Images de page
PDF
ePub

VALÈRE, bas,

Qu'ayant, pour prendre l'air, la tête à ma fenêtre, Ergaste, que dis-tu d'une telle aventure?

J'ai vu dans ce détour un jeune homme paraître, SGANARELLE, bas, à part.

Qui d'abord, de la part de cet impertinent,
Le voilà bien surpris !

Est venu me donner un bonjour surprenant,
ERGASTE, bas, à Valere.

Et m'a, droit dans ma chambre, une boîte jetée
Selon ma conjecture,

Qui renferme une lettre en poulet cachetée. Je tiens qu'elle n'a rien de déplaisant pour vous,

J'ai voulu sans tarder lui rejeter le tout;
Qu'un mystère assez fin est caché là-dessous, Mais ses pas de la rue avaient gagné le bout,
Et qu'enfin cet avis n'est pas d'une personne Et je m'en sens le cæur tout gros de fâcherie.
Qui veuille voir cesser l'amour qu'elle vous donne.

SGANARELLE.
SGANARELLE, à part.

Voyez un peu la ruse et la friponnerie! li en tient comme il faut.

ISABELLE.
VALÈRE, bas, à Ergaste.

Il est de mon devoir de faire promptement
Tu crois mystérieux... Reporter boîte et lettre à ce maudit amant;
ERGASTE, bas.

Et j'aurais pour cela besoin d'une personne...
Oui... Mais il nous observe, ôtons-nous de ses yeux. Car d'oser à vous-même...

SGANARELLE.
SCÈNE IV.

Au contraire, mignonne;

C'est me faire mieux voir ton amour et ta foi, SGANARELLE.

Et mon coeur avec joie accepte cet emploi; Que sa confusion paraît sur son visage!

Tu m'obliges par là plus que je ne puis dire. Il ne s'attendait pas, sans doute, à ce message.

ISABELLE.

Tenez donc.
Appelons Isabelle; elle montre le fruit

SGANARELLE.
Que l'éducation dans une âme produit.
La vertu fait ses soins, et son cæur s'y consomme

Bon. Voyons ce qu'il a pu t’écrire.

ISABELLE.
Jusques à s'offenser des seuls regards d'un homme.

Ah ciel! gardez-vous bien de l'ouvrir.
SCÈNE V.

SGANARELLE.

Et pourquoi ?

ISABELLE
ISABELLE, SGANARELLE.

Lui voulez-vous donner à croire que c'est moi?
ISABELLE,
bas, en entrant.

Une fille d'honneur doit toujours se défendre J'ai peur que mon amant, plein de sa passion, De lire les billets qu'un homme lui fait rendre. N'ait pas de mon avis compris l'intention;

La curiosité qu'on fait lors éclater
Et j'en veux, dans les fers où je suis prisonnière, Marque un secret plaisir de s'en ouir conter :
Hasarder un qui parle avec plus de lumière.

Et je trouve à propos que, toute cachetée,
SGANARELLE.

Cette lettre lui soit promptement reportée,
Me voilà de retour.

Afin que d'autant mieux il connaisse aujourd'hui
ISABELLE.

Le mépris éclatant que mon cæur fait de lui;
Eh bien?

Que ses feux désormais perdent toute espérance,
SGANARELLE.

Et n'entreprennent plus pareille extravagance.
Un plein effet

SGANARELLE.
A suivi tes discours, et ton homme a son fait. Certes, elle a raison lorsqu'elle parle ainsi.
Il me voulait nier que son cour füt malade;

Va, ta vertu me charme, et ta prudence aussi : Maís lorsque de ta part j'ai marqué l'ambassade, Je vois que mes leçons ont germé dans ton âme, Il est resté d'abord et muet et confus,

Et tu te montres digne enfin d'être ma femme. Et je ne pense pas qu'il y revienne plus.

ISABELLE.
ISABELLE.

