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URANIE.

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CLIMÈNE.

ÉLISE. Épargnez-moi, s'il vous plaît, madame.

Ma cousine vous est fort obligée de cette défé. ÉLISE. Je vous épargne aussi, madame, et je ne dis pas

URANIE, à Galopin. la moitié de ce que je pense, madame.

Un siége donc, impertinent!
CLIMÈNE.

GALOPIN.
Ah, mon Dieu! brisons là, de grâce. Vous me

N'en voilà-t-il pas un ? jetteriez dans une confusion épouvantable. (à Ura

Approchez-le. nie.) Enfin, nous voilà deux contre vous; et l'opi

(Galopin pousse le siége rudement, et sort.) niâtreté sied si mal aux personnes spirituelles...

SCÈNE V.
SCÈNE IV.
LE MARQUIS, CLIMÈNE, URANJE,

LE MARQUIS, CLIMÈNE, URANIE, ÉLISE.
ÉLISE, GALOPIN.

LE MARQUIS.
GALOPIN,
à la porte de la chambre.

Votre petit laquais, madame, a du mépris pour

ma personne. Arrêtez, s'il vous plaît, monsieur.

ÉLISE.
LE MARQUIS.

Il aurait tort, sans doute.
Tu ne me connais pas, sans doute ?

LE MARQUIS.
GALOPIN.

C'est peut-être que je paie l'intérêt de ma mauSi fait, je vous connais; mais vous n'entrerez pas.

vaise mine : (il rit. ) hai, hai, hai, hai. LE MARQUIS.

ÉLISE. Ah! que de bruit, petit laquais!

L'âge le rendra plus éclairé en honnêtes gens. GALOPIN.

LE MARQUIS. Cela n'est pas bien de vouloir entrer malgré les

Sur quoi en étiez-vous, mesdames, lorsque je gens.

vous ai interrompues? LE MARQUIS.

URANIE.
Je veux voir ta maîtresse.

Sur la comédie de l'École des femmes.
GALOPIN.

LE MARQUIS.
Elle n'y est pas, vous dis-je.

Je ne fais que d'en sortir.
LE MARQUIS.

CLIMÈNE.
La voilà dans la chambre.

Ein bien! monsieur, comment la trouvez-vous, GALOPIN.

s'il vous plaît? Il est vrai , la voilà; mais elle n'y est pas.

LE MARQUIS.
URANIE.

Tout à fait impertinente.
Qu'est-ce donc qu'il y a là?

CLIMENE.
LE MARQUIS.

Ah! que j'en suis ravie!
C'est votre laquais, madame, qui fait le sut.

LE MARQUIS.
GALOPIN.

C'est la plus méchante chose du monde. Comment, Je lui dis que vous n'y êtes pas, madame, et il diable! à peine ai-je pu trouver place. J'ai pensé être ne veut pas laisser d'entrer.

étouffé à la porte, et jamais on ne m'a tant marché URANÍE.

sur les pieds. Voyez comme mes canons et mes ruEt pourquoi dire à monsieur que je n'y suis pas ? bans en sont ajustés, de grâce. GALOPIN.

ÉLISE. Vous me grondâtes l'autre jour de lui avoir dit Il est vrai que cela crie vengeance contre l'école que vous y étiez.

des femmes, et que vous la condamnez avec justice. URANIE.

LE MARQUIS. Voyez cet insolent! Je vous prie, monsieur, de ne Il ne s'est jamais fait, je pense, une si méchante pas croire ce qu'il dit. C'est un petit écervelé, qui comédie. vous a pris pour un autre.

URANIE.
LE MARQUIS.

Ah! voici Dorante, que nous attendions.
Je l'ai bien vu, madame; et, sans votre respect,
je lui aurais appris à connaître les gens de qualité.

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URANIE.

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SCÈNE VI.

LE MARQUIS.

