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SCENE I I.

TIMOLÉON, TIMOPHAN E.

TIMOLÉON.

ECOU TEOs Quand mon bras a combattu pour

Quand j'ai servi l'État , je n'ai pas cru fans doute
Au pouvoir des Tyrans vous frayer une route.
*J'ai sçu tous vos desseins ; j'en ai senti l'horreur ;
Mais j'ai vu des vertus au fond de votre cæur.
Je m'en souviens toujours ; & l'exemple d'un frere ,
Sa générolité, son procédé sincere,
*Doivent vous ramener des sentiers de l'erreur
A l'amour du devoir qui seul mene au bonheur,
Pourriez-vous abuser de l'ivresse imprudente ,
Des transports passagers d'une foule'inconstante,
Qui se lalle des loix, & peut-être demain
Détestera son Roi couronné par sa main ?
L'État doit-il changer au gré de son caprice?
Ah ! si vous respectez la loi de la Justice,
Songez à ces mortels, sages & révérés,
Soutiens de cet État , par vous-même honorés :
Citoyens vertueux , guerriers encor plus braves,
Croyez-vous qu'ils soient nés pour être vos esclaves?
Je ne rappelle point à votre souvenir
Les dangers d'un projet qu'ils ont droit de punir.

La

La terreur est un frein pour une ame vulgaire :
Je parle de vertu , quand je parle à mon frere.
J'écarte même encore un motif plus pressant;
Les devoirs si sacrés d'un cæur reconnaissant.
N'en consultez qu'un seul , le devoir d'être juste.'
Ah ! soyez citoyen , aimez ce titre auguste ;
Et si vous en avez dégradé la splendeur ,
Sachez vous repentir ; voilà votre grandeur.

TIMOPHANE.
Le repentir n'est point où ne fut point le crime.
Des hommes rassemblés le suffrage unanime
Eft un droit pour regner, le plus sacré de tous;
C'est le mien ; & s'il est aujourd'hui parmi vous
Des esprits obstinés de qui l'orgueil aspire
A garder un pouvoir que le mien va détruire,
Ce n'est pas eux du moins que j'ai dû consulter :
Ils peuvent me haïr & non m'épouvanter.
J'en appelle à vous-même, à votre expérience.
Croyez-moi ; les humains , jouets de l'inconstance,
Abufant de leurs droits & de la liberté,
Ne peuvent pas long-temps souffrir l'égalité.
Ce Peuple veut un Maître, il est las d'être libre.
Quand le temps a détruit cet heureux équilibre
Qui fixe au même but les divers intérêts,
L'esprit Republicain est éteint pour jamais.
Ce moment est venu: je l'ai hâté peut-être.
J'ai disposé ce Peuple à desirer un Maître.
Mais j'ose m'applaudir d'être grand à ses yeux ;
Tout mon art avec lui fut d'être vertueux.
Quoi! me défendez-vous cet honneur où j'aspire ,
De voir tous ces mortels, heureux sous mon empire.,

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Prodiguer à leur Roi les titres les plus doux ?
Quoi ! ce desir fi noble est-il vil devant vous ?
Ne m'est-il pas permis de prétendre à la gloire
Qui des Rois adorés consacre la mémoire ?
Ce sort est-il indigne ou de vous ou de moi ?
Je fus bon citoyen : je serai meilleur Roi.

TIMOL É O N.
Osez-vous affecter tout cet orgueil sublime ,
Quand je sais quel espoir vous guide & vous anime?
Pepsez-vous me tromper ? ou ce ceur généreux
Craint-il de m'avouer sa faiblesse & ses feux ?
Ce cæur né pour regner, & que la gloire enflamme,
Ce cæur, je le sais trop , fait tout pour une femme.
Au prix de nos malheurs Éronime est à vous,
Et les enfans des Rois vont dominer sur nous.
Ah ! cette seule idée irrite ma colere....
La pitié la retient ... Timophane! Ah! mon frere !
Ah ! jeune homme insensé, quel est donc ton espoir ?
Quoi ! l'amour a sur toi cet indigne pouvoir !
Une femme en ton cœur est plus que la Patrie!
Hélas ! pour prévenir ta coupable furie ,
Si je n'eusse écouté qu'un devoir rigoureux,
Quel était ton destin ? réponds-moi, malheureux.
Il semblait que le Ciel , que ta faiblesse offense,
Voulât prendre le foin de t'en punir d'avance.
Je n'avais qu'à livrer au fer des ennemis ,
Tes jours alors du moins offerts à ton pays.
Mon coeur s'est révolté contre une loi si dure;
Je n'ai pas un moment combattu la Nature.
Au milieu des périls j'ai volé sans effroi ,
J'ai présenté ma téte entre la mort & toi.

Je ne m'en repens pas : toi , du moins , toi, mon

frere, Ne me préfere pas une femme étrangere. Va, l'homme qui s'enchaîne est vil ou malheureux , Et le joug qu’on adore un jour devient affreux, La vertu contre lui doit te prêter des armes. Par ce nom si sacré, par ces premieres larmes , Que més severes yeux répandent devant toi, Par pitié pour l'État, pour toi-même & pour moi, Et

par ce même sang qui nous donna la vie , Rends - moi mon frere , hélas ! & rends-moi ma

Patrie, Et ne m'expose pas au repentir affreux D'avoir fauvé tes jours pour nous perdre tous deux.

TIMOPHANE. Va, mon cæur ne fait pas résister à tes larmes. J'en suis trop attendri: mais pourquoi ces allarmes ? Que crains-tu pour l'État ? Quel est donc son danger? Quelles sont tes frayeurs ? & pourquoi t'affliger, Si ce Peuple préfere à son indépendance , De vivre dans le calme & dans l'obéissance ? Son fort & mon pouvoir seront reglés par toi; Ici Timoléon regnera plus que moi. Je sais trop respecter ton âge & tes lumieres ; Tes avis en tout temps me seront nécessaires, Je ne déguise rien : je sens quelque plaisir A couronner l'Amante à qui je dois m'unir. . L'Amour n'a point d'accès dans ton cœur inflé

xible ; Le mien , je l'avouerai, le mien est plus sensible.

Oui; je n'en rougis point, mes destins & mes jours
A cet objet fi cher sont soumis pour toujours ;
Tout me devient affreux, sans lui", sans fa tendresse.
Sans doute de l'amour méconnaissant l'ivresle,
Tu ne vois rien en lui qu'une frivole erreur ;
Mais l'erreur est pour l'homme , elle est son seul bon-

heur. Ah ! la mienne , du moins, la mienne est innocente. Vivre pour

État,
pour

toi,

pour mon amante Voilà tous mes devoirs, & voilà tous mes veux; Le premier droit de l'homme est celui d'être heureux.

TIMO LÉO N.
Le mien est de venger ma Patrie & moi-même.
Ainsi que ton forfait, ton délire est extrême.
C'en est trop ....

cet

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SCENE I II.
ISMÉNIE, TIMOLÉON,

TIMOPHANE.

TIMO LÉON.

,

H! Madame , ah ! ma mere, venez; Les Dieux, les Dieux cruels nous ont abandonnés. Il n'a rien écouté, ni raison, ni priere. Ne voyez plus en lui votre fils ni mon frere. Mais celui qui vous reste est digne encor de vous. Toi, fi tu veux regner , porte tes premiers coups. Frappe ou tremble.

( Il fort.)

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