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Il a lieu d'espérer, et le fort qu'il veut prendre Qu'il ne puisse acheter avant moi cette belle.
N'est pas sourd aux traités, et voudra bien se rendre. De peur que ma présence encor soit criminelle,
MASCARILLE.

Je te laisse.
C'est beaucoup; mais ce fort dépend d'un gouverneur

MASCARILLE,

seul. Difficile à gagner.

Fort bien. A dire vrai, l'argent
CÉLIE.

Serait dans notre affaire un sûr et fort agent :
C'est là tout le malheur.

Mais ce ressort manquant, il faut user d'un autre.
MASCARILLE, à part, regardant Lélie.
Au diable le fâcheux qui toujours nous éclaire!

SCÈNE VI.
CÉLIE.
Je vais vous enseigner ce que vous devez faire.

ANSELME, MASCARILLE.
LÉLIE, les joignant.
Cessez, ô Trufaldin, de vous inquiéter!

ANSELME.
C'est par mon ordre seul qu'il vous vient visiter, Par mon chef, c'est un siècle étrange que le nôtre !
Et je vous l'envoyais, ce serviteur fidèle,

J'en suis confus. Jamais tant d'amour pour le bien, Vous offrir mon service, et vous parler pour elle, Et jamais tant de peine à retirer le sien! Dont je vous veux dans peu payer la liberté,

Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie, Pourvu qu'entre nous deux le prix soit arrêté. Sont comme les enfants, que l'on conçoit en joie, MASCARILLE.

Et dont avecque peine on fait l'accouchement. La peste soit la bête !

L'argent dans une bourse entre agréablement; TRUFALDIN.

Mais le terme venu que nous devons le rendre, (dre Ho! ho! qui des deux croire? C'est lors que les douleurs commencent à nous pren Ce discours au premier est fort contradictoire. Baste! ce n'est pas peu que deux mille francs, dus MASCARILLE.

Depuis deux ans entiers, me soient enfin rendus ; Monsieur, ce galant homme a le cerveau blessé; Encore est-ce un bonheur. Ne le savez-vous pas?

MASCARILLE, à part les quatre premiers vers. TRUFALDIN.

O Dieu ! la belle proie. Je sais ce que je sai.

A tirer en volant ! Chut, il faut que je voie J'ai crainte ici dessous de quelque manigance. Si je pourrais un peu de près le caresser. (à Célie.)

Je sais bien les discours dont il le faut bercer... Rentréz, et ne prenez jamais cette licence.

Je viens de voir, Anselme... Et vous, filous fieffés, ou je me trompe fort,

ANSELME. Mettez, pour me jouer, vos flûtes mieux d'accord.

Et qui?

MASCARILLE.
SCÈNE V.

Votre Nérine.

ANSELME.
LÉLIE, MASCARILLE.

Que dit-elle de moi, cette gente assassiner ?
MASCARILLE.

MASCARILLE.
C'est bien fait. Je voudrais qu'encor, sans flatterie, Pour vous elle est de flamme.
Il nous eût d'un bâton chargés de compagnie.
A quoi bon se montrer, et, comme un étourdi,

Elie ?
Me venir démentir de tout ce que je di?

MASCARILLE.
LÉLIE.

Et vous aime tant, Je pensais faire bien.

Que c'est grande pitié.
MASCARILLE.
Oui, c'était fort l'entendre.

Que tu me rends content! Mais quoi! cette action ne me doit point surprendre:

MASCARILLE. Vous êtes si fertile en pareils contre-temps,

Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure. Que vos écarts d'esprit n'étonnent plus les gens. Anselme, mon mignon, crie-t-elle à toute heure, LÉLIE.

Quand est-ce que l'hymen unira nos deux cours, Ah!mon Dieu ! pour un rien me voilà bien coupable! Et que tu daigneras éteindre mes ardeurs ? Le mal est-il si grand qu'il soit irréparable? Enfin, si tu ne mets Célie entre mes mains,

I Gent, gente ne veut pas dire gentille. Ce mot exprime à la

fois la légèreté dans la taille, la propreté et l'élégance dans les Songe au moins de Léandre à rompre les desseins; vêtements. ( Voyez Nicor et LE DUCHAT.)

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ANSELME.

ANSELME.

à part.

ANSELME.

ANSELME. Mais pourquoi jusqu'ici me les avoir celées?

Adieu donc, Mascarille. Les filles, par ma foi, sont bien dissimulées !

