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Il donne à nos destins ces succès éclatants.

Est un fameux effet de l'amitié sincere
Je sais bien qu'un bienfait de cette conséquence Qui fut entre son prince et le roi notre père.
Ne saurait demander trop de reconnaissance, Don Louis du secret a toutes les clartés,
Et qu'on doit toute chose à l'exploit immortel Et doit aux yeux de tous prouver ces vérités.
Qui replace mon frère au trône paternel.

D'autres soins maintenant occupent ma pensée :
Mais, quoi que de son cour vous offrent les homma- Non qu'à votre sujet elle soit traversée,
Usez en généreux de tous vos avantages, (ges, Que ma flamme querelle un tel événement,
Et ne permettez pas que ce coup glorieux

Et qu'en mon cæur le frère importune l'amant. Jette sur moi, seigneur, un joug impérieux; Mes feux par ce secret ont reçu sans murmure Que votre amour, qui sait quel intérêt m'anime, Le changement qu'en eux a prescrit la nature; S'obstine à triompher d'un refus légitime,

Et le sang qui nous joint m'a si bien détaché Et veuille que ce frère, où l'on va m'exposer, De l'amour dont pour vous mon coeur était touché, Commence d'être roi pour me tyranniser.

Qu'il ne respire plus, pour faveur souveraine, Léon a d'autres prix dont, en cette occurrence, Que les chères douceurs de sa première chaîne , Il peut mieux honorer votre haute vaillance;

Et le moyen de rendre à l'adorable Ignès
Et c'est à vos vertus faire un présent trop bas, Ce que de ses bontés a mérité l'excès;
Que vous donner un cour qui ne se donne pas. Mais son sort incertain rend le mien misérable;
Peut-on être jamais satisfait en soi-même,

Et si ce qu'on en dit se trouvait véritable,
Lorsque par la contrainte on obtient ce qu'on aime? En vain Léon m'appelle et le trône m'attend;
C'est un triste avantage ; et l'amant généreux La couronne n'a rien à me rendre content,
A ces conditions refuse d'être heureux;

Et je n'en veux l'éclat que pour goûter la joie
Il ne veut rien devoir à cette violence

D'en couronner l'objet où le ciel me renvoie,
Qu'exercent sur nos cours les droits de la naissance, Et pouvoir réparer, par ces justes tributs,
Et pour l'objet qu'il aime est toujours trop zélé ,

L'outrage que j'ai fait à ses rares vertus.
Pour souffrir qu'en victime il lui soit immolé. Madame, c'est de vous que j'ai raison d'attendre
Ce n'est pas que ce cour, au mérite d'un autre, Ce que de son destin mon âme peut apprendre;
Prétende réserver ce qu'il refuse au vôtre;

Instruisez-m'en , de grâce, et par votre discours Non, seigneur, j'en réponds , et vous donne ma foi Håtez mon désespoir, ou le bien de mes jours. Que personne jamais n'aura pouvoir sur moi;

DONE ELVIRE.
Qu'une sainte retraite à toute autre poursuite... Ne vous étonnez pas si je tarde à répondre,
DON ALPHONSE.

Seigneur; ces nouveautés ont droit de me confondre.
J'ai de votre discours assez souffert la suite, Je n'entreprendrai point de dire à votre amour
Madame; et par deux mots je vous l'eusse épargné, Si done Ignès est morte, ou respire le jour;
Si votre fausse alarme eût sur vous moins gagné. Mais par ce cavalier, l'un de ses plus fidèles,
Je sais qu’un bruit commun, qui partout se fait croire, Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles.
De la mort du tyran me veut donner la gloire;

DON ALPHONSE, reconnaissant done Ignés. Mais le seul peuple enfin, comme on nous fait savoir, Ah! madame , il m'est doux en ces perplexités Laissant par don Louis échauffer son devoir,

De voir ici briller vos célestes beautés. A remporté l'honneur de cet acte héroique

Mais vous , avec quels yeux verrez-vous un volage Dont mon nom est chargé par la rumeur publique; Dont le crime.... Et ce qui d'un tel bruit a fourni le sujet,

DONE IGNÈS. C'est que pour appuyer son illustre projet ;

Ah! gardez de me faire un outrage, Don Louis fit semer, par une feinte utile,

Et de vous hasarder de dire que vers moi Que, secondé des miens , j'avais saisi la ville, Un caur dont je fais cas ait pu manquer de foi. Et, par cette nouvelle, il a poussé les bras

J'en refuse l'idée, et l'excuse me blesse; Qui d'un usurpateur ont hâté le trépas.

