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n'y eut personne de ces gens-là qui ne priât Dieu de lout son d'érudition avait mérité un des emplois les plus précieux de coeur'.

la cour, et qui est un illustre prélat aujourd'hui, daigna hoLe convoi se fit tranquillement, à la clarté de près de norer la mémoire de Molière par les vers suivants : cent Nambeaux, le mardi 21 de février. Comme il passait

Plaudebat, Moleri, tibi plenis aula theatris; dans la rue Montmartre, on demanda à une femme qui était

Nunc eadem morens post tua fata gemit. celui qu'on portait en terre. « Hé! c'est ce Molière, » répon

Si risum nobis movisses parcius olim, dit-elle. Une autre femme qui était à sa fenêtre et qui l'enten

Parcius, heu! lacrymis tingeret ora dolor. dit, s'écria : « Comment, malheureuse ! il est bien monsieur

« Molière, toute la cour, qui t'a toujours honoré de ses « pour toi ?. »

« applaudissements sur ton théâtre comique, touchée auIl ne fut pas mort que les épitaphes furent répandues par

jourd'hui de ta mort, honore ta mémoire des regrets qui tout Paris. Il n'y avait pas un poëte qui n'en eût fait; mais

a te sont dus : toute la France proportionne sa vive dou. il y en eut peu qui réussirent.

« leur au plaisir que tu lui as donné par ta fine et sage plaiM. Huet, évêque d'Avranches, à qui une source profonde

a santerie. »

Les personnes de probité et les gens de lettres sentirent a mort, et de plusieurs autres personnes, et que M° Bernard ,

tout d'un coup la perte que le théâtre comique avait faite a prestre habitué en l'églize Sainct-Germain, lui a administré « les sacrements à Pasque dernier, il vous plaise de grace spé

par la mort de Molière. Mais ses ennemis, qui avaient fait u cialle accorder à ladicte suppliante que sondict feu mary

tous leurs efforts inutilement pour rabaisser son mérite pen# soit inhumé et enterré dans ladicle églize Sainct-Eustache sa

dant sa vie, s'excitèrent encore après sa mort pour attaquer « paroisse, dans les voyes ordinaires et accoutumées, et ladicte sa mémoire; ils répétaient toutes les calomnies, toutes les « suppliante continuera les prières à Dieu pour votre prospérité faussetés, toutes les mauvaises plaisanteries que des poëtes « et santé, et ont signé. Ainsy signé,

ignorants ou irrités avaient répandues quelques années au« LE VASSEUR et AUBRY, avecq paraphe. paravant dans deux pièces intitulées : le Portrait du Pein. « Et au-dessoubz est escript ce qui suit :

tre dont j'ai parlé, et Élomire hypocondre, ou les Méde« Renvoyé au sieur abbé de Benjamin, nostre ofticial, pour cins vengés'. C'était, disait-on, un homme sans meurs, « informer des faicts contenus en la présente requeste, pour sans religion, mauvais auteur. L'envie et l'ignorance les soua information à nous rapportée estre entinct ordonné ce que de

tenaient dans ces sentiments; et ils n'omettaient rien pour « raison. Faict à Paris, dans nostre palais archiepiscopal, le

les rendre publics par leurs discours ou par leurs ouvrages u vingtiesme febvrier mil six cent soixante-treize. Signé, ARCHEVESQUE DE PARIS. »

Il y en a même encore aujourd'hui de ces personnes tou

jours portées à juger mal d'un homme qu'ils ne sauraien Extrait des registres de l'archevêché de Paris.

