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Et passer en feignant de ne me pas connaitre! J'ai le bien, la naissance, et quelque emploi passable,
Que croire? Qu'en dis-tu? Parle donc, si tu veux. Et fais figure en France assez considérable;
LA MONTAGNE.

Mais je ne voudrais pas, pour tout ce que je suis, Monsieur, je ne dis rien, de peur d'être fåcheux. N'avoir point fait cet air qu'ici je te produis. ÉRASTE.

(Il prélude.) Et c'est l'être en effet que de ne me rien dire La, la, hem, hem; écoute avec soin, je te prie. Dans les extrémités d'un si cruel martyre.

( Il chante sa courante.) Fais donc quelque réponse à mon coeur abattu. N'est-elle pas belle? Que dois-je présumer ? Parle, qu'en penses-tu?

ÉRASTE.
Dis-moi ton sentiment.

Ah!
LA MONTAGNE.

LISANDRE.
Monsieur, je veux me taire,

Cette fin est jolie.
Et ne désire point trancher du nécessaire.

(Il rechante la fin quatre ou cinq fois de suite.) ÉRASTE.

Comment la trouves-tu ? Peste l'impertinent ! Va-t'en suivre leurs pas.

BRASTE. Vois ce qu'ils deviendront, et ne les quitte pas.

Fort belle, assurément. LA MONTAGNE, revenant sur ses pas.

LISANDRE. Il faut suivre de loin ?

Les pas que j'en ai faits n'ont pas moins d'agrément,
ÉRASTE.

Et surtout la figure a merveilleuse grâce.
Oui.

(il chante, parle et danse tout ensemble, et fait LA MONTAGNE , revenant sur ses pas.

faire à Éraste les figures de la femme.) Sans que l'on me voie,

Tiens , l'homme passe ainsi; puis la femme repasse : Ou faire aucun semblant qu'après eux on m'envoie? Ensemble; puis on quitte, et la femme vient là. ÉRASTE.

Vois-tu ce petit trait de feinte que voilà ? Non, tu feras bien mieux de leur donner avis Ce fleuret? ces coupés courant après la belle? Que par mon ordre exprès ils sont de toi suivis. Dos à dos, face à face, en se pressant sur elle.

LA MONTAGNE, revenant sur ses pas. Que t'en semble, marquis ?
Vous trouverai-je ici ?

ÉRASTE.
ÉRASTE.

Tous ces pas-là sont fins.
Que le ciel te confonde,

LISANDRE.
Homme, à mon sentiment, le plus fåcheux du monde ! Je me moque, pour moi, des maîtres baladins'.

ÉRASTE.
SCÈNE IV.

On le voit.
ÉRASTE.

Les pas donc?

ÉRASTE. Ah! que je sens de trouble, et qu'il m'eût été doux

N'ont rien qui ne surprenne. Qu'on me l'edt fait manquer, ce fatal rendez-vous !

LISANDRE. Je pensais y trouver toutes choses propices,

Veux-tu, par amitié, que je te les apprenne?
Et mes yeux pour mon cour y trouvent des supplices.

ÉRASTE.
SCÈNE V.

Ma foi, pour le présent, j'ai certain embarras...

LISANDRE.
LISANDRE, ÉRASTE.

Eh bien donc! ce sera lorsque tu le voudras.

Si j'avais dessus moi ces paroles nouvelles,
LISANDRE.

Nous les lirions ensemble, et verrions les plus belles. Sous ces arbres de loin mes yeux t'ont reconnu,

ÉRASTE. Cher marquis, et d'abord je suis à toi venu.

Une autre fois. Comme à de mes amis, il faut que je te chante

LISANDRE. Certain air que j'ai fait de petite courante',

Adieu. Baptiste? le très-cher Qui de toute la cour contente les experts,

N'a point vu ma courante, et je le vais chercher : Et sur qui plus de vingt ont déjà fait des vers.

i Comme baladin signifiait alors danseur de théâtre, il est

présumable que maltre baladin répondait à ce que nous nom1 Courante, ancienne danse dont l'air est lent. Ce mot signifie mons maitre des ballets. (A.) aussi le chant sur lequel on mesure les pas d'une courante. 2 Jean-Baptiste Lulli. Sa réputation était déjà établie, puisque

LISANDRE.

Nous avons pour les airs de grandes sympathies, Et d'abuser, ingrate , à maltraiter ma flamme, Et je veux le prier d'y faire des parties.