Il ne faut que voir les continuels éclats de rire que DORANTE, CLIMÈNE, URANIE, ÉLISE, le parterre y fait. Je ne veux point d'autre chose pour LE MARQUIS.

témoigner qu'elle ne vaut rien. Ne bougez , de grâce, et n'interrompez point votre Tu es donc, marquis, de ces messieurs du bel discours. Vous êtes là sur une matière qui, depuis air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens

commun, et qui seraient fåchés d'avoir ri avec lui , quatre jours, fait presque l'entretien de toutes les maisons de Paris; et jamais on n'a rien vu de si plai- fût-ce de la meilleure chose du monde? Je vis l'autre sant que la diversité des jugements qui se font là jour sur le théâtre un de nos amis, qui se rendit ridessus. Car enfin, j'ai oui condamner cette comédie dicule par là. Il écouta toute la pièce avec un sérieux

le plus sombre du monde; et tout ce qui égayait les à certaines gens, par les mêmes choses que j'ai vu

autres ridait son front. A tous les éclats de risée, il d'autres estimer le plus.

haussait les épaules, et regardait le parterre en pitié;

et quelquefois aussi le regardant avec dépit, il lui Voilà monsieur le marquis qui en dit force mal.

disait tout haut : Ris donc, parterre, ris donc. LE MARQUIS.

Ce fut une seconde comédie, que le chagrin de notre Il est vrai. Je la trouve détestable, morbleu! détestable, du dernier détestable, ce qu'on appelle blée, et chacun demeura d'accord qu'on ne pouvait

ami. Il la donna en galant homme à toute l'assemdétestable.

pas mieux jouer qu'il fit. Apprends, marquis , je te DORANTE.

prie, et les autres aussi , que le bon sens n'a point de Et moi, mon cher marquis, je trouve le jugement | place déterminée à la comédie; que la différence du détestable.

demi-louis d'or, et de la pièce de quinze sous', ne LE MARQUIS.

fait rien du tout au bon goût; que, debout et assis, Quoi! chevalier, est-ce que tu prétends soutenir l'on peut donner un mauvais jugement; et qu'enfin, cette pièce?

à le prendre en général, je me fierais assez à l'ap

probation du parterre, par la raison qu'entre ceux Oui, je prétends la soutenir.

qui le composent, il y en a plusieurs qui sont capaLE MARQUIS.

bles de juger d'une pièce selon les règles, et que les Parbleu! je la garantis détestable.

autres en jugent par la bonne façon d'en juger , qui

est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni La caution n'est pas bourgeoise. Mais, marquis, prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni par quelle raison, de grâce, cette comédie est-elle

délicatesse ridicule. ce que tu dis?

LE MARQUIS.
LE MARQUIS.

Te voilà donc, chevalier, le défenseur du parterre? Pourquoi elle est détestable?

Parbleu! je m'en réjouis, et je ne manquerai pas de

l'avertir que tu es de ses amis. Hai, hai, hai, hai, Oui.

hai. LE MARQUIS.

DORANTE. Elle est détestable, parce qu'elle est détestable.

Ris tant que tu voudras. Je suis pour le bon sens, DORANTE.

et ne saurais souffrir les ébullitions de cerveau de Après cela, il n'y a plus rien à dire; voilà son procès fait. Mais encore, instruis-nous, et nous dis

nos marquis de Mascarille. J'enrage de voir de ces les défauts qui y sont.

gens qui se traduisent en ridicule, malgré leur qua

lité; de ces gens qui décident toujours, et parlent LE MARQUIS. Que sais-je, moi ? je ne me suis pas seulement hardiment de toutes choses, sans s'y connaître ; qui, donné la peine de l'écouter. Mais enfin je sais bien que dans une comédie se récrieront aux méchants enje n'ai jamais rien vu de si méchant, Dieu me damne;

droits , et re branleront pas à ceux qui sont bons ; et Dorilas, contre qui j'étais, a été de mon avis.

qui, voyant un tableau, ou écoutant un concert de DORANTE.

musique, blâment de même et louent tout à contreL'autorité est belle, et te voilà bien appuyé!

" Le louis d'or, ou lis d'or, élait de 7 livres, le marc d'or à

423 livres 10 sous II deniers, à 23 karats un quart de titre. Les ' Façon de parler empruntée de la science du droit. Elle veut premières places d'un demi-louis étaient donc de 3 livres 10 sous. dire que la caution n'est ni valable ni súre. (B.)

Aujourd'hui ce prix a doublé. (B.)

DORANTE.

DORANTE.

DORANTE.

a

sages.

