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MADEMOISELLE

MADRIGAL

5

Je vous nomme Monsieur; appelez-moi Madame.
Ma femme est si bourgeois ! Que diable sommes-nous ?

HAUTEROCHE , Bourg. de qual., II, 6.

* «Ce qui augmente le ridicule de ces jeunes Messieurs, qui perdent ainsi le respect qui est deu à toutes les femmes de qualité, c'est que, lorsqu'ils parlent de leurs femmes, qui sont souvent par leur naissance fort'au-dessous de celles qu'ils traitent si familièrement, ils disent toujours Madame une telle', 'et il n'y a pas jusqu'aux bourgeois qui ne les imitent en cela, et qui croiroient se rabaisser s'ils avoient dit ma femme une fois dans leur vie.»

DE CALLIÈRES , Mots à la mode, 1692, p. 55-59. Voir, ci-dessous, Monsieur. « Je parle des habiles ; ceux-là... n'estropient point la prononciation des mots, comme ceux qui disent Máme ou Medame , au lieu de dire Madame, qui disent un homme de quelité au lieu de dire un homme de qualité.» – Id., ibid., p. 165, 166-167.

Madame se disait, absolument, de la femme de Monsieur, c'est-à-dire du Frère du Roi. Dans la vie ordinaire, il s'appliquait aux femmes nobles. La femme de Noël Brûlart, qui avait la haute dignité de procureur général au Parlement de Paris, ne se fit jamais appeler que Mademoiselle la Procureuse générale. Au commencement du xvıue siècle, de simples bourgeoises voulaient être appelées Madame, et l'on s'en plaignait comme d'un abus. – Voir Jacq. Brillon, Diction. des Arrêts , vo Qualité. — On voit, par une épitre de Bois-Robert à Monsieur Lebrun, peintre, sur ce qu'il montroit à desseigner à Madame la Procureuse généralen , que la femme de Fouquet ne se contentait pas du titre qui suffisait à la femme de N. Brûlart.

Nous avons vu qu'Arnolphe appelle Agnès Madame l'impudente, et que Mascarille, abordant Cathos et Madelon, dit Mesdames. C'est que le titre de Madame se donnait parfois aux filles comme aux femmes nobles. « Racine, dit le savant auteur du Lexique de Racine (vo Mademoiselle), appelle sa sæur Madame dans les suscriptions de ses lettres, avant son mariage avec Ant. Rivière, et Mademoiselle, après,»

«Si je me sers du mot de Madame pour celuy de Mademoiselle , en faisant parler à des filles, vous jugez bien que ce n'est pas faute d'y avoir pensé, et c'est parce que le premier est plus court et me semble plus doux. Joint que le dernier est si peu en usage dans les livres qui ont cours à présent, que, bien que le mien soit proprement une narration de choses qui se sont passées dans ce siècle, où le mot de Madame est consacré aux femmes, et celuy de Mademoiselle aux filles de condition seulement, je n'ay point fait de scrupule de me servir du premier preferablement à l'autre.

DE ROISSANT fils, Image du beau monde, Paris, de Luynes, 1662. Prés.

MADEMOISELLE, titre donné aux filles de condition, ou aux

femmes bourgeoises.

* Voir Madame.

MADRIGAL.

Les madrigaux sont agréables, quand ils sont bien tournés. — C'est mon talent particulier; et je travaille à mettre en madrigaux toute l'histoire romaine. – Préc. rid., sc. 9. 749 Et je pense qu'ici je ne ferai

pas

mal
De joindre à l'épigramme, ou bien au madrigal,
Le ragoût d'un sonnet. - Fem. sav., III, 2.

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980 Rien de si plein d'esprit que tous vos madrigaux.

Fem. sav., III, 3.

Il ordonna... qu'ils chantassent les plus joyeuses madrigalles qu'ils sçauroient.

LE P. GARASSE, Doctr. cur., 1624, p. 912. 143 Le madrigal, plus simple et plus noble en son tour,

Respire la douceur, la tendresse et l'amour. – Despr., Art puét., Chant II. * Le madrigal est un petit poème qui se termine par une pointe spirituelle et galante, comme l'épigramme par une pointe spirituelle et mordante. Au xvu° siècle, on faisait une autre différence : «A la Cour, on appelle épigramme, comme à Paris et ailleurs, une épigramme en vers égaux, et on y appelle madrigal une épigramme en vers inégaux.» (MÉNAGE, Observ., II, p. 152.) Cotin n'établit pas d'autre différence. Il a écrit une longue dissertation sur l'origine et la nature du madrigal (Suite des OEuvr. gal., Paris, Loyson, 1663, p. 451-471). De tout son discours, nous retenons ceci, c'est que le nom de madrigal pourrait avoir été donné à ces couplets qu'échangeaient entre eux, par une sorte de défi, les paysans espagnols ou portugais; on en trouve de très intéressants exemples dans le roman intitulé As pupilhas do senhor Reitor ; ces luttes poétiques pourraient avoir pris leur origine dans la petite ville de Madrigal, devenue célèbre par la résidence d'un faux D. Sebastien, dit «le Patissier de Madrigal».

