Images de page
PDF
ePub

ALAIN.

Et sans doute il faut bien qu'à ce becque cornu' Vous n'avez rien qu'à dire. Du trait qu'elle a joué quelque jour soit venu. ARNOLPHE.

Enfin, après cent tours, ayant de la manière Non, vous dis-je; rentrez, puisque je le désire; Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère", Je vous laisse l'argent. Allez : je vous rejoins.

Mon jaloux inquiet, sans dire son ennui, Ayez bien l'oeil à tout, et secondez mes soins. Est sorti de la chambre, et moi de mon étui.

Nous n'avons point voulu, de peur du personnage, SCÈNE V.

Risquer à nous tenir ensemble davantage;

C'était trop hasarder : mais je dois, cette nuit, ARNOLPHE.

Dans sa chambreun peu tard m'introduire sans bruit.

En toussant par trois fois je me ferai connaître; Je veux, pour espion qui soit d'exacte vue,

Et je dois au signal voir ouvrir la fenêtre,
Prendre le savetier du coin de notre rue.

Dont, avec une échelle, et secondé d'Agnès,
Dans la maison toujours je prétends la tenir, Mon amour tâchera de me gagner:l'accès.
Y faire bonne garde, et surtout en bannir

Comme à mon seul ami je veux bien vous l'apprendre.
Vendeuses de rubans, perruquières, coiffeuses, L'allégresse du caur s'augmente à la répandre;
Faiseuses de mouchoirs, gantières, revendeuses, Et goûtât-on cent fois un bonheur tout parfait,
Tous ces gens qui sous main travaillent chaque jour On n'en est pas content, si quelqu'un ne le sait.
A faire réussir les mystères d'amour.

Vous prendrez part, je pense, à l'heur de més affaires.
Enfin j'ai vu le monde, et j'en sais les finesses. Adieu. Je vais songer aux choses nécessaires.
Il faudra que mon homme ait de grandes adresses,
Si message ou poulet de sa part peut entrer.

SCÈNE VII.
SCÈNE VI.

ARNOLPHE.
HORACE, ARNOLPHE.

Quoi! l'astre qui s'obstine à me désespérer
Ne me donnera pas le temps de respirer!

Coup sur coup je verrai , par leur intelligence,
La place m'est heureuse à vous y rencontrer. De mes soins vigilants confondre la prudence;
Je viens de l'échapper bien belle, je vous jure. Et je serai la dupe, en ma maturité,
Au sortir d'avec vous, sans prévoir l'aventure, D'une jeune innocente et d'un jeune éventé!
Seule dans son balcon j'ai vu paraître Agnès,

En sage philosophe on m'a vu, vingt années, Qui des arbres prochains prenait un peu le frais. Contempler des maris les tristes destinées, Après m'avoir fait signe, elle a su faire en sorte, Et m'instruire avec soin de tous les accidents Descendant au jardin, de m'en ouvrir la porte; Qui font dans le malheur tomber les plus prudents; Mais à peine tous deux dans sa chambre étions-nous, Des disgrâces d'autrui profitant dans mon âme, Qu'elle a sur les degrés entendu son jaloux;

J'ai cherché les moyens, voulant prendreune femme, Et tout ce qu'elle a pu, dans un tel accessoire', De pouvoir garantir mon front de tous affronts, C'est de me renfermer dans une grande armoire. Et le tirer de pair d'avec les autres fronts; Il est entré d'abord : je ne le voyais pas,

Pour ce noble dessein j'ai cru mettre en pratique Mais je l'oyais marcher, sans rien dire, à grands pas; Tout ce que peut trouver l'humaine politique; Poussant de temps en temps des soupirs pitoyables, Et, comme si du sort il était arrêté Et donnant quelquefois de grands coups sur les tables. Que nul homme ici-bas n'en serait exempté, Frappant un petit chien qui pour lui s'émouvait, Après l'expérience et toutes les lumières Et jetant brusquement les hardes qu'il trouvait. Que j'ai pu m'acquérir sur de telles matières, Il a même cassé, d'une main mutinée,

