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ARGAN.

TROISIÈME INTERMÈDE. Comment, tout à l'heure ? BÉRALDE.

C'est une cérémonie burlesque d'un homme qu'on fait médecin Oui, et dans votre maison.

en récit, chant, et danse. Plusieurs tapissiers viennent préARGAN.

parer la salle et placer les bancs en cadence. Ensuite de quoi

toute l'assemblée, composée de huit porte-seringues, six apoDans ma maison !

thicaires, vingt-deux docteurs, et celui qui se fait recevoir BÉRALDE.

médecin, huit chirurgiens dansants , et deux chantants, enOui. Je connais une faculté de mes amies, qui trent, et prennent place, chacun selon son rang. viendra tout à l'heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.

PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET.
ARGAN.
Mais moi, que dire? que répondre?

PRÆSES.
BÉRALDE.

Savantissimi doctores,
On vous instruira en deux mots, et l'on vous don-

Medicinæ professores , nera par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous

Qui hic assemblati estis : en vous mettre en habit décent. Je vais les envoyer

Et vos altri messiores,

Sententiarum facultatis querir.

Fideles executores,
ARGAN.

Chirurgiani et apothicari,
Allons, voyons cela.

Atque tota compania aussi,

Salus, honor et argentum,
SCÈNE XXIII.

Alque bonum appetitum.
BÉRALDE, ANGÉLIQUE, CLÉANTE,

Non possum, docti confreri,
TOINETTE.

En moi satis admirari

Qualis bona in ventio
CLÉANTE.

Est medici professio;

Quàm bella chosa est et benè trovata , Que voulez-vous dire? et qu'entendez-vous avec

Medicina illa benedicta, cette faculté de vos amies?

Quæ, suo nomine solo,
TOINETTE.

Surprenanti miraculo,
Quel est donc votre dessein?

Depuis si longo tempore,
BÉRALDE.

Facit à gogo vivere
De nous divertir un peu ce soir. Les comédiens

Tant de gens omni genere. ont fait un petit intermède de la réception d'un mé

Per totam terram videmus decin, avec des danses et de la musique; je veux que

Grandam vogam ubi sumus; nous en prenions ensemble le divertissement, et que

Et quod grandes et petiti mon frère y fasse le premier personnage.

Sunt de nobis infatuti.
ANGÉLIQUE.

Tolus mundus, currens ad nostros remedios ,
Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez

Nos regardat sicut deos; un peu beaucoup de mon père.

Et nostris ordonnanciis
BÉRALDE.

Principes et reges soumissos videtis.
Mais, ma nièce, ce n'est pas tant le jouer, que

Doncque il est nostræ sapientiæ, s'accommoder à ses fantaisies. Tout ceci n'est qu'en

Boni sensus atque prudentiæ, tre nous. Nous y pouvons aussi prendre chacun un

De fortement travaillare personnage, et nous donner ainsi la comédie les uns

A nos benè conservare aux autres. Le carnaval autorise cela. Allons vite In tali credito, vogâ et honore; préparer toutes choses.

Et prendere gardam à non recevere,
CLÉANTE, à Angélique.

In nostro docto corpore,
Y consentez-vous ?

Quàm personas capabiles,

Et totas dignas remplire
ANGÉLIQUE.

Has placas honorabiles.
Oui, puisque mon oncle nous conduit.

C'est pour cela que nunc convocati estis;

Et credo quod trovabitis

Dignam matieram medici
In sayanti homine que voici;

Lequel, in chosis omnibus,

QUARTUS DOCTOR.
Dono ad interrogandum,

Super illas maladias,
Et à fond examinandum

Doctus bachelierus dixit maravillas;
Vestris capacitatibus.

Mais, si non ennuyo dominum præsidem,
PRIMUS DOCTOR.

Doctissimam facultatem,
Si mihi licentiam dat dominus præses,

Et totam honorabilem
Et tanti docti doctores,

Companiam ecoutantem;
Et assistantes illustres,

Faciam illi unam questionem.
Très savanti bacheliero,

Dès hiero maladus unus
Quem estimo et honoro,

Tombavit in meas manus;
Domandabo causam et rationem quare

Habet grandam fievram cum redoublamcutis,
Opium facit dormire.

Grandam dolorem capitis,
BACHELIER US.

Et grandum malum au côté,
Mihi à docto doctore

Cum grandà difficultate
Domandatur causam et rationem quare

Et pena à respirare.
Opium facit dormire.

