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d'Antimoine , & ce premier établissement est le plus confi-|| dérable & celui qui produit le plus à la Compagnie; mais, on tire au Puy de la Fage, qui est une nouvelle entreprise que la Compagnie a faite à une lieue de Merqueure, une mine d'Antimoine beaucoup plus belle & beaucoup plus riche : celle-ci est extrêmement pure & rend souvent 751 pour cent. Les éguilles sont toutes formées dans les filons de cette Mine, & l'Antimoine qu'on en retire est magnifique & ne cede pas en beauté au plus bel Antimoine de Hongrie. Les éguilles sont longues , brillantes, & forment différens angles aigus très-distingués; la Mine de Merqueure fournit au contraire bien plus de scories, on y voit rarement de belles éguilles , celles de l'Antimoine fondu sont courtes, confuses & n'ont aucune direction bien marquée. 1 Un écroulement survenu quelques mois avant mon arrivée avoit fait suspendre les travaux de ces Mines , & depuis ce tems tous les puits s'étoient remplis d'eau; je n'ai pû defcendre que dans une gallerie peu profonde, où l'on suivoit un filon d'Antimoine très-modique à la verité, mais d'une matiere aussi riche que celle du Puy de la Fage: le Commis qui me conduisoit m'assura qu'il n'en avoit jamais vu de si belle , & que je voyois dans ce filon tout ce que je pouvois désirer de voir dans les galleries les plus profondes : voici donc ce que j'en ai observé, & l'ordre des différentes matieres qui l'accompagnent.

Le filon paroît courir de l'Ouest à l'Eft, & s'enfonce dans la terre à mesure qu'il va vers l'Orient : il est large de deux pouces , j'ignore quelles sont ses autres dimenlions. Du côté du Nord il est uni à un rocher franc qui est une Gangue très-dure. Çetre gangue est parsemée de veines de Marcallite, que les Ouvriers appellent de la Mine morte; à mesure qu'elle s'éloigne du filon, elle se change en un Spathe blanc, presque diaphane & partagé en un grand nombre de feuillets de figure rhomboïdale. Du côté du Midi le filon est contigu à une pierre assez tendre & graveleuse, qu'ils appellent la Ponte; après cetre pierre suivent différens lits d'une terre savonneuse, légére , capable de s'effeuiller à l'air &

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dont la couleur est d'un jaune citron: cette terre mise sur|| une péle à feu exhale une forte odeur de Souffre, mais elle ne s'embrase pas; à cette terre succedent différentes veines de rocher , parmi lesquelles on voit encore des filets de Marcaslite , & dont la dureté augmente à mesure qu'elles s'é-ll loignent du filon , c'eft ce qu'ils appellent la Queue du filon :// j'ai enlevé une partie de ce filon avec de la poudre , & heureusement l'Antimoine est resté uni aux différentes matieres qui l'accompagnent, en sorte qu'on peut voir la suite de ces | matieres sur le morceau que j'ai envoyé pour le Cabinet dull Jardin du Roi.

Le procédé pour faire fondre la Mine d'Antimoine eft|||| très-simple: on met la Mine dans des pots de terre semblables à ceux que nous appellons chauffoirs ;, on en fait del deux sortes : les uns sont comme à l'ordinaire ; les autres en différent en ce qu'ils n'ont point de fond : on ajuste ceux-ci sur les premiers, & on les remplit de Mine d'Antimoine cassée par petits morceaux : tous ces pots font arrangés dans un four qu'on échauffe avec des brossailles. On fait un feu modéré pendant les premieres heures , & on l'augmente jurqu'à le faire de la derniere violence : pendant cetre opération, qui dure environ vingt-quatre heures, il sort du four une fumée très-épaisse , qui répand fort loin aux environs une odeur de Souffre: quoique j'aie observé ci-dessus que cette fumée endommageoit les arbres des Montagnes voisines, les Gens du pays m'ont cependant assuré que personne ne s'en trouvoit incommodé. Après l'opération on trouve l'Antimoine fondu dans le pot inférieur & les scories restent au-dessus. Quand la Mine est bien pure, comme est celle del la Fage, le pot inférieur doit se trouver plein d'Antimoine; mais celle de Merqueure n'en produit ordinairement que les deux tiers : cependant on dit que si le feu n'est pas bien mé-|| nagé au commencement de l'opération certe différence in-| fue considérablement fur la quantité d'Antimoine.

Il y a encore plusieurs autres Mines en Auvergne, mais qui sont la plûpart négligées. Il y a entre autres une Mine de Plomb fort riche, à ce que j'ai oüi dire , à Montfermi , près

de Pongibaut , à quatre lieues de Clermont : les puits de cette Mine qui sont sur les bords de la petite riviere del Cioule étoient remplis d'eau quand j'y arrivai, & les magafins étoient fermés : cet établissement paroît considérable ; c'est à cette Mine que j'ai vu , pour la premiére fois, le souf fler à chûte d'eau, qui n'est composé que d'un tuyau de bois & d'une cuve renversée.