Rien n'a pu m'offenser auprès de la princesse; Par son zèle prudent il a su tout conduire,

Et tout ce que d'ardeur elle vous a causé Et c'est par un des siens qu'il vient de m'en instruire; Par un si haut mérite est assez excusé. Mais dans le même instant un secret m'est appris, Cette flamme vers moi ne vous rend point coupable; Qui va vous étonner autant qu'il m'a surpris. Et dans le noble orgueil dont je me sens capable, Vous attendez un frère, et Léon son vrai maître; Sachez , si vous l'étiez , que ce serait en vain A vos yeux maintenant le ciel le fait paraître : Que vous présumeriez de fléchir mon dédain; Oui, je suis don Alphonse, et mon sort conservé, Et qu'il n'est repentir, ni suprême puissance, Et sous le nom du sang de Castille élevé,

Qui gagnât sur mon cour d'oublier cette offense.

DON GARCIE.

DONE ELVIRE.

De vos maux la princesse a su paraître atteinte; Mon frère (d'un tel nom souffrez-moi la douceur), Et cette joie encor, de quoi vous murmurez, De quel ravissement comblez-vous une sour! Ne lui vient que des biens qui vous sont préparés. Que j'aime votre choix, et bénis l'aventure

Elle goûte un succès à vos désirs prospère, Qui vous fait couronner une amitié si pure!

Et dans votre rival elle trouve son frère ;
Et de deux nobles cours que j'aime tendrement... C'est don Alphonse, enfin, dont on a tant parlé;

Et ce fameux secret vient d'être dévoilé.
SCÈNE VI.

DON ALPHONSE.
DON GARCIE, DONE ELVIRE, DONE IGNÈS,

Mon cœur, grâces au ciel , après un long martyre, déguisée en homme; DON ALPHONSE, cru don Seigneur, sans vous rien prendre, a tout ce qu'il dési

Et goûte d'autant mieux son bonheur en ce jour, (re, Sylve; ELISE.

Qu'il se voit en état de servir votre amour.

DON GARCIE. De grâce, cachez-moi votre contentement,

Hélas ! cette bonté, seigneur, doit me confondre. Madame, et me laissez mourir dans la croyance A mes plus chers désirs elle daigne répondre; Que le devoir vous fait un peu de violence.

Le coup que je craignais, le ciel l'a détourné,
Je sais que de vos væux vous pouvez disposer, Et tout autre que moi se verrait fortuné;
Et mon dessein n'est pas de leur rien opposer; Mais ces douces clartés d'un secret favorable
Vous le voyez assez, et quelle obéissance

Vers l'objet adoré me découvrent coupable;
De vos commandements m'arrache la puissance; Et tombé de nouveau dans ces traîtres soupçons,
Mais je vous avoůrai que cette gayeté

Sur quoi l'on m'a tant fait d'inutiles leçons, Surprend au dépourvu toute ma fermeté,

Et par qui mon ardeur, si souvent odieuse, Et qu’un pareil objet dans mon âme fait naître Doit perdre tout espoir d'être jamais heureuse.... Un transport dont j'ai peur que je ne sois pas maître; Oui, l'on doit me hair avec trop de raison; Et je me punirais, s'il m'avait pu tirer

Moi-même je me trouve indigne de pardon : De ce respect soumis où je veux demeurer.

