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Digne ami de mon fils, ta présence en ces lieux ,
De son prochain retour m'est un présage heureux.
La voix de l'Univers déja plein de la gloire,
A porté jusqu'à nous le bruit de sa victoire.
On dit que , libre enfin par fa seule valeur ,
La Sicile a dans lui reconnu son vengeur';
Qu'elle a vû sous l'effort de ce bras invincible
De ses nombreux tyrans tomber l'hidte terrible.
Il revient triomphant, & je vais le revoir.

LÉ OSTHENE.
Vous pouvez vous permettre un si'flatteur espoir.
Au port de Syracuse il s'arrêtait encore.
J'ai devancé ses pas.

ISMÉNIE.

Dieux justes que j'implore ! O Dieux! en me rendant mon fils , & notre appui, Rendez son frere , hélas ! moins indigne de lui. C'est à vous d'arracher du cœur de Timophane Des projets que son nom, que la vertu condamne; De le rendre plus juste afin qu'il soit plus grand : Le frere d'un Héros peut-il être un Tyran?

LÉ OSTHENE. O Ciel ! vous me glacez de surprise & de crainte , Comment!...

ISMÉNIE.

Voilà le trait dont j'ai fenti l'atteinte. Je sais que la Pátrie est le Dieu de ton cæur, Que dans ta liberté tu places ta grandeur , Que fi Corinthe enfin a reçu quelque outrage, Ta fierté le reflent, ta douleur le partage.

Tu connus mes deux fils, ils faisaient mon bonheur ;
Ils étaient de mes ans le soutien & l'honneur ;
L'un', fier & courageux, citoyen inflexible;
L'autre, dans ses vertus plus doux & plus sensible..
Timophane , modeste & soumis à l'État,
Bornait ses veux au rang de premier Magistrat.
Mais à d'autres desseins son ame abandonnée,
A dédaigné bien-tôt un pouvoir d'une année.
Bien-tôt ses partisans, déja trop écoutés,
Ont offert à ce peuple , épris des nouveautés,
Sous le pouvoir d'un Roi , l'espoir de ses largesses,
Un joug moins rigoureux, des honneurs, des richesses,
Et le plaisir de voir leurs Maîtres orgueilleux ,
Près du Thrône abaissés, confondus avec eux,
Timophane lui-même affable & populaire,
Prodiguant tous les soins de séduire & de plaire,
Aux citoyens trompés a fait aimer ses loix.
Icetas par sa main remis au rang des Rois,
Et fes peuples d'Argos domptés par sa vaillance,
Sa-libéralité, sur-tout son éloquence,
Cet art fi dangereux d'entraîner les esprits,
De foumettre à sa voix les mortels attendris,
Ces talens dont l'abus l'a rendu plus coupable,
Tout prête à ses desseins un appui redoutable.
Il est encouragé par d'indignes flatteurs ;
Il a même séduit nos jeunes Sénateurs.
Ardens, & dans cet âge où l'inexpérience
Embrasse des vertus la trompeuse apparence,
Ils ont tourné vers lui leurs cours & leurs regards..
Mais nos vrais citoyens , nos augustes vieillards,
Des guerriers éprouvés dont les cæurs héroïques
Ont confervé les traits de nos vertus antiques,

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Dans un même intérêt réunis par la loi,
Défendent la Patrie & détestent an Roi.
Entre ces deux partis , Corinthe se sépare.
Dans nos murs malheureux la discorde barbare
Va bien-tôt de la guerre étaler les horreurs.
Je crains des deux côtés les plus affreux malheurs,
Mon fils, de sa Patrie oppresseur ou victime,
Me laifle a déplorer son trépas ou fon crime.
Je tremble

pour Corinthe, & je crains pour mon fils Le destin des Tyrans rarement impunis,

LÉOSTHENE.
Quoi! le peuple à ce point s'est donc laissé furprendre!
Mérite-t-il encor qu'on daigne le défendre ?
Mais comment jusqu'ici Timophane à nos yeux
Avait-il pu cacher un caur ambitieux ?