imiter, qui soupçonnent la conduite de Molière, qui cher « Veu ladicte requeste, ayant aucunement esgard aux preuves chent les traits faibles de ses ouvrages pour le décrier. Mai « résultantes de l'enqueste faite par mon ordonnance, nous « avons permis au sieur curé de Sainct-Eustache de donner la j'ai de bons garants de la vérité que j'ai rendue au public à u sépulture ecclésiastique au corps du défunct Molière dans le l'avantage de cet auteur. L'estime, les bienfaits dont le ro u cimetière de la paroisse, à condition néantmoins que ce sera

l'a toujours honoré, les personnes avec qui il avait lié amitié, « sans aucune pompe, et avec deux prestres seullement, et hors le soin qu'il a pris d'attaquer le vice et de relever la vertu « des heures du jour; et qu'il ne se fera aucun service solen- dans ses ouvrages, l'attention que l'on a eue de le mettre « nel pour luy, ny dans ladicte paroisse Sainct-Eustache ny au nombre des hommes illustres, ne doivent plus laisser lieu a ailleurs, mesme dans aucune églize des réguliers, et que nostre de douter que je ne vienne de le peindre tel qu'il était; et a présente permission sera sans préjudice aux règles du rituel plus les temps s'éloigneront, plus l'on travaillera , plus aussi a de nostre églize, que nous voulons estre observées selon leur « forme et teneur. Donné à Paris, ce vingtiesme febvrier mil

on reconnaitra que j'ai atteint la vérité, et qu'il ne m'a man. « six cent soixante-treize. Ainsy signé,

qué que de l'habileté pour la rendre. « ARCHEVESQUE DE PARIS.

J'avais fort à ceur de recouvrer les ouvrages de Molière « Et au-dessoubz,

qui n'ont jamais vu le jour. Je savais qu'il avait laissé quel« MONSEIGNEUR MORANGE, avecq paraphe. »

ques fragments de pièces qu'il devait achever; je savais 1 « La veuve de Molière fit porter une grande tombe de pierre

aussi qu'il en avait quelques-unes entières qui n'ont jamais qu'on plaça au milieu du cimetière de Saint-Joseph, où on la

paru. Mais sa femme, peu curieuse des ouvrages de son mari, voit encore ( 1732). Cette pierre est fendue par le milieu; ce

les donna tous, quelque temps après sa mort, au sieur de qui fut occasionné par une action très-belle et très-remarquable

la Grange, comédien, qui connaissant tout le mérite de ce de cette demoiselle. Deux ou trois ans après la mort de Molière, travail, le conserva avec grand soin jusqu'à sa mort. La il y eut un hiver très-froid; elle fit voiturer cent voies de bois femme de celui-ci ne fut pas plus soigneuse de ces ouvrages dans ledit cimetière, lequel bois fut brûlé sur la tombe de son que la Molière : elle vendit toute la bibliothèque de son mari, mari pour chauffer tous les pauvres du quartier : la grande chaleur du feu ouvrit celte pierre en deux. Voilà ce que j'ai

où apparemment se trouvèrent les manuscrits qui étaient appris, il y a environ vingt ans, d'un ancien chapelain de

restés après la mort de Molière. Saint-Joseph, qui me dit avoir assisté à l'enterrement de Mo

Cet auteur avait traduit presque tout Lucrèce; et il lière, et qu'il n'était pas inhumé sous cette tombe, mais dans

aurait achevé ce travail, sans un malheur qui arriva à son un endroit plus éloigné, attenant à la maison du chapelain. ouvrage. Un de ses domestiques, à qui il avait ordonné ? (Titon du Tillet, Parnasse français, pag. 320.)

mettre sa perruque sous le papier , prit un cahier de sa tri * L'enterrement fut fait par deux prêtres qui accompagnèrent duction pour faire des papillotes. Molière n'était pas heureu le corps sans chanter. Molière fut inhumé dans le cimetière qui

en domestiques; les siens élaient sujets aux étourderies, ou est derrière la chapelle de Saint-Joseph, rue Montmartre. Tous ses amis y assistèrent, ayant chacun un flambeau à la main. La

celle-ci doit être encore imputée à celui qui le chaussait. Molière s'écriait partout : « Quoi! l'on refusera la sépulture à un

l'envers. Molière, qui était facile à s'indigner, fut si piqué de « homme qui a mérité des autels ? » C'est ainsi que M. de Bros

la destinée de son cahier de traduction, que, dans la colère, sette explique ces deux vers de Boileau dans sa septième épitre: il jeta sur-le-champ le reste au feu. A mesure qu'il y avait Avant qu'on peu de terre obtenu par prière

travaillé, il avait lu son ouvrage à M. Rohault, qui en avait Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière. (Vie de Molière, écrite en 1724.)