Et quelque heureux succès que le sort me présente, Oui, vos commandements ont prescrit à mon âme La mort, la seule mort est toute mon attente. De souffrir sans éclat le malheur de ma flamme :

DONE ELVIRE. Cet ordre sur mon cour doit être tout-puissant, Non, non; de ce transport le soumis mouvement, Et je prétends mourir en vous obéissant :

Prince, jette en mon âme un plus doux sentiment. Mais, encore une fois, la joie où je vous treuve Par lui de mes serments je me sens détachée; M'expose à la rigueur d'une trop rude épreuve; Vos plaintes, vos respects , vos douleurs, m'ont touEt l'âme la plus sage, en ces occasions,

J'y vois partout briller un excès d'amitié, [chée; Répond malaisément de ses éinotions.

Et votre maladie est digne de pitié. Madame, épargnez-moi cette cruelle atteinte; Je vois, prince , je vois qu'on doit quelque indulgence Donnez-moi, par pitié, deux moments de contrainte; Aux défauts où du ciel fait pencher l'influence; Et quoi que d'un rival vous inspirent les soins, Et pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux , N'en rendez pas mes yeux les malheureux témoins : Mon roi, sans me gêner, peut me donner à vous. C'est la moindre faveur qu'on peut, je crois, prétendre,

DON GARCIE. Lorsque dans ma disgrâce un amant peut descendre. Ciel! dans l'excès des biens que cet aveu m'octroie, Je ne l'exige pas, madame, pour longtemps; Rends capable mon cour de supporter sa joie ! Et bientôt mon départ rendra vos væux contents:

DON ALPHONSE. Je vais où de ses feux mon âme consumée

Je veux que cet hymen, après nos vains débats, N'apprendra votre hymen que par la renommée; Seigneur, joigne à jamais nos cœurs et nos états. Ce n'est pas un spectacle où je doive courir : Mais ici le temps presse, et Léon nous appelle; Madame , sans le voir, j'en saurai bien mourir. Allons dans nos plaisirs satisfaire son zèle, DONE IGNÈS.

Et par notre présence et nos soins différents, Seigneur , permettez-moi de blåmer votre plainte. Donner le dernier coup au parti des tyrans.

FIN DE DON GARCIE DE NAVARRE.

L'ÉCOLE DES MARIS,

COMÉDIE EN TROIS ACTES.

1661.

A MONSEIGNEUR

PERSONNAGES.

ACTEURS, LE DUC D'ORLÉANS,

SGANARELLE, frères '.

MOLIÈRE.
ARISTE,

L'Espy.
ISABELLE,

Mile DE BRIE.
FRÈRE UNIQUE DU ROI:

seurs. LÉONOR,

A. BÉJART? LISETTE, suivante de Léonor.

Magd. BÉJART VALÈRE, amant d’Isabelle.

LA GRANGE. MONSEIGNEUR,

ERGASTE, valet de Valère.

DUPARC. Je fais voir ici à la France des choses bien peu propor

UN COMMISSAIRE.

DE BRIE

UN NOTAIRE. tionnées. Il n'est rien de si grand et de si superbe que le

La scène est à Paris, dans une place publique. nom que je mets à la tête de ce livre, et rien de plus bas que ce qu'il contient. Tout le monde trouvera cet assemblage étrange; et quelques-uns pourront bien dire, pour en exprimer l'inégalité, que c'est poser une couronne de perles et de diamants sur une statue de terre, et faire en- ACTE PREMIER. trer par des portiques magnifiques et des arcs triomphaux superbes dans une méchante cabane. Mais , MONSEIGNEUR , ce qui doit me servir d'excuse, c'est qu'en cette aventure je n'ai eu aucun choix à faire, et que l'honneur que j'ai d'être SCÈNE PREMIÈRE. à Votre ALTESSE ROYALE' m'a imposé une nécessité absolue de lui dédier le premier ouvrage que je mets de moi

SGANARELLE, ARISTE. même au jour". Ce n'est pas un présent que je lui fais, c'est un devoir dont je m'acquitte : et les hommages ne sont

SGANARELLE. jamais regardés par les choses qu'ils portent. J'ai donc

Mon frère, s'il vous plaît, ne discourons point tant, osé, MONSEIGNEUR, dédier une bagatelle à VOTRE ALTESSE