Après vingt ans et plus de méditation Des vases dont la belle ornait sa cheminée;

Pour me conduire en tout avec précaution,

De tant d'autres maris j'aurais quitté la trace, ' Etre en accessoire , suivant Nicot, signifie etre en danger. Marot s'en est servi dans le sens de désordre : il dit en parlant des ennemis :

Becque cornu est une imitation du mot italien becco, qui Que la pique on manie,

signifie bouc. (B.) - Les vieux conteurs emploient quelquefois Pour les choquer et mettre en accessoire.

ces deux mots réunis dans le sens de cornard. (A.)

2 Mais, du latin magis, plus, davantage: vieux mot dont on Molière est le dernier de nos auteurs classiques qui ait employé se sert encore dans quelques provinces : je n'en puis mais , je ce mot.

T'aime mais que toi. (MÉN.)

HORACE.

[ocr errors]

Pour me trouver après dans la même disgrâce! Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage
Ah! bourreau de destin , vous en aurez menti. Se faire en galant homme une plus douce image;
De l'objet qu'on poursuit je suis encor nanti; Que, des coups du hasard aucun n'étant garant,
Si son caur m'est volé par ce blondin funeste, Cet accident de soi doit être indifférent;
J'empêcherai du moins qu'on s'empare du reste; Et qu'enfin tout le mal, quoique le monde glose,
Et cette nuit, qu'on prend pour ce galant exploit, N'est que dans la façon de recevoir la chose :
Ne se passera pas si doucement qu'on croit. Et pour se bien conduire en ces difficultés,
Ce m'est quelque plaisir, parmi tant de tristesse, Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités,
Que l'on me donne avis du piége qu'on me dresse, N'imiter pas ces gens un peu trop débonnaires
Et que cet étourdi, qui veut m'être fatal,

Qui tirent vanité de ces sortes d'affaires,
Fasse son confident de son propre rival.

De leurs femmes toujours vont citant les galants,

En font partout l'éloge, et prônent leurs talents,
SCÈNE VIII.

Témoignent avec eux d'étroites sympathies,
CHRYSALDE, ARNOLPHE.

Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties',

Et font qu'avec raison les gens sont étonnés
CHRYSALDE.

De voir leur hardiesse à montrer là leur nez.
Eh bien , souperons-nous avant la promenade ? Ce procédé, sans doute, est tout à fait blåmable;
ARNOLPHE.

Mais l'autre extrémité n'est pas moins condamnable. Non. Je jeûne ce soir.

Si je n'approuve pas ces amis des galants,
CHRYSALDE.

Je ne suis pas aussi pour ces gens turbulents
D'où vient cette boutade? Dont l'imprudent chagrin, qui tempête et qui gronde,
ARNOLPHE.

Attire au bruit qu'il fait les yeux de tout le monde, De grâce, excusez-moi, j'ai quelque autre embarras.

Et qui, par cet éclat, semblent ne pas vouloir
CHRYSALDE.

Qu'aucun puisse ignorer ce qu'ils peuvent avoir. Votre hymen résolu ne se fera-t-il pas ?

Entre ces deux partis il en est un honnête,
ARNOLPHE.

Où, dans l'occasion, l'homme prudent s'arrête; C'est trop s'inquiéter des affaires des autres.

Et quand on le sait prendre, on n'a point à rougir CHRYSALDE.

Du pis dont une femme avec nous puisse agir. Oh, oh! si brusquement! Quels chagrins sont les v8- Quoi qu'on en puisse dire enfin, le cocuage Serait-il point, compère, à votre passion (tres ? Sous des traits moins affreux aisément s'envisage; Arrivé quelque peu de tribulation ?

Et, comme je vous dis , toute l'habileté
Je le jugerais presque, à voir votre visage.

Ne va qu'à le savoir tourner du bon côté.
ARNOLPHE.

