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Peut-être avant l'instant marqué pour ta puissance,
Auront déterminé l'instant de leur vengeance?
Te dirai-je encor plus ? Je vais t'épouvanter.
De ce peuple pour toi l'amour vient d'éclater :
Eh bien ! dans ce jour même , armé pour la Patrie,
Si quelque citoyen pouvait t'ôter la vie ,

S'il venait devant eux le bras ensanglanté,
Le glaive encor fumant, leur crier : liberté;
Il verrait tout ce peuple à tes loix si fidele ,
En horreur pour ton nom changer tout ce grand zèle;
Applaudir aux efforts de son libérateur,
Abhorrer le Tyran, & chérir le vengeur,
Et prompt à démentir ses frivoles hommages ;
Insulter à ta cendre, & briser tes images.

TIMOPHANE.
Sont-ce là tes projets ? Serais-tu ce vengeur ?
Ton cæur est-il jaloux de cet excès d'honneur ?
Enfin t’es-tu promis de détester ton frere ,
De plonger dans mon sein une main meurtriere?
Va, tu voudrais en vain m'inspirer cet effroi ;
Je ne serai jamais en garde contre toi.
Mon palais est le tien , & rien ne nous sépare,
Je croirai , malgré toi, que tu n'es point barbare;
Et que Timoléon , si le ciel veut ma mort,
Tout citoyen qu'il est , pleurera sur mon sort.
Mais quel abattement le peint sur ton visage ?
Quel chagrin fi pressant a vaincu ton courage ?

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(A part.)

Sa douleur m'attendrit, il le faut éviter.
Adieu.

TIMOLÉON.
Tu veux me fuir ? Ah ! daigne m'écouter.

Je ne demande plus à ton ame obstinée ,
D'abjurer en un jour le Thrône & l'hyménée;
Mais differe du moins cet hymen où tu cours.
Accorde à ma priere, accorde quelques jours.
Pourquoi presler ainsi cette pompe funeste?
Hélas ! & que fais-tu fi la bonté céleste
Sur tes vrais intérêts n'ouvrira point les yeux.
Peut-être mes avis font les avis des Dieux.
Écoute-les,

TIMOPHANE.

Ces Dieux me feront favorables. Tu connais mes defleins ; ils sont irrévocables.

TIMOLÉON, s'éloignant de son frere. Il faut donc suivre, ô ciel ! l'arrêt de ton courroux.

(Il étend la main vers les Conjurés , & de

l'autre s'enveloppe de son manteaua Cratès poignarde Timophane.)

MEU

SCENE IV. do derniere. TIMOLÉON, TIMOPHANE; ISMÉNIÉ, CRATÈS.

CRATÉS.
EURS, Tyran.
ISMÉNIE, courant à son fils qui tombe

dans ses bras.
Ciel!
Τ Ι Μ Ο Ρ Η Α Ν Ε.
Ma mere ! ils m'ont percé de coups !

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Je meurs,

Prenez soin de vos jours, prenez soin d'Éronime,

IS MÉNIE, à Timoléon.
Barbare !

CRATÉS.

Enfin ,l'on a puni le crime.
C'est vous qui nous fauvez : votre cæur généreux...

TIMO LÉON.
Laissez-moi. Tout ici me devient odieux.
Je vais , abandonnant ces rives criminelles,
Chercher un sort plus doux,des vertus moins cruelles.
(A Isménie.)
En perdant votre fils , n’accusez que les Dieux;

si ma bouche encor lear adresse des veux
Je leur demanderai de consoler ma mere.
J'ai vengé mon pays ; je vais pleurer mon frere,

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L A mode dominante est aujourd'hui d'avoir de l'esprit. On se pique de savoir faire des vers ; & de favoir Racine par cæur , comme on se vantàit jadis de ne savoir que signer son nom , & de n'avoir jamais été abattu dans une course de Tournoi.

TANDIS qu’un petit nombre d'Écrivains illustrès honore & éclaire la Nation, un bien plus. grand nombre d'Écrivains obscurs, possédés de la manie d'être Littérateurs fans titres & fans études , ont fait une espece de l gue pour se

venger: du Public qui les oublie, & des véritables gens, de Lettres qui ne les connaissent

pas, venus de se trouver du génie les uns aux autres : & de le répéter jusqu'à ce qu'on le croye. Ils ont établi que l'honnêteté de l'ame consistait à louer , tout ce qui n'était pas louable à applaudir de toutes ses forces , lorsqu'on s'ennuyait. Ils ont décidé que celui qui aurait l'audace de n'être pas tout-à

E

Ils sont cons

,

fait aufli épris de leurs Ouvrages qu'ils le font cux-mêmes, serait un homme d'un cara&tere affreux , fans douceur , fans aménité, sans respect pour les Loix de la Société ; en un mot, sans honnêteté; c'est le terme.

D'après ces conventions , s'il arrive un homme fimple & franc , qui , ayant lů Racine le matin, & voyant leurs Ouvrages le soir avec la meilleure envie du monde d'avoir du plaisir, ait le malheur de s'ennuyer , & leur pardonne de tout son cœur ; fi cet homme ; ignorant le traité qu'ils ont fait entr'eux, dit bonnement qu'il ne s'est point amusé, & qu'apparemment il s'amusera une autrefois davantage : cet homme sera peut-être fort étonné d'apprendre quelques jours après, qu'il a vingt enneris irréconciliables ; que chacun d'eux va dans vingt maisons , le représentant comme un homme odieux; qu'on fait le roman de la vie depuis son enfance, & que les éditions sont plus calomnieuses les unes que les autres ; qu'on' lui attribue des propos que ne tiendrait pas le plus imbécille de ses ennemis ; qu'on ameute contre lui une populace oisive , dont une partie s'exerce continuellement

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