HOBSERVATIONS DE PHYSIQUE

& d'Histoire Naturelle faites dans la Province de Rousillon. N ous avions projetté de faire différentes expériences de Physique au haut du Canigou qui passe pour la plus haute Montagne des Pyrénées , & ce projet devoit s'exécuter lorfque M. Caflini auroit conduit la Meridienne jusqu'à Perpi-|| gnan ; mais la crainte d'être surpris par les neiges qui tombent dans ces Montagnes de très-bonne heure, nous obligea de hâter ce voyage. | Je partis donc d'Auvergne malgré les Observations qui me restoient encore à faire dans un pays aussi fécond en Curiofités d'Histoire naturelle , & après avoir traversé rapidement les Provinces de Rouergue & du Languedoc , j'arrivais à la fin de Septembre à Perpignan. La Province du Roussillon dont cette Ville est la capitale, comprend aujourd'hui toutes les terres que la France a acquises au Midi du Diocèse de Narbonne : les Catalans qui l'habitent distinguent encore cette étendue de pays par des noms différens, & donnent seulement à la plaine du Roussillon le nom que nous donnons à toute la Province.

Cette plaine admirable par fa fertilité & par la douceur|| du climat sous lequel elle est située , l'emporteroit sur les|| meilleurs pays du Royaume , si elle étoit cultivée par un nombre fuffisant d'habitans & dont le courage & l'industriel répondît à l'excellence du terroir. C'est une espéce de bassin allongé de l'Est à l'Ouest , fermé par la Méditerranée dull côté du Levant , & environné d'ailleurs par des Montagnes fort hautes. Celles qui la défendent au Nord & qui la féparent du Diocèse de Narbonne s'appellent les Corbieres ; cette chaîne n'appartient pas proprement aux Pyrénées, mais elle s'en détache pour venir se joindre aux Cevenes, & former avec les mêmes Cevenes & les Montagnes de Dauphiné une chaîne continuelle, qui lie les Pyrénées avec les Alpes.

La plaine du Roussillon est traversée suivant sa longueur par trois Rivieres principales qui s'embouchent immédiatement dans la Mer Méditerranée : ces Rivieres qui sont l'Agly, la Tet & la Tech , réunissent toutes les eaux qui découlent des Montagnes, arrosent les terres par mille petits canaux, & portent par tout la fraîcheur & la fertilité ; on voit même aux environs de Perpignan un ancien Aqueduc Iqui sert encore à conduire l'eau dans les terres les plus élevées, & qui ne sçauroient recevoir celle des rivieres. Ces fortes d'arrosemens font absolument nécessaires dans une Province où le Ciel est souvent sec & où les pluyes font très-rares pendant la plus grande partie de l'année : elles n'y paroissent guéres que dans l'Automne , mais alors elles sont très-abondantes. Le vent de mer, qu'on appelle ici le vent d'Autant , les amene ; sa direction est à peu près du Sud-Eft au Nord-Ouest, & il souffle avec tant de violence qu'il cause souvent de grandes inondations. La pluye qu'il répand dans la plaine & fur les montagnes où les nuages qu'il chasse se trouvent arrêtés , fait enfler prodigieusement les Rivieres : il pousse en même-tems les flots du Golfe de Lyon avec tant d'impétuosité vers leur embouchure , qu'il empêche l'écoulement des eaux & les fait déborder sur les terres, dont une grande partie se trouve malheureusement submergée. Mais ces désastres n'arrivent, comme j'ai dit, que dans l'Automne; un zéphir plus tranquille & plus doux regne assez conf-| tamment dans les autres faisons de l'année: on l'appelle ici, de même qu'en Languedoc, le bon Vent de Cers; il est directement opposé au vent d'Autant dont il tempére la chaleur & l'impétuosité ; en effet, comme il passe par dessus une chaîne de Montagnes , dont quelques - unes sont continuellement

couvertes de neiges, il répand dans la plaine du Rousillon une fraîcheur agréable qui fait supporter sans peine la chaleur|| du climat. | En général le Roussillon est un pays chaud , & il paroît| par les arbres & les plantes qui y croissent, qu'on n'y ressent pas des Hivers bien rigoureux. On y voit encore des Oliviers qui n'ont point été endommagés du grand Hiver de 1709. les Orangers & les Citroniers en pleine terre , ornent presque tous les Jardins ; les chemins sont bordés de Myrtes ; de Grenadiers, de Lentiscs ; enfin le Thym, la Lavande , le Romarin , le Stechas, l'Arbre de Kermès, &c. sont les brossailles les plus en usage dans la campagne pour échauffer les fours,

Les terres sont si fertiles en quelques endroits qu'on y fait jusques à trois récoltes : après celle du froment , qui fé fait| de fort bonne heure , ils labourent leurs terres & y sement en même-tems du bled de Turquie & des haricots ; à mesure que la canne du bled de Turquie croît & se fortifie, le haricot s'y entortille comme autour d'une perche ; ces deux Igrains meurissent à peu près en même-tems, & on en fait la double moisson au mois d'O&tobre. Les paysans se nourrifsent principalement de cette derniére récolte ; ils font avec lle bled de Turquie, le Miller & la pulpe de Potiron un pain|| d'une très belle apparence, mais d'un goût fade & désagréable. Il n'en est pas de même de leurs haricots; ce sont bien les légumes les plus parfaits en ce genre dont j'aye jamais gouté. Ils en ont encore un autre dont ils font leurs délices, ce font les oignons blancs qui deviennent d'une grosseur prodigieuse, & si doux que les Montagnards les mangent comme des pommes.

Les vignes réussissent aussi très-bien dans certe Province; son terroir sec & graveleux leur convient parfaitement bien. On connoît par toute l'Europe l'excellent vin muscat de Rivesaltes , & le vin ordinaire du Roussillon est assez estimé. Les pêches , les melons, les figues, les amandes, les grenades douces , & quantité d'espéces d'oranges & de citrons | font les fruits les plus ordinaires des Jardins. Tous ces arbres

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