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LÉANDRE.
Pour vous réduire à sec, je faisis Harpagême.

ISABELL E.
Ah! la rime me force à dire , je vous aime.

LÉANDRE.
Orime désirée , & qui fait mon bonheur!

ISABELLE.

Modérez ce transport Aatteur.
Dans un tel badinage où votre art me surmonte
Ce n'est que de l'esprit que vous êtes vainqueur.

LÉANDRE.
Non, je compte sur votre cæur.

ISABELLE.
A le donner je ne suis pas si prompte....

Mais, j'entends mon pere qui monte.
Le cruel contretemps ! J'en ai le cæur faisi.
O Ciel ! que va-t-il dire en vous voyant ici ?

LÉ ANDRE. Mais ne pouvez-vous pas me foustraire à la vue,

Et me cacher dans quelque coin.

ISABELL E. Non, je voudrois en vain prendre ce soin. Il entre : le voilà. Je demeure éperdue.

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à bon compte.

SCENE X I. LÉANDRE, ISABELLE,GERONTE.

GERONTE, s'emportant seul.
Он

H! Je le soutiens hautement.

Ce cheur est volé de Roland. Je suis sûr de

gageure LÉANDRE, à part.

O ciel ! que vois je ? C'est Geronte.
Oui , je le reconnois. O bonheur sans égal !

GERONTE.
De m'y connoître je me pique.

LÉANDRE, à part.
Nous sommes grands amis , & j'ai parlé musique
Trente fois avec lui dans le Palais Royal.

GERONTE.
Un jeune homme est chez moi seul avec l'abelle !
A qui parlez-vous là, dites, Mademoiselle ?

LÉANDRE.
C'est à votre humble ferviteur.

GERONTE.
Quoi ! Léandre, c'est vous par quel hazard flatteur

Reçois-je, ce matin, de vous une visite ?

LÉANDRE.
C'est un devoir dont je m'acquitte.

GERONTE.
Depuis longtemps je vous en ai prié.
Et de vous voir chez moi, je suis extasié.

· ISABELLE, à part. Je respire !

GERONTE.

Je suis enchanté que ma fille ,
En mon absence, en ait fait les honneurs.
J'estime votre esprit, je fais cas de vos mæurs;
Et dans tous vos discours le bon goût toujours brille.
Un ami de Lulli, de Pécour , de Ballon,
Ne sçauroit trop souvent venir dans ma maison ;

Et c'est un bien pour ma famille.
A vous voir, à vous fréquenter,
Elle ne peut que profiter.

( A Isabelle.)
Vos fæurs & vous , prenez-le pour modele.

Il peut vous donner des leçons ; Et vous instruira mieux que beaucoup de barbons.

ISABELLE. j'en suis persuadée , & comptez qu'Isabelle A remplir vos desirs sera très-ponctuelle.

GERONTE.

GERONTE.
Elle fera fort bien.

ISABELLE.

Vous serez obci.

LÉANDRE.
Je ne puis témoigner trop

de reconnoissance;
Monsieur m'oblige, vrai , beaucoup plus qu'il ne
pense.

GERONTE.
Non, je me fais plaisir à moi-même en ceci.

ISABELLE
Vous m'en faites beaucoup aulli.

GERONTE, à Léandre.
Mais, écoutez; mon ame est doublement charmée

De vous trouver présentement ici.
La dispute au Caffé s'est très-fort allumée,
(C'est au sujet d'un chæur d'un Ballet tout récent,)
Par un petit Abbé, qui crioit plus qu'un grand;

Il étoit porté jusqu'aux nues.
Il mettoit au dessous le beau chcur de Roland.

Au blasphème de l'insolent,

Mes entrailles se font émues;
Je me leve, & je dis : Monsieur l'Abbé, tout beau
Par moi qui m'y connois , apprenez, je vous prie ,

Que ce cheur-là, que vous trouvez fi beau ,
N'est de Roland pillé qu'une foible copie.
Tome VIII.

K

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Notre petit colet redoublant son fracas,
Veut alors parier , d'une audace effrenée ,

Tout le revenu d'une année,

D'un Bénéfice qu'il n'a pas. Ennuyé du fausser de la voix détestable,

Je lui réponds: par la corbleu ! Il faut se taire , ou mettre argent sur jeu. Je jette en même tems dix louis sur la table. A cet aspect, l'Abbé rapetissé

Totalement s'est éclipse.

Un petit maître subalterne,
Dont le con & l'accent décélent le cousis,

S’écrie alors : va pour le chant moderne,
Contre Monssu, les dix plus beaux louis,

Qui soient jamais fortis de mon pays.
Les boili. Je suis sûr de gagner quand je gage.
Ce qui m'a de la part étrangement surpris,
De l'argent, à ces mots, il fait un étalage.
Je soutiens le pari ; le Caffé le partage.
Pour confondre la mode & le parti qu'elle a ,

Pour prouver que j'ai l'avantage,
Je viens prendre chez moi l'un & l'autre Opera.

LÉANDRE
C'est un pari que Monscur gagnera,

GERONTE.
Je veux que vous soyez le témoin de ma gloire;

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