Et que chacun de nous vive comme il l'entend. ROYALE, parce que je n'ai pu m'en dispenser; et si je me dispense ici de m'étendre sur les belles et glorieuses vérités

Bien que sur moi des ans vous ayez l'avantage, qu'on pourrait dire d'elle, c'est par la juste appréhension Et soyez assez vieux pour devoir être sage, que ces grandes idées ne fissent éclater encore davantage la Je vous dirai pourtant que mes intentions bassesse de mon offrande 3. Je me suis imposé silence pour Sont de ne prendre point de vos corrections; trouver un endroit plus propre à placer de si belles choses; Que j'ai pour tout conseil ma fantaisie à suivre, et tout ce que j'ai prétendu dans cette épitre, c'est de justi. Et me trouve fort bien de ma façon de vivre. fier mon action à toute la France, et d'avoir cette gloire de

ARISTE. vous dire à vous-même, MONSEIGNEUR, avec toute la sou

Mais chacun la condamne. mission possible, que je suis , DE VOTRE ALTESSE ROYALE,

Oui, des fous comme vous,
Le très-humble, très-obéissant, Mon frère.
et très-fidèle serviteur,

ARISTE.
J. B. P. MOLIÈRE.

Grand merci; le compliment est doux !

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SGANARELLE.

" Molière était chef de la troupe de Monsieur.

* Molière ne fit imprimer les Précieuses que parce qu'on lui avait dérobé une copie de cet ouvrage. Le Cocu imaginaire avait été publié par Neufvillenaine, et ses autres pièces n'étaient point encore imprimées.

Du temps de Molière, les mots bas et bassesse n'emportaient pas l'idée de dégradation morale qui s'y attache maintenant; Is exprimaient simplement celle d'une grande infériorité.

* Deux caractères des comédies de Molière sont restés comme emplois au théâtre, les SGANARELLES et les ARISTES. Le nom de SGANARELLE désigne toujours un homme trompé, ridicule, brus. que, Jaloux; celui d'ARISTE, au contraire, désigne lojours un homme sage, plein de politesse et de jugement. sriste vient du grec; il signifie très-bon. Nous n'avons pu découvrir l'origine du nom de Sganarelle.

? Depuis femme de Molière.

2

SGANARELLE.

SGANARELLE. Je voudrais bien savoir, puisqu'il faut tout entendre, Cela sent son vieillard qui, pour en faire accroire, Ce que ces beaux censeurs en moi peuvent reprendre. Cache ses cheveux blancs d'une perruque noire. ARISTE.

ARISTE. Cette farouche humeur, dont la sévérité

C'est un étrange fait du soin que vous prenez Fuit toutes les douceurs de la société,

A me venir toujours jeter mon âge au nez; A tous vos procédés inspire un air bizarre,

Et qu'il faille qu'en moi sans cesse je vous voie Et, jusques à l'habit, rend tout chez vous barbare. Blâmer l'ajustement, aussi bien que la joie : SGANARELLE.

Comme si, condamnée à ne plus rien chérir, Il est vrai qu'à la mode il faut m'assujettir,

La vieillesse devait ne songer qu'à mourir, Et ce n'est pas pour moi que je me dois vêtir. Et d'assez de laideur n'est pas accompagnée, Ne voudriez-vous point , par vos belles sornettes',

Sans se tenir encor malpropre et rechignée. Monsieur mon frère aîné, car, Dieu merci , vous l'êtes

SGANARELLE. D'une vingtaine d'ans, à ne vous rien celer,

Quoi qu'il en soit, je suis attaché fortement Et cela ne vaut pas la peine d'en parler ;

A ne démordre point de mon habillement. Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,

Je veux une coiffure, en dépit de la mode, De vos jeunes muguets a m'inspirer les manières? Sous qui toute ma tête ait un abri commode; M'obliger à porter de ces petits chapeaux

Unbon pourpoint bien long, et fermé comme il faut, Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux;

Qui, pour bien digérer, tienne l'estomac chaud; Et de ces blonds cheveux , de qui la vaste enflure

Un haut-de-chausse fait justement pour ma cuisse; Des visages humains offusque la figure?

