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tionnai aussi-tôt un Tailleur de pierres , qui m'apprit que les Carrieres, dont ces pierres étoient sorties, n'étoient éloi-| gnées que de lieues de Bourges, sur le grand chemin de Dun-le-Roy; que ces coquilles étoient fort communes, & qu'on y en trouvoit de plusieurs especes, enfin qu'outre ces coquilles on y trouvoit encore des pierres de différentes figures; je me déterminai à y aller dès le lendemain : on y entre par plusieurs ouvertures de 15 ou 20 pieds au-dessous du niveau de la campagne , & qui conduisent par des rues différentes au fond de la Carriere. La pente de ces rues est prelque insensible , en sorte que le fond de la Carriere peut être de 40 pieds au-dessous du rez-de-chaussée ; leur plus grande longueur est peut-être d'une centaine de toises: au reste elles se communiquent par des rues de traverse pour la commodité du transport des pierres. La terre qui recouvre la Carriere est une terre franche mêlée, de cailloux & de boulettes ferrugineuses semblables à celles du Randonnay , mais plus exactement sphériques.

Je fus d'abord surpris du frais qui regne dans ces Carrieres; car la liqueur de mon Thermométre ne s'y tenoit élevée qu'à huit degrés au-dessus du terme de la congellation, tandis qu'au-dehors; la chaleur de l'air la faisoit élever à 27 d.|| J'avois peine à comprendre ce phénomene , tant à cause du peu de profondeur de ces Carrieres , que du grand nombre d'ouvertures dont elles sont percées ( il y en a bien 15 ou 20 ) & par lesquelles l'air extérieur peut librement circuler. J'ai répété cette expérience plusieurs fois ; j'ai même laissé mon Thermométre 24 heures de suite , & j'ai conftamment trouvé la température de ces Carrieres de huit degrés au-dessus de la congellation ; sçavoir , deux degrés & un quart plus bas que dans les caves de l'Observatoire à

Paris.

La pierre est d'un grain plus fin que celui de la pierre d'Arcueil ; elle approche assez de la pierre de S. Leu , mais elle est beaucoup plus dure, même dans la Carriere. Les pierres du lit superieur ont beaucoup de disposition à s'exfolier à l'air , & å se carier à l'humidité ; mais celle qu’on tire un peull

plus

plus profondément est d'une meilleure qualité ; & l'on peut voir , par le magnifique bâtiment de l'Eglise de S. Etienne de Bourges , qu'elle est d'un excellent usage. Dans les intervalles qui séparent les différens lits de pierre , on trouve une espece de Bol brun qui prend une couleur rouge assez vive par la calcination; c'eft, je crois , le même que celui qui eften usage du côté de Sancerre , pour marquer les moutons.

La masse de pierre est parsemée de coquilles bivalves de toute espece ; j'y ai reconnu des câmes , des pétoncles , des cæurs , des moules, des huitres, &c. elles sont pour la plupart entieres , & ont conservé leur couleur & leur poli; seur cavité eft tantôt remplie d'une matiere cristalline taillée en pointes de diamans , tantôt d'une craye blanche & fine , & fort souvent de tous les deux. On trouve constamment les deux pieces de chaque bivalve unies ensemble , mais sans être jamais parfaitement articulées ; on diroit qu'elles auroient été luxées dans leur articulation.

Au reste on les trouve à toute sorte de profondeur , & elles n’affectent aucune situation particuliere. J'ai quelquefois rencontré une sorte de coquillage gigantesque , irrégulier, semblable à une Huitre, ou plutôt à la pinna marina; mais avec cette différence bien singuliere, que les fibres , au lieu d'être paralleles au plan de la coquille , lui sont au contraire perpendiculaires , ce que je n'ai jamais vû dans aucun coquillage; on diroit des fibres de l’Amianthe.

