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rent que le degré vers le Cercle polaire,étoit plus grand que ceux que l'on avoit mesurés en France, & par conséquent que la Terre étoit applatie vers les Poles, & même beaucoup plus que M. Newton l'avoit supposé.

Cette mesure qui avoit l'avantage d'avoir été faite sous un parallele, où la grandeur du degré du Meridien devoit être fort différente de celui qui est en France , paroissoit avoir été exécutée avec tant de soin, & avec des Instrumens si exacts, que quoique la détermination qui en résultoit , fût seule contraire à ce que l'on avoit trouvé par les Observations faites en France, elle sembloit devoir leur être préférée , d'autant plus que dans les opérations de la Méridienne, on n'avoit point eu égard à l'aberration des Etoiles fixes , dont les loix n'étoient pas encore connues; ce qui a infué sur la grandeur des arcs célestes.

Mon pere qui avoit eu la plus grande part aux Observations de la Meridienne , avoit aussi reconnu , en traçant la perpendiculaire , combien les nouveaux Instrumens, dont on se sert présentement, étoient supérieurs à ceux qu'il avoit employés dans la Meridienne. On avoit jugé alors que les plus grands étoient les meilleurs, ce qui est vrai , toutes choses étant d'ailleurs égales ; mais la grandeur de ces Inftrumens, formoit un grand inconvenient, par l'impossibilité où l'on se trouvoit quelquefois, de les placer dans les lieux où l'on étoit obligé d'observer , tels que des Clochers fort étroits, & embarrassés de charpente. De sorte que dans quelques triangles qu’on avoit employés pour décrire la Meridienne, on avoit été obligé de conclure un des trois angles, sans l'observer immédiatement, de même qu'avoit fait M. Picard dans la mesure de la Terre, ce qui peut causer des erreurs d'autant plus dangereuses , que s'il y en a eu quel

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qu’une , l'on ne peut en reconnoître la quantité ; au lieu que lorsque l'on a observé les trois angles, si leur somme différe considérablement de 180 degrés, on peut les vérifier de nouveau , & en constater la juste valeur.

Il convenoit donc d'avoir des Quarts-de-Cercle d'un moindre rayon , & dont la précision égalât celle des plus grands , ce que l'on se procura par l'application du Micrometre aux lunetes de ces Instrumens , dont on doit l'idée à M. le Chevalier de Louville, & qui rend les divisions plus exactes , & en même-tems plus sensibles. On y fit outre cela diverses additions pour en faciliter l'usage, la plûpart inventées par le sieur Langlois , qui joint à beaucoup d'intelligence, une grande précision dans l'exécution des Ouvrages qui sortent de ses mains.

Cette application du Micrometre paroissoit encore plus nécessaire aux Instrumens destinés pour les Observations aftronomiques , qui, plus ils sont grands , plus ils sont sujets à se déranger par le transport.

Dans cette vûe , on fit construire en 1738 un Secteur de six pieds de rayon , qui comprenoit plus de so degrés, afin de pouvoir observer un grand nombre d'Etoiles à diverses distances du Zenith. Le poids & le volume de cet Instrument étoient tels, qu'on pouvoit le transporter dans tout le Royaume , dans une caisse portée sur des brancards par des mulets, afin qu'il ne pût souffrir aucune altération. On avoit aussi fait construire un Quart-de-Cercle de deux pieds de rayon, garni de deux Micrometres, pour différens usages que j'expliquerai dans la suite (*).

La construction de ces Instrumens ayant été achevée, on se proposa de les vérifier : on détermina avec le Secteur les

(*) Voyez dans la troisiéme Partie de cet ouvrage , page iv.

distances

|distances de différentes Etoiles au Zenith. Cette Observation s'exécutoit avec beaucoup de facilité & de précision par deux Observateurs, dont l'un étoit uniquement occupé à voir si avant , après , & même pendant l'Observation, le fil à plomb partageoit en deux parties égales le point du limbe le plus proche de la hauteur de l'Etoile, tandis que l'autre Observateur tournoit en différens sens la vis du Micrometre , jusqu'à ce que le fil mobile porté sur un Curseur , parût diviser exactement l'Etoile. On répéta plusieurs jours de suite les mêmes Observations , la face de l'Instrument étant tournée tantôt du côté de l'Orient & tantôt du côté de l'Occident, & rarement on y trouva des différences de deux ou trois secondes.