ARNOLPHE.
Quoi qu'il m'arrive, au moins aurai-je l'avantage Après ce beau discours, toute la confrérie
De ne pas ressembler à de certaines gens

Doit un remerciment à votre seigneurie;
Qui souffrent doucement l'approche des galants. Et quiconque voudra vous entendre parler
CHRYSALDE.

Montrera de la joie à s'y voir enrôler. C'est un étrange fait, qu'avec tant de lumières

CHRYSALDE. Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières; Je ne dis pas cela; car c'est ce que je blâme; Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur, Mais comme c'est le sort qui nous donne une femme, Et ne conceviez point au monde d'autre honneur. Je dis que l'on doit faire ainsi qu'au jeu de dés, Étre avare, brutal, fourbe, méchant et lâche, Où, s'il ne vous vient pas ce que vous demandez, N'est rien, à votre avis, auprès de cette tache; Il faut jouer d'adresse, et d'une dme réduite, Et de quelque façon qu'on puisse avoir vécu,

Corriger le hasard par la bonne conduite.
On est homme d'honneur quand on n'est point cocu.

ARNOLPHE.
A le bien prendre au fond, pourquoi voulez-vous croire c'est-à-dire dormir et manger toujours bien,
Que de ce cas fortuit dépende notre gloire,

Et se persuader que tout cela n'est rien.
Et qu'une âme bien née ait à se reprocher

CHRYSALDE

[dre. L'injustice d'un mal qu'on ne peut empêcher ? Vous pensez vous moquer; mais, à ne vous rieu fein. Pourquoi voulez-vous, dis-je, en prenant une femme, Dans le monde je vois cent choses plus à craindre, Qu'on soit digne, à son choix, de louange ou de blâme, Et dont je me ferais un bien plus grand malheur Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi

Que de cet accident qui vous fait tant de peur. De l'affront que nous fait son manquement de foi ? i Cadeau signifiait autrefois féle, repas.

ALAIN.

SCÈNE I. Pensez-vous qu'à choisir de deux choses prescrites, Veut, comme je l'ai su, m'attraper cette nuit, Je n'aimasse pas mieux être ce que vous dites, Dans la chambre d'Agnès entrer par escalade; Que de me voir mari de ces femmes de bien,

Mais il lui faut , nous trois, dresser une embuscade. Dont la mauvaise humeur fait un procès sur rien; Je veux que vous preniez chacun un bon bâton, Ces dragons de vertu, ces honnêtes diablesses, Et , quand il sera près du dernier échelon Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses; (Car dans le temps qu'il faut j'ouvrirai la fenêtre), Qui, pour un petit tort qu'elles ne nous font pas, Que tous deux à l'envi vous me chargiez ce traître, Prennent droit de traiter les gens de haut en bas, Mais d'un air dont son dos garde le souvenir, Et veulent, sur le pied de nous être fidèles,

Et qui lui puisse apprendre à n'y plus revenir; Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles ? Sans me nommer pourtant en aucune manière, Encore un coup, compère, apprenez qu'en effet Ni faire aucun semblant que je serai derrière. Le cocuage n'est que ce que l'on le fait;

Aurez-vous bien l'esprit de servir mon courroux ? Qu'on peut le souhaiter pour de certaines causes, Et qu'il a ses plaisirs comme les autres choses. S'il ne tient qu'à frapper, monsieur, tout est à nous : ARNOLPHE.

Vous verrez, quand je bats, si j'y vais de main morte. Si vous êtes d'humeur à vous en contenter,

GEORGETTE.
Quant à moi, ce n'est pas la mienne d'en tâter; La mienne, quoique aux yeux elle n'est pas si forte,
Et plutôt que subir une telle aventure...

N'en quitte pas sa part à le bien étriller.
CHRYSALDE.