Du faible que pour vous vous savez qu'a mon âme. (Il s'en va toujours en chantant.)

ORPHISE.

Certes, il en faut rire, et confesser ici
SCÈNE VI.

Que vous êtes bien fou de vous troubler ainsi.

L'homme dont vous parlez, loin qu'il puisse me plaire, ÉRASTE.

Est un homme fâcheux dont j'ai su me défaire; Ciel! faut-il que le rang , dont on veut tout couvrir, Un de ces importuns et sots officieux De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir, Qui ne sauraient souffrir qu'on soit seule en des lieux, Et nous fasse abaisser jusques aux complaisances

Et viennent aussitôt, avec un doux langage, D'applaudir bien souvent à leurs impertinences !

Vous donner une main contre qui l'on enrage.

J'ai feint de m'en aller, pour cacher mon dessein; SCÈNE VII.

Et jusqu'à mon carrosse il m'a prêté la main.

Je m'en suis promptement défaite de la sorte;
ÉRASTE, LA MONTAGNE.

Et j'ai, pour vous trouver, rentré par l'autre porte.

ÉRASTE.
LA MONTAGNE.

A vos discours, Orphise, ajouterai-je foi, "Monsieur, Orphise est seule, et vient de ce côté.

Et votre cœur est-il tout sincère pour moi?
ÉRASTE.

ORPHISE.
Ah! d'un trouble bien grand je me sens agité !

Je vous trouve fort bon de tenir ces paroles , J'ai de l'amour encor pour la belle inhumaine,

Quand je me justifie à vos plaintes frivoles ! Et ma raison voudrait que j'eusse de la haine.

Je suis bien simple encore, et ma sotte bonté... LA MONTAGNE.

ÉRASTE. Monsieur, votre raison ne sait ce qu'elle veut,

Ah! ne vous fâchez pas, trop sévère beauté ! Ni ce que sur un cour une maîtresse peut.

Je veux croire en aveugle, étant sous votre empire, Bien que de s'emporter on ait de justes causes,

Tout ce que vous aurez la bonté de me dire.
Une belle, d'un mot , rajuste bien des choses.
ÉRASTE.

Trompez, si vous voulez , un malheureux amant;

J'aurai pour vous respect jusques au monument... Hélas ! je te l'avoue, et déjà cet aspect

Maltraitez mon amour, refusez-moi le vôtre,
A toute ma colère imprime le respect.

Exposez à mes yeux le triomphe d'un autre;
SCÈNE VIII.

Oui, je souffrirai tout de vos divins appas.

J'en mourrai; mais enfin je ne m'en plaindrai pas. ORPHISE, ÉRASTE, LA MONTAGNE.

ORPHISE.

Quand de tels sentiments régneront dans votre âme,
ORPHISE.

Je saurai de ma part...
Votre front à mes yeux montre peu d'allégresse;
Serait-ce ma présence, Éraste, qui vous blesse?

SCÈNE IX.
Qu'est-ce donc ? qu'avez-vous ? et sur quels déplaisirs,

ALCANDRE, ORPHISE, ÉRASTE, Lorsque vous me voyez , poussez-vous des soupirs ?

LA MONTAGNE.
ÉRASTE.
Hélas! pouvez-vous bien me demander, cruelle,
Ce qui fait de mon cæur la tristesse mortelle?

(à Orphise. Et d'un esprit méchant n'est-ce pas un effet,

Marquis, un mot. Madame, Que feindre d'ignorer ce que vous m'avez fait?

De grâce, pardonnez si je suis indiscret, Celui dont l'entretien vous a fait à ma vue

En osant , devant vous, lui parler en secret. Passer...

(Orphise sort.)
ORPHISE, riant.

SCÈNE X.
C'est de cela que votre âme est émue ?
ÉRASTE.

ALCANDRE, ÉRASTE, LA MONTAGNE. Insultez, inhumaine, encor à mon malheur!

ALCANDRE.
Allez, il vous sied mal de railler ma douleur, Avec peine, marquis, je te fais la prière :

Mais un homme vient là de me rompre en visière, c'est à lui que va s'adresser l'amateur pour faire des parties à sa

ALCANDRB.

' En termes de chevalerie, c'est rompre une lance sur la vi.

couranle. (B.)

ALCIPPE.

Et je souhaite fort, pour ne rien reculer,

ACTE SECOND.
Qu'à l'heure, de ma part, tu l'ailles appeler.
Tu sais qu'en pareil cas ce serait avec joie
Que je te le rendrais en la même monnoie.