Il restoit à examiner , si les Observations de différentes Etoiles concouroient toutes à donner sur le limbe le même point qui répond au Zenith, ce qui devoit être une preuve de l’exacte division de toutes ses parties. Ce point étant une fois établi, l'on devoit reconnoître si, dans les différentes stations que l'on se proposoit de faire , il ny arriveroit point Iquelque changement, & si un Instrument de cette construc-|| tion étoit sujet à se déranger. On verra dans la suite, que le|| point du Zenith de cet Instrument, dans cinq stations dif|férentes , après un transport de près de 500 lieues , n'a pas varié de plus de six à sept secondes , quantité si petite , qu'une partie peut bien être attribuée à l'erreur des Observations, & l'autre à quelque variation qui peut arriver à tout Instrument , telle que dans la croisée des fils fixés au foyer de la lunette, lesquels, quoique tendus par des ressorts , peuvent se déranger, & ensuite se rétablir. En effet , il y a tout lieu de soupçonner, que la température de l'air , qui souvent n'est pas la même dans les différens tems où l'on verifie un même Instru

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ment , est une des principales causes des variations que l'on y remarque : & quelle autre raison peut-on donner pourquoi l'état d'un Instrument qui n'a point changé de place, lequel par conséquent n'a souffert aucune altération, soit par le tranfport, soit par quelque autre accident, varie souvent & assez sensiblement ? J'ai déja fait à ce sujer différentes recherches , || dont je donnerai les résultats,lorsque j'aurai fait un assez grand| nombre d'Observations, pour pouvoir reconnoître routes les regles de ces variations.

Nous vérifiâmes sur la terrasse de l'Observatoire, le Quart-|| de-Cercle destiné pour prendre les angles sur le Terrein. L'ho-|| rizon de ce lieu, quis'étend à une assez grande distance, fournit plusieurs objets bien distincts, & dont les positions respectives ont déja été déterminées par différens Instrumens. On trouva constamment que la somme de quatre angles pris dans la cir-|| conférence de l'horizon', étoit de 360° moins 30 à 40", ler-| quelles distribuées proportionnellement sur la grandeur de cha-|| que angle , ne pouvoient produire qu'une erreur de huit à dix secondes sur l'arc de 90 degrés; & il restoit toujours incertain si (cette différence appartenoit toute à l'Instrument, ou si elle ne provenoit point de la difficulté de pointer de la même maniere à un objet , auquel on est obligé de se diriger deux fois.

Munis de pareils Instrumens , dont nous avions éprou-|| |vé la précision , je communiquai à l'Académie les morifs|| Iqui me déterminoient à vérifier la Meridienne de Paris ; les| vûes que je me propofois dans l'exécution de cet Ouvrage;|| les moyens que je devois employer pour y parvenir , qui consistoient principalement à observer les trois angles de chaque triangle ; à n'en admettre aucun au-dessous de 29 a 30 degrés, à n’employer que ceux qui auroient été obser-| vés directement , & avec le même Instrument; à choisir des

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@jers'les plus proches de la direction du Meridien, & à meri fürer le plus grand nombre de bafes qu'il seroit pollible, I principalement dans les lieux où se terminoient les différens

arcs que l'on vouloit comparer. Nous jugions toutes ces I précautions néceffaires pour la préciton de notre Our Frage:51139125991.!!?50b;iiuini!

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ag) | L'ACADEMIE ayant approuvé ce projet , je partis pour Pexécuter avec M. l'Abbé de la Caille au mois de Mai de l'année 1739. Nous avions pour nous aider MM. Saunaq & le Gros', exercés depuis long-rems à ces sortes d'Obfervations ; & M. le Monnier, le Medecin , fe joignit à nous (pour faire la recherche des Plantes & des curiosités naturel

les , qui pourroient se trouver dans le pays que nous devions | parcourir. Nous suivîmes les premiers triangles de la Meridienne jusqu'à Orleans ; de-là nous en formâmes une nouvelle suite, dans la direction de la Meridienne , jusqu'à Bourges. Nous fîmes construire dans cette Ville un Observatoire pour placer le Secteur , & nous y séjournâmes près d'un mois , uniquement occupés à vérifier la direction de la Meridienne par les amplitudes du Soleil , & à observer les diftances au Zenith de plusieurs Etoiles, dont la plûpart avoient déja été observées à Paris, & les autres devoient servir pour la détermination des arcs suivans. Le limbe de notre Instrument, qui comprenoit plus de 52 degrés, nous permit de déterminer la hauteur solftitiale du Soleil , observation d'autant plus importante, que les Astronomes ne sont point d'accord entre eux sur l'obliquité de l'écliptique, qui en est dépendante. D'ailleurs elle pouvoit être employée pour déterminer la différence entre les paralleles de Paris & de Bourges, par la correspondance qu'elle devoit avoir avec les Observations que mon pere faisoit en même tems

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