Le mot de Madrigal n'est pas ancien dans notre langue. J'ay ouy dire à M. Chapelain qu'il avoit esté apporté en France avec celui d'idylle , par le cavalier Marin.»

Ménage, Observ. sur la lang. franç., II, p. 153. Chapelain se trompait. On trouve un e madrigale» dans les OEuvr. de Saint-Gelais, édit. de la bibl. elzév., 1, p. 338; un autre est signalé par La Monnoie (Notes sur SaintGelais) dans Ronsard. Enfin on le rencontre dans le Diction, des Rimes d'Òdet de la Noüe, en 1596, c'est-à-dire dix-neuf ans avant l'arrivée en France du cavalier Marin, qui n'y viot qu'en 1615. Le Diction. des Rimes le donne en 1648, la Biblioth. univ. de Boyer, autre Diction. des Rimes, en 1649, les Origines de Ménage, en 1650. Mais le premier dictionnaire proprement dit où il paraisse est le Diction. franç.-esp. d'Oudin, en 1660, sous la forme madrigale, traduit par l'espagnol madrigal. Nous ne le retrouvons plus ensuite que dans Richelet (1680), Furetière (1690) et l'Académie (1694).

MAGIE BLANCHE.

139 Quoi ? te mêlerois-tu d'un

peu

de diablerie?
Non, tout ce que je sais n'est que blanche magie.

L'Ét., I, 4. * La magie produisait des effets, jugés extraordinaires, par des causes naturelles ; la magie noire, par l'évocation du diable; la magie blanche, avec l'aide des bons anges.

ܪ

MAGNÉTIQUE : FORCE MAGNÉTIQUE.

* Voir Sympathie, terme d'erménentique.

MAIL.

Des joueurs de mail, en criant gare, l'obligent (Éraste) à se retirer.

Fâch., Ballet du 1er acte, 1 te entrée.

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Les maris le plus souvent, les jours des fêtes , passoient ensemble le temps ou à la Comédie, ou à la Paume, ou au jeu d'argolle, qui est une espece de mail en Espagne. – D'OUVILLE , Contes, 1644; édit. Jouaust, 1883; II, p. 202.

* Le mail ou pale-mail était un jeu honnêten, comme la paume. C'est, dit le Diction. de Furetière, un «jeu d'exercice où l'on pousse avec grande violence et adresse une boule de buis qu'on doit faire à la fin passer par un petit archet de ser qu'on nomme passen. On nommait aussi mail une petite masse de bois fort dure et ferrée, munie d'un long manche pliant, dont on se servait pour pousser la boule.

MAILLE : AVOIR MAILLE À PARTIR.

302 Et l'on nous voit sans cesse avoir maille à partir. L'Ét., I, 7.

* La maille était une petite monnaie de la valeur d'un demi-denier. Avoir maille à partir, c'est-à-dire à partager, était donc avoir une grande difficulté à vaincre.

MAIN : AVOIR EN MAIN, avoir sous la main.

Nous n'avons personne en main pour cela. Mal. imag., III, 2.

Me trouvant assez en état de travailler, je voulus passer plus oulre. L'avois en
main un sujet assez difficile. – Malo., II, p. 502.
356 Vous seriez un grand maître à faire des romans;

Ayant si bien en main le festin et la guerre,
Vos gens en moins de rien courroient toute la terre. Corn., Ment., I, 6.
Un homme qui a le sommeil si bien en main n'a pas besoin d'être bercé.

REGNARD, Coquette, II, 4.

Main : BAISER Les mains : 1° Formule de refus ou d'adieu.

688 Répare ce malheur, et me sois secourable.

Je vous baise les mains, je n'ai pas le loisir. L’Ét., 11, 6.

ܪ

J'ay une gentille carbonade qui grille; il y a du pain ; si tu as du vin, tu es mon homme ; sinon, je te baise les mains ; je m'en vay chercher compagnie.

CHAPELAIN, Trad. de Guzm. d'Alfar., 1630; II, p. 76. 119 Un Huguenot de consequence...

A, depuis peu, baizé les mains...
Aux défunts sieurs Calvin et Beze.

Loret, Muze histor., 27 décembre 1664. Que ne vous mettez-vous dans les loges ? On ne vous examinera pas de si près. - Moi, dans les loges ! Je vous baise les mains ; je n'entends point la Comédie dans une loge comme un sansonnet. Je veux, morbleu! qu'on me voie de la tête aux pieds, et je ne donne mon écu que pour rouler pendant les entr'actes et voltiger autour des actrices. – Regnard, Coquette, III, 7.