ARNOLPHE.
Mon Dieu! ne jurez point, de peur d'être parjure. Rentrez donc; et surtout gardez de babiller.
Si le sort l'a réglé, vos soins sont superflus;

( seul.) Et l'on ne prendra pas votre avis là-dessus.

Voilà pour le prochain une leçon utile;
ARNOLPHE.

Et si tous les maris qui sont en cette ville
Moi, je serais cocu ?

De leurs femmes ainsi recevaient le galant,
CHRYSALDE.

Le nombre des cocus ne serait pas si grand.
Vous voilà bien malade!
Mille gens le sont bien , sans vous faire bravade,
Qui de mine, de cæur, de biens , et de maison,
Ne feraient avec vous nulle comparaison.

ARNOLPHE.
Et moi, je n'en voudrais avec eux faire aucune.
Mais cette raillerie, en un mot, m'importune;

SCÈNE PREMIÈRE.
Brisons là, s'il vous plaît.

CHRYSALDE.
Vous êtes en courroux!

ARNOLPHE, ALAIN, GEORGETTE. Nous en saurons la cause. Adieu. Souvenez-vous,

ARNOLPHE. Quoi que sur ce sujet votre honneur vous inspire,

Traîtres ! qu'avez-vous fait par cette violence ? Que c'est être à demi ce que l'on vient de dire, Que de vouloir jurer qu'on ne le sera pas.

Nous vous avons rendu, monsieur, obéissance. ARNOLPHE.

ARNOLPHE. Moi, je le jure encore, et je vais de ce pas

De cette excuse en vain vous voulez vous armer, Contre cet accident trouver un bon remède.

L'ordre était de le battre, et non de l'assommer; (Il court heurter à sa porte.) Et c'était sur le dos, et non pas sur la tête, SCÈNE IX.

Que j'avais commandé qu'on fit choir la tempête.

Ciel ! dans quel accident me jette ici le sort! ARNOLPHE, ALAIN, GEORGETTE.

Et que puis-je résoudre à voir cet homme mort ? ARNOLPHE.

Rentrez dans la maison, et gardez de rien dire Mes amis, c'est ici que j'implope votre aide.

De cet ordre innocent que j'ai pu vous prescrire. Je suis édifié de votre affection;

(seul.) Mais il faut qu'elle éclate en cette occasion;

Le jour s'en va paraître, et je vais consulter Et si vous m'y servez selon ma confiance,

Comment dans ce malheur je me dois comporter. Vous êtes assurés de votre récompense.

Hélas ! que deviendrai-je ? et que dira le père, L'homme que vous savez (n'en faites point de bruit) | Lorsque inopinément il saura cette affaire ?

ACTE CINQUIÈME .

ALAIN.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

SCÈNE II.

Et, pendant tout ce trouble étant moins observée,

Du logis aisément elle s'était sauvée;
HORACE, ARNOLPHE.

Mais me trouvant sans mal, elle a fait éclater

Un transport difficile à bien représenter.
HORACE, à part.

Que vous dirai-je enfin? Cette aimable personne Il faut que j'aille un peu reconnaître qui c'est.

A suivi les conseils que son amour lui donne,
ARNOLPHE,
se croyant seul.

N'a plus voulu songer à retourner chez soi,
Edt-on jamais prévu...

Et de tout son destin s'est commise à ma foi. (Heurté par Horace, qu'il ne reconnait pas.) Considérez un peu , par ce trait d’innocence, Qui va là, s'il vous plaît ?

Où l'expose d'un fou la haute impertinence,
HORACE.

Et quels fåcheux périls elle pourrait courir
C'est vous, seigneur Arnolphe ?

Si j'étais maintenant homme à la moins chérir.
ARNOLPHE.
Oui. Mais vous ?...

Mais d'un trop pur amour mon âme est embrasée;

J'aimerais mieux mourir que l'avoir abusée :
HORACE.

C'est Horace. Je lui vois des appas dignes d'un autre sort,
Je m'en allais chez vous vous prier d'une grâce.

Et rien ne m'en saurait séparer que la mort.
Vous sortez bien matin!

