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SCENE V.

ISM É N I E seule. Puisqu'il gémit, je dois trembler....

O Ciel ! Qui de mes deux enfans est pour moi plus cruel? Vous, mes fils, vous, ingrats ! auteurs de ma misere! Quoi! c'est donc quelquefois un malheur d'être mere! Je n'ai plus qu'un espoir: tu me l'as inspiré; Ciel ! conduis les projets de ce cæur égaré. Je vais voir Éronime... Elle approche.

SCENE V I.
ISMÉNIE, ÉRONIME.

ISMÉNIE.

MADAME .

ADAME, Je vais vous étonner : peut-être qu'en votre ame Vous pensez avoir droit , surtout en ce moment, De nourrir contre moi quelque ressentiment. J'ai condamné l'hymen où Timophane aspire ; J'ai voulu , dans son cœur , balancer votre empire.

liens, N'étaient pas ,

Mes motifs, quels qu'ils soient, en rompant ces

à

vos yeux , aussi puissans qu'aux

miens. Mon intérêt, peut-être , a combattu le vôtre. Il est tems aujourd'hui d'éclairer l'un Quand les mêmes dangers s'assemblent contre nous, Je viens vous implorer pour moi - même & pour

par l'autre.

vous.

ÉRO NIME.

Jugez mieux de mon cœur : il méritait , peut-être , Qu'avant de le blesser, on daignât le connaître. Croyez, quelques soupçons que vous ayez conçus., Qu'aimé de votre fils ce cœur a des vertus. Achevez , & croyez que mon ame attendrie, S'ouvre à tous vos chagrins & chérit Isménie.

ISMÉNIE. Eh! bien, apprenez donc vos malheurs & les miens. Tremblez en préparant ces funestes liens. Votre amant veut regner ; le Peuple le couronne. Si ce n'est qu'à ce prix que votre main se donne, Sachez que votre main n'est qu'un affreux présent, Qu'elle approche la mort du cour de votre amant. Tous nos Républicains, les Sénateurs, son frere, Lui jurent, dès ce jour, une éternelle guerre. Entouré d'ennemis, entouré d'assassins, C'est vous qui le livrez à leurs barbares mains..

Je ne vous donne point de frivoles allarmes,
Et ce n'est point à vous de soupçonner mes larmes.
Hélas ! vous entendez la douleur & les cris
De ce cæur maternel qui tremble pour un fils.
Ne vous obftinez point contre la destinée.
Corinthe avec horreur verrait cet hymenée.
Jamais le sang des Rois ne peut regner sur nous,
Timophane vous aime, il n'obéit qu'à vous;
Vous seule vous pouvez l'arracher à vous-même,
C'est du moins un bonheur de sauver ce qu'on

aime.
Il vivra par vos soins ; faites-vous cet effort.
Commandez à l'Amour, & commandez au Sort;
J'ose attendre de vous un trait si magnanime ,
Et jugez și mon cœur estimait Éronime !

ÉRONIME.

:

Madame , pardonnez à mon saisissement :
Tant de coups si cruels portés en un moment ;
Ce jour, ce jour affreux qui vient frapper ma vue,
Qui luit avec horreur dans cette ame éperdue,
A jetté trop d'effroi dans mes sens interdits
Voilà donc les revers que j'avais preslentis !
Il faudrait renoncer à cette erreur si chere!
Il ne m'est pas permis de vous nommer ma mere!
Mais je saurai du moins retrouver dans mon caur
La force nécessaire à l'instant du malheur :
Vous attendez de moi le plus grand sacrifice;
Vous m'en croyez capable, ... & me rendez tice.
Le fort de votre fils m'eft remis aujourd'hui....
Je ne vous réponds pas de mon pouvoir sur lui;

Je vous réponds de moi. ... C'en est assez

peutêtre. Mais songez que ce caur dont le mien fut le maître, Que ce fils n'a que vous pour consoler ses jours. Qu'il soit heureux par vous ; qu'il soit heureux

toujours. C'est à vous c'est aux Dieux que mon amour

confie Le soin de fon bonheur & le foin de la vie. Aimez ce fils.... Hélas ! vous apprendrez de lui Quel était cet amour que j'immole aujourd'hui ; S'il était généreux, digne enfin de vous plaire : Vous vous plaindrez aux Dieux de n'être point

ma mere, Adieu, Madame.

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SCENE V I I.

IS MÉNIE , Jeule.

O Vous ! Dieux , long-tems ennemis! Épargnez ses vertus, & me rendez mon fils.

Fin du quatrieme Afte.

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