SCÈNE PREMIÈRE.
ÉRASTE, après avoir été quelque temps sans parler.
Je ne veux point ici faire le capitan;

ÉRASTE.
Mais on m'a vu soldat avant que courtisan :

Les fåcheux à la fin se sont-ils écartés ? J'ai servi quatorze ans, et je crois être en passe

Je pense qu'il en pleut ici de tous côtés. De pouvoir d'un tel pas me tirer avec grâce,

Je les fuis, et les trouve; et, pour second martyre, Et de ne craindre point qu'à quelque lâcheté

Je ne saurais trouver celle que je désire. Le refus de mon bras me puisse être imputé".

Le tonnerre et la pluie ont promptement passé, Un duel met les gens en mauvaise posture;

Et n'ont point de ces lieux le beau monde chassé. Et notre roi n'est pas un monarque en peinture. Plât au ciel, dans les dons que ses soins y prodiguent, Il sait faire obéir les plus grands de l'État,

Qu'ils en eussent chassé tous les gens qui fatiguent! Et je trouve qu'il fait en digne potentat.

Le soleil baisse fort, et je suis étonné
Quand il faut le servir, j'ai du coeur pour le faire;

Que mon valet encor ne soit point retourné.
Mais je ne m'en sens point quand il faut lui déplaire.
Je me fais de son ordre une suprême loi :

SCÈNE II.
Pour lui désobéir, cherche un autre que moi.
Je te parle, vicomte, avec franchise entière,

ALCIPPE, ÉRASTE.
Et suis ton serviteur en toute autre matière.
Adieu.

Bonjour.
SCÈNE XI.

ÉRASTE, à part.
ÉRASTE, LA MONTAGNE.

Eh quoi! toujours ma flamme divertie !
ÉRASTE.

Console-moi, marquis, d'une étrange partie Cinquante fois au diable les fâcheux! Qu'au piquet je perdis hier contre un Saint-Bouvain, Ou donc s'est retiré cet objet de mes veux ?

A qui je donnerais quinze points et la main.
LA MONTAGNE.

C'est un coup enragé, qui depuis hier m'accable, Je ne sais.

Et qui ferait donner tous les joueurs au diable ?;
ÉRASTE.

Un coup assurément à se pendre en public.
Pour savoir où la belle est allée,

Il ne m'en faut que deux, l'autre a besoin d'un pic: Va-t'en chercher partout : j'attends dans cette allée. Je donne, il en prend six, et demande à refaire;

Moi, me voyant de tout, je n'en voulus rien faire.

Je porte l'as de trèfle, (admire mon malheur!) BALLET DU PREMIER ACTE.

L'as, le roi, le valet , le huit et dix de cour,

Et quitte, comme au point allait la politique,
PREMIÈRE ENTRÉE.

Dame et roi de carreau, dix et dame de pique.
Des joueurs de mail, en criant gare! l'obligent à se re-

Sur mes cinq cours portés la dame arrive encor, tirer; et, comme il veut revenir lorsqu'ils ont fait, Qui me fait justement une quinte major; (trême, SECONDE ENTRÉE.

Mais mon homme avec l'as, non sans surprise exDes curieux viennent, qui tournent autour de lui pour le

Des bas carreaux sur table étale une sixième. connaitre, et font qu'il se retire encore pour un moment.

J'en avais écarté la dame avec le roi;

Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi, sière de son ennemi. De la sans doute l'expression figurée rom

Et croyais bien du moins faire deux points uniques. pre en visière, pour attaquer par des paroles désobligeantes, Avec les sept carreaux il avait quatre piques, dire en face et brusquement quelque chose de fácheur. "Ces vers font allusion à l'usage où étaient les témoins ou se

Et jetant le dernier, m'a mis dans l'embarras conds de se battre entre eux.

De ne savoir lequel garder de mes deux as.

ALCIPPE.

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? Dans l'ancien jeu de piquet, chaque couleur avait un six, ce qui élevait le nombre des cartes à trente-six au lieu de trentedeux. La description d’Alcippe présente quelques difficullés à ceux mêmes qui connaissent cette circonstance: voilà pourquoi sans doute il porte un jeu sur lui, pour répéter ce coup qui lui fait donner tous les joueurs au diable !

ÉRASTE.