* Le nom d'Elomire est l'anagramme de celui de Molière.

été très-satisfait, comme il l'a témoigné à plusieurs personnes. se fit avocat. Cette double cascade m'a paru assez singuliète Pour donner plus de goût à sa traduction, Molière avait pour la donner au public telle qu'on me l'a assurée, comme rendu en prose toutes les matières philosophiques, et il avait une particularité qui prouve que Molière a été avocat. mis en vers les belles descriptions de Lucrèce'.

On s'étonnera peut-être que je n'aie point fait M. de Molière avocat. Mais ce fait m'avait été absolument conteste

« Voilà tout ce que nous avons pu recueillir sur la vie du par des personnes que je devais supposer en savoir mieux la

« fameux Molière : il a été pour le comique ce que Corneille vérité que le public; et je devais me rendre à leurs bonnes

a a été pour le tragique. Mais Corneille a vu avant de mou. raisons. Cependant sa famille m'a si positivement assuré du

« rir un jeune rival lui disputer la première place, et faire contraire, que je me crois obligé de dire que Molière fit son

« balancer entre eux le jugement du parterre. Molière n'a droit avec un de ses camarades d'étude; que dans le temps « encore eu personne qu'on puisse lui comparer; et, pour qu'il se fit recevoir avocat, ce camarade se fit comédien; que a nous servir d'une heureuse expression de Chamfort, son l'un et l'autre eurent du succès chacun dans sa profession,

« trône est resté vacant! et qu'enfin lorsqu'il prit fantaisie à Molière de quitter le bar

« Malgré les défauts qu'on peut signaler dans quelquesreau pour monter sur le théâtre, son camarade le comédien

« unes de ses pièces, c'est de tous nos auteurs comiques ce

« lui qui a le mieux su ménager le gout du public, par la i Molière ne nous a conservé qu'un seul morceau de cet ou

a beauté du dialogue, par un fonds inépuisable d'ingénieuses vrage dans la scène v du deuxième acte du Misanthrope. Bros

« plaisanteries, et par des situations très-comiques. Accablé sette raconte qu'en 1664, Boileau étant chez M. du Broussin avec le duc de Vitry et Molière, a ce dernier y devait lire une tra

a des détails où l'engageait la direction d'une troupe dont il « duction de Lucrèce en vers français, qu'il avait faite dans sa

« était l'âme; en proie aux chagrins domestiques dont sa « jeunesse. En attendant le diner, on pria Despréaux de réciter « femme ne cessait de l'abreuver; frappé par les indignes a la satire adressée à Molière; mais après ce récit, Molière ne « calomnies des ennemis de sa gloire et de son génie; inter« voulut point lire sa traduction, craignant qu'elle ne fût pas « rompu dans ses travaux par des infirmités qui augmentè« assez belle pour soutenir les louanges qu'il venait de recevoir. « rent jusqu'à sa mort, il est étonnant qu'il ait pu, dans le « Il se contenta de lire le premier acte du Misanthrope, auquel a il travaillait en ce temps-là, disant qu'on ne devait pas s'at

« cours de vingt années, composer trente et une comédies, * tendre à des vers aussi parfaits et aussi achevés que ceux de

« dont la moitié sont des chefs-d'æuvre auxquels rien ne peut « M. Despréaux, parce qu'il lui faudrait un temps intini s'il

« être comparé, et dont l'autre moitié renferme des scènes « voulait travailler ses ouvrages comme lui. » Ce fait prouve « que ses successeurs les plus illustres n'ont pu égaler. » que Molière travaillait au Misanthrope en 1664.