Veillas mihi dire,
A quoi respondeo,

Docte bacheliere,
Quia est in eo

Quid illi facere.
Virtus dormitiva,

BACHELIERUG.
Cujus est natura

Clysterium donare,
Sensus assoupire.

Postea seignare,
CHORUS.

Ensuita purgare.
Benè, benè, benè, benè respondere.

QUINTUS DOCTOR,
Dignus, dignus est intrare

Mais, si maladia
In nostro docto corpore.

Opiniatria
Bene, benè respondere.

Non vult se garire,

Quid illi facere?
SECUNDUS DOCTOR.

BACHELIERUS.
Cum permissione domini præsidis,
Doctissimæ facultatis,

Clysterium donare,

Postea seignare,
Et totius bis nostris actis

Ensuita purgare.
Companiæ assistantis,
Domandabo tibi, docte bacheliere,

Reseignare, repurgare et reclysterisa te.

CHORUS.
Quæ sunt remedia
Quæ in maladia

Benè, benė, benè, benè respondere.
Dite hydropisia

Dignus, dignus est intrare

In nostro docto corpore.
Convenit facere.

PRÆSES.

Juras gardare statuta
Clysterium donare,
Postea seignare,

Per facultatem præscripta,
Ensuita purgare.

Cum sensu et jugeamento?
CHORUS.

BACHELIERUS.
Benè, benè, benè, benè respondere.

Juro.
Dignus, dignus est jucrare
In nostro docto corpore.

Essere in omnibus
TERTIUS DOCTOR.

Consultationibus
Si bonum soniblatur domino præsidi,

Ancieni aviso,
Doctissimæ facultati,

Aut bono,
Et companiæ præsenti,

Aut mauvaiso?
Domandabo tibi, docte bacheliere,

BACHELIERUS.
Quæ remedia eticis,

Juro.
Pulmonicis atque asmaticis
Trovas à propos facere ?

De non jamais te servire
BACHELIERUS.

De remediis aucunis,
Clysterium donare,

Quàm de ceux seulement doctæ facultatis,
Postea seignare,

Maladus dût-il crevare
Ensuita purgare.

Et mori de suo malo?

BACHELIERUS
Pevé, benė, benè, benè respondere.

Juro.
Dignus, dignus est intrare
In nostro docto corpore.

Ego, cum isto boncto

BACHELIERUS.

PRESES.

PRESES.

CHORUS.

PRESES.

CHORUS.

Vivat, vivat, vivat, vivat, cent fois vivat,

Novus doctor, qui tam benè parlat ! Mille, mille annis , et manget et bibat,

Et seignet et tuat!

TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET.

Venerabili et docto,
Dono tibi et concedo
Virtutem et puissanciam

Medicandi,
Purgandi,
Seignandi,
Perçandi,
Taillandi,
Coupandi,

Et occidendi
Impunè per totam terram.

DEUXIÈME ENTREE DE BALLET.
Tous les chirurgiens et apothicaires viennent lui faire la révé-

rence en cadence.

Tous les chirurgiens et les apothicaires dansent au son des

instruments et des voix, et des battements de mains et des mortiers d'apothicaires.

BACHELIER US.
Grandes doctores doctrinæ,

De la rhubarbe et du séné,
Ce serait sans douta à moi chosa folla ,

Inepta el ridicula,
Si j'alloibam m'engageare

Vobis louangeas donare,
Et entreprenoibam adjoutare

Des lamieras au soleillo,
Et des etoilas au cielo,
Des ondas à l'oceano,

Et des rosas au printano.
Agreate qu'avec uno motu

Pro toto remercimento
Rendam gratiam corpori tam docto.

Vobis, vobis debeo
Bien plus qu'à naturæ et qu'à patri meo.

Natura et pater meus
Hominem me habent factum;
Mais vos me, ce qui est bien plus,
Avetis factum medicum :
Honor , favor et gratia,
Qui, in hoc corde que voilà,
Imprimant ressentimenta
Qui dureront in secula.

CHIRURGUS.
Puisse-t-il voir doctas
Suas ordonnancias,
Omnium chirurgorum,
Et apothicarum
Remplire boutiquas !

CHORUS.
Vivat, vivat, vivat, vivat, cent fois virat,

Novus doctor, qui tam benè parlat!
Mille, mille annis, et manget et bibat,
Et seignet et tuat!

CHIRURGUS.
Puissent toti anni
Lui essere boni
Et favorabiles,
Et n'habere jamais
Quàm pestas, verolas,

Fievras, pleuresias,
Fluxus de sang et dyssenterias!