J'ai jeté l'as de coeur, avec raison, me semble;

LA MONTAGNE. Mais il avait quitté quatre trèfles ensemble,

Puisque vous désirez de savoir promptement Et par un six de cæur je me suis vu capot ,

L'ordre que j'ai reçu de cet objet charmant,
Sans pouvoir, de dépit, proférer un seul mot. Je vous dirai... Ma foi, sans vous vanter mon zèle,
Morbleu ! fais-moi raison de ce coup effroyable : J'ai bien fait du chemin pour trouver cette belle;
A moins que l'avoir vu, peut-il être croyable?

Et si...
ÉRASTE.

ÉRASTE.
C'est dans le jeu qu'on voit les plus grands coups du Peste soit fait de tes digressions!
ALCIPPE.
(sort.

LA MONTAGNE.
Parbleu! tu jugeras toi-même si j'ai tort,

Ah! il faut modérer un peu ses passions;
Et si c'est sans raison que ce coup me transporte; Et Sénèque...
Car voici nos deux jeux, qu’exprès sur moi je porte.

ÉRASTE.
Tiens, c'est ici mon port, comme je te l'ai dit;

Sénèque est un sot dans ta bouche, Et voici...

Puisqu'il ne me dit rien de tout ce qui me touche.
ÉRASTE.

Dis-moi ton ordre, tôt.
J'ai compris le tout par ton récit ,

LA MONTAGNE.
Et vois de la justice au transport qui t'agite;

Pour contenter vos voeux , Mais pour certaine affaire il faut que je te quitte. Votre Orphise... Une bête est là dans vos cheveux. Adieu. Console-toi pourtant de ton malheur. ALCIPPE.

Laisse. Qui, moi? J'aurai toujours ce coup-là sur le cour;

LA MONTAGNE. Et c'est, pour ma raison, pis qu'un coup de tonnerre.

Cette beauté, de sa part, vous fait dire... Je le veux faire, moi, voir à toute la terre.

ÉRASTE.
(Il s'en va, et rentre en disant:) Quoi?
Un six de cæur! deux points!

LA MONTAGNE.
ÉRASTE.

Devinez.
En quel lieu sommes-nous ?

ÉRASTE.
De quelque part qu'on tourne, on ne voit que des fous.

Sais-tu que je ne veux pas rire?

LA MONTAGNE.
SCÈNE III.

Son ordre est qu'en ce lieu vous devez vous tenir,

Assuré que dans peu vous l'y verrez venir,
ÉRASTE, LA MONTAGNE.

Lorsqu'elle aura quitté quelques provinciales,

Aux personnes de cour fâcheuses animales.
ÉRASTE.

ÉRASTE.
Ah! que tu fais languir ma juste impatience!

Tenons-nous donc au lieu qu'elle a voulu choisir. LA MONTAGNE.

Mais, puisque l'ordre ici m'offre quelque loisir, Monsieur, je n'ai pu faire une autre diligence.

Laisse-moi méditer.
ÉRASTE.

(La Montagne sort.) Mais me rapportes-tu quelque nouvelle, enfin?

J'ai dessein de lui faire
LA MONTAGNE.

Quelques vers sur un air où je la vois se plaire. Sans doute ; et de l'objet qui fait votre destin,

(Il réve.) J'ai, par son ordre exprès, quelque chose à vous dire. ÉRASTE.

SCÈNE IV. Et quoi ? Déjà mon cæur après ce mot soupire.

ORANTE, CLIMÈNE ; ÉRASTE, dans un coin Parle.

du théâtre, sans étre aperçu.
LA MONTAGNE.
Souhaitez-vous de savoir ce que c'est ?

ORANTE
ÉRASTE.

Tout le monde sera de mon opinion.
Oui, dis vite.

CLIMÈNE.
LA MONTAGNE.

Croyez-vous l'emporter par obstination?
Monsieur, attendez; s'il vous plaît.

ORANTE.
Je me suis, à courir, presque mis hors d'haleine. Je pense mes raisons meilleures que les vôtres.
ÉRASTE.

CLIMÈNE.
Prends-tu quelque plaisir à me tenir en peine? Je voudrais qu'on ouit les unes et les autres.

MOLIÈRE.

ORANTE, apercevant Éraste.

Et qui, pour tous respects et toute offre de veux , J'avise un homme ici qui n'est pas ignorant; Ne s'appliquent jamais qu'à se rendre fâcheux; Il pourra nous juger sur notre différend. (pelle | Dont l'âme, que sans cesse un noir transport anime, Marquis, de grâce, un mot, souffrez qu'on vous ap- Des moindres actions cherche à nous faire un crime, Pour être entre nous deux juge d'une querelle, En soumet l'innocence à son aveuglement, D'un débat qu'ont ému nos divers sentiments Et veut sur un coup d'œil un éclaircissement; Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants. Qui, de quelque chagrin nous voyant l'apparence, ÉRASTE.