(Extrait en partie de la Vie de Molière, écrite en 1724.)

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L’ÉTOURDI,

OU

LES CONTRE-TEMPS,

COMÉDIE EN CINQ ACTES, REPRESENTEE A LYON EN 1653, ET A PARIS EN 1658.

Mlle DE BRIE.

Mlle DUPARC.

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PERSONNAGES.
ACTEURS.

LÉLIE.

Voici bien des affaires; LELIE, fils de Pandolfe.

LA GRANGE.

J'ai dans ma passion toutes choses contraires : CÉLIE, esclave de Trufaldin. MASCARILLE, valet de Lélie.

MOLIÈRE.

Léandre aime Célie, et , par un trait fatal, HIPPOLYTE, fille d'Anselme.

Malgré mon changement, est toujours mon rival. ANSELME, père d'Hippolyte.

Louis BÉJART. TRUFALDIN, vieillard.

MASCARILLE. PANDOLFE, père de Lélie.

BÉJART ainé. Léandre aime Célie!
LEANDRE, fils de famille.

LÉLIE.
ANDRÈS, cru Égyptien.
ERGASTE, ami de Mascarille.

Il l'adore, te dis-je.
UN COURRIER.

MASCARILLE.
DEUX TROUPES DE MASQUES.

Tant pis.
La scène est à Messine.

Lélie.
Eh, oui, tant pis ; c'est là ce qui m'afflige.
Toutefois j'aurais tort de me désespérer;

Puisque j'ai ton secours, je puis me rassurer;
ACTE PREMIER.

Je sais que ton esprit, en intrigues fertile,
N'a jamais rien trouvé qui lui fut difficile;

Qu'on te peut appeler le roi des serviteurs ;
SCÈNE PREMIÈRE.

Et qu'en toute la terre...

MASCARILLE.

Eh! trêve de douceurs. LÉLIE.

Quand nous faisons besoin, nous autres misérables, Eh bien ! Léandre, eh bien! il faudra contester;

Nous sommes les chéris et les incomparables; Nous verrons de nous deux qui pourra l'emporter; Et dans un autre temps, dès le moindre courroux, Qui, dans nos soins communs pour ce jeune miracle, Nous sommes les coquins qu'il faut rouer de coups. Aux vaux de son rival portera plus d'obstacle :

LÉLIE. Préparez vos efforts, et vous défendez bien,

Ma foi! tu me fais tort avec cette invective. Sûr que de mon côté je n'épargnerai rien.

Mais enfin discourons un peu de ma captive :

Dis si les plus cruels et plus durs sentiments:
SCÈNE II.

Ont rien d'impénétrable à des traits si charmants.

Pour moi, dans ses discours, comme dans son visage, LÉLIE, MASCARILLE.

Je vois pour sa naissance un noble témoignage;

Et je crois que le ciel dedans un rang si bas
LÉLIE.

Cache son origine, et ne l'en tire pas.
Ah! Mascarille!
MASCARILLE.

1 Est-il un cæur assez dur pour ne pas l'aimer? voilà ce que

Molière voulait dire. Le sens de ces deux vers mal écrits se préQuoi ?

sente difficilement. (B.)

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MASCARILLE.

(à part.) Vous êtes romanesque avecque vos chimères. Que pourrais-je inventer pour ce coup nécessaire? Mais que fera Pandolfe en toutes ces affaires ?

LÉLIE.
C'est, monsieur, votre père, au moins à ce qu'il dit; Eh bien ! le stratagème?
Vous savez que sa bile assez souvent s'aigrit;

MASCARILLE.
Qu'il peste contre vous d'une belle manière,

Ah! comme vous courez! Quand vos déportements lui blessent la visière. Ma cervelle toujours marche à pas mesurés. Il est avec Anselme en parole pour vous

J'ai trouvé votre fait : il faut... Non, je m'abuse. Que de son Hippolyte on vous fera l'époux,

Mais si vous alliez...