CHORUS.
Vivat, vivat, vivat, vivat, cent fois vivat,

Novus doctor, qui tam benè parlat ! Mille , mille annis, et manget et bibat,

Et seignet et luat!

QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET.

Les médecins, les chirurgiens et les apothicaires sortent tous,

selon leur rang, en cérémonie, comme ils sont entrés.

FIN DU MALADE IMAGINAIRE.

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Aux larmes , le Vayer, laisse tes yeux ouverts : Digne fruit de vingt ans de travaux somptueux,
Ton deuil est raisonnable, encor qu'il soit extrême; Auguste bâtiment, temple majestueux,
Et lorsque pour toujours on perd ce que tu perds, Dont le dôme superbe , élevé dans la nue,
La Sagesse, crois-moi, peut pleurer elle-même. Pare du grand Paris la magnifique vue,

Et parmi tant d'objets semés de toutes parts,
On se propose à tort cent préceptes divers

Du voyageur surpris prend les premiers regards, Pour vouloir d'un æil sec voir mourir ce qu'on aime; Fais briller à jamais dans ta noble richesse L'effort en est barbare aux yeux de l'univers, La splendeur du saint væu d'une grande princesse , Et c'est brutalité plus que vertu suprême.

Et porte un témoignage à la postérité

De sa magnificence et de sa piété;
On sait bien que les pleurs ne ramèneront pas Conserve à nos neveux une montre fidèle
Ce cher fils que t'enlève un imprévu trépas ;

Des exquises beautés que tu tiens de son zèle :
Mais la perte, par là, n'en est pas moins cruelle. Mais défends bien surtout de l'injure des ans

Le chef-d'œuvre fameux de ses riches présents, Ses vertus de chacun le faisaient révérer;

Cet éclatant morceau de savante peinture,
Il avait le côeur grand , l'esprit beau, l'âme belle, Dont elle a couronné ta noble architecture :
Et ce sont des sujets à toujours le pleurer.

C'est le plus bel effet des grands soins qu'elle a pris,
Et ton marbre et ton or ne sont point de ce prix.

Toi qui dans cette coupe, à ton vaste génie
LETTRE D'ENVOI

Comme un ample théâtre heureusement fournie,

Es venu déployer les précieux trésors
DU SONNET PRÉCÉDENT.

Que le Tibre t'a vu ramasser sur ses bords,

Dis-nous, fameux Mignard, par qui te sont versées « Vous voyez bien, monsieur, que je m'écarte fort du

Les charmantes beautés de tes nobles pensées, a chemin qu'on suit d'ordinaire en pareille rencontre, et

Et dans quel fond tu prends cette variété a que le sonnet que je vous envoie n'est rien moins qu'une Dont l'esprit est surpris et l'ail est enchanté : « consolation. Mais j'ai cru qu'il fallait en user de la sorte « avec vous, et que c'est consoler un philosophe que de « lui justifier ses larmes , et de mettre sa douleur en li- " Ce mot de gloire , qui est le titre du poême de Molière , si« berté. Si je n'ai pas trouvé d'assez fortes raisons pour gnitie, en termes de peinture, la représentation du ciel ouvert, « affranchir votre tendresse des sévères leçons de la philo-est, en effet, le sujet qu'a traité Mignard dans le chef-d'æuvre

avec les personnes divines, les anges et les bienheureux. Tel a sophie, et pour vous obliger à pleurer sans contrainte, que Molière va célébrer. (A.) « il en faut accuser le peu d'éloquence d'un homme qui ne

2 Le Val de Grace fut fondé par la reine mère, en accomplis« saurait persuader ce qu'il sait si bien faire. »

sement du veu qu'elle avait fait de båtir une magnifique église, si Dieu mettait un terme à la longue stérilité dont elle était af

fligée, et que tit cesser, après vingt-deux ans, la naissance de « MOLIÈRE.

Louis XIV. (A.)
MOLIÈRE.

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Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles, Qui rompe ce repos, si fort ami des yeux;
De tes expressions enfante les merveilles;

Mais où, sans se presser, le groupe se rassemble,
Quelscharmes ton pinceau répand dans tous ses traits, Et formeun doux concert, fasse un beau tout ensemble,
Quelle force il y mêle à ses plus doux attraits, Où rien ne soit à l'oeil mendié, ni redit,
Et quel est ce pouvoir, qu'au bout des doigts tu portes, Tout s’y voyant tiré d'un vaste fond d'esprit,
Qui sait faire à nos yeux vivre des choses mortes, Assaisonné du sel de nos grâces antiques,
Et d'un peu de mélange et de bruns et de clairs, Et non du fade goût des ornements gothiques,
Rendre esprit la couleur, et les pierres des chairs ? Ces monstres odieux des siècles ignorants,