Des souliers où mes pieds ne soient point au supplice, De ces petits pourpoints sous les bras se perdants ? Ainsi qu'en ont usé sagement nos aïeux : Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendants ? Et qui me trouve mal n'a qu'à fermer les yeux. De ces manches qu'à table on voit tâter les sauces ?

SCÈNE II. Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses? De ces souliers mignons, de rubans revêtus, LÉONOR, ISABELLE, LISETTE ; ARISTE ET Qui vous font ressembler à des pigeons pattus ?

SGANARELLE, parlant bas ensemble sur le Et de ces grands canons où, comme en des entraves, devant du théâtre, sans étre aperçus. On met tous les matins ses deux jambes esclaves, Et par qui nous voyons ces messieurs les galants

LÉONOR, à Isabelle. Marcher écarquillés ainsi que des volants?

Je me charge de tout, en cas que l'on vous gronde. Je vous plairais, sans doute, équipé de la sorte,

LISETTE, à Isabelle.
Et je vous vois porter les sottises qu'on porte. Toujours dans une chambre à ne point voir le monde?
ARISTE.

ISABELLE.
Toujours au plus grand nombre on doit s'accommo- Il est ainsi bâti.
Et jamais il ne faut se faire regarder.

(der,

LÉONOR. L'un et l'autre excès choque, et tout homme bien sage

Je vous en plains, ma sœur. Doit faire des habits ainsi que du langage,

LISETTE, à Léonor. N'y rien trop affecter, et, sans empressement,

Bien vous prend que son frère ait toute une autre huSuivre ce que l'usage y fait de changement.

Madame; et le destin vous fut bien favorable (meur, Mon sentiment n'est pas qu'on prenne la méthode

En vous faisant tomber aux mains du raisonnable. De ceux qu'on voit toujours renchérir sur la mode,

ISABELLE. Et qui, dans cet excès dont ils sont amoureux,

C'est un miracle encor qu'il ne m'ait aujourd'hui Seraient fâchés qu'un autre eût été plus loin qu'eux; Enfermée à la clef, ou menée avec lui. Mais je tiens qu'il est mal, sur quoi que l'on se fonde,

LISETTE. De fuir obstinément ce que suit tout le monde,

Ma foi, je l'envoîrais au diable avec sa fraise”, Et qu'il vaut mieux souffrir d'être au nombre des fous

Et... Que du sage parti se voir seul contre tous.

Le pourpoint prenait depuis le cou jusqu'à la ceinture. On en faisait de tailladés, dont la mode venait d'Espagne. Les pe

tits-maitres en avaient de peau de senteur, et très-étroits. Mé" Sornetles, discours frivoles, bagatelles : originairement, nage fait venir ce mot du latin perpunctum, habit militaire de contes faits le soir pendant la veillée;

du vieux mot sorne, soir. laine, de coton ou de soie piquée entre deux étoffes. ( B. ) ? Muguet, gentil, amoureux, amator venustulus. (Nic. ). Cette mode et celle des hauts-de-chausses, semblables à des C'est le nom de la fleur même, métaphoriquement transporté cotillons, remontait au temps de Henri IV. à ceux qui s'en parfumaient

2 Les Espagnols passent pour être les inventeurs de la fraise,

1

ARISTE.

SGANARELLE, heurté
par Lisette.

Que sur un tel sujet c'est parler comme il faut.
Où donc allez-vous, qu'il ne vous en déplaise? Vous souffrez que la vôtre aille leste et pimpante,
LÉONOR.

Je le veux bien : qu'elle ait et laquais et suivante, Nous ne savons encore, et je pressais ma sæur J'y consens : qu'elle coure, aime l'oisiveté, De venir du beau temps respirer la douceur : Et soit des damoiseaux flairée en liberté, Mais...

J'en suis fort satisfait ; mais j'entends que la mienne SGANARELLE, à Léonor.

Vive à ma fantaisie, et non pas à la sienne; Pour vous, vous pouvez aller où bon vous semble; Que d'une serge honnête elle ait son vêtement,

(montrant Lisette. ) Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement; Vous n'avez qu'à courir, vous voilà deux ensemble. Qu'enfermée au logis, en personne bien sage, (à Isabelle.)