MASCARILLE, Mascarille, en effet, qu'en dis-tu ? quoique vieux,

O longs discours !
J'ai de la mine encore assez pour plaire aux yeux.

ANSELME, revenant.
MASCARILLE.

Je veux
Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable; Régaler par tes mains cet objet de mes võux;
S'il n'est pas des plus beaux, il est des-agréable. Et je vais te donner de quoi faire pour elle
ANSELME.

L'achat de quelque bague, ou telle bagatelle
Si bien donc...

Que tu trouveras bon.
MASCARILLE veut prendre la bourse.

MASCARILLE.
Si bien donc qu'elle est sotte de vous,

Non, laissez votre argent : Ne vous regarde plus...

Sans vous mettre en souci, je ferai le présent;
ANSELME.

Et l'on m'a mis en main une bague à la mode,
Quoi ?

Qu'après vous payerez, si cela l'accommode.
MASCARILLE.

ANSELME.
Que comme un époux;

Soit; donne-la pour moi; mais surtout fais si bien Et vous veut...

Qu'elle garde toujours l'ardeur de me voir sien.
ANSELME.
Et me veut...

SCÈNE VII.
MASCARILLE.

Et vous veut, quoi qu'il tienne, LÉLIE, ANSELME, MASCARILLE.
Prendre la bourse...

LÉLIE , ramassant la bourse.
ANSELME.
La...

A qui la bourse ?

ANSELME.
MASCARILLE prend la bourse, et la laisse tomber.
La bouche avec la sienne.

Ah ! dieux ! elle m'était tombée !
ANSELME.

Et j'aurais après cru qu'on me l'eût dérobée ! Ah! je t'entends. Viens çà : lorsque tu la verras,

Je vous suis bien tenu de ce soin obligeant, [gent Vante-lui mon mérite autant que tu pourras.

Qui m'épargne un grand trouble et me rend mon arMASCARILLE.

Je vais m'en décharger au logis tout à l'heure.
Laissez-moi faire.

SCÈNE VIII.
ANSELME.
Adieu.

LÉLIE, MASCARILLE.
MASCARILLE , à part.
Que le ciel te conduise !

MASCARILLE.
ANSELME, revenant.

C'est être officieux, et très-fort, ou je meure.
Ah ! vraiment, je faisais une étrange sottise,

LÉLIE. Et tu pouvais pour toi m'accuser de froideur. Ma foi! sans moi, l'argent était perdu pour lui. Je t'engage à servir mon amoureuse ardeur,

MASCARILLE.
Je reçois par ta bouche une bonne nouvelle, Certes, vous faites rage, et payez aujourd'hui
Sans du moindre présent récompenser ton zèle ! D'un jugement très-rare et d'un bonheur extrême;
Tiens, tu te souviendras...

Nous avancerons fort, continuez de même.
MASCARILLE.

LÉLIE.
Ah! non pas, s'il vous plait. Qu'est-ce donc ? Qu'ai-je fait ?

MASCARILLE.
Laisse-moi...

Le sot, en bon françois,
MASCARILLE.

Puisque je puis le dire, et qu'enfin je le dois.
Point du tout. J'agis sans intérêt. Il sait bien l'impuissance ou son père le laisse; (presse.
ANSELME.

Qu'un rival qu'il doit craindre étrangement nous Je le sais; mais pourtant...

Cependant, quand je tente un coup pour l'obliger, MASCARILLE.

Dont je cours moi tout seul la honte et le danger... Non, Anselme, vous dis-je;

LÉLIE. Je suis homme d'honneur, cela me désoblige. 1 Quoi! c'était...

ANSELME.

MASCARILLE.

مراہ

111

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MASCARILLE.

MASCARILLE.

Et l'on nous voit sans cesse avoir maille à partir', Oui, bourreau, c'était pour la captive A l'heure même encor nous avons eu querelle Que j'attrapais l'argent dont votre soin nous prive. Sur l'hymen d'Hippolyte, où je le vois rebelle LÉLIE.

Où, par l'indignité d'un refus criminel, S'il est ainsi , j'ai tort; mais qui l'eût devine? Je le vois offenser le respect paternel.

PANDOLFE.
Il fallait, en effet, être bien raffiné!

Querelle ?
LÉLIE.

MASCARILLE.
Tu me devais par signe avertir de l'affaire.

Oui, querelle, et bien avant poussée. MASCARILLE.

PANDOLFE. Oui, je devais au dos avoir mon luminaire.

