Images de page
PDF
ePub

MASCARILLE.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

Ascagne vient ici, laissons-le; il faut attendre Si doucement à lui déployé ces mystères,
Quel parti de lui-même il résoudra de prendre. Pour n'effaroucher pas d'abord trop les affaires;
Cependant avec moi viens prendre à la maison Enfin, pour dire tout, mené si prudemment
Pour nous frotter...

Son esprit pas à pas à l'accommodement,

Qu'autant que votre père il montre de tendresse Je n'ai nulle démangeaison. A confirmer les næuds qui font votre allégresse. Que maudit soit l'amour, et les filles maudites

ASCAGNE.
Qui veulent en tâter, puis font les chattemites"! Ah! Frosine, la joie où vous m'acheminez...

Eh! que ne dois-je point à vos soins fortunés !
SCÈNE V.

FROSINE.

Au reste, le bon homme est en humeur de rire, ASCAGNE, FROSINE.

Et pour son fils encor nous défend de rien dire.
ASCAGNE.

SCÈNE VI.
Est-il bien vrai , Frosine, et ne rêvé-je point?
De grâce, contez-moi bien tout de point en point.

POLIDORE, ASCAGNE, FROSINE.
FROSINE.
Vous en saurez assez le détail, laissez faire.

POLIDORE. Ces sortes d'incidents ne sont, pour l'ordinaire, Approchez-vous, ma fille, un tel nom m'est permis, Que redits trop de fois de moment en moment. Et j'ai su le secret que cachaient ces habits. Suffit que vous sachiez qu'après ce testament Vous avez fait un trait qui, dans sa hardiesse, Qui voulait un garçon pour tenir sa promesse, Fait briller tant d'esprit et tant de gentillesse, De la femme d'Albert la dernière grossesse

Que je vous en excuse, et tiens mon fils heureux N'accoucha que de vous, et que lui, dessous main, Quand il saura l'objet de ses soins amoureux. Ayant depuis longtemps concerté son dessein, Vous valez tout un monde, et c'est moi qui l'assure. Fit son fils de celui d'Ignès la bouquetière,

Mais le voici; prenons plaisir de l'aventure.
Qui vous donna pour sienne à nourrir à ma mère. Allez faire venir tous vos gens promptement.
La mort ayant ravi ce petit innocent

ASCAGNE.
Quelque dix mois après, Albert étant absent, Vous obéir sera mon premier compliment.
La crainte d'un époux et l'amour maternelle,
Firent l'événement d'une ruse nouvelle.

SCÈNE VII.
Sa femme en secret lors se rendit son vrai sang,
Vous devîntes celui qui tenait votre rang;

POLIDORE, VALÈRE, MASCARILLE. Et la mort de ce fils mis dans votre famille

MASCARILLE à Valère. Se couvrit pour Albert de celle de sa fille.

Les disgrâces souvent sont du ciel révélées. Voilà de votre sort un mystère éclairci,

J'ai songé cette nuit de perles défilées Que votre feinte mère a caché jusqu'ici;

Et d'œufs cassés; monsieur, un tel songe m'abat. Elle en dit des raisons, et peut en avoir d'autres,

VALÈRE.
Par qui ses intérêts n'étaient pas tous les vôtres. Chien de poltron!
Enfin cette visite, où j'espérais si peu,

POLIDORE.
Plus qu'on ne pouvait croire a servi votre feu.

Valère, il s'apprête un combat Cette Ignès vous relâche, et, par votre autre affaire, Où toute ta valeur te sera nécessaire. L'éclat de son secret devenu nécessaire,

Tu vas avoir en tête un puissant adversaire. Nous en avons nous deux votre père informé;

MASCARILLE. Un billet de sa femme a le tout confirmé;

Et personne, monsieur, qui se veuille bouger Et poussant plus avant encore notre pointe, Pour retenir des gens qui se vont égorger? Quelque peu de fortune à notre adresse jointe, Pour moi, je le veux bien; mais au moins, s'il arrive Aux intérêts d'Albert, de Polidore, après,

Qu'un funeste accident de votre fils vous prive, Nous avons ajusté si bien les intérêts,

Ne m'en accusez point.

POLIDORE. Ce mot signifie l'affectation d'une contenance humble, douce

Non, non; en cet endroit et Natteuse, pour tromper quelqu'un , ou pour attraper quelque Je le pousse moi-même à faire ce qu'il doit. chose. C'est un composé de cata , chatte, et de mitis, doux

MASCARILLE. Rien ne pouvait mieux exprimer une mine douce et flatteuse que ces deux mots joints ensemble. (MÉN.)

Père dénature!

[ocr errors]
[ocr errors]

ALBERT.

[ocr errors]

MASCARILLE.

POLIDORE.

