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Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde;

ÉLIANTE. A force de façons, il assomme le monde;

Il prend soin d'y servir des mets fort délicats. Sans cesse il a tout bas, pour rompre l'entretien,

CÉLIMÈNE. Un secret à vous dire, et ce secret n'est rien ; Oui; mais je voudrais bien qu'il ne s'y servit pas : De la moindre vétille il fait une merveille,

C'est un fort méchant plat que sa sotte personne, Et, jusques au bonjour, il dit tout à l'oreille. Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne. ACASTE.

PHILINTE.
Et Géralde, madame?

On fait assez de cas de son oncle Damis;
CÉLIMÈNE.

Qu'en dites-vous, madame?
O l'ennuyeux conteur!

CÉLIMÈNE.
Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur;

Il est de mes amis. Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse,

PHILINTE Et ne cite jamais que duc, prince, ou princesse. Je le trouve honnête homme, et d'un air assez sage. La qualité l'entête, et tous ses entretiens

CÉLIMÈNE. Ne sont que de chevaux, d'équipage, et de chiens : Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage, Il tutoie, en parlant, ceux du plus haut étage, Il est guindé sans cesse, et dans tous ses propos, Et le nom de monsieur est chez lui hors d'usage. On voit qu'il se travaille à dire de bons mots. CLITANDRE.

Depuis que dans la tête il s'est mis d'être habile, On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien.

Rien ne touche son goût, tant il est difficile.
CÉLIMÈNE.

Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit
Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien ! Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit,
Lorsqu'elle vient

voir, je souffre le martyre; Que c'est être savant que trouver à redire, Il faut suer sans cesse à chercher que lui dire; Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire, Et la stérilité de son expression

Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps, Fait mourir à tous coups la conversation.

Il se met au-dessus de tous les autres gens. En vain, pour attaquer son stupide silence,

Aux conversations même il trouve à reprendre, De tous les lieux communs vous prenez l'assistance; Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre; Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud, Et, les deux bras croisés , du haut de son esprit Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt. Il regarde en pitié tout ce que chacun dit. Cependant sa visite, assez insupportable,

ACASTE.
Traîne en une longueur encore épouvantable; Dieu me damne! voilà son portrait véritable.
Et l'on demande l'heure, et l'on bâille vingt fois,

CLITANDRE, à Célimène.
Qu'elle grouille aussi peu qu'une pièce de bois. Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.
ACASTE.

ALCESTE. Que vous semble d’Adraste?

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour; CÉLIMÈNE.

Vous n'en épargnez point , et chacun a son tour : Ah! quel orgueil extrême ! Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre, C'est un homme gonflé de l'amour de soi-même. Qu'on ne vous voie en hâte aller à sa rencontre, Son mérite jamais n'est content de la cour;

Lui présenter la main, et d'un baiser flatteur Contre elle il fait métier de pester chaque jour;

Appuyer les serments d'être son serviteur. Et l'on ne donne emploi, charge ni bénéfice,

CLITANDRE.

[blesse, Qu'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.

Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous CLITANDRE.

Il faut que le reproche à madame s'adresse.

ALCESTE.
Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'hui
Nos plus honnêtes gens, que dites-vous de lui?

Non, morbleu! c'est à vous; et vos ris complaisauts
CÉLIMÈNE.

Tirent de son esprit tous ces traits médisants. Que de son cuisinier il s'est fait un mérite,

Son humeur satirique est sans cesse nourrie
Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite.

Par le coupable encens de votre flatterie;
Et son coeur à railler trouverait moins d'appas,

S'il avait observé qu'on ne l'applaudit pas. * Vieux mot qui signifie remuer. Il était fort usité alors ; c'est C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre au moins ce qu'on peut conclure du passage suivant de Ménage : Des vices où l'on voit les humains se répandre. NOUS DISONS je ne puis me grouiller, pour dire je ne puis me remuer. Moliére l'a encore employé dans le Bourgeois gentil- | Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand ,

PHILINTE. homme. Il a vieilli.