URANIE.

sens, prennent par où ils peuvent les termes de l'art qu'elle ait de l'esprit, elle a suivi le mauvais exemqu'ils attrapent, et ne manquent jamais de les estro- ple de celles qui, étant sur le retour de l'âge, veupier, et de les mettre hors de place. Eh, morbleu! | lent remplacer de quelque chose ce qu'elles voient messieurs, taisez-vous. Quand Dieu ne vous a pas qu'elles perdent, et prétendent que les grimaces donné la connaissance d'une chose, n'apprêtez point d'une pruderie scrupuleuse leur tiendront lieu de à rire à ceux qui vous entendent parler, et songez jeunesse et de beauté. Celle-ci pousse l'affaire plus qu'en ne disant mot, on croira peut-être que vous avant qu'aucune; et l'habileté de son scrupule déètes d'habiles gens.

couvre des saletés, où jamais personne n'en avait LE MARQUIS. vu. On tient qu'il va, ce scrupule, jusques à désigu

à Parbleu! chevalier, tu le prends là...

rer notre langue, et qu'il n'y a point presque de DORANTE.

mots dont la sévérité de cette dame ne veuille reMon Dieu, marquis, ce n'est pas à toi que je parle.

trancher ou la tête ou la queue, pour les syllabes C'est à une douzaine de messieurs qui déshono

déshonnêtes qu'elle y trouve.

URANIE. rent les gens de cour par leurs manières extravaSantes, et font croire parmi le peuple que nous nous

Vous êtes bien fou, chevalier. ressemblons tous. Pour moi, je m'en veux justifier

LE MARQUIS. le plus qu'il me sera possible; et je les dauberai tant

Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie, en toutes rencontres, qu'à la fin ils se rendront

en faisant la satire de ceux qui la condamnent.

DORANTE.

Non pas; mais je tiens que cette dame se scandaLE MARQUIS.

lise à tort... Dis-moi un peu, chevalier, crois-tu que Lysandre

ÉLISE. ait de l'esprit ?

Tout beau, monsieur le chevalier, il pourrait y DORANTE.

en avoir d'autres qu'elle qui seraient dans les mêOui, sans doute, et beaucoup.

mes sentiments.

DORANTE. C'est une chose qu'on ne peut pas nier.

Je sais bien que ce n'est pas vous, au moins; et LE MARQUIS. Demande-lui ce qu'il lui semble de l'École des

que lorsque vous avez vu cette représentation....

ÉLISE. Femmes: tu verras qu'il te dira qu'elle ne lui plaît pas.

Il est vrai, mais j'ai changé d'avis; (montrant DORANTE.

Climène) et madame sait appuyer le sien par des Eh! mon Dieu, il y en a beaucoup que le trop

raisons si convaincantes, qu'elle m'a entrainée de d'esprit gâte, qui voient mal les choses à force de lumière, et même qui seraient bien fåchés d'être de

DORANTE, à Climène. l'avis des autres, pour avoir la gloire de décider.

Ah! madame, je vous demande pardon; et, si URANIE.

vous le voulez, je me dédirai , pour l'amour de vous, Il est vrai. Notre ami est de ces gens-là, sans

de tout ce que j'ai dit. doute. Il veut être le premier de son opinion, et qu'on

CLIMÈNE. attende par respect son jugement. Toute approbation

Je ne veux pas que ce soit pour l'amour de moi, qui marche avant la sienne est un attentat sur ses

mais pour l'amour de la raison : car enfin cette pièce, lumières, dont il se venge hautement en prenant le à le bien prendre, est tout à fait indéfendable ; et je contraire parti. Il veut qu'on le consulte sur toutes

ne conçois pas... les affaires d'esprit; et je suis sûre que si l'auteur lui eût montré sa comédie avant que de la faire voir

Ah! voici l'auteur, monsieur Lysidas. Il vient tout au public, il l'eût trouvée la plus belle du monde.

à propos pour cette matière. Monsieur Lysidas, preLE MARQUIS. Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui

nez un siége vous-même, et vous mettez là. la publie partout pour épouvantable, et dit qu'elle

SCÈNE VII. n'a pu jamais souffrir les ordures dont elle est

LYSIDAS, CLIMÈNE, URANIE, ÉLISE, DORANTE.

DORANTE, LE MARQUIS. Je dirai que cela est digne du caractère qu'elle a pris; et qu'il y a des personnes qui se rendent ridi

LYSIDAS. cules, pour vouloir avoir trop d'honneur. Bien Madame, je viens un peu tard; mais il m'a fallu

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son côté.