ISMÉNIE,
Ah!connais tous nos maux : lorsque dans cette ville
Le Souverain d'Argos vint chercher un asyle,
Que sa fille éplorée accompagnait ses pas,
Songe de quelle ardeur volant dans les combats,
Timophane attendri , sensible à sa disgrace ,
Contre ses ennemis déployait son audace,
Comme à tous les périls il s'exposait pour lui :
L'on n'est pas si touché de l'intérêt d'autrui.
L'homme a bien rarement cette vertu suprême,
En servant l'opprimé, de s'oublier lui-même,
Éronine est aimable, & mon fils l'adorait.
Icétas trop instruit de ce penchant secret,
Crut voir dans cet amour & dans cette alliance
L'heureuse accalion d'augmenter la puissance.

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» Oui, lui dit-il alors , oui , ma fille est à vous,
» Mais il faut être Roi pour être son époux.

vous avez bien me rendre un diadême,
» Si je regne par vous, osez regner vous-même.
Peut-être à ces discours mon fils eût résisté :
Mais l’Amour commandait , seul il fut écouté.
Icetas dans Argos appaisant les allarmes ,
Laille Éronime ici loin du fracas des armes.
Elle n'attend enfin que l'instant fortuné
De suivre à nos Autels son amant couronné :
Ce coupable traité n'éclate point encore ;
Seule j'en suis instruite , & le peuple l'ignore.
D'Éronime en ces lieux le séjour prolongé,
Le cœur de Timophane en un moment change,
Tous les soins, tous ses pas

décèlent sa tendresse.
Quel homme a su jamais déguiser sa faiblesse?
Par ceux des citoyens dont il séduit la foi,
Timophane demáin se fait proclamer Roi.
Peut-être ce sera le signal du carnage,
Et si Timoléon vers ce triste rivage,
Dans ces murs menacés ne presse son retour,
Je frémis des malheurs qu'on prépare en ce jour.
On dit que de nos loix embrassant la défense,
Avec nos citoyens, Sparte est d'intelligence.
Ce secours étranger peut-être est dangereux.

LÉOSTHENE.

1

Le danger d'être esclave est encor plus affreux,
Non, ne négligeons rien dans cet état funelte.

Dans un même intérêt réunis par la loi ,
Défendent la Patrie & détestent an Roi.
Entre ces deux partis, Corinthe le sépare.
Dans nos murs malheureux la difcorde barbare
Va bien-tôt de la guerre étaler les horreurs.
Je crains des deux côtés les plus affreux malheurs,
Mon fils, de la Patrie oppresseur ou victime,
Me laisse a déplorer son trépas ou son crime.
Je tremble pour Corinthe, & je crains pour mon fils
Le destin des Tyrans rarement impunis,

LÉOSTHENE.
Quoi ! le peuple à ce point s'est donc laissé furprendre!
Mérite-t-il encor qu’on daigne le défendre ?
Mais comment jusqu'ici Timophane à nos yeux
Avait-il

pu
cacher un cæur ambitieux?

ISMÉNIE,
Ah!connais tous nos maux : lorsque dans cette ville
Le Souverain d'Argos vint chercher un asyle,
Que sa fille éplorée accompagnait ses pas ,
Songe de quelle ardeur volant dans les combats,
Timophane attendri , sensible à sa disgrace,
Contre ses ennemis déployait son audace,
Comme à tous les périls il s'exposait pour lui :
L'on n'est pas si touché de l'intérêt d'autrui.
L'homme a bien rarement cette vertu suprême,
En servant l'opprimé, de s'oublier lui-même.
Éronime eft aimable, & mon fils l'adorait.
Icetas

trop

inftruit de ce penchant secret, Crut voir dans cet amour & dans cette alliance L'heureuse occasion d'augmenter sa puissance.

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