Je ne veux pas pourtant gêner votre désir.
Ah! que me dites-vous ? J'ai bien peur du contraire, La lettre est en vos mains, et vous pouvez l'ouvrir.
Et qu'il ne nous prépare encor plus d'une affaire.

SGANARELLE.
SGANARELLE,

Non, je n'ai garde; hélas !tes raisons sont trop bonnes; Et sur quoi fondes-tu cette peur que tu dis? Et je vais m'acquitter du soin que tu me donnes : ISABELLE.

A quatre pas de là dire ensuite deux mots, Vous n'avez pas été plus tôt hors du logis,

Et revenir ici te remettre en repos.

ERGASTE.

SCÈNE VI.

par quelque voie que ce soit, j'ai cru que je devais

« plutôt vous choisir que le désespoir. Ne croyez pas SGANARELLE.

« pourtant que vous soyez redevable de tout à ma Dans quel ravissement est-ce que mon caur nage,

a mauvaise destinée; ce n'est pas la contrainte où je Lorsque je vois en elle une fille si sage!

a me trouve qui a fait naître les sentiments que j'ai C'est un trésor d'honneur que j'ai dans ma maison.

« pour vous; mais c'est elle qui en précipite le téPrendre un regard d'amour pour une trahison!

« moignage, et qui me fait passer sur des formalités Recevoir un poulet' comme une injure extrême.

« où la bienséance du sexe oblige. Il ne tiendra qu'à Et le faire au galant reporter par moi-même!

« vous que je sois à vous bientôt, et j'attends seule Je voudrais bien savoir, en voyant tout ceci,

« ment que vous m'ayez marqué les intentions de Si celle de mon frère en userait ainsi.

« votre amour, pour vous faire savoir la résolution Ma foi, les filles sont ce que l'on les fait être.

« que j'ai prise; mais, surtout, songez que le temps Hola!

« presse, et que deux cæurs qui s'aiment doivent

« s'entendre à demi-mot. »
( Il frappe à la porte de Valère.)

ERGASTE.
SCÈNE VII.

Eh bien ! monsieur, le tour est-il d'original ?

Pour une jeune fille elle n'en sait pas mal !
SGANARELLE, ERGASTE.

De ces ruses d'amour la croirait-on capable?
ERGASTE.

VALÈRE.
Qu'est-ce?

Ah! je la trouve là tout à fait adorable.
SGANARELLE.

Ce trait de son esprit et de son amitié
Tenez, dites à votre maître

Accroît pour elle encor mon amour de moitié, Qu'il ne s'ingère pas d'oser écrire encor

Et joint aux sentiments que sa beauté m'inspire... Des lettres qu'il envoie avec des boîtes d'or, Et qu'Isabelle en est puissamment irritée.

La dupe vient; songez à ce qu'il vous faut dire. Voyez, on ne l'a pas au moins décachetée; Il connaîtra l'état que l'on fait de ses feux,

SCÈNE IX. Et quel heureux succès il doit espérer d'eux.

SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE.
SCÈNE VIII.

SGANARELLE, se croyant seul.
VALÈRE, ERGASTE.

Oh! trois et quatre fois béni soit cet édit
VALÈRE.

Par qui des vêtements le luxe est interdit?!
Que vient de te donner cette farouche bête ?

Les peines des maris ne seront plus si grandes, ERGASTE.

Et les femmes auront un frein à leurs demandes. Cette lettre, monsieur, qu'avecque cette boite

Oh! que je sais au roi bon gré de ces décris ? ! On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous,

Et que, pour le repos de ces mêmes maris, Et dont elle est , dit-il, en un fort grand courroux.

Je voudrais bien qu'on fît de la coquetterie
C'est sans vouloir l'ouvrir qu'elle vous la fait rendre. Comme de la guipure 3 et de la broderie !
Lisez vite, et voyons si je me puis méprendre.