POLIDORE.

[ocr errors]

VALÈRE.

SCÈNE VIII
Ce sentiment, mon père,
Est d'un homme de cour, et je vous en révère.

ALBERT, POLIDORE, LUCILE, ÉRASTE, J'ai dû vous offenser, et je suis criminel

VALERE, MASCARILLE.
D'avoir fait tout ceci sans l'aveu paternel;
Mais, à quelque dépit que ma faute vous porte,
La nature toujours se montre la plus forte,

Eh bien! les combattants? On amène le nôtre.
Et votre honneur fait bien, quand il ne veut pas voir Avez-vous disposé le courage du vôtre?
Que le transport d'Éraste ait de quoi m'émouvoir !

VALÈRE.
POLIDORE.

Oui, oui, me voilà prêt, puisqu'on m'y veut forcer; On me faisait tantôt redouter sa menace;

Et si j'ai pu trouver sujet de balancer, Mais les choses depuis ont bien changé de face; Un reste de respect en pouvait être cause, Et, sans le pouvoir fuir, d'un ennemi plus fort Et non pas la valeur du bras

que

l'on m'oppose; Tu vas être attaqué.

Mais c'est trop me pousser, ce respect est à bout;

A toute extrémité mon esprit se résout,
Point de moyen d'accord ? Et l'on fait voir un trait de perfidie étrange,
VALÈRE.

Dont il faut hautement que mon amour se venge. Moi, le fuir ! Dieu m'en garde. Et qui donc pourrait

(à Lucile.)

[ce être? Non pas que cet amour prétende encor à vous : Ascogne.

Tout son feu se résout en ardeur de courroux : VALÈRE.

Et quand j'aurai rendu votre honte publique, Ascagne?

Votre coupable hymen n'aura rien qui me pique.

Allez, ce procédé, Lucile, est odieux :
Oui , tu le vas voir paraître. A peine en puis-je croire au rapport de mes yeux;
VALÈRE.

C'est de toute pudeur se montrer ennemie,
Lui, qui de me servir m'avait donné sa foi!

Et vous devriez mourir d'une telle infamie.
POLIDORE.

LUCILE.
Oui, c'est lui qui prétend avoir affaire à toi,

Un semblable discours me pourrait affliger, Et qui veut, dans le champ où l'honneur vous appelle,

Si je n'avais en main qui m'en saura venger. Qu'un combat seul à seul vide votre querelle.

Voici venir Ascagne, il aura l'avantage

De vous faire changer bien vite de langage, C'est un brave homme; il sait que les cæurs généreux

Et sans beaucoup d'effort.
Ne mettent point les gens en compromis pour eux.

SCÈNE IX.
POLIDORE.
Enfin, d'une imposture ils te rendent coupable,

ALBERT, POLIDORE, ASCAGNE, LUCILE, Dont le ressentiment m'a paru raisonnable :

ÉRASTE, VALÈRE, FROSINE, MARISi bien qu'Albert et moi sommes tombés d'accord

NETTE, GROS-RENÉ, MASCARILLE. Que tu satisferais Ascagne sur ce tort; Mais aux yeux d'un chacun, et sans nulles remises,

VALÈRE. Dans les formalités en pareil cas requises.

Il ne le fera pas, VALÈRE.

Quand il joindrait au sien encor vingt autres bras. Et Lucile, mon père, a, d'un cour endurci... Je le plains de défendre une sour criminelle;

Mais puisque son erreur me veut faire querelle, Lucile épouse Éraste, et te condamne aussi;

Nous le satisferons, et vous, mon brave, aussi. Et pour convaincre mieux tes discours d'injustice,

ÉRASTE.
Veut qu'à tes propres yeux cet hymen s'accomplisse. Je prenais intérêt tantôt à tout ceci;
VALÈRE.

Mais enfin, comme Ascagne a pris sur lui l'affaire, Ah! c'est une impudence à me mettre en fureur. Je ne veux plus en prendre, et je le laisse faire. Elle a donc perdu sens, foi, conscience, honneur!

VALÈRE.
C'est bien fait; la prudence est toujours de saison.
Mais...

ÉRASTE.
Il saura pour tous vous mettre à la raison.

MASCARILLE.

[ocr errors]

POLIDORE.

1

VALÈRE.

A semé parmi vous un si grand embarras. Lui?

Mais puisque Ascagne ici fait place à Dorothée , POLIDORE.

Il faut voir de vos feux toute imposture ôtée,
Ne t'y trompe pas, tu ne sais pas encore Et qu'un næud plus sacré donne force au premier.
Quel étrange garçon est Ascagne.

ALBERT.
ALBERT.

Et c'est là justement ce combat singulier

Il l'ignore; Qui devait envers nous réparer votre offense, Mais il pourra dans peu le lui faire savoir.