Avant que d'entrer dans la Carriere, on voit au-dehors del grosses masses de pierres de 12 ou 15 toises cubiques, isolées, & qui paroissent avoir été les piliers d'anciennes voûtes Idont on a enlevé la pierre. Leur sommer eit couvert de terre & de cailloux , semblable à celui qui couvre le reste de la Carriere: les faces de ces piliers qui regardent l’Orient & le Nord , sont très-blanches, tendres & raboteuses; celles au contraire qui sont exposées au Midi & à l'Ouest, sont salies de la pluie & très-dures. Ces piliers sont moins une masse de pierre homogene , qu'un amas de petites pierres de toute sorte de figures, cimentées ensemble par le moyen d'une Craye assez tendre, mais qui est devenue très-dure du

t est couvert d'un lit

côté du Midi. Le vent & la pluie qui sont venus du côté du Nord ont enlevé la craye , & pour ainsi dire décrassé les pierres qui étoient enfouies, ensorre qu'on les apperçoit dans leur entier , & qu'il est assez facile de les séparer : il y en al beaucoup de figurées. | La plus commune est une pierre rougeâtre, dont la sur

face eft ondoyée & étoilée, comme lAstroite : cette surface In'est qu'une croûte épaisse de 2 ou 3 lignes , qui renferme un amas de petits cristaux semblables à ceux qu'on trouve assez souvent dans les coquilles bivalves dont j'ai parlé : ces cristaux sont très-clairs , mais tendres, & n'excedent gueres en grosseur les Grenars dont on fait les colliers.

On trouve encore fréquemment des Echinites ou Boutons! de Mer. Celles-ci sont bien différentes des Echinites or-|| dinaires, qui sont pour la plupart des pierres polies , dures comme du marbre ; & sur lesquelles on voit seulement l'imIpression de l'intérieur de la coquille de l'Echinus : les Echinites de nos Carrieres sont les coquilles elles-inêmes pétrifiées , & dont l'intérieur est rempli de craye. Quand on a la patience de délayer cette craye en la lavant, on reconnoît| aisément la coquille de l'Oursin. J'en ai distingué deux efpe-|| ces ; l'une qui ressemble fort à ce petit échinus commun fur|| les Côtes de Saint Domingue , & dont il y a un si grand nom-|| bre au Cabinet du Jardin du Roi ; l'autre m'a paru être la co-|| quille de l'Hystrix maritimus Imperati. J'ai trouvé jusqu'aux lépines ou tuyaux qui s'articulent sur les boutons de la co-|| quille de l'Oursin ; & il s'en faut bien que ces tuyaux foient|| devenus des Belemnites, comme la ressemblance de ces pierres avec les tuyaux d'Echinus l'a fait croire à plusieurs Natu-|| ralistes.

J'ai trouvé encore dans la même craye, quelques tuyaux ramifiés , semblables, par leur figure, å des branches de co-|| rail ; leur substance corticale est mince , & conserve en certains endroits une petite couleur rouge ; leur intérieur est un amas de ces petits cristaux réguliers dont j'ai déia parlé: jai

essayé de détacher quelques-unes de ces ramifications ; mais llil m'a été impossible de les conserver entieres : elles fone||

|extrêmement fragiles , & le moindre effort les fait rompre.

Mais rien n'a satisfait ma curiosité, comme une espece del Pierre Judaique qui y est assez commune : fa figure est différente des pierres judaïques ordinaires, qui sont des corps Olivaires ftriés, & qui ont un pédicule : le corps de celles-ci est presque cylindrique; elles sont quelquefois longues de deux pouces & demi , & ont 3 à 4 lignes de diamétre : elles!! sont cannelées dans les deux tiers de leur longueur , & ces cannelures ne sont pas des sillons simples & uniformes; ce sont des filets de petits tubercules posés fort près & à égale|| distance les uns des autres : cette cannelure n'occupe qu'environ les deux tiers de la pierre ; elle dégénere tout d'un coup en un colet délié , cylindrique , poli, terminé par un bouton renflé, régulier , legerement convexe , orné d'une petite moulure. Cette pierre est très-commune dans ces Carrieres; mais elle se trouve rarement entiere , à cause de fa grande fragilité : elle ne se rompt jamais qu’obliquement, en sorte que sa section représente toujours une Ellipse: elle paroît composée d'une infinité de feuillets Elliptiques appliqués les uns sur les autres, dont il résulte un cylindre, de maniére que le plan de tous ces feuillets est incliné à l'Axe de la pierre.