J'ai voulu l'acheter, l'édit, expressément,
VALÈRE lit.

Afin que d'Isabelle il soit lu hautement, « Cette lettre vous surprendra sans doute; et l'on

Et ce sera tantôt, n'étant plus occupée, a peut trouver bien hardi pour moi, et le dessein de Le divertissement de notre après-soupée. « vous l'écrire, et la manière de vous la faire tenir;

(apercevant Valère.) a mais je me vois dans un état à ne plus garder de Envofrez-vous encor, monsieur aux blonds cheveux, « mesure. La juste horreur d'un mariage dont je Avec des boîtes d'or des billets amoureux ? « suis menacée dans six jours , me fait hasarder toutes « choses; et dans la résolution de m'en affranchir · C'est une chose digne de remarque que Louis XIV, qui intro

duisit la magnificence dans les habits et dans les équipages, ait

fait seize édits contre le luxe. Celui dont parle Sganarelle est du · Poulet, billet amoureux, ainsi nommé parce qu'en le pliant 27 novembre 1860. Il avait pour objet de défendre les brodeon y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet. ries, canetilles , paillettes, etc. Ce mot était déjà en usage du temps de Henri IV, puisque Cathe- On appelait les décris, les ordonnances faites pour défendre rine, sæur de ce roi, disait à la Varenne, qui avait été son cui- | de fabriquer, vendre ou porter certaines étoffes. sinier avant d'être gouverneur d'Anjou : « Tu as bien plus gagné 3 Guipure , broderie en relief, recouverte en fil d'or ou en « à porter les poulets de mon frère qu'à piquer les miens. » clinquant.

Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette, Mon sort est de l'aimer jusqu'au dernier soupir;
Friande de l'intrigue, et tendre à la fleurette? Et que si quelque chose étouffe mes poursuites,
Vous voyez de quel air on reçoit vos joyaux ? C'est le juste respect que j'ai pour vos mérites.
Croyez-moi, c'est tirer votre poudre aux moineaux.

SGANARELLE.
Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage; | C'est parler sagement; et je vais de ce pas
Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage. Lui faire ce discours, qui ne la choque pas;
VALÈRE.

Mais, si vous me croyez, tâchez de faire en sorte
Oui, oui , votre mérite, à qui chacun se rend, Que de votre cerveau cette passion sorte.
Est à mes voeux, monsieur, un obstacle trop grand; | Adieu.
Et c'est folie à moi, dans mon ardeur fidèle,

ERGASTE, à Valère.
De prétendre avec vous à l'amour d'Isabelle.

La dupe est bonne!
SGANARELLE.
Il est vrai , c'est folie.

SCÈNE X.
VALÈRE.

SGANARELLE.
Aussi n'aurais-je pas
Abandonné mon coeur à suivre ses appas,

Il me fait grand pitié, Si j'avais pu prévoir que ce cæur misérable

Ce pauvre malheureux tout rempli d'amitié; Dût trouver un rival comme vous redoutable.

Mais c'est un mal pour lui de s'être mis en tête SGANARELLE.

De vouloir prendre un fort qui se voit ma conquête. Je le crois.

(Sganarelle heurte à sa porle.)
VALÈRE.
Je n'ai garde à présent d'espérer;

SCÈNE XI.
Je vous cède, monsieur, et c'est sans murmurer.
SGANARELLE.

SGANARELLE, ISABELLE.
Vous faites bien.

SGANARELLE.
VALÈRE.

Jamais amant n'a fait tant de trouble éclater
Le droit de la sorte l'ordonne;

Au poulet renvoyé sans le décacheter;
Et de tant de vertus brille votre personne,

Il perd toute espérance enfin, et se retire; Que j'aurais tort de voir d'un regard de courroux

Mais il m'a tendrement conjuré de te dire : Les tendres sentiments qu'Isabelle a pour vous.

Que du moins en t'aimant il n'a jamais pensé SGANARELLE.