Se plaignent aussitôt qu'il nait de leur présence, C'est une question à vider difficile,

Et lorsque dans nos yeux brille un peu d'enjodment, Et vous devez chercher un juge plus habile. Veulent que leurs rivaux en soient le fondement; ORANTE.

Enfin, qui, prenant droit des fureurs de leur zèle, Non : vous nous dites là d'inutiles chansons. Ne nous parlent jamais que pour faire querelle, Votre esprit fait du bruit, et nous vous connaissons; Osent défendre à tous l'approche de nos cæurs, Nous savons que chacun vous donne à juste titre... Et se font les tyrans de leurs propres vainqueurs. ÉRASTE.

Moi, je veux des amants que le respect inspire; Eh ! de grâce...

Et leur soumission marque mieux notre empire. ORANTE.

CLIMÈNE. En un mot, vous serez notre arbitre, Fi! ne me parlez point, pour être vrais amants, Et ce sont deux moments qu'il vous faut nous donner. De ces gens qui pour nous n'ont nuls emportements; CLIMÈNE, à Orante.

De ces tièdes galants, de qui les cours paisibles Vous retenez ici qui vous doit condamner,

Tiennent déjà pour eux les choses infaillibles, Car enfin, s'il est vrai ce que j'en ose croire, N'ont point peur de nous perdre, et laissent chaque Monsieur à mes raisons donnera la victoire.

Sur trop de confiance endormir leur amour; [jour ÉRASTE, à part.

Sont avec leurs rivaux en bonne intelligence, Que ne puis-je à mon traître inspirer le souci Et laissent un champ libre à leur persévérance. D'inventer quelque chose à me tirer d'ici !

Un amour si tranquille excite mon courroux.
ORANTE, à Climène.

C'est aimer froidement, que n'être point jaloux; Pour moi, de son esprit j'ai trop bon témoignage,

Et je veux qu'un amant, pour me prouver sa flamme, Pour craindre qu'il prononce à mon désavantage. Sur d'éternels soupçons laisse flotter son âme, (à Éraste. )

Et par de prompts transports donne un signe éclatant Enfin, ce grand débat qui s'allume entre nous, De l'estime qu'il fait de celle qu'il prétend. Est de savoir s'il faut qu'un amant soit jaloux. On s'applaudit alors de son inquiétude, CLIMÈNE.

Et s'il nous fait parfois un traitement trop rude, Ou, pour mieux expliquer ma pensée et la vôtre,

Le plaisir de le voir, soumis, à nos genoux, Lequel doit plaire plus d'un jaloux ou d'un autre. S’excuser de l'éclat qu'il a fait contre nous, ORANTE.

Ses pleurs, son désespoir d'avoir pu nous déplaire, Pour moi, sans contredit, je suis pour le dernier.

Sont un charme à calmer toute notre colère.
CLIMÈNE.

ORANTE.
Et, dans mon sentiment, je tiens pour le premier. Si, pour vous plaire, il faut beaucoup d'emportement,
ORANTE.

Je sais qui vous pourrait donner contentement; Je crois que notre cour doit donner son suffrage

Et je connais des gens dans Paris plus de quatre A qui fait éclater du respect davantage.

Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre. CLIMÈNE.

CLIMÈNE. Et moi, que si nos væux doivent paraître au jour, Si, pour vous plaire, il faut n'être jamais jaloux, C'est pour celui qui fait éclater plus d'amour. Je sais certaines gens fort commodes pour vous ; ORANTE.

Des hommes en amour d'une humeur si souffrante, Qui; mais on voit l'ardeur dont une âme est saisie Qu'ils vous verraient sans peine entre les bras de Bien mieux dans le respect que dans la jalousie.

ORANTE.

[trente. CLIMENE.

Enfin, par votre arrêt, vous devez déclarer Et c'est inon sentiment, que qui s'attache à nous Celui de qui l'amour vous semble à préférer. Nous aime d'autant plus qu'il se montre jaloux. (Orphise parait dans le fond du théatre, et vous ORANTE.

Éraste entre Orante et Climene.) Fi! ne me parlez point, pour être amants, Climène,

ÉRASTE. De ces gens dont l'amour est fait comme la haine, Puisqu'à moins d'un arrêt je ne puis m'en défaire,

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