URANIE.

pleine ?

DORANTE.

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URANIE.

Moi,

URANIE.

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URANIE.

LYSIDAS.

DORANTE.

cours.

LYSIDAS.

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URANIE.

lire ma pièce chez madame la marquise dont je vous tre nous autres auteurs, nous devons parler des ouavais parlé; et les louanges qui lui ont été données vrages les uns des autres avec beaucoup de circonsm'ont retenu une heure plus que je ne croyais. pection.

ÉLISE.
C'est un grand charme que les louanges pour ar-

Mais encore, entre nous, que pensez-vous de cette

comédie? rêter un auteur.

LYSIDAS.

monsieur ?
Asseyez-vous donc, monsieur Lysidas; nous lirons
votre pièce après souper.

De bonne foi , dites-nous votre avis.
LYSIDAS.

LYSIDAS.
Tous ceux qui étaient là doivent venir à sa pre-

Je la trouve fort belle. mière représentation, et m'ont promis de faire leur

DORANTE. devoir comme il faut.

Assurément ?

LYSIDAS. Je le crois. Mais, encore une fois, asseyez-vous,

Assurément. Pourquoi non ? N'est-elle pas en effet s'il vous plaît. Nous sommes ici sur une matière que

la plus belle du monde ? je serai bien aise que nous poussions.

DORANTE.
LYSIDAS.

Hon, hon, vous êtes un méchant diable, monJe pense, madame, que vous retiendrez aussi une

sieur Lysidas; vous ne dites pas ce que vous pensez. loge pour ce jour-là? URANIE.

Pardonnez-moi. Nous verrons. Poursuivons, de grâce, notre dis

Mon Dieu, je vous connais, ne dissimulons point.

LYSIDAS. Je vous donne avis, madame, qu'elles sont pres

Moi, monsieur? que toutes retenues.

DORANTE. Voilà qui est bien. Enfin, j'avais besoin de vous

Je vois bien que le bien que vous dites de cette lorsque vous êtes venu, et tout le monde était ici

pièce n'est que par honnêteté, et que, dans le fond

du caur, vous êtes de l'avis de beaucoup de gens contre moi. ÉLISE, à Uranie, montrant Dorante.

qui la trouvent mauvaise. Il s'est mis d'abord de votre côté; mais mainte

Hai, hai, hai. nant (montrant Climène ) qu'il sait que madame est à la tête du parti contraire, je pense que vous n'avez

A vouez, ma foi, que c'est une méchante chose qu'à chercher un autre secours.

que cette comédie. CLIMÈNE. Non, non, je ne voudrais pas qu'il fît mal sa cour

Il est vrai qu'elle n'est pas approuvée par les couauprès de madame votre cousine, et je permets à naisseurs. son esprit d'être du parti de son cæur.

LE MARQUIS.
DORANTE.

Ma foi, chevalier, tu en tiens, et te voilà payé de Avec cette permission, madame, je prendrai la ta raillerie. Ah, ah, ah, ah! hardiesse de me défendre.

DORANTE.
URANIE.

Pousse, mon cher marquis, pousse.
Mais auparavant, sachons un peu les sentiments

LE MARQUIS. de monsieur Lysidas.

Tu vois que nous avons les savants de notre côté. LYSIDAS.

DORANTE. Sur quoi, madame?

Il est vrai. Le jugement de monsieur Lysidas est Sur le sujet de l'école des femmes.

quelque chose de considérable. Mais monsieur Ly

sidas veut bien que je ne me rende pas pour cela; et, Ah, ah!

puisque j'ai bien l'audace de me défendre (mon

trant Climène) contre les sentiments de madame, Que vous en semble?

il ne trouvera pas mauvais que je combatte les siens. LYSIDAS.

ÉLISE. Je n'ai rien à dire là-dessus; et vous savez qu'en- Quoi! vous voyez contre vous madame, monsieur

LYSIDAS.

DORANTE.

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LYSIDAS.

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URANIE.

LYSIDAS.

DORANTE.