« A rien dont ton honneur ait lieu d'être offensé, Cela s'entend.

« Et que, ne dépendant que du choix de son âme, VALÈRE.

« Tous ses désirs étaient de t'obtenir pour femme, Oui, oui, je vous quitte la place :

« Si les destins, en moi qui captive ton cæur, Mais je vous prie au moins, et c'est la seule grâce,

« N'opposaient un obstacle à cette juste ardeur; Monsieur, que vous demande un misérable amant,

Que, quoi qu'on puisse faire, il ne te faut pas croire Dont vous seul aujourd'hui causez tout le tourment;

Que jamais tes appas sortent de sa mémoire; Je vous conjure donc d'assurer Isabelle

« Que, quelque arrêt des cieux qu'il lui faille subir, Que, si depuis trois mois mon cæur brûle pour elle,

« Son sort est de t'aimer jusqu'au dernier soupir; Cette amour est sans tache, et n'a jamais pensé

« Et que si quelque chose étouffe sa poursuite, A rien dont son honneur ait lieu d'être offensé.

« C'est le juste respect qu'il a pour mon mérite. » SGANARELLE. Oui.

Ce sont ses propres mots; et, loin de le blåmer,

Je le trouve honnête homme, et le plains de t'aimer. VALÈRE.

ISABELLE,

bas. Que, ne dépendant que du choix de mon âme, Tous mes desseins étaient de l'obtenir pour femme,

Ses feux ne trompent point ma secrète croyance, Si les destins, en vous qui captivez son cour,

Et toujours ses regards m'en ont dit l'innocence.

SGANARELLE.
N'opposaient un obstacle à cette juste ardeur.

Que dis-tu ?
SGANARELLE.
Fort bien.

ISABELLE.
VALÈRE.

Qu'il m'est dur que vous plaigniez si fort
Que, quoi qu'on fasse, il ne lui faut pas croire Un homme que je hais à l'égal de la mort;
Que jamais ses appas sortent de ma mémoire; Et que si vous m'aimiez autant que vous le dites,
Que, quelque arrêt des cieux qu'il me faille subir, Vous sentiriez l'affront que me font ses poursuites.

MOLIÈRE.

[ocr errors]

10

SGANARELLE.

ISABELLE.

ISABELLE.

[ocr errors]

ISABELLE.

TSABELLE.

SGANARELLE.

Si vous n'éclatez fort contre un trait si hardi, Mais il ne savait pas tes inclinations ;

Et ne trouvez bientôt moyen de me défaire Et, par l'honnêteté de ses intentions,

Des persécutions d'un pareil téméraire,
Son amour ne mérite...

J'abandonnerai tout, et renonce à l'ennui
ISABELLE.

De souffrir les affronts que je reçois de lui.
Est-ce les avoir bonnes,

SGANARELLE.
Dites-moi, de vouloir enlever les personnes? Ne t'afflige point tant; va, ma petite femme,
Est-ce être homme d'honneur de former des desseins Je m'en vais le trouver, et lui chanter sa gamme.
Pour m'épouser de force en m’ôtant de vos mains ?

ISABELLE. Comme si j'étais fille à supporter la vie

Dites-lui bien au moins qu'il le nirait en vain, Après qu'on m'aurait fait une telle infamie.

Que c'est de bonne part qu'on m'a dit son dessein;

Et qu'après cet avis, quoi qu'il puisse entreprendre, Comment ?

J'ose le défier de me pouvoir surprendre;

Enfin, que, sans plus perdre et soupirs et moments, Oui, oui; j'ai su que ce traître d'amant

Il doit savoir pour vous quels sont mes sentiments; Parle de m'obtenir par un enlèvement;

Et que, si d'un malheur il ne veut être cause, Et j'ignore, pour moi, les pratiques secrètes

Il ne se fasse pas deux fois dire une chose. Qui l'ont instruit si tôt du dessein que vous faites

SGANARELLE.
De me donner la main dans huit jours au plus tard,

Je dirai ce qu'il faut.
Puisque ce n'est que d'hier que vous m'en fites part;
Mais il veut prévenir, dit-on, cette journée

Mais tout cela d'un ton
Qui doit à votre sort unir ma destinée.