Et pour qui les édits n'ont point fait de défense.
VALÈRE.

POLIDORE.
Sus donc, que maintenant il me le fasse voir. Un tel événement rend tes esprits confus :
MARINETTE.

Mais en vain tu voudrais balancer là-dessus.
Aux yeux de tous ?

VALÈRE.
GROS-RENÉ.

Non, non, je ne veux pas songer à m'en défendre;
Cela ne serait pas honnête. Et si cette aventure a lieu de me surprendre,
VALÈRE.

La surprise me flatte, et je me sens saisir
Se moque-t-on de moi? Je casserai la tête

De merveille - à la fois, d'amour et de plaisir :
A quelqu'un des rieurs. Enfin, voyons l'effet. Se peut-il que ces yeux...
ASCAGNE.

ALBERT.
Non, non, je ne suis pas si méchant qu'on me fait;

Cet habit, cher Valère, Et, dans cette aventure où chacun m'intéresse, Souffre mal les discours que vous lui pourriez faire. Vous allez voir plutôt éclater ma faiblesse,

Allons lui faire en prendre un autre, et cependant Connaître que le Ciel, qui dispose de nous,

Vous saurez le détail de tout cet incident. Ne me fit pas un caur pour tenir contre vous,

VALÈRE. Et qu'il vous réservait, pour victoire facile,

Vous, Lucile, pardon, si mon âme abusée...
De finir le destin du frère de Lucile.

LUCILE.
Oui, bien loin de vanter le pouvoir de mon bras, L'oubli de cette injure est une chose aisée.
Ascagne va par vous recevoir le trépas :

ALBERT.
Mais il veut bien mourir, si sa mort nécessaire Allons, ce compliment se fera bien chez nous,
Peut avoir maintenant de quoi vous satisfaire, Et nous aurons loisir de nous en faire tous.
En vous donnant pour femme, en présence de tous,

ÉRASTE.
Celle qui justement ne peut être qu'à vous.

Mais vous ne songez pas, en tenant ce langage. VALÈRE.

Qu'il reste encore ici des sujets de carnage. Non, quand toute la terre, après sa perfidie

Voilà bien à tous deux notre amour couronné; Et les traits effrontés...

Mais de son Mascarille et de mon Gros-René,
ASCAGNE.

Par qui doit Marinette être ici possédée?
Ah! souffrez que je die,

Il faut que par le sang l'affaire soit vidée.
Valère, que le cæur qui vous est engagé

MASCARILLE. D'aucun crime envers vous ne peut être chargé;

Nenni, nenni, mon sang dans mon corps sied trop Sa flamme est toujours pure et sa constance extrême;

Qu'il l'épouse en repos, cela ne me fait rien. [bien; Et j'en prends à témoin votre père lui-même.

De l'humeur que je sais la chère Marinette,
POLIDORE.
Oui, mon fils, c'est assez rire de ta fureur,

L'hymen ne ferme pas la porte à la fleurette.

MARINETTE.
Et je vois qu'il est temps de te tirer d'erreur.

Et tu crois que de toi je ferais mon galant ?
Celle à qui par serment ton âme est attachée
Sous l'habit que tu vois à tes yeux est cachée;

Un mari, passe encor; tel qu'il est, on le prend; Un intérêt de bien , dès ses plus jeunes ans,

On n'y va pas chercher tant de cérémonie : Fit ce déguisement qui trompe tant de gens,

Mais il faut qu'un galant soit fait à faire envie.

GROS-RENÉ. Et depuis peu l'amour en a su faire un autre

Écoute, quand l'hymen aura joint nos deux peaux, Qui t'abusa , joignant leur famille à la nôtre. Ne va point regarder à tout le monde aux yeux.

Je prétends qu'on soit sourde à tous les damoiseaux. Je te fais maintenant un discours sérieux.

MASCARILLE. Oui, c'est elle, en un mot, dont l'adresse subtile,

Tu crois te marier pour toi tout seul, compère? La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,

Anciennement merveille signifiait admiration, étonnement.

Merveille ne se dit plus de l'admiration elle-même, mais seuEt qui, par ce ressort qu'on ne comprenait pas, lement de ce qui la produit. (A.)

[ocr errors]

GROS-RENÉ.

Les douceurs ne feront que blanchir contre moi; Bien entendu; je veux une femme sévère,

Et je te dirai tout.
Ou je ferai beau bruit.

MASCARILLE.
MASCARILLE.

o la fine pratique !
Eh! mon Dieu , tu feras Un mari confident!
Comme les autres font, et tu t'adouciras.

MARINETTE. Ces gens, avant l'hymen, si fåcheux et critiques,

Taisez-vous, as de pique! Dégénèrent souvent en maris pacifiques.