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je inarquis, et monsieur Lysidas, et vous osez ré- | point. Votre conduite est assez connue, et ce sont sister encore? Fi! que cela est de mauvaise grâce ! de ces sortes de choses qui ne sont contestées de CLIMÈNE.

personne. Voilà qui me confond, pour moi , que des person

URANIE, à Climène. nes raisonnables se puissent mettre en tête de don- Aussi, madame, n'ai-je rien dit qui aille à vous; ner protection aux sottises de cette pièce.

et mes paroles, comme les satires de la comédie, deLE MARQUIS.

meurent dans la thèse générale. Dieu me damne! madame, elle est misérable de

CLIMÈNE. puis le commencement jusqu'à la fin.

Je n'en doute pas, madame. Mais enfin passons DORANTE.

sur ce chapitre. Je ne sais pas de quelle façon vous. Cela est bientôt dit, marquis. Il n'est rien plus recevez les injures qu’on dit à notre sexe dans un aisé que de trancher ainsi ; et je ne vois aucune chose certain endroit de la pièce; et, pour moi, je vous qui puisse être à couvert de la souveraineté de tes avoue que je suis dans une colère épouvantable, de décisions,

voir que cet auteur impertinent nous appelle des LB MARQUIS.

animaux. Parbleu! tous les autres comédiens qui étaient là

URANIE. pour la voir en ont dit tous les maux du monde '. Ne voyez-vous pas que c'est un ridicule qu'il fait DORANTE.

parler?

DORANTE.
Ah! je ne dis plus mot; tu as raison, marquis.
Puisque les autres comédiens en disent du mal, il

Et puis, madame, ne savez-vous pas que les infaut les en croire assurément. Ce sont tous gens

jures des amants n'offensent jamais; qu'il est des eclairés, et qui parlent sans intérêt. Il n'y a plus rien

amours emportés aussi bien que des doucereux; et à dire, je me rends.

qu'en de pareilles occasions les paroles les plus étranCLIMÈNE.

ges, et quelque chose de pis encore, se prennent Rendez-vous, ou ne vous rendez pas, je sais fort

bien souvent pour des marques d'affection, par

celles même qui les recoivent ? bien que vous ne me persuaderez point de souffrir

ELISE. les immodesties de cette pièce, non plus que les satires désobligeantes qu'on y voit contre les femmes.

Dites tout ce que vous voudrez, je ne saurais diURANIE.

gérer cela, non plus que le potage et la tarte à la Pour moi, je me garderai bien de m'en offenser,

crème, dont madame a parlé tantôt.

LE MARQUIS. et de prendre rien sur mon compte de tout ce qui s'y dit. Ces sortes de satires tombent directement sur les

Ah! ma foi, oui, tarte à la crème! voilà ce que mours, et ne frappent les personnes que par réflexion. j'avais remarqué tantôt; tarte à la crème! Que je N'allons point nous appliquer nous-mêmes les traits

vous suis obligé, madame, de m'avoir fait souvenir d'une censure générale ; et profitons de la leçon, si

de tarte à la crème! Y a-t-il assez de pommes en nous pouvons, sans faire semblant qu'on parle à nous.

Normandie pour tarte à la crème'? Tarte à la Toutes les peintures ridicules qu’on expose sur les crème, morbleu ! tarte à la crème! théâtres doivent être regardées sans chagrin de tout

DORANTE. le monde. Ce sont miroirs publics, où il ne faut ja

Eh bien ! que veux-tu dire? Tærte à la crème ! mais témoigner qu'on se voie; et c'est se taxer hau

LE MARQUIS. tement d'un défaut, que se scandaliser qu'on le

Parbleu ! tarte à la crème! chevalier. reprenne.

DORANTE.

encore? CLIMÈNE.

LE MARQUIS. Pour moi, je ne parle pas de ces choses par la part

Tarte à la crème! que j'y puisse avoir, et je pense que je vis d'un air

DORANTE. dans le monde à ne pas craindre d'être cherchée dans

Dis-nous un peu tes raisons. les peintures qu'on fait là des femmes qui se gouver

LE MARQUIS. nent mal.

Tarte à la crème!
ÉLISE.

URANIE.
Assurément, madame, on ne vous y cherchera

Mais il faut expliquer sa pensée, ce me semble.

Ces autres comédiens sont ceux de l'hôtel de Bourgogne, qui jouaient les pièces de Corneille, et qui se voyaient abandonnés pour celles de Molière.

' Jadis on jetail des pommes cuites, et quelquefois même des pommes crues, à la tête des acteurs, quand on était trop mécontent de leur jeu ou de la pièce.

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