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TIMOLÉON.
Ah! ne soyez jaloux que d'aimer la Patrie ;
Je me reproche hélas ! les instans de ma vie
Que , loin de ses regards , des exploits imprudens
A mon premier devoir ont dérobés long-temps.
Mais je puis réparer ma faute & mon absence;
Je puis de Sparte encor réprimer l'insolence.
Déployés dans nos champs, les nombreux étendarts
Ofent, mais vainement, menacer nos remparts.
Corinthe combattra l'ennemi qu'elle abhorre.
On dit qu'il en est un plus dangereux encore.
J'espere l'oublier : des projets infensés,
Quand je vous ai revu, doivent être effacés
Et će Ciel qui par moivous parle & vous éclaire,
Enseigne à pardonner une erreur passagere.
Songeons à la Patrie , à fan pressant danger ,
Défendons-la des mains de l'avide étranger.
Puissiez-vous aujourd'hui , plus juste & plus fidèle ,
Apprendre à la chérir en combattant pour elle ?
Ces braves citoyens avec moi réunis,
Vont marcher sur nos pas contre nos ennemis.
Ma voix seule, pour vous, vient d'armer leur vaillance.

TIMOPHANE,

Je dois trop...

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TIMOLÉON.

Suspendez votre reconnaissance. J'efpere dans ces Dieux, les maîtres de nos caurs ; Et vous me connaîtrez quand nous serons vainqueurs.

(Aux Sénateurs.) Adieu. Vous, suivez-moia

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UEL superbe langage ! Que prétend-il me dire ? Il me sert, il m'outrage. Pense-t-il m'imposer d'un mot.ou d'un coup d'oeil ? Mon cœur n'obéit point aux ordres de l'orgueil

. Ce cœur soumis aux loix qu'il a voulu se faire , Rejette avec horreur un joug involontaire. J'aime Timoléon, je le veux , je le dois. Mais s'il m'ofe braver , il me rend tous mes droits. Viens , il est temps ...

SCENE V I,

ÉRONIME , TIMOPHANE,

TIMÉE.
ÉRONIME.
Eh!

H! bien, tu viens de voir ton frere.
Parle , raffure-moi ; que faut-il que j'espere ?
Tu ne me réponds rien : ton front triste & baissé
Est couvert des ennuis de ton cæur oppressé.

pour moi,

De ces nouveaux chagrins ton frere est-il la cause?
Ah ! je sens tous les maux où notre amour t'expose.
Je dois t'en aimer plus : tu les souffres
Timoléon s'est-il déclaré contre toi ?

TIMOPHANE.
Non ; son bras même ici s'arme pour nous défendre.
Mais s'il faut t'expliquer ce qu'il m'a fait entendre,
Ne nous attendons pas qu'il puisse consentir
A me voir dans un rang que son cœur doit haïr.
La

rupture entre nous paraît inévitable. Quoi ! tout ce qui m'est cher me poursuit & m'ac

cable !

ÉRONIME. Par ton abattement je conçois nos malheurs. J'en prévois de plus grands. .... Pardonne à mes

frayeurs. Tout allarme l'Amour : peut-être dans ton ame , Tant d'obstacles divers qu’on oppose à ta flamme, Éteindront à la fin cette ardeur d'être à moi, Cet espoir qui toujours semble fuir loin de toi. Je vois tous tes combats : les plaintes de ta mere, Des esprits soulevés, l'ascendant de ton frere , Mêlent à nos liens l'amertume & l'horreur ; Et je n'ai rien pour moi que l'Amour & ton cœur.

TIMOPHANE. Ah ! crois que c'est assez : va, ce soupçon m'outrage. Avec plus d'ennemis j'aurai plus de courage. Ce cæur digne du tien & non moins généreux, Pouvant t’immoler tout, en sera plus heureux.

ÉRONIM E. Ah! tu me rends l'espoir : oui, ta noble assurance Me répond des desseins dont j'ai craint l'inconstance,

Oui , tel est le pouvoir que l'amour a sur moi,
Je n'espere , ne crains , ne vois rien que par toi.
Et dans ces murs enfin que peut-on entreprendre ?
Tout briguerait ici l'honneur de te défendre.
Estimé du Sénat , & du Peuple adoré,
Par-tout de leur amour tu marches entouré.
Je vois dans tous les cæurs le penchant qui m'en-

traîne : Est-ce donc près de toi qu'on peut sentir la haine ?

TIMOPHANE. L'embrasse avec transport ces présages heureux. Ta voix m'est un garant de la faveur des Dieux. Mais on m'attend fans doute, & pleins d'impatience, Nos Guerriers de leur Chef demandent la présence. Je vais du Spartiate humilier l'orgueil. Nos champs , qu'il ravageait , vont être son cercueil. Il faut combattre ; allons.

ÉRONIME.

Dans l'ardeur qui t'anime , Veille au moins sur des jours pour qui tremble Éro

nime. Songe que nos destins dépendent de ce jour, Et même en combattant fonge encore à l'amour,

Fin du second Acte.

ACTE I I I.

SCENE PREMIERE. TIMOLÉON, TIMOPHANE , Soldats.

TIMOPHANE.

Our ce jour qui nous fauve a comblé votre gloire:

Il est de vos destins d'enchaîner la victoire.
Sur ses bords étonnés l'orgueilleux Eurotas
Reverra ses guerriers vaincus par notre bras;
Et le vôtre illustré par un nouveau trophée
A triomphé dans l'Isthme , ainsi que sur l’Alphée.
Corinthe vous doit tout , & je vous dois des jours
Du fer de l'ennemi sauvés par vos secours :
Je m'en fais un bonheur , & désormais ma vie
Appartient à mon frere autant qu'à ma Patrie.

TIMOLÉO N.

( Aux Soldats) Je m'en vais l'éprouver. Allez, & laissez-nous.

( Ils sortent.)

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