Je me trompais donc bien ; car j'avais la pensée Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos,

Qu'à tout ce qu'il faisait tu donnais de l'appui. Et ne nous chantez plus d'impertinents propos !

MASCARILLE.
Un autre , après cela, quitterait tout peut-être; Moi ? Voyez ce que c'est que du monde aujourd'hui,
Mais j'avais médité tantôt un coup de maître, Et comme l'innocence est toujours opprimée !
Dont tout présentement je veux voir les effets ; Si mon intégrité vous était confirmée,
A la charge que si...

Je suis auprès de lui gagé pour serviteur,
LÉLIE.

Vous me voudriez encor payer pour précepteur:
Non, je te le promets,

Oui, vous ne pourriez pas lui dire davantage De ne me mêler plus de rien dire ou rien faire. Que ce que je lui dis pour le faire être sage. MASCARILLE.

Monsieur, au nom de Dieu, lui fais-je assez souvent, Allez donc; votre vue excite ma colère.

Cessez de vous laisser conduire au premier vent; LÉLIE.

Réglez-vous; regardez l'honnête homme de père Mais surtout håte-toi, de peur qu'en ce dessein... Que vous avez du ciel, comme on le considère;

Cessez de lui vouloir donner la mort au cour, Allez, encore un coup; j'y vais mettre la main. Et, comme lui, vivez en personne d'honneur. (Lélie sort.)

PANDOLFE. Menons bien ce projet; la fourbe sera fine,

C'est parler comme il faut. Et que peut-il répondre ? S'il faut qu'elle succède ainsi que j'imagine.

L.

MASCARILLE. Allons voir... Bon, voici mon homme justement. Répondre? Des chansons dont il me vient confondre.

Ce n'est pas qu'en effet , dans le fond de son cour, SCÈNE IX.

Il ne tienne de vous des semences d'honneur,

Mais sa raison n'est pas maintenant la maîtresse.
PANDOLFE, MASCARILLE.

Si je pouvais parler avecque hardiesse,
Vous le verriez dans peu soumis sans nul effort.

PANDOLFE.
PANDOLFE.
Mascarille !

Parle.
MASCARILLE.

MASCARILLE.
Monsieur.

C'est un secret qui m'importerait fort

"S'il était découvert; mais à votre prudence
PANDOLFE.
A parler franchement,

Je le puis confier avec toute assurance.

PANDOLFE.
Je suis mal satisfait de mon fils.

Tu dis bien.
MASCARILLE.

MASCARILLE.
De mon maître ?
Vous n'êtes pas le seul qui se plaigne de l'être :

Sachez donc que vos voeux sont trahis Sa mauvaise conduite, insupportable en tout,

Par l'amour qu'une esclave imprime à votre fils. Met à chaque moment ma patience à bout.

Avoir maille à partir, c'est-à-dire à se partager, du latin PANDOLFE.

partiri. La maille était une petite monnaie de si peu de valeur Je vous croyais pourtant assez d'intelligence qu'elle ne pouvait être divisée. De là le proverbe avoir maille Ensemble.

à partir , se disputer sur un partage impossible, et par exten

sion, avoir une dispute interminable. Ménage dit que cette monMASCARILLE.

naie était ainsi appelée du vieux mot français maille, qui signiMoi, monsieur ! perdez cette croyance;

fie figure carrée, parce que la maille avait cette forme. N'avoir

ni denier ni maille, signifiait autrefois n'avoir aucune sorte de Toujours de son devoir je tâche à l'avertir,

monnaie, ni ronde ni carrée.

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PANDOLFE.

Et cependant ici tu fais tout le contraire !
On m'en avait parlé; mais l'action me touche Mais tu t'abuseras; je sais un sûr moyen
De voir que je l'apprenne encore par ta bouche. Pour rompre cet achat où tu pousses si bien;
MASCARILLE.

de terre Et je vais de ce pas... Vous voyez si je suis le secret confident...

MASCARILLE.
PANDOLFE.

Ah ! que vous êtes prompte !
Vraiment je suis ravi de cela.

La mouche tout d'un coup à la tête vous monte',
MASCARILLE.

