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de Pongibaut , à quatre lieues de Clermont: les puits de cette Mine qui sont fur les bords de la petite rivière de Cioule étoient remplis d'eau quand j'y arrivai, ôc les magasins étoient fermés: cet établissement paroît considérable; c'est à cette Mine que j'ai vu, pour la première fois, le soufflet à chute d'eau, qui n'est composé que d'un tuyau de bois & d'une cuve renversée.

OBSERVATIONS DE P H Y S I £U E & d'Histoire Naturelle faites dans la Province de Roujstllon.

N O U s avions projetté de faire différentes expériences de Physique au haut du Canigou qui paífe pour la plus haute] Montagne des Pyrénées, & ce projet devoit s'exécuter lorsque M. Caflìni auroit conduit la Méridienne jusqu'à Perpignan; mais la crainte d'être surpris par les neiges qui tombent dans ces Montagnes de très-bonne heure, nous obligea de hâter ce voyage.

Je partis donc d'Auvergne malgré les Observations qui me restoient encore à faire dans un pays austi fécond en Curiosités d'Histoire naturelle f ôc âpres avoir traversé rapide ment les Provinces de Rouergue ôc du Languedoc , j'arrivai à la fin de Septembre à Perpignan. La Province du Rouslìl Ion dont cette Ville est la capitale, comprend aujourd'hui toutes les terres que la France a acquises au Midi du Diocèse de Narbonne: les Catalans qui l'habitent distinguent encore cette étendue de pays par des noms différens, 6c donnent seulement à la plaine du Rouflillon le nom que nous donnons à toute la Province.

Cette plaine admirable par fa fertilité & par la douceur du climat fous lequel elle est située , l'emporteroit fur les meilleurs pays du Royaume } si elle étoit cultivée par un nombre suffisant d'habitans ôc dont le courage ôc l'industrie répondît à l'excellence du terroir. C'est une efpéce de bassin allongé de l'Est à l'Ouest , fermé par la Méditerranée du

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jcôté du Levant, & environné d'ailleurs par des Montagnes fort hautes. Celles qui la défendent au Nord & qui la fépaIrent du Diocèse de Narbonne s'appellent les Corbieres ; cetre |chaîne n'apparrient pas proprement aux Pyrénées, mais elle s'en détache pour venir se joindre aux Cevenes , & former avec les mêmes Cevenes & les Montagnes de Dauphine une chaîne continuelle, qui lie les Pyrénées avec les Alpes.

La plaine du Roussillon est traversée suivant sa longueur par trois Rivières principales qui s'embouchent immédiatement dans la Mer Méditerranée : ces Rivières qui sont YAgly, la Tet & \zTech , réunissent toutes les eaux qui découlent des Montagnes, arrosent les terres par mille petits canaux, 6c portent par tout la fraîcheur & la fertilité; on voit même aux environs de Perpignan un ancien Aqueduc qui sert encore à conduire Peau dans les terres les plus élevées , ôc qui ne sçauroient recevoir celle des rivières. Ces sortes d'arrosemens font absolument nécessaires dans une Province où le Ciel est souvent sec & où les pluyes sont très-rares pendant la plus grande partie de Tannée : elles n'y paroissent guéres que dans l'Automne, mais alors elles font très-abondantes. Le vent de mer, qu'on appelle ici le vent à'Autant, les amène; fa direction est à peu près du Sud-Est au Nord-Ouest, & il souffle avec tant de violence qu'il cause souvent de grandes inondations. La pluye qu'il répand dans la plaine & fur les montagnes où les nuages qu'il chasse se trouvent arrêtés, fait enfler prodigieusement les Rivières: il pousse en même-tems les flots du Golfe de Lyon avec tant d'impétuosité vers leur embouchure, qu'il empêche l'écoulement des eaux ôc les lait déborder fur les terres, dont une grande partie se trouve malheureusement submergée Mais ces désastres n'arrivent, comme j'ai dit, que dans l'Automne; un zéphir plus tranquille & plus doux règne assez constamment dans les autres faisons de Tannée : on Tappelle ici, de même qu'en Languedoc, le bon Vmt de Cers ; il est directe-i ment opposé au vent à'Autant dont il tempère la chaleur ôcj Timpétuosité ; en effet, comme il passe par dessus une chalnc| de Montagnes , dont quelques-unes sont continuellement couvertes de neiges, il répand dans la plaine du Rouflillon une fraîcheur agréable qui fait supporter sans peine la chaleur du climat.

En général le Roussillon est un pays chaud , & il paroît par les arbres & les plantes qui y croissent, qu'on n'y ressent pas des Hivers bien rigoureux. On y voit encore des Oliviers qui n'ont point été endommagés du grand Hiver de 170p. les Orangers & les Cirroniers en pleine terre , ornent presque tous les Jardins ; les chemins font bordés de Myrtes de Grenadiers, de Lentifcs; enfin le Thym, la Lavande , le Romarin, le Stcechas, l'Arbre de Kermès, &c. font les brossailles les plus en usage dans la campagne pour échauffer les fours.