Tu te tais, et prétends que ce sont des matières Que de la barbarie ont produit les torrents, Dont tu dois nous cacher les savantes lumières, Quand leur cours, inondant presque toute la terre, Et que ces beaux secrets, à tes travaux vendus, Fit à la politesse une mortelle guerre, Te coûtent un peu trop pour être répandus;

Et de la grande Rome abattant les remparts, Mais ton pinceau s'explique, et trahit ton silence; Vint avec son empire étouffer les beaux-arts. Malgré toi de ton art il nous fait confidence; Il nous montre à poser avec noblesse et grâce Et dans ses beaux efforts à nos yeux étalés,

La première figure à la plus belle place, Les mystères profonds nous en sont révélés. Riche d'un agrément, d'un brillant de grandeur Une pleine lumière ici nous est offerte;

Qui s'empare d'abord des yeux du spectateur; Et ce dôme pompeux est une école ouverte,

Prenant un soin exact que, dans tout son ouvrage, Où l'ouvrage , faisant l'office de la voix,

Elle joue aux regards le plus beau personnage; Dicte de ton grand art les souveraines lois.

Et que par aucun rôle au spectacle placé,
Il nous dit fortement les trois nobles parties

Le héros du tableau ne se voie effacé.
Qui rendent d'un tableau les beautés assorties, Il nous enseigne à fuir les ornements débiles
Et dont, en s'unissant, les talents relevés

Des épis

es froids et qui sont inutiles, Donnent à l'univers les peintres achevés.

A donner au sujet toute sa vérité,
Mais des trois, comme reine, il nous expose celle- A lui garder partout pleine fidélité,
Que ne peut nous donner le travail ni le zèle; Et ne se point porter à prendre de licence,
El qui, comme un présent de la faveur des cieux, A moins qu'à des beautés elle donne naissance.
Est du nom de divine appelée en tous lieux;

Il nous dicte amplement les leçons du dessin' Elle, dont l'essor monte au-dessus du tonnerre, Dans la manière grecque et dans le goût romain; Et sans qui l'on demeure à ramper contre terre,

Le grand choix du beau yrai, de la belle nature,
Qui meut tout, règle tout, en ordonne à son choix, Sur les restes exquis de l'antique sculpture,
Et des deux autres mène et régit les emplois.

Qui prenant d'un sujet la brillante beauté,
Il nous enseigne à prendre une digne matière, En savait séparer la faible vérité,
Qui donne au feu du peintre une vaste carrière, Et formant de plusieurs une beauté parfaite,
Et puisse recevoir tous les grands ornements Nous corrige par l'art la nature qu'on traite.
Qu'enfante un beau génie en ses accouchements,

Il nous explique à fond , dans ses instructions,
Et dont la poésie et sa sœur la peinture,

L’union de la grâce et des proportions; Parant l'instruction de leur docte imposture,

Les figures partout doctement dégradées, Composent avec art ses attraits, ses douceurs,

Et leurs extrémités soigneusement gardées; Qui font à leurs leçons un passage en nos cæurs;

Les contrastes savants des membres agroupés, Et par qui de tous temps ces deux scurs si pareilles

Grands, nobles , étendus et bien développés, Charment, l'une les yeux, et l'autre les oreilles.

Balancés sur leur centre en beautés d'attitude, Mais il nous dit de fuir un discord apparent

Tous formés l'un pour l'autre avec exactitude, Du lien que l'on nous donne et du sujet qu'on prend;

Et n'offrant point aux yeux ces galimatias Et de ne point placer dans un tombeau des fêtes,

Où la tête n'est point de la jambe ou du bras; Le ciel contre nos pieds, et l'enfer sur nos têtes.

Leur juste attachement aux lieux qui les font naître, Il nous apprend à faire, avec détachement,

Et les muscles touchés autant qu'ils doivent l'être; De groupes contrastés un noble agencement,

La beauté des coutours observés avec soin; Qui du champ du tableau fasse un juste partage,

Point durement traités, amples , tirés de loin, En conservant les bords un peu légers d'ouvrage, Inégaux, ondoyants, et tenant de la flamme, N'ayant nul embarras, nul fracas vicieux

Afin de conserver plus d'action et d'âme;

Les nobles airs de tête amplement variés, L'invention, le dessin, le coloris. ( Noie de Molière.) L'invention, premiere partie de la peinture. ( Ibid. ) " Le dessin, seconde partie de la peinture. ( Note de Molière.)

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