Et sans considérer s'il a raison ou non,
Cependant

Votre esprit contre moi fait le petit démon.
A son devoir, sans bruit, désirez-vous le rendre ? J'ai tort, et je devrais, sans finir mon ouvrage,
Il faut... J'ai toujours peur qu'on nous vienne surpren- Vous faire dire vrai, puisqu'ainsi l'on m'outrage.
Ce serait fait de moi , s'il savait ce discours. [dre:

HIPPOLYTE.
Il faut, dis-je, pour rompre à toute chose cours, Par quelle illusion penses-tu m'éblouir ?
Acheter sourdement l'esclave idolâtrée,

Traître, peux-tu nier ce que je viens d'ouïr ?
Et, la faire passer en une autre contrée.

MASCARILLE. Anselme a grand accès auprès de Trufaldin;

Non. Mais il faut savoir que tout cet artifice Qu'il aille l'acheter pour vous dès ce matin :

Ne va directement qu'à vous rendre service, Après, si vous voulez en mes mains la remettre, Que ce conseil adroit , qui semble être sans fard , Je connais des marchands , et puis bien vous promet- Jette dans le panneau l'un et l'autre vieillarda; D'en retirer l'argent qu'elle pourra coûter, (tre

Que mon soin par leurs mains ne veut avoir Célie
Et, malgré votre fils, de la faire écarter;

Qu'à dessein de la mettre au pouvoir de Lélie;
Car enfin, si l'on veut qu'à l'hymen il se range, Et faire que, l'effet de cette invention
A cet amour naissant il faut donner le change; Dans le dernier excès portant sa passion,
Et de plus, quand bien même il serait résolu , Anselme, rebuté de son prétendu gendre,
Qu'il aurait pris le joug que vous avez voulu, Puisse tourner son choix du côté de Léandre.
Cet autre objet pouvant réveiller son caprice,

HIPPOLYTE.
Au mariage encor peut porter préjudice.

Quoi ! tout ce grand projet, qui m'a mise en courroux, PANDOLFE.

Tu l'as formé pour moi , Mascarille ? C'est très-bien raisonner; ce conseil me plait fort...

MASCARILLE. Je vois Anselme; va, je m'en vais faire effort

Oui, pour vous. Pour avoir promptement cette esclave funeste, Mais puisqu'on reconnaît si mal mes bons offices; Et la mettre en tes mains pour achever le reste. Qu'il me faut de la sorte essuyer vos caprices, MASCARILLE, seul.

Et que, pour récompense, on s'en vient, de hauteur, Bon; allons avertir mon maître de ceci.

Me traiter de faquin, de lâche, d'imposteur, Vive la fourberie, et les fourbes aussi ! eine

Je m'en vais réparer l'erreur que j'ai commise, Us

Et dès ce même pas rompre mon entreprise.
SCÈNE X.

HIPPOLYTE, l'arrélant.

Eh ! ne me traite pas si rigoureusement,
HIPPOLYTE, MASCARILLE.

Et pardonne aux transports d'un premier mouvement.
HIPPOLYTE.

MASCARILLE. Oui , traître, c'est ainsi que tu me rends service!

Non, non, laissez-moi faire; il est en ma puissance Je viens de tout entendre, et voir ton artifice :

De détourner le coup qui si fort vous offense. A moins que de cela, l'eussé-je soupçonné ?

Vous ne vous plaindrez point de mes soins désormais; Tu couches d'imposture', et tu m'en as donné.

Oui, vous aurez mon maître, et je vous le promets. Tu m'avais promis, lache, et j'avais lieu d'attendre

HIPPOLYTE. Qu'on te verrait servir mes ardeurs pour Léandre;

Eh ! mon pauvre garçon, que ta colère cesse ! Que du choix de Lélie, où l'on veut m'obliger, Ton adresse et tes soins sauraient me dégager; "Imitation du proverbe italien : salir le mosche al naso. On Que tu m'affranchirais du projet de mon père :

dit proverbialement en français', qu'un homme est tendre aux mouches, qu'il prend la mouche, que la mouche le pique, pour

exprimer qu'll est trop susceptible, qu'il se fache mal à propos. Coucher d'imposture, pour payer de ruses, de mensonges. (B.) Cette manière de s'exprimer, dit Voltaire, n'est plus admise : > On appelle panneau un filet à prendre des lièvres, des laelle vient du jeu. On disait : couché de vingt pistoles, de trente pins, etc. De là les expressions proverbiales donner, se jeter, pistoles, couché belle.

et jeter quelqu'un dans le panneau. (A.)

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MASCARILLE.

MASCARILLE.

a

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HIPPOLYTE.

J'ai mal jugé de toi , j'ai tort, je le confesse.

Entre mes propres mains on la devait livrer; (tirant sa bourse.)