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ALCESTE.

Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend ?

ÉLIANTE.
CÉLIMÈNE.

L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise? Et l'on voit les amants toujours vanter leur choix.
A la commune voix veut-on qu'il se réduise, Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux

Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable;
L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux?

Ils comptent les défauts pour des perfections,
Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire : Et savent y donner de favorables noms.

y
Il prend toujours en main l'opinion contraire, La pâle est au jasmin en blancheur comparable;
Et penserait paraître un homme du commun, La noire à faire peur, une brune adorable;
Si l'on voyait qu'il fût de l'avis de quelqu'un. La maigre a de la taille et de la liberté;
L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes, La grasse est, dans son port, pleine de majesté;
Qu'il prend contre lui-même assez souvent les armes; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui, Est mise sous le nom de beauté négligée;
Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui. La géante paraît une déesse aux yeux;
ALCESTE.

La naine, un abrégé des merveilles des cieux;
Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire; L'orgueilleuse a le cæur digne d'une couronne;
Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne;
PHILINTE.

La trop grande parleuse est d'agréable humeur;
Mais il est véritable aussi que votre esprit

Et la muette garde une honnête pudeur.
Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit;

C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême
Et que, par un chagrin que lui-même il avoue, Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime'.
Il ne saurait souffrir qu'on blâme ni qu’on loue.
ALCESTE.

Et moi, je soutiens, moi...
C'est que jamais, morbleu! les hommes n'ont raison,

CÉLIMÈNE.
Que le chagrin contre eux est toujours de saison,

Brisons là ce discours,
Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Et dans la galerie allons faire deux tours.
Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

Quoi ! vous vous en allez, messieurs ?
CÉLIMÈNE.

CLITANDRE et ACASTE.
Mais...

Non pas, madama. ALCESTE.

ALCESTE. Non, madame, non, quand j'en devrais mourir, La peur de leur départ occupe fort votre âme. Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Sortez quand vous voudrez, messieurs, mais j'avertis Et l'on a tort ici de nourrir dans votre âme a

Que je ne sors qu'après que vous serez sortis.
Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâme.

ACASTE.
CLITANDRE.

A moins de voir madame en être importunée,
Pour moi, je ne sais pas; mais j'avoúrai tout haut Rien ne m'appelle ailleurs de toute la journée.
Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

CLITANDRE.
ACASTE.

Moi, pourvu que je puisse être au petit couché,
De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue; Je n'ai point d'autre affaire où je sois attaché.
Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

CÉLIMÈNE, à Alceste.
ALCESTE.

C'est pour rire , je crois.
Ils frappent tous la mienne; et, loin de m'en cacher,

ALCESTE. Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.

Non, en aucune sorte.
| Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte; Nous verrons si c'est moi que vous voudrez qui sorte.
A ne rien pardonner le pur amour éclate :

SCÈNE VI.
Et je bannirais, moi , tous ces lâches amants
Que je verrais soumis à tous mes sentiments, ALCESTE, CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ACASTE,
Et dont, à tout propos, les molles complaisances

PHILINTE, CLITANDRE, BASQUE.
Donneraient de l'encens à mes extravagances.
CÉLIMÈNE.

BASQUE , à Alceste.
Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cæurs,

Monsieur, un homme est là qui voudrait vous parler
On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs,
Et du parfait amour mettre l'honneur suprême

i Ce morceau charmant est tout ce qui nous reste d'une tra,

duction de Lucrèce en prose et en vers, que Molière avait achie A bien injurier les personnes qu'on aime.

vée, et dont il brûla le manuscrit.

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LE GARDE.

Pour affaire, dit-il, qu'on ne peut reculer.

| Je ne me dédis point de ce que j'en ai dit. ALCESTE.

Je les trouve méchants. Dis-lui que je n'ai point d'affaires si pressées.