Les terres font si fertiles en quelques endroits qu'on y fait jusques à trois récoltes: après celle du froment, qui se fait de sort bonne heure , ils labourent leurs terres & y sèment en même-tems du bled de Turquie & des haricots; à mesure que la canne du bled de Turquie croît & se fortifie, le haricot s'y entortille comme autour d'une perche; ces deux grains meurissent à peu près en même-tems, & on en fait la double moisson au mois d'Octobre. Les paysans se nourrissent principalement de cette dernière récolte; ils font avec le bled de Turquie, le Millet & la pulpe de Potiron un pain d'une très-belle apparence, mais d'un goût fade & désagréable. II n'en est pas de même de leurs haricots; ce sorit bien les légumes les plus parfaits en ce genre dont j'aye jamais goûté. Ils en ont encore un autre dont ils font leurs délices , ce font les Oignons blancs qui deviennent d'une grosseur prodigieuse, & si doux que les Montagnards les mangent comme des pommes.

Les vignes réussissent aussi très-bien dans cette Province; son terroir sec & graveleux leur convient parfaitement bien. On connoît par toute TEurope l'excellent vin muscat de Rivefaltes, & le vin ordinaire du Roussillon est assez estimé. Les pêches, les melons, les figues , les amandes, les grenades douces, & quantité d'espèces d'oranges & de citrons sont les fruits les plus ordinaires des Jardins. Tous ces arbres croissent sans beaucoup de foins; & en général la culture est facile dans le Roussilìon. Ce qu'ils appellent labourer n'est proprement que gratter la terre : graveleuse & aussi peu liée qu'elle est, une herse de nos campagnes y pénétrerait plus profondément que les meilleures Charues de la Province. Ces instrumens font ici de la derniere simplicité, & on ne fçait ce que c'est que d'y mettre des roues: deux piéces de bois composent toute la machine; l'une est armée d'un soc qui n'est qu'une espéce de couteau de trois ou quatre pou-! ces de large, ôc l'autre qui roule fur le milieu de la première par le moyen dune cheville de fer sert de flèche pour atteler les mulets. Le bois dont elles font construites est celui d'une espéce de Chêne-vert, qu'on appelle Yeuse, & c'est, pour ainsi dire, le seul qui soit en usage dans la Province : on trouve bien quelques Pins & quelques Hêtres dans les Montagnes, mais outre qu'ils font assez rares, c'est que noueux & difformes comme ils sont , ils sont peu propres à être employés & ne valent pas la peine d'être tirés à si grands frais des lieux prefqu'inaccessibles où ils croissent ; on peut dire en général que le bois est fort rare dans le Roussilìon, & je n'ai vu de beaux arbres, que quelques vieux Lièges qui font aux environs de Caret & dont la hauteur égaloit celle de nos plus grands Chênes.

Je ne parle pas des Abeilles qu'on élève en quelques endroits avec beaucoup de succès , & dont le miel extrait de toutes sortes de fleurs odoriférantes est au moins aussi agréable que celui de Narbonne : non plus que des Vers à foye,

3ui font trop négligés dans un climat aussi favorable. Ces eux objets qui ne sont pas aujourd'hui fort importans dans le Roussilìon, pourroient le devenir bien davantage, par Ja facilité qu'il y auroit .à multiplier ces Insectes: d'ailleurs les Mûriers dont on nourrit les Vers à soye croissent très-rapidement dans un terrein si bien arrosé, & la soye que les Vers filent m'a paru plus parfaite que celle du Languedoc ôc du Dauphiné.

On élevé peu de chevaux dans cette Province , à leur place on se sert de mulets : l'espéce du bœuf est assez rare &

par par une suite de cette rareté, le beurre & le lait de Vache y est fort cher : à leur défaut on élevé beaucoup de Chèvres & de Moutons qui font d'assez bon goût; avec le lait cies premières on fait du fromage aussi parfait que celui de Roquefort. Le gibier est très-commun par toute la Province, mais non pas également bon : les Perdrix rouges ne font pas fort estimées, on fait beaucouD plus de cas des grises qu'on prend dans les Montagnes: mais ces deux espèces n'approchent pas pour le goût d'une petite Perdrix toute blanche , qu'on trouve dans le Canigou. Les Ortolans, les Becfigues & les autres oiseaux de passage sont fort communs dans la saison. Parmi les volailles domestiques je n'ai trouvé que les Pigeons qui eussent un goût plus relevé qu'à l'ordinaire; les oiseaux qui étoient les plus communs à la campagne pendant le mois d'Octobre, étoient les Grives dont j'ai remarqué de plusieurs espèces , les Chardonets , les Pinsons, &c. Les marécages des bords de la mer étoient garnis d'une prodigieuse quantité de Canards sauvages, de Cercelles, parmi lesquelles on voyoit quelques Phœnicopteres , qu'on appelle autrement F/amans. J'ai encore observé au Canigou une espèce de Corbeau de la grosseur d'un Merle, dont les pieds & le bec étoient d'une très-belle couleur de corail. Enfin j'ai remarqué dans les Montagnes 6c dans la plaine quantité d'oiseaux qui me sont inconnus. M. Barreré, Médecin de l'Hôpital de Perpignan & très-versé dans toutes les parties de l'Histoire Naturelle, m'a fait voir une fuite "d'oiseaux du Roussillon dont il a dessiné les figures : il scroit à souhaiter qu'il communiquât au Public l'Histoire des oiseaux de cette Province, qui meriteroit assurément de voir le jour.

II.

Des Mines du Roujfillon.

Les Montagnes dont la plaine du Roussillon est environnée , fur-tout celles qui tiennent à la chaîne des Pyrénées, sont garnies, pour la plûpart, dans leur intérieur de Mines de différentes espèces : il y a quelques Mines de fer dont je parlerai dans la fuite, mais les plus communes sont celles de

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