Et vos soins endiablés nous en viennent sevrer. Mais je veux réparer ma faute avec ceci

Et puis pour votre amour je m'emploierais encore !
Pourrais-tu te résoudre à me quitter ainsi?

J'aimerais mieux cent fois être grosse pécore
MASCARILLE.

Devenir cruche, chou, lanterne, loup-garou,
Non, je ne le saurais, quelque effort que je fasse; Et que monsieur Satan vous vînt tordre le cou.
Mais votre promptitude est de mauvaise grâce.

LÉLIE, seul.
Apprenez qu'il n'est rien qui blesse un noble cour Il nous le faut mener en quelque hôtellerie,
Comme quand il peut voir qu'on letouche en l'honneur. Et faire sur les pots décharger sa furie.

HIPPOLYTE.
Il est vrai, je t'ai dit de trop grosses injures :
Mais que ces deux louis guérissent tes blessures.

ACTE SECOND.
Eh! tout cela n'est rien; je suis tendre à ces coups.
Mais déjà je commence à perdre mon courroux;
Il faut de ses amis endurer quelque chose.

SCÈNE PREMIÈRE.
HIPPOLYTE.
Pourras-tu mettre à fin ce que je me propose,

LÉLIE, MASCARILLE.
Et crois-tu que l'effet de tes desseins hardis
Produise à mon amour le succès que tu dis?

A vos désirs enfin il a fallu se rendre :
MASCARILLE.

Malgré tous mes serments, je n'ai pu m'en défendre,
N'ayez point pour ce fait l'esprit sur des épines.
J'ai des ressorts tout prêts pour diverses machines ; En de nouveaux périls viens de m'embarrasser.

Et pour vos intérêts, que je voulais laisser, Et quand ce stratagème à nos vaux manquerait,

Je suis ainsi facile; et si de Mascarille Ce qu'il ne ferait pas, un autre le ferait.

Madame la nature avait fait une fille,

Je vous laisse à penser ce que ç'aurait été. Crois qu'Hippolyte au moins ne sera pas ingrate.

Toutefois n'allez pas, sur cette sûreté,

Donner de vos revers au projet que je tente, L'espérance du gain n'est pas ce qui me satte.

Me faire une bévue, et rompre mon attente.

Auprès d'Anselme encor nous vous excuserons, Ton maître te fait signe, et veut parler à toi :

Pour en pouvoir tirer ce que nous désirons;
Je te quitte; mais songe à bien agir pour moi.

Mais si dorénavant votre imprudence éclate,
SCÈNE XI.

Adieu, vous dis, mes soins pour l'objet qui vous satte.

LÉLIE.
LÉLIE, MASCARILLE.

Non, je serai prudent, te dis-je, ne crains rien :

Tu verras seulement...
LÉLIE.

MASCARILLE.
Que diable fais-tu là? Tu me promets merveille;

Souvenez-vous-en bien,
Mais ta lenteur d'agir est pour moi sans pareille. J'ai commencé pour vous un hardi stratagème.
Sans que mon bon génie au-devant m'a poussé, Votre père fait voir une paresse extrême
Déjà tout mon bonheur eût été renversé.

A rendre par sa mort tous vos désirs contents;
C'était fait de mon bien, c'était fait de ma joie, Je viens de le tuer ( de parole, j'entends ) :
D'un regret éternel je devenais la proie;

Je fais courir le bruit que d'une apoplexie
Bref, si je ne me fusse en ces lieux rencontré, Le bon homme surpris a quitté cette vie.
Anselme avait l'esclave, et j'en étais frustré; Mais avant, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,
Il l'emmenait chez lui : mais j'ai paré l'atteinte, J'ai fait que vers sa grange il a porté ses pas;
J'ai détourné le coup, et tant fait que, par crainte, On est venu lui dire, et par mon artifice,
Le pauvre Trufaldin l'a retenue.

Que les ouvriers qui sont après son édifice,

Parmi les fondements qu'ils en jettent encor,
Et trois :

Avaient fait par hasard rencontre d'un trésor.
Quand nous serons à dix, nous ferons une croix. Il a volé d'abord ; et comme à la campagne [pagne,
C'était par mon adresse, ô cervelle incurable, Tout son monde à présent, hors nous deux, l'accom-
Qu'Anselme entreprenait cet achat favorable; Dans l'esprit d'un chacun je le tue aujourd'hui,

MASCARILLE.

HIPPOLYTE.

1

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MASCARILLE.

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