Je prévois là-dessus l'emportement d'un père;
ARNOLPHE.

Mais nous prendrons le temps d'apaiser sa colère.
Quelle confusion!

A des charmes si doux je me laisse emporter; Est-ce un enchantement? est-ce une illusion ? Et dans la vie, enfin, il se faut contenter. HORACE.

Ce que je veux de vous, sous un secret fidèle, J'étais, à dire vrai, dans une grande peine;

C'est que je puisse mettre en vos mains cette belle; Et je bénis du ciel la bonté souveraine

Que dans votre maison, en faveur de mes feux, Qui fait qu'à point nommé je vous rencontre ainsi. Vous lui donniez retraite au moins un jour ou deux, Je viens vous avertir que tout a réussi ,

Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite, Et même beaucoup plus que je n'eusse osé dire, Et qu'on en pourra faire une exacte poursuite, Et par un incident qui devait tout détruire.

Vous savez qu'une fille aussi de sa façon Je ne sais point par où l'on a pu soupçonner

Donne avec un jeune homme un étrange soupçon: Cette assignation qu'on m'avait su donner;

Et comme c'est à vous, sûr de votre prudence, Mais, étant sur le point d'atteindre à la fenêtre, Que j'ai fait de mes feux entière confidence, J'ai, contre mon espoir, vu quelques gens paraître, C'est à vous seul aussi, comme ami généreux, Qui, sur moi brusquement levant chacun le bras, Que je puis confier ce dépôt amoureux. M'ont fait manquer le pied et tomber jusqu'en bas:

ARNOLPHE. Et ma chute, aux dépens de quelque meurtrissure,

Je suis , n'en doutez point, tout à votre service.

HORACE. De vingt coups de bâton m'a sauvé l'aventure.

Vous voulez bien me rendre un si charmant office? Ces gens-là, dont était, je pense, mon jaloux,

ARNOLPHE. Ont imputé ma chute à l'effort de leurs coups :

Très-volontiers, vous dis-je; et je me sens ravir Et comme la douleur, un assez long espace,

De cette occasion que j'ai de vous servir. M'a fait sans remuer demeurer sur la place,

Je rends grâces au ciel de ce qu'il me l'envoie, Ils ont cru tout de bon qu'ils m'avaient assommé,

Et n'ai jamais rien fait avec si grande joie.
Et chacun d'eux s'en est aussitôt alarmé.

HORACE.
J'entendais tout leur bruit dans le profond silence : Que je suis redevable à toutes vos bontés !
L'un l'autre ils s'accusaient de cette violence:

J'avais de votre part craint des difficultés :
Et, sans lumière aucune, en querellant le sort, Mais vous êtes du monde: et dans votre sagesse,
Sont venus doucement tâter si j'étais mort.

Vous savez excuser le feu de la jeunesse.
Je vous laisse à penser si, dans la nuit obscure, Un de mes gens la garde au coin de ce détour.
J'ai d'un vrai trépassé su tenir la figure.

ARNOLPHE,
Ils se sont retirés avec beaucoup d'effroi :

Mais comment ferons-nous ? car il fait un peu jour. Et comme je songeais à me retirer ,'moi,

Si je la prends ici, l'on me verra peut-être; De cette feinte mort la jeune Agnès émue

Et, s'il faut que chez moi vous veniez à paraître, Avec empressement est devers moi venue :

Des valets causeront. Pour jouer au plus sûr, Car les discours qu'entre eux ces gens avaient tenus

faut me l'ai ner dans un lieu plus obscur. Jusques a son oreille étaient d'abord venus.

Mon allée est commode, et je l'y vais attendre.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

HORACE.

HORACE.

HORACE. Ce sont précautions qu'il est fort bon de prendre.

Adieu , le jour me chasse. Pour moi, je ne ferai que vous la mettre en main,

AGNÈS. Et chez moi, sans éclat, je retourne soudain. Quand vous verrai-je donc ? ARNOLPHE, seul.