Qui marque que mon coeur lui parle tout de bon. SGANARELLE.

SGANARELLE. Voilà qui ne vaut rien.

Va, je n'oublírai rien, je t'en donne assurance. Oh! que pardonnez-moi !

J'attends votre retour avec impatience; C'est un fort honnête homme, et qui ne sent pour A&tez-le, s'il vous plaît, de tout votre pouvoir. SGANARELLE.

[moi... Je languis quand je suis un moment sans vous voir. Il a tort; et ceci passe la raillerie. Allez , votre douceur entretient sa folie;

Va, pouponne, mon cour, je reviens tout à l'heure. S'il vous eđt vu tantôt lui parler vertement,

SCÈNE XII.
Il craindrait vos transports et mon ressentiment,

SGANARELLE.
Car c'est encor depuis sa lettre méprisée
Qu'il a dit ce dessein qui m'a scandalisée;

Est-il une personne et plus sage et meilleure?
Et son amour conserve, ainsi que je l'ai su ,

Ah! que je suis heureux ! et que j'ai de plaisir La croyance qu'il est dans mon cour bien reçu;

De trouver une femme au gré de mon désir! Que je fuis votre hymen, quoi que le monde en croie, Oui! voilà comme il faut que les femmes soient faites, Et me verrais tirer de vos mains avec joie.

Et non comme j'en sais, de ces franches coquettes

Qui s'en laissent conter, et font dans tout Paris Il est fou.

Montrer au bout du doigt leurs honnêtes maris. ISABELLE.

(Il frappe à la porte de Valère.) Devant vous il sait se déguiser,

Hola! notre galant aux belles entreprises !
Et son intention est de vous amuser.

SCÈNE XIII.
Croyez par ces beaux mots que le traître vous joue.
Je suis bien malheureuse, il faut que je l'avoue,

VALERE, SGANARELLE, ERGASTE.
Qu'avecque tous mes soins pour vivre dans l'honneur
Et rebuter les veux d'un lâche suborneur,

VALÈRE. 1) faille être exposée aux fåcheuses surprises

Monsieur, qui vous ramène en ces lieux ? De voir faire sur moi d'infâmes entreprises !

Vos sottises SGANARELLE.

VALÈRE.
Va, ne redoute rien.

Comment ?
ISABELLE.
Pour moi, je vous le di,

Vous savez bien de quoi je veux parler.

SGANARELLE.

* ISABELLE.

[ocr errors]

SGANARELLE.

SGANARELLE.

SGANARELLE.

Je vous croyais plus sage, à ne vous rien celer.

VALÈRE. Vous venez m'amuser de vos belles paroles,

Oui, tout ce que monsieur de votre part m'a dit, Et conservez sous main des espérances folles. Madame, a bien pouvoir de surprendre un esprit : Voyez-vous, j'ai voulu doucement vous traiter; J'ai douté, je l'avoue; et cet arrêt suprême, Mais vous m'obligerez à la fin d'éclater.

Qui décide du sort de mon amour extrême, N'avez-vous point de honte, étant ce que vous êtes, Doit m'être assez touchant pour ne pas s'offenser De faire en votre esprit les projets que vous faites ? Que mon coeur par deux fois le fasse prononcer. De prétendre enlever une fille d'honneur,

ISABELLE. Et troubler un hymen qui fait tout son bonheur? Non, non, un tel arrêt ne doit pas vous surprendre : VALÈRE.

Ce sont mes sentiments qu'il vous a fait entendre : Qui vous a dit, monsieur, cette étrange nouvelle? Et je les tiens fondés sur assez d'équité, SGANARELLE.