LÉLIE. S'imaginant que c'est dans le seul mariage

Où? Qu'il pourra rencontrer de quoi vous faire sage;

MASCARILLE. Et s'il vient à savoir que rebutant son choix,

C'est une faible ruse. D'un objet inconnu vous recevez les lois, Que de ce fol amour la fatale puissance

J'en songeais une...

LÉLIE. Vous soustrait aux devoirs de votre obéissance,

Et quelle ? Dieu sait quelle tempête alors éclatera,

MASCARILLE. Et de quels beaux sermons on vous régalera.

Elle n'irait pas bien. LÉLIE.

Mais ne pourriez-vous pas...
Ah! trêve, je vous prie, à votre rhétorique!

LÉLIE.
MASCARILLE.

Quoi ?
Mais vous, trêve plutôt à votre politique!

MASCARILLE. Elle n'est pas fort bonne, et vous devriez tâcher...

Vous ne pourriez rien, LÉLIE.

Parlez avec Anselme. Sais-tu qu'on n'acquiert rien de bon à me fâcher,

LÉLIE. Que chez moi les avis ont de tristes salaires,

Et que lui puis-je dire? Qu'un valet conseiller y fait mal ses affaires ?

MASCARILLE.
MASCARILLE.

Il est vrai, c'est tomber d'un mal dedans un pire. (à part.) (haut.)

Il faut pourtant l'avoir. Allez chez Trufaldin. Il se met en courroux. Tout ce que j'en ai dit

LÉLIE,
N'était rien que pour rire et vous sonder l'esprit.

Que faire?
D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure?
Et Mascarille est-il ennemi de nature?

Je ne sais.

LÉLIE. Vous savez le contraire, et qu'il est très-certain

C'en est trop, à la fin, Qu'on ne peut me taxer que d'être trop humain. Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père:

Et tu me mets à bout par ces contes frivoles.

MASCARILLE.
Poussez votre bidet, vous dis-je, et laissez faire.
Ma foi, j'en suis d'avis, que ces penards chagrins

Monsieur, si vous aviez en main force pistoles, Nous viennent étourdir de leurs contes badins,

Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver

A chercher les biais que nous devons trouver, Et, vertueux par force, espèrent, par envie, Oter aux jeunes gens les plaisirs de la vie.

Et pourrions , par un prompt achat de cette esclave, Vous savez mon talent, je m'offre à vous servir.

Empêcher qu'un rival vous prévienne et vous brave.

De ces Égyptiens qui la mirent ici,
LÉLIE.

Trufaldin, qui la garde, est en quelque souci; Ah! c'est par ces discours que tu peux me ravir.

Et trouvant son argent qu'ils lui font trop attendre Au reste, mon amour, quand je l'ai fait paraître,

Je sais bien qu'il serait très-ravi de la vendre : N'a point été mal vu des yeux qui l'ont fait naître.

Car enfin en vrai ladre il a toujours vécu; Mais Léandre, à l'instant, vient de me déclarer Il se ferait fesser pour moins d'un quart d’écu; Qu'à me ravir Célie il se va préparer :

Et l'argent est le dieu que surtout il révère : C'est pourquoi dépêchons, et cherche dans ta tête

Mais le mal, c'est... Les moyens les plus prompts d'en faire ma conquête.

LÉLIE. Trouve ruses, détours, fourbes , inventions,

Quoi? c'est...
Pour frustrer un rival de ses prétentions.

MASCARILLE.
MASCARILLE.

Que monsieur votre père Laissez-moi quelque temps rêver à cette affaire. Est un autre vilain qui ne vous laisse pas,

MASCARILLE.

Comme vous voudriez bien, manier ses ducats;

CÉLIE.
Qu'il n'est point de ressort qui, pour votre ressource, Autrefois j'ai connu cet honnête garçon;
Pút faire maintenant ouvrir la moindre bourse. Et vous n'avez pas lieu d'en prendre aucun soupçon.
Mais tâchons de parler à Célie un moment,

MASCARILLE.
Pour savoir là-dessus quel est son sentiment; Est-ce là le seigneur Trufaldin?
La fenêtre est ici.

