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à faire cette dangereuse Expérience , qu'ils n'ayent aupara-f| vant bien éprouvé avec la lampe si elle n'est point trop forte. Etonné de cette nouvelle Expérience, je me fis conduire aussi-tôt à un autre endroit où il y avoit peu de Pousse ; elle|| n'étoit élevée qu'à deux pieds de terre , mais elle étoit trèsvive; car la lampe s'y éteignoit, comme si on l'eût soufflée. Comme je ne courois aucun risque à cause de son peu d'élevation, j'y entrai avec plusieurs Charbonniers , & j'y restai un bon quart-d'heure à leur faire différentes questions : nous avions les jambes & le bas de nos habits dans la Pousse, mais non pas le reste du corps : ensorte que nous ne pouvions pas absorber la vapeur par la respiration. Au bout de ce tems je posai la lampe dans la Pousse, elle s'éteignit, mais très-lentement. Je la fis rallumer , & je restai dans la Pousse encore Jun quart-d'heure, après quoi y ayant mis la lampe , elle s'y conserva sans s'éteindre, ni même s'affoiblir. Je me mis ensuite vis-à-vis d'un petit cul-de-sac tout rempli de Pousse , & qui éteignoit la lampe fort vivement : je m'arrêtai directement vis-à-vis l'orifice de ce cul-de-sac ; en sorte que je n'étois point dans la Pousse, mais je n'en étois éloigné que de deux ou trois pieds ; j'y reftai quelque tems , & la lampe que lje tenois dans mes mains s'affoiblissoit , & alloit s'éteindre i lje n'eus reculé quelques pas ; je rapportai la même lampe (dans le cul-de-fac , & la Pousse me parut considérablement dissipée : il sembloit que nos habits l'eussent attirée ; les Charbonniers m’apprirent à cette occasion, que lorsqu'ils| vouloient épuiser la Pouffe qui les empêchoit de travailler en quelque endroit , ils mettoient vis-à-vis un grand réchaud del feu qui la détournoit en l'atrirant.

Il paroît par ces Observations que la Pousse eft du genre des Vapeurs qui ont la proprieté de fixer & de détruire l'élasticité de l'air , telles que celles qui s'élevoient des caves du Boulanger de Chartres dont il est parlé, dans l'Hist. de l'Acad. Année 1710. telles que sont encore celles qui s'élevent du Charbon de bois allumé, qui suffoquent ceux qui en brûlent dans des lieux étroits & bien fermés : enfin celle de la vapeur d'une chandelle, d'une mêche de soufre, & d'une infi-|

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ije remis la lampe, sa lumiere se conserva très-vive, & fans|| s'éteindre: j'allai faire la même Expérience à divers endroits, qui me réussit de même, & j'en chassois la Pousse assez promtement; mais au bout d'une heure & demie, quand je vins à l'endroit où j'avois fait la premiere Expérience, je trouvai qu'elle commençoit à revenir , & le lendemain il y en avoit autant que la veille, avec cette difference seulement qu'elle paroissoit moins vive; j'ai projetté du Tartre en poudre sur des charbons ardens que j'avois mis dans la Pousse , la fumée qui s'en est élevée, a détruit la Poufse; mais elle est pareillement revenue au bout d'un certain tems. Je crois qu'on trouvera toujours cet inconvenient, quelque matiere qu'on employe pour disliper cette vapeur: sçavoir, qu'on chassera bien celle qui est presente , mais qu'on ne pourra pas empêcher qu'il en vienne d'autre à la place. Comme je n'avois pas dans ce Village quantité d'autres choses que j'aurois pû éprouver, je m'en suis tenu à ces Expériences.

Description des Carrieres ďAméthyste, Les plus belles Carrieres d'Améthyste sont à Pegu dans ||la Paroisse du Vernet , à quatre lieues au Nord de Brioude , & là trois bonnes lieues des Mines de charbon de la Compagnie. On en voit aussi quelques-unes au haut de la côte qui borde la Riviere d'Allier vis-à-vis Brassaget ; mais ces Carrieres ne font que des tentatives , & n'ont pas plus de trois à quatre toises de profondeur : les Améthystes qu'elles fournissent, sont beaucoup moins belles que celles de Pegu. Il y a grande apparence qu'on pourroit ouvrir bien d'autres Carrieres dans ce Canton, puisque les bancs de rochers dont on les tire, se continuent dans un espace de plusieurs lieues , & paroissent toujours de même nature.