Pour en faire éclater toute la vérité. Ne dissimulons point, je la tiens d'Isabelle,

Oui, je veux bien qu'on sache, et j'en dois être crue, Qui vous mande par moi, pour la dernière fois, Que le sort offre ici deux objets à ma vue, Qu'elle vous a fait voir assez quel est son choix; Qui, m'inspirant pour eux différents sentiments, Que son cour, tout à moi, d'un tel projet s'offense; De mon cour agité font tous les mouvements. Qu'elle mourrait plutôt qu'en souffrir l'insolence; L’un, par un juste choix où l'honneur m'intéresse, Et que vous causerez de terribles éclats,

A toute mon estime et toute ma tendresse ;
Si vous ne mettez fin à tout cet embarras.

Et l'autre, pour le prix de son affection,
VALÈRE.

A toute ma colère et mon aversion.
S'il est vrai qu'elle ait dit ce que je viens d'entendre, La présence de l'un m'est agréable et chère,
J'avoůrai que mes feux n'ont plus rien à prétendre; J'en reçois dans mon âme une allégresse entière;
Par ces mots assez clairs je vois tout terminé, Et l'autre, par sa vue, inspire dans mon caur
Et je dois révérer l'arrêt qu'elle a donné.

De secrets mouvements et de haine et d'horreur. SGANARELLE.

Me voir femme de l'un est toute mon envie; Si... Vous en doutez donc, et prenez pour des feintes Et plutôt qu'être à l'autre on m'ôterait la vie. Tout ce que de sa part je vous ai fait de plaintes ? Mais c'est assez montrer mes justes sentiments, Voulez-vous qu'elle-même elle explique son cæur ? Et trop longtemps languir dans ces rudes tourments; J'y consens volontiers pour vous tirer d'erreur. Il faut que ce que j'aime, usant de diligence, Suivez-moi , vous verrez s'il est rien que j'avance, Fasse à ce que je hais perdre toute espérance, Et si son jeune cour entre nous deux balance. Et qu'un heureux hymen affranchisse mon sort (Il va frapper à sa porte.)

D'un supplice pour moi plus affreux que la mort.

SGANARELLE.
SCÈNE XIV.

Oui, mignonne, je songe à remplir ton attente.

C'est l'unique moyen de me rendre contente.
ISABELLE, SGANARELLE, VALÈRE,

SGANARELLE.
ERGASTE.

Tu le seras dans peu.

ISABELLE.

ISABELLE.

ISABELLE.

Je sais qu'il est honteux Quoi ! vous me l'amenez! Quel est votre dessein?

Aux filles d'expliquer si librement leurs voeux. Prenez-vous contre moi ses intérêts en main ?

SGANARELLE.
Et voulez-vous , charmé de ses rares mérites, Point, point.
M'obliger à l'aimer, et souffrir ses visites ?

ISABELLE.
SGANARELLE.

Mais, en l'état où sont mes destinées,
Non , ma mie, et ton cæur pour cela m'est trop cher : De telles libertés doivent m'être données ;
Mais il prend mes avis pour des contes en l'air, Et je puis, sans rougir, faire un aveu si doux
Croit que c'est moi qui parle, et te fais, par adresse, A celui que déjà je regarde en époux.

. Pleine pour lui de haine, et pour moi de tendresse ;

SGANARELLE.
Et par toi-même enfin j'ai voulu sans retour Oui , ma pauvre fanfan, pouponne de mon âme !
Le tirer d'une erreur qui nourrit son amour.

ISABELLE.
ISABELLE,
à Valère.

Qu'il songe donc, de grâce, à me prouver sa flamme! Quoi! mon âme à vos yeux ne se montre pas toute,

SGANARELLE. Et de mes voeux encor vous pouvez être en doute ? Oui, tiens, baise ma main.

« PrécédentContinuer »