Formule de salutation, à l'abord ou à l'adieu. Pour vous, Monsieur, je vous donne le bonjour... Je vous baise les mains. - G. Dand., I, 6.

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Ceux qui, estans à l'Eglise après la messe dile..., ayans mis fin à leurs prieres, se retournent vers leurs superieurs, et disent : je baise les mains à vostre Paternité..., nous les déclarons confreres (de la Sottise)...; qui ayment mieux se servir d'un faux je vous baise les mains (je dis faux et menteur, car ils ne les leur baisent point, ny ne leur baiseroient pas quand mesme ils les verroient evesques, specialement à certains qui les ont toujours pleines de gale et de farcin, et à certains autres, lesquels vous portent des ongles si lanternes et si salement colorez qu'ils font mal au cæur...) que non pas d'un veritable « Dieu vous doint le bonjour» ou « la bonne nuict».

CHAPELAIN, Trad. de Guzm. d'Alfar., 1630; III, p. 305 : Statuts de la Sottise.

Je baise humblement les mains à Monseigneur de Sévigny, à Mademoiselle de La Vergne, loute lumineuse, toute précieuse, et à vous, Madame.

Scarron, Dern. OEuvr., Paris, 1700; 1, p. 16-17 : A Mme de Sévigné.
201 Pour les Germains et les Romains,
Je leur baize aujourd'huy les mains.

LORET, Muze histor., 29 janvier 1661.
Monsieur, voilà Monsieur le Medecin
Que vous avez mandé. Madame vous l'amene
Et vous baise les mains. – MontFLEURY, Dame médecin, II, 5.

MAIN : DONNER LA MAIN, épouser.

11 Vous venez, dites-vous, pour lui donner la main.

Éc. des Fem., 1, 1. * De même Corneille :

980 En qualité d'époux, je vous donne la main. Ment., III, 5.
511 Songez qu'à m'épouser votre foi vous engage,

Ou bien que du Démon vous serez le partage.
- Je l'étois sans ressource, en vous donnant la main.

La Font., VII, p. 435 : Le Florentin, sc. 11. 591 Approche et tends la main : celle-ci t'est donnée

Comme gage assuré d'un fidèle hyménée. – Id., VII, p. 628 : Achille , II, 5. Mme de Sévigné emploie cette expression dans le sens de céder le pas.

On dit qu'il,(M. de Noailles) a ordre de ne donner la main qu'aux Lieutenants du Roi et aux Évêques. – Sév. au Président de Moulceau, 20 octobre 1682.

MAIN : ÊTRE EN MAIN.

1554 Un bâton à peu près... Oui, de cette grandeur,...

Propre, comme je pense, à rosser les épaules,
Car il est bien en main, vert, noueux et massif. – L'Ét., IV, 5.

205 Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause :
Je serai mieux en main pour vous conter la chose.

Princ. d Él., I, 2.

Je serois bien ici en main pour le leur faire (ce compliment) tout

II,

mon aise.

Sév.,

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MAN : SE LAVER LES MAINS DE...

Ma foi! Monsieur, si Scapin vous fourbe, je m'en lave les mains.

Fourb. de Scap., III, 5.

Je ne veux point tremper dans vos lâches desseins ;
Le cas est trop vilain; je m'en lave les mains. – Regnard, Fol. am., I, 3.

Main : MENER PAR LA MAIN.

* Voir ci-dessous, p. 67, Mener par "

la main.

Main : METTRE LA MAIN À LA CONSCIENCE.

* Voir t. I, p. 461, Conscience : mettre la main à la conscience.

MAIN : METTRE LA MAIN AU FEU.

* Voir t. II, p. 365, Feu : mettre la main au feu.

MAIN : DONNER OU PRÊTER LA MAIN.

tendre la main...

243 (Ils) viennent aussitôt, avec un doux langage,

Vous donner une main contre qui l'on enrage. - Fach., 1, 5. 245 J'ai feint de m'en aller, pour cacher mon dessein,

Et jusqu'à mon carrosse il m'a prêté la main. - Ibid., ibid.
L'étrange opinion ! Où l'aurois-je trouvée
Pour lui donner la main et la conduire ici ?

MONTFLEURY, Fille capitaine, III, 4.
Il étoit dans les foyers (du théâtre), occupé devant le miroir à... se renouveler
de bonne mine, pour être en état de donner la main à quelque femme de bonne
qualité et la conduire avec succès dans son carrosse.

REGNARD, Crit. du Légat. univ., sc. 4. * La même expression avait aussi le sens de venir en aide, secourir, se prêter à..., céder, consentir.

1387 Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent :

A vous prêter les mains ma tendresse consent.

Misanth., IV, 3.

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