Elle s'applique toute aux choses du ménage, Mais vous, je vous défends, s'il vous plaît, de sortir. A recoudre mon linge aux heures de loisir, ARISTE.

Ou bien à tricoter quelques bas par plaisir; Eh! laissez-les, mon frère, aller se divertir.

Qu'aux discours des muguets elle ferme l'oreille, SGANARELLE.

Et ne sorte jamais sans avoir qui la veille. Je suis votre valet , mon frère.

Enfin la chair est faible, et j'entends tous les bruits.

Je ne veux point porter de cornes, si je puis;

La jeunesse Et comme à m'épouser sa fortune l'appelle, (d'elle. Veut...

Je prétends, corps pour corps, pouvoir répondre
SGANARELLE.

ISABELLE.
La jeunesse est sotte, et parfois la vieillesse. Vous n'avez pas sujet, que je crois...
ARISTE.

SGANARELLE.
Croyez-vous qu'elle est mal d’être avec Léonor?

Taisez-vous. SGANARELLE.

Je vous apprendrai bien s'il faut sortir sans nous. Non pas; mais avec moi je la crois mieux encor.

LÉONOR."
ARISTE.

Quoi donc, monsieur ?
Mais...
SGANARELLE.

Mon Dieu ! madame, sans langage,
Mais ses actions de moi doivent dépendre, Je ne vous parle pas, car vous êtes trop sage.
Et je sais l'intérêt enfin que j'y dois prendre.

LÉONOR.
ARISTE.

Voyez-vous Isabelle avec nous à regret ?
A celles de sa sour ai-je un moindre intérêt ?

SGANARELLE.
SGANARELLE.

Oui, vous me la gâtez, puisqu'il faut parler net.
Mon Dieu! chacun raisonne et fait comme il lui plaît. Vos visites ici ne font que me déplaire,
Elles sont sans parents, et notre ami leur père Et vous m'obligerez de ne nous en plus faire.
Nous commit leur conduite à son heure dernière ;

LÉONOR. Et nous chargeant tous deux, ou de les épouser, Voulez-vous que mon cour vous parle net aussi ? Ou, sur notre refus, un jour d'en disposer,

J'ignore de quel oil elle voit tout ceci : Sur elles, par contrat, nous sut, dès leur enfance, Mais je sais ce qu'en moi ferait la défiance; Et de père et d'époux donner pleine puissance : Et quoiqu'un même sang nous ait donné naissance, D'élever celle-là vous prêtes le souci,

Nous sommes bien peu seurs, s'il faut que chaquejour Et moi je me chargeai du soin de celle-ci;

Vos manières d'agir lui donnent de l'amour. Selon vos volontés vous gouvernez la vôtre;

LISETTE. Laissez-moi, je vous prie, à mon gré régir l'autre.

En effet, tous ces soins sont des choses infâmes. ARISTE.

Sommes-nous chez les Turcs, pour renfermer les femIl me semble...

Car on dit qu'on les tient esclaves en ce lieu, [mes?
SGANARELLE.

Et que c'est pour cela qu'ils sont maudits de Dieu.
Il me semble, et je le dis tout haut, Notre honneur est, monsieur, bien sujet à faiblesse,

S'il faut qu'il ait besoin qu'on le garde sans cesse. dont ils se sont servis pour cacher une incommodité à laquelle Pensez-vous, après tout, que ces précautions ils étaient la plupart sujets. L'empire des modes avait appartenu à ce peuple avant de passer à nous. (B.) – Catherine et Marie

Servent de quelque obstacle à nos intentions ? de Médicis avaient apporté cette mode en France. La fraise fut Et quand nous nous mettons quelque chose à la tête, remplacée, sous Louis XIII, par le collet ou rabat de chemise; Que l'homme le plus fin ne soit pas une bête ? mais quelques vieillards la portaient encore à l'époque où l'École des Maris fut jouée. (A.)

Toutes ces gardes-là sont visions de fous;

SGANARELLE.

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