PHILINTE.

Mais d'un plus doux esprit...
BASQUE.

ALCESTE.
Il porte une jaquette à grand' basques plissées,
Ave: du dor dessus'.

Je n'en démordrai point, les vers sont exécrables.

PHILINTE.
CÉLimène, à Alceste.

Vous devez faire voir des sentiments traitables.
Allez voir ce que c'est,

Allons, venez. Ou bien faites-le entrer.

ALCESTE.

J'irai; mais rien n'aura pouvoir SCÈNE VII.

De me faire dédire.

PHILINTE. ALCESTE, CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ACASTE,

Allons vous faire voir. PHILINTE, CLITANDRE, UN GARDE DE LA

ALCESTE. MARÉCHAUSSÉE.

Hors qu'un commandement exprès du roi me vienne

De trouver bons les vers dont on se met en peine, ALCESTE, allant au-devant du garde. Jesoutiendrai toujours, morbleu! qu'ils sont mauvais,

Qu'est-ce donc qu'il vous plaît? | Et qu'un homme est pendable après les avoir faits. Venez, monsieur.

(à Clitandre et à Acaste, qui rient.)

Par la sambleu! messieurs, je ne croyais pas être
Monsieur, j'ai deux mots à vous dire. Si plaisant que je suis.
ALCESTE.

CÉLIMÈNE.
Vous pouvez parler haut, monsieur, pour m'en ins-

Allez vite paraître
LE GARDE.

(truire. Où vous devez. Messieurs les maréchaux, dont j'ai commandement,

ALCESTE. Vous mandent de venir les trouver promptement,

J'y vais, madame; et sur mes pas Monsieur.

Je reviens en ce lieu pour vider nos débats.
ALCESTE.
Qui? moi, monsieur?

LE GARDE.

Vous-même.
ALCESTE.

Et pourquoi faire ?
PHILINTE, à Alceste.

SCÈNE PREMIÈRE.
C'est d'Oronte et de vous la ridicule affaire.
CÉLIMÈNE, à Philinte.

CLITANDRE, ACASTE.
Comment?
PHILINTE.

CLITANDRE.
Oronte et lui se sont tantôt bravés Cher marquis, je te vois l'âme bien satisfaite;
Sur certains petits vers qu'il n'a pas approuvés; Toute chose t'égaie, et rien ne t'inquiète.
Et l'on veut assoupir la chose en sa naissance. En bonne foi, crois-tu , sans téblouir les yeux,
ALCESTE.

Avoir de grands sujets de paraître joyeux ? Moi, je n'aurai jamais de lâche complaisance.

Parbleu! je ne vois pas , lorsque je m'examine, Mais il faut suivre l'ordre : allons, disposez-vous. Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine. ALCESTE.

J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison Quel accommodement veut-on faire entre nous ? Qui se peut dire noble avec quelque raison; La voix de ces messieurs me condamnera-t-elle Et je crois, par le rang que me donne ma race, A trouver bons les vers qui font notre querelle? Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe.

Pour le cœur , dont surtout nous devons faire cas, · C'est ici la peinture de l'uniforme d'usage pour les exempts On sait, sans vanité, que je n'en manque pas; des maréchaux. Aujourd'hui ce détail devient superflu, puisqu'un seul båton à pomme d'ivoire distingue celui qui est chargé

Et l'on m'a vu pousser dans le monde une affaire de ce rôle. (B.)

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière.

ACTE TROISIÈME.

ACASTE.

PHILINTE.

ACASTE.

ACASTE.

Pour de l'esprit, j'en ai, sans doute et du bon goût,
A juger sans étude et raisonner de tout,

Je m'aveugle.
A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,

CLITANDRE. Figure de savant sur les bancs du théâtre',

En as-tu des preuves qui soient sûres. Y décider en chef, et faire du fracas

ACASTE.
A tous les beaux endroits qui méritent des has ! Je m'abuse, te dis-je.
Je suis assez adroit; j'ai bon air, bonne mine,

CLITANDRE.
Les dents belles surtout, et la taille fort fine.