Il n'y a pas long-tems , suivant ce que j'ai appris , que ces Carrieres sont ouvertes. Des Genevois y viennent travailler de tems en tems dans l'Eté, & emportent avec eux les cryftaux bruts d'Améthyste , dont ils font des bagues qu'ils débitent à bon marché dans les Provinces ; c'est pour cette rai-|

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|fon, qu'on appelle ces crystaux des Pierres de Bagues. Il y en a||

d'une très belle couleur & d'une eau très-pure: j'en ai fait tailller à Murat par un Lapidaire , pour mettre dans le Cabinet du Jardin du Roi , qui seroient d'un très-grand prix , si elles avoient la dureté des Pierres précieuses. Au reite ces Carrieres n'ont pas encore été bien approfondies ; & il y a lieu de croire qu'on trouveroit des veines plus parfaites, si on creusoit davantage. La plus petite Carriere dans laquelle je suis entré, a dix ou douze toises de longueur, & s'abaisse d'environ cinq toises au-dessous de la surface de la terre. L'autre Carriere qui eft , à ce qu'on m'a dit, la plus considérable, étoit infectée par une charogne qui en bouchoit l'entrée.

La nature semble s'écarter ici de ses regles ordinaires & même en suivre de directement opposées ; dans presque toutes les Carrieres, les pierres sont ordinairement disposées par bancs ou tables à peu près horisontales , & chaque table] est distinguée par une veine plus ou moins épaisse , d'une matiere communément plus tendre que la pierre. C'est ainsi qu'on voit les bancs de pierre à Plâtre, séparés par des lits de Schist, de glaise , ou de pierres spéculaires : ceux des pierres de tailles , par de l'argile, du bol, &c. Les bancs de cette Carriere sont au contraire des tables verticales posées comme sur leur champ , & la matiere qui les sépare, est le crystal d'Amethyste dont la dureté surpasse de beaucoup celle de la pierre, qui est cependant une Gangue assez dure. | Chaque veine d'Amethyste a quatre travers de doigts d'épaisseur, & s'étend aussi loin que le rocher qu'elle accompagne, dans une direction de l'Ef à l'Ouest à peu près. Cette veine crystalline n’adhére pas également aux deux tables entre lesquelles elle se trouve; elle est intimement unie à l'une des deux , à peine est-elle seulement contiguë à l'autre. La surface Iqui tient fortement au rocher, est composée des fibres réunies de chaque faisceau qui compose l'Amethyste;& ce faisceau se termine de l'autre côté en une pyramide a cinq ou six faces souvent inégales , hautęs d'environ six lignes, enforte que la surface de cette croute crystalline , qui regarde le rocher auquel elle est le moins adhérente , est toute hérissée de pointes

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de Diamans. Chaque pyramide est revêtue d'une croute d'un blanc fale; mais l'intérieur est très-souvent une Amethyste de la plus belle couleur : il s'en trouve de toutes les nuances, & j'en ai vu qui étoient aussi blanches que le plus beau crystal de roche. Ces pierres sont beaucoup plus parfaites , & n'ont même de transparence que vers les pointes ; le milieu & l'autre extrémité sont presque toujours glaceux. Les Paysans des environs en cassent les plus beaux morceaux qu'ils vendent aux Curieux. J'ai acheté celles que j'ai fait tailler pour| le Cabinet du Jardin du Roi, & elles étoient beaucoup plus|| belles que celles que j'ai ramassé dans la Carriere. Ils en connoissent peut-être quelque autre dont ils n'auront pas voulul) me montrer l'issuë.

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| Ces Mines sont situées dans le plus affreux pays de la haure|| Auvergne, à deux lieues au Midi de Brioude , dans la Paroisse de Merqueure ; elles appartiennent à une Compagnie d'Interressés qui les fait exploiter à ses dépens & qui a établi son Magasin à Brioude: on embarque l'Antimoine sur la riviere d'Allier & on le fait descendre jusqu'à Paris , à Rouen| & aux autres lieux où s'en fait la consommation. Le chemin qui conduit à Merqueure est si rude & fi difficile, qu'il n'y a|| que les mulets du pays qui puissent y passer , encore faut-il| plus de six heures pour y arriver. On sent de loin l'odeur de fouffre qui s'exhale des fours où on fait fondre la mine d'Antimoine, & les feuilles des brossailles qui sont aux environs en paroissent endommagées. La Mine s'annonce par des veines plombées qu'on apperçoit sur des bancs de rochers qui courent à fleur de terre: la plûpart de ces veines affectent des directions paralleles & fe joignent souvent par d'autres veines plus petites qui les traversent obliquement: on voit aussi quantité de cailloux blancs qui sont répandus sur la surface de la Terre, dont la figure est rhomboïdale, & qui pa-|| roissent de vrai Spathe.

La Mine de Merqueure fournit une assez grande quantité |

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