CÉLIE.
LÉLIE.

Oui, lui-même.
Mais Trufaldin, pour elle,

MASCARILLE.
Fait de nuit et de jour exacte sentinelle.

Monsieur, je suis tout vôtre, et ma joie est extrême
Prends garde.

De pouvoir saluer en toute humilité
MASCARILLE.

Un homme dont le nom est partout si vanté.
Dans ce coin demeurons en repos.

TRUFALDIN.
O bonheur! la voilà qui paraît à propos.

Très-humble serviteur.

MASCARILLE.
SCÈNE III.

J'incommode peut-être;

Mais je l'ai vue ailleurs, où m'ayant fait connaître
CÉLIE, LELIE, MASCARILLE.

Les grands talents qu'elle a pour savoir l'avenir,
LÉLIE.

Je voulais sur un point un peu l'entretenir.

TRUFALDIN
Ah! que le ciel m'oblige, en offrant à ma vue
Les célestes attraits dont vous êtes pourvue!

Quoi! te mêlerais-tu d'un peu de diablerie?

CÉLIE. Et quelque mal cuisant que m'aient causé vos yeux,

Non, tout ce que je sais n'est que blanche magie.
Que je prends de plaisir à les voir en ces lieux!

MASCARILLE.
CÉLIE.

Voici donc ce que c'est. Le maître que je sers
Mon coeur, qu'avec raison votre discours étonne,

Languit pour un objet qui le tient dans ses fers; N'entend pas que mes yeux fassent mal à personne;

Il aurait bien voulu du feu qui le dévore Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,

Pouvoir entretenir la beauté qu'il adore;
Je puis vous assurer que c'est sans mon congé.

Mais un dragon veillant sur ce rare trésor,
LÉLIE.

N'a pu , quoi qu'il ait fait, le lui permettre encor;
Ah! leurs coups sont trop beaux pour me faire une in-
Je mets toute ma gloire à chérir ma blessure, [jure! Il vient de découvrir un rival redoutable :

Et ce qui plus le gêne et le rend misérable,
Et...

Si bien que, pour savoir si ses soins amoureux
MASCARILLE.

Ont sujet d'espérer quelque succès heureux,
Vous le prenez là d'un ton un peu trop haut;

Je viens vous consulter, sûr que de votre bouche Ce style maintenant n'est pas ce qu'il nous faut.

Je puis apprendre au vrai le secret qui nous touche, Profitons mieux du temps, et sachons vite d'elle

CÉLIE.

Sous quel astre ton maître a-t-il reçu le jour?
TRUFALDIN,
dans sa maison.

MASCARILLE.
Célie!

Sous un astre à jamais ne changer son amour.
MASCARILLE à Lélie.

CÉLIE.
Eh bien !

Sans me nommer l'objet pour qui son caur soupire ,
LÉLIE.

La science que j'ai m'en peut assez instruire.
O rencontre cruelle!

Cette fille a du

ceur,

et dans l'adversité, Ce malheureux vieillard devait-il nous troubler?

Elle sait conserver une noble fierté;
MASCARILLE.

Elle n'est pas d'humeur à trop faire connaître
Allez, retirez-vous; je saurai lui parler.

Les secrets sentiments qu'en son cour on fait naître
SCÈNE IV.

Mais je les sais comme elle, et, d'un esprit plus doux,
Je vais en peu de mots vous les découvrir tous.

MASCARILLE.
TRUFALDIN, CÉLIE, LÉLIE, retiré dans un

O merveilleux pouvoir de la vertu magique!
coin; MASCARILLE.

CÉLIE.
TRUFALDIN à Célie.

Si ton maitre en ce point de constance se pique,
Que faites-vous dehors? et quel soin vous talonne, Et que la vertu seule anime son dessein,
Vous à qui je défends de parler à personne?

Qu'il n'appréhende pas de soupirer en vain;

liikei

Ce que...

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