Est-ce que de ses veux
Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter, Célimène t'a fait quelques secrets aveux?
Qu'on serait mal venu de me le disputer.
Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être, Non, je suis maltraité.
Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître.

CLITANDRE.
Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi

Réponds-inoi, je te prie. Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.

ACASTE.
CLITANDRE.

Je n'ai que des rebuts.
Oui. Mais trouvant ailleurs des conquêtes faciles,

CLITANDRE.
Pourquoi pousser ici des soupirs inutiles ?

Laissons la raillerie,
ACASTE.

Et me dis quel espoir on peut t'avoir donné
Moi? Parbleu! je ne suis de taille ni d'humeur

ACASTE. A pouvoir d'une belle essuyer la froideur.

Je suis le misérable, et toi le fortuné; C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires,

On a pour ma personne une aversion grande, A brûler constamment pour des beautés sévères,

Et quelqu'un de ces jours il faut que je me pende. A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs,

CLITANDRE. A chercher le secours des soupirs et des pleurs,

Oh! ça, veux-tu , marquis, pour ajuster nos võux, Et tâcher , par des soins d'une très-longue suite,

Que nous tombions d'accord d'une chose tous deux; D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite. Mais les gens de mon air , marquis, ne sont pas faits Que qui pourra montrer une marque certaine

D'avoir meilleure part au cæur de Célimène, Pour aimer à crédit, et faire tous les frais.

L'autre ici fera place au vainqueur prétendu,
Quelque rare que soit le mérite des belles,

Et le délivrera d'un rival assidu?
Je pense, Dieu merci, qu’on vaut son prix comme elles ;
Que, pour se faire honneur d'un cour comme le mien, Ah! parbleu , tu me plais avec un tel langage,

ACASTE.
Ce n'est pas la raison qu'il ne leur coûte rien;
Et qu'au moins, à tout mettre en de justes balances, Et, du bon de mon cæur, à cela je m'engage.
Il faut qu'à frais communs se fassent les avances.

chut.
CLITANDRE.

SCÈNE II. Tu penses donc, marquis , être fort bien ici?

CÉLIMÈNE, ACASTE, CLITANDRE. . | J'ai quelque lieu, marquis, de le penser ainsi. CLITANDRE.

CÉLIMÈNE. Crois-moi, détache-toi de cette erreur extrême :

Encore ici ?
Tu te flattes, mon cher, et t'aveugles toi-même.

CLITANDRE.
ACASTE.

L'amour retient nos pas. Il est vrai, je me flatte et m'aveugle en effet.

CÉLIMÈNE.
CLITANDRE.

Je viens d'ouïr entrer un carrosse là-bas.
Mais qui te fait juger ton bonheur si parfait?

Savez-vous qui c'est ?
ACASTE.

CLITANDRE.
Je me Alatte.

Non.
CLITANDRE.
Sur quoi fonder tes conjectures ?

SCÈNE III.

CÉLIMENE, ACASTE, CLITANDRE, · Les jeunes seigneurs se plaçaient autrefois sur le théâtre; et ce voisinage, loin de gêner Molière, le forçait sans doute à

BASQUE. donner plus de vérité à ses peintures. Ainsi le public avait le plaisir de contempler en même temps et les originaux et les co

BASQUE. pies.

Arsinoé, madame,

Mais,

ACASTE.

Monte ici pour vous voir.

Madame, l'amitié doit surtout éclater
CÉLIMÈNE.

Aux choses qui le plus nous peuvent importer;
Que me veut cette femme? Et comme il n'en est point de plus grande importance
BASQUE.

Que celles de l'honneur et de la bienséance,
Éliante là-bas est à l'entretenir.

Je viens, par un avis qui touche votre honneur, CÉLIMÈNE.