Il étoit naturel de penser , que puisque ces piliers faisoient voir à leur surface extérieure tant de pierres figurées , leur intérieur en devoit être rempli, & même qu'elles y devroient être mieux conservées ; mais l'expérience m'a fait voir le contraire : car ayant fait éclatter un de ces rochers avec de la poudre, l'intérieur n'étoit qu'une masse de pierre de taille, homogene & très-dure , sans la moindre apparence de pierre figurée ; j'ai seulement apperçu quelques canaux tortueux, striés intérieurement, à l'extrémité desquels j'ai trouvé un noyau de pierre de la grosseur d'une olive , ftrié ausli , & qui, par son mouvement, avoit vraisemblablement formé les stries du canal pendant que la matiere étoit encore molle. | Les Carrieres de Bourges ne sont pas le seul endroit où |j'aye trouvé des pierres figurées & des coquilles pétrifiées ;

lles travaux qu’on a faits pour rétablir le chemin de Bourges à Dun-le-Roy m'en ont fait découvrir aussi , mais d'une espece différente ; je n'ai presque trouvé ici que des coquilles d'une seule piece , comme des Buccins, des Vis, des Cornes d'Ammon ; une de celles-ci entr'autres qui pesoit plus de 25 livres , & qui avoit près d'un pied de diamétre. Les autres Carrieres qui sont sur le chemin d'Issoudun, & celles de Sainte Soulanges ne renferment rien de curieux. | Je ne finirai pas cet article des Carrieres de Bourges fans Iparler d'un reste d’Aqueduc qui s'y rencontre. Sa direction left du N. O. au S. E. fa pente , vers la Ville ; & la longueur du fragment , de 30 ou 40 toises : la hauteur de la voûte eft de s pieds; la largeur de la Gallerie , de 3 pieds ; la largeur

& la profondeur du Canal est d'un pied & demi ; il est bâti len petites pierres revêtues d'un ciment très-dur & très-fin. Le lit du Canal est enduit comme celui de tous les vieux Aqueducs, d'un sédiment pierreux semblable à celui qui se dépose dans celui d'Arcueil. L'Aqueduc a été rompu quand on a ouvert la Carriere ; car il passoit par-dessus ; par conféquent il est plus ancien qu'elle : il devoit être d'un grand secours à cette Ville où on ne boit que de l'eau de puits , qui n'est pas par-tout également bonne. | Pendant le séjour que j'ai fait à Nevers, où j'étois allé faire souffler des tuyaux de toute sorte de calibre pour les expériences du Barométre que nous projections de faire sur différentes Montagnes , j'ai eu occasion de voir les fosses dont on tire la terre à fayence: elles font sur une hauteur à un quart de lieue de Nevers aux environs d'un Vignoble , & n'ont rien d'extraordinaire ; on diroit d'une espece de marne , qu'on trouve sous un lit de fable épais de 3 à 4 pieds : cette terre est assez dure dans la Carriere ; mais elle s'humecte , fe fend & s’amollit à l'air : quand elle est fuffisamment humectée, on |l'emporte pour la travailler : on en distingue de deux especes, dont l'une sert à faire la fayence qui va sur le feu ; mais elles m'ont paru de même nature , excepté que celle-ci eft moins pure & plus mêlée de fable que celle dont on fait la fayence fine. 'ai vâ au même endroit une espece de plâtre

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