ALBERT.
MARINETTE.

Pour la troisième fois, allons-nous-en chez nous Va, va, petit mari, ne crains rien de ma foi; Poursuivre en liberté des entretiens si doux.

FIN DU DÉPIT AMOUREUX

!

LES

PRÉCIEUSES RIDICULES,

COMÉDIE EN UN ACTE.

1659.

PRÉFACE.

que messieurs les auteurs, à présent mes confrères, ont

coutume de prendre en semblables occasions. Outre quelC'est une chose étrange qu'on imprime les gens malgré que grand seigneur que j'aurais été prendre malgré lui pour eux! Je ne vois rien de si injuste, et je pardonnerais toute protecteur de mon ouvrage, et dont j'aurais tenté la libéra. autre violence plutôt que celle-là.

lité par une épitre dédicatoire bien fleurie, j'aurais tâché de Ce n'est pas que je veuille faire ici l'auteur modeste, et faire une belle et docte préface; et je ne manque point de mépriser par honneur ma comédie. J'offenserais mal à pro- livres qui m'auraient fourni tout ce qu'on peut dire de savant pos tout Paris , si je l'accusais d'avoir pu applaudir à une sur la tragédie et la comédie, l'étymologie de toutes deux, sottise : comme le public est le juge absolu de ces sortes d'ou- leur origine, leur définition, et le reste. vrages, il y aurait de l'impertinence à moi de le démentir; J'aurais parlé aussi à mes amis, qui, pour la recomman. et quand j'aurais eu la plus mauvaise opinion du monde de dation de ma pièce, ne m'auraient pas refusé ou des vers mes Précieuses ridicules avant leur représentation, je dois français, ou des vers lalins. J'en ai même qui m'auraient croire maintenant qu'elles valent quelque chose, puisque loué en grec; et l'on n'ignore pas qu'une louange en grec tant de gens ensemble en ont dit du bien. Mais comme une

est d'une merveilleuse efficace à la tête d'un livre. Mais on grande partie des grâces qu'on y a trouvées dépendent de me met au jour sans me donner le loisir de me reconnaitre; l'action et du ton de voix, il m'importait qu'on ne les dé- et je ne puis même obtenir la liberté de dire deux mots pour pouillåt pas de ces ornements, et je trouvais que le succès justifier mes intentions sur le sujet de celle comédie. J'auqu'elles avaient eu dans la représentation était assez beau rais voulu faire voir qu'elle se tient partout dans les bornes pour en demeurer là. J'avais résolu , dis-je, de ne les faire de la satire honnête et permise; que les plus excellentes voir qu'à la chandelle, pour ne point donner lieu à quel choses sont sujelles à être copiées par de mauvais singes qu'un de dire le proverbe', et je ne voulais pas qu'elles qui méritent d'élre bernés; que ces vicieuses imitations de sautassent du théâtre de Bourbon dans la galerie du Palais. ce qu'il y a de plus parfait, ont été de tout temps la matière Cependant je n'ai pu l'éviter, et je suis tombé dans la disa de la comédie; et que, par la même raison que les véritables grâce de voir une copie dérobée de ma pièce entre les mains savants et les vrais braves ne se sont point encore avisés de des libraires, accompagnée d'un privilégeobtenu par surprise. s'offenser du Docteur de la comédie, et du Capitan, non plus J'ai ea beau crier : 0 temps ! 0 mæurs ! on m'a fait voir une que les juges, les princes et les rois de voir Trivelin", ou nécessité pour moi d'etre imprimé, ou d'avoir un procès ; quelque autre, sur le théâtre, faire ridiculement le juge, le et le dernier mal est encore pire que le premier. Il faut donc prince ou le roi ; aussi les véritables précieuses auraient lort se laisser aller à la destinée, et consentir à une chose qu’on de se piquer, lorsqu'on joue les ridicules qui les imitent mal. ne laisserait pas de faire sans moi.

Mais enfin, comme j'ai dit, on ne me laisse pas le temps de Mon Dieu ! l'étrange embarras qu'on livre à mettre au respirer, et M. de Luynes à veut m'aller faire relier de ce pas : jour; et qu'un auteur est neuf la première fois qu'on l'im- à la bonne heure , puisque Dieu l'a voulu. prime! Encore si l'on m'avait donné du temps, j'aurais pu mieux songer à moi, et j'aurais pris toutes les précautions

" Le Docteur, le Capitan, et Trivelin , étaient trois personMolière fait allusion à ce proverbe : « Elle est belle à la chan

nages ou caractères appartenants à la farce italienne.

? Ce de Luynes était un libraire qui avait sa boutique dans a delle; mais le grand jour gåte lout. »

la galerie du Palais.

« PrécédentContinuer »