Témoigner l'amitié que pour vous a mon cæur. De quoi s'avise-t-elle, et qui la fait venir?

Hier j'étais chez des gens de vertu singulière,
ACASTE.

Où sur vous du discours on tourna la matière;
Pour prude consommée en tous lieux elle passe, Et là, votre conduite avec ses grands éclats,
Et l'ardeur de son zèle...

Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas.
CÉLIMÈNE.

Cette foule de gens dont vous souffrez visite,
Oui, oui, franche grimace. Votre galanterie, et les bruits qu'elle excite,
Dans l'âme elle est du monde; et ses soins tentent tout Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'aurait fallu,
Pour accrocher quelqu'un sans en venir à bout. Et bien plus rigoureux que je n'eusse voulu.
Elle ne saurait voir qu'avec un weil d'envie

Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre; Les amants déclarés dont une autre est suivie; Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre; Et son triste mérite, abandonné de tous,

Je vous excusai fort sur votre intention, Contre le siècle aveugle est toujours en courroux.

Et voulus de votre âme être la caution. Elle tâche à couvrir d'un faux voile de prude

Mais vous savez qu'il est des choses dans la vie Ce que chez elle on voit d'affreuse solitude;

Qu'on ne peut excuser, quoiqu'on en ait envie; Et pour sauver l'honneur de ses faibles appas,

Et je me vis contrainte à demeurer d'accord Elle attache du crime au pouvoir qu'ils n'ont pas.

Que l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort; Cependant un amant plairait fort à la dame,

Qu'il prenait dans le monde une méchante face; Et même pour Alceste elle a tendresse d'âme. Qu'il n'est conte fâcheux que partout on n'en fasse; Ce qu'il me rend de soins outrage ses attraits;

Et que, si vous vouliez, tous vos déportements Elle veut que ce soit un vol que je lui fais;

Pourraient moins donner prise aux mauvais jugeEt son jaloux dépit, qu'avec peine elle cache, Non que j'y croie au fond l'honnêteté blessée; (ments. En tous endroits sous main contre moi se détache.

Me préserve le ciel d'en avoir la pensée ! Enfin je n'ai rien vu de si sot à mon gré :

Mais aux ombres du crime on prête aisément foi, Elle est impertinente au suprême degré,

Et ce n'est pas assez de bien vivre pour soi.
Et...

Madame, je vous crois l'âme trop raisonnable
SCÈNE IV.

Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,

Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
ARSINOE, CÉLIMÈNE, CLITANDRE,

D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.
ACASTE.

CÉLIMÈNE.

Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre; CÉLIMÈNE

Un tel avis m'oblige; et loin de le mal prendre, Ah! quel heureux sort en ce lieu vous amène ?

J'en prétends reconnaître à l'instant la faveur
Madame, sans mentir, j'étais de vous en peine.

Par un avis aussi qui touche votre honneur;
ARSINOÉ.

Et comme je vous vois vous montrer mon amie, Je viens pour quelque avis que j'ai cru vous devoir.

En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie, CÉLIMÈNE.

Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux, Ah! mon Dieu! que je suis contente de vous voir!

En vous avertissant de ce qu'on dit de vous. (Clitandre et Acaste sortent en riant.) En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite, SCÈNE V.

Je trouvai quelques gens d'un très-rare mérite,

Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien,
ARSINOE, CÉLIMÈNE.

Firent tomber sur vous, madame, l'entretien.
Là, votre pruderie et vos éclats de zèle

Ne furent pas cités comme un fort bon modèle,
Leur départ ne pouvait plus à propos se faire. Cette affectation d'un grave extérieur,
CÉLIMÈNE.

Vos discours éternels de sagesse et d'honneur,
Voulons-nous nous asseoir ?

Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence
ARSINOÉ.

Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence,
Il n'est pas nécessaire. Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous,

ARSINOÉ.

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