HORACE. Ah! fortune, ce trait d'aventure propice

Bientôt assurément. Répare tous les maux que m'a fait ton caprice!

AGNÈS.
(Il s'enveloppe le nez de son manteau.) Que je vais m'ennuyer jusques à ce moment!

HORACE, en s'en allant.
SCÈNE III.

Grâce au ciel, mon bonheur n'est plus en concurrence;

Et je puis maintenant dormir en assurance'.
AGNÈS, ARNOLPHE, HORACE.

SCÈNE IV.
HORACE, à Agnès.
Ne soyez point en peine où je vais vous mener;

ARNOLPHE, AGNÈS.
C'est un logement sûr que je vous fais donner.
Vous loger avec moi, ce serait tout détruire :

ARNOLPHE, caché dans son manteau, et déguisant

sa voir.
Entrez dans cette porte, et laissez-vous conduire.
(Arnolphe lui prend la main sans qu'elle le reconnaisse.)

Venez, ce n'est pas là que je vous logerai,
AGNÈS, à Horace.

Et votre gite ailleurs est par moi préparé.
Pourquoi me quittez-vous ?

Je prétends en lieu sûr mettre votre personne. HORACE.

(se faisant connaitre.)
Chère Agnès , il le faut.

Me connaissez-vous ?
AGNÈS.

AGNÈS.
Songez donc, je vous prie, à revenir bientôt.

Hai !

ARNOLPHE. J'en suis assez pressé par ma flamme amoureuse.

Mon visage, friponne, AGNÈS.

Dans cette occasion rend vos sens effrayés, Quand je ne vous vois point, je ne suis point joyeuse. Et c'est à contre-cour qu'ici vous me voyez; HORACE.

Je trouble en ses projets l'amour qui vous possède. Hors de votre présence, on me voit triste aussi.

(Agnès regarde si elle ne verra point Horace.) AGNÈS.

N'appelez point des yeux le galant à votre aide; Hélas ! s'il était vrai, vous resteriez ici.

Il est trop éloigné pour vous donner secours.

Ah! ah! si jeune encor, vous jouez de ces tours! Quoi! vous pourriez douter de mon amour extrême!

Votre simplicité, qui semble sans pareille,
AGNÈS.

Demande si l'on fait des enfants par l'oreille;
Non, vous ne m'aimez pas autant que je vous aime.

Et vous savez donner des rendez-vous la nuit, (Arnolphe la tire.)

Et pour suivre un galant vous évader sans bruit! Ah! l'on me tire trop.

Tudieu! comme avec lui votre langue cajole!
HORACE.

Il faut qu'on vous ait mise à quelque bonne école !
C'est qu'il est dangereux,

Qui diantre tout d'un coup vous en a tant appris? Chère Agnès, qu'en ce lieu nous soyons vus tous deux; Vous ne craignez donc plus de trouver des esprits? Et le parfait ami de qui la main vous presse

Et ce galant, la nuit, vous a donc enhardie?
Suit le zèle prudent qui pour nous l'intéresse.

Ah! coquine, en venir à cette perfidie !
AGNÈS.

Malgré tous mes bienfaits former un tel dessein! Mais suivre un inconnu que...

Petit serpent que j'ai réchauffé dans mon sein, HORACE.

Et qui, dès qu'il se sent, par une humeur ingrate

N'appréhendez rien : Cherche à faire du mal à celui qui le flatte!
Entre de telles mains vous ne serez que bien.

AGNÈS.
AGNÈS.

Pourquoi me criez-vous?
Je me trouverais mieux entre celles d'Horace.
Et j'aurais...

J'ai grand tort en effet ! (à Arnolphe qui la tire encore.)

' Phrase d'un usage vulgaire, par laquelle on exprime l'état Attendez.

d'une sécurité parfaite.

HORACE.

[ocr errors]

ARNOLPHE.

« PrécédentContinuer »