Amour a fait un Roi. Je puis m'en applaudir : on m'a dit que ta mere Répondant à tes soins par un accueil févere, S'est tantôt dérobée à tes embrassemens ; Qu'elle blâme en secret nos næuds, nos sentimens.

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Mais du titre où j'aspire elle est en vain jalouse j
Je veux, quand je serai sa fille & ton épouse,
Par mes soins , mes respects , je veux la désarmer ;
A force de vertus je veux m'en faire aimer
Et détruisant enfin une erreur qui me blesse ,
La voir entre nous deux partager sa tendresse.

TIMOPHANE.
Oui, tu dois l’esperer, tu la verras un jour
Te connaitre , t'aimer , & bénir notre amour.
Oui, tu n'en peux douter'; oui , ma mere eft sensible;
Et quelle ame avec toi peut rester inflexible !
Celle de rappeiler en des momens si doux
Les obstacles qu'en vain l'on éleve entre nous.
Laisse-moi m'occuper de toi, de ma tendrelle,
Du bonheur de te voir, de t'adorer sans cesse ,
De l'instant qui s'approche & va t’unir à moi,
Et du plaisir si pur d'avoir tout fait pour toi.
Ah! si ces caurs cruels dont la rudelle austere
Insulte à ce penchant si tendre & fi sincere,
Connaissaient ces vertus qui fixerent mon choix';
S'ils lisaient dans ton cœur, s'ils entendaient ta voix,
Je les verrais honteux de leur erreur extrême,
S'étonner comme moi de ton pouvoir suprême,
Demeurer devant toi , confus, humiliés,
Et me justifier en tombant à tes pieds.

ÉRONIME. Ah! garde-toi du moins de leur haine obstinée Qui s'irrite & frémit de se voir enchaînée, Qui croît dans le silence & prépare les traits; Ilélas ! il est des cæurs qu'on n'adoucit jamais. Crains leurs complots obscurs & leur sourde menace. Le retour de ton frere enhardit leur audace.

Les

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