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cre Fent laas beaucoup de foins; & en général la culture est||

cile dans le Roussillon. Ce qu'ils appellent labourer n'eft| proprement que gratter la terre : graveleuse & aussi peu liée qu'elle eft, une herse de nos campagnes y pénérreroit plus profondément que les meilleures Charues de la Province. Ces inftrumens font ici de la derniere simplicité, & on ne fçait ce que c'eft que d'y mettre des roues: deux piéces de bois composent toute la machine; l'une est armée d'un foc qui n'eft qu'une espéce de couteau de trois ou quatre pouces de large, & l'autre qui roule sur le milieu de la premiere par le moyen d'une cheville de fer sert de fléche pour atteler les mulets. Le bois dont elles sont construites est celui d'une espéce de Chêne-vert, qu'on appelle Yeufe, & c'est, pour ainsi dire , le seul qui soit en usage dans la Province : on trouve bien quelques Pins & quelques Hétres dans les Montagnes, mais outre qu'ils sont assez rares, c'est que noüeux & difformes comme ils font, ils sont peu propres à être employés & ne valent pas la peine d'être tirés à si grands frais des lieux presqu'inaccessibles où ils croissent ; on peut dire en général que le bois est fort rare dans le Roussillon , & je n'ai vu de beaux arbres, que quelques vieux Liéges qui font aux environs de Ceret & dont la hauteur égaloit celle de nos plus grands Chênes.

Je ne parle pas des Abeilles qu'on éléve en quelques endroits avec beaucoup de succès, & dont le miel extrait de toutes sortes de fleurs odoriférantes est au moins aussi agréable que celui de Narbonne : non plus que des Vers à foye, qui sont trop négligés dans un climat aussi favorable. Ces deux objets qui ne sont pas aujourd'hui fort importans dans le Roussillon, pourroient le devenir bien davantage , par la facilité qu'il y auroit à multiplier ces Insectes : d'ailleurs les Mûriers dont on nourrit les Vers à foye croissent très-rapidement dans un terrein si bien arrosé, & la foye que les Vers filent m'a paru plus parfaite que celle du Languedoc & du Dauphiné.

On éleve peu de chevaux dans cette Province, à leur place on se sert de mulers : l’espéce du boeuf est assez rare &

par par une suite de cette rareté, le beurre & le lait de Vache y eft| fort cher : à leur défaut on éleve beaucoup de Chévres & de Moutons qui sont d'assez bon goût; avec le lait des premieres on fait du fromage aussi parfait que celui de Roquefort. Le gibier est très-commun par toute la Province, mais non pas également bon : les Perdrix rouges ne sont pas fort estimées, on fait beaucoup plus de cas des grises qu'on prend dans les Montagnes: mais ces deux espéces n'approchent pas pour le goût d'une petite Perdrix toute blanche , qu'on trouve dans le Canigou. Les Ortolans , les Becfigues & les autres oiseaux de pastage sont fort communs dans la saison. Parmi les volailles domestiques je n'ai trouvé que les Pigeons qui euffent un goût plus relevé qu'à l'ordinaire ; les oiseaux qui étoient les plus communs à la campagne pendant le mois d'O&tobre, étoient les Grives dont j'ai remarqué de plusieurs espèces , les Chardonets , les Pinsons, &c. Les marécages des bords de la mer étoient garnis d'une prodigieuse quantité de Canards sauvages, de Cercelles , parmi lesquelles on voyoit quelques Phænicopteres , qu'on appelle autrement Flamans. J'ai encore observé au Canigou une espéce de Corbeau de la grosseur d'un Merle, dont les pieds & le bec étoient d'une très-belle couleur de corail. Enfin j'ai remarqué dans les Montagnes & dans la plaine quantité d'oiseaux qui me sont inconnus. M. Barrere , Médecin de l'Hôpital de Perpignan & très-versé dans toutes les parties de l'Histoire |Naturelle , m'a fait voir une suite d'oiseaux du Roussillon dont il a dessiné les figures : il seroit à souhaiter qu'il communiquât au Public l'Histoire des oiseaux de cette Province, Iqui meriteroit assurément de voir le jour.

I I.

Des Mines du Roussillon. | Les Montagnes dont la plaine du Roussillon est environInée, sur-tout celles qui tiennent à la chaîne des Pyrénées, sont garnies, pour la plậpart, dans leur intérieur de Mines de différentes espéces: il y a quelques Mines de fer dont je parlerai dans la suite, mais les plus communes sont celles del

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Icuivre; une Compagnie d'Intéressés les fait exploiter à ses dépens, & j'ai vu beaucoup de monnoye que l'on a battu às Perpignan, du cuivre fabriqué du produit de ces Mines; les tra-|| vaux ont été cependant interrompus depuis quelques années|| par ordre de la Compagnie,quoiqu'il paroisse que cette exploi-|| tation s'eft faite avec assez de succès. Quoi qu'il en soit, cette Compagnie a fait différentes entreprises en plusieurs endroits du Roussillon, & la derniere sur-tout m'a paru la plus heu-|| reuse ; elle fut faite quelques mois avant la cessation des tra-ll vaux , au pied de la Montagne d'Albert , tout proche du vil-It lage de Soredde; le puits & les galleries n'ont pas encore beaucoup de profondeur , mais dès ces commencemens on a trouvé une veine de cuivre fort riche , dont on a frappé une | Médaille qui m'a paru de très-beau cuivre & du mieux raffiné|| que j'aye jamais vu. Cette veine fi abondante étoit accom(pagnée de feuillets de cuivre rouge très-ductile & formé tel par la nature: on les trouvoit répandus parmi le gravier, ou plaqué contre des pierres : j'en ai apporté quelques échantillons sur des pierres, où le cuivre naturel & facile à plier| paroît ramifié à la maniere des Dendrites. J'ai vu dans le Magazin de cet Etablissement des pyrites plates fort dures, qu'on|| avoit retirées en ouvrant la Mine; la plâpart s'étoient fleuries || à l'air & étoient chargées d'un très-beau vitriol. | La Compagnie a encore d'autres Etablissemens à la Preste, il Village situé un peu au-delà de Prat de Molliou , & au Corall autre Village qui n'en est pas fort éloigné; mais c'eft à la|| Preste qu'elle a établi le grand Magazin , la Fonderie , les Pill lons, le Brocard, & tout ce qui est nécessaire pour préparer , layer & fondre la Mine. Je n'ai pu descendre dans les puits de cet Etablissement dont la plûpart étoient pleins d'eau, F ou dont les échelles étoient pouries; mais j'ai vu dans le Ma-1 gazin des échantillons des Mines, qu'on a tirés lorsqu'on yll (travailloit. La Mine du Trou Ste Barbe, à en juger par sa pésanteur spécifique, paroît assez riche; mais elle est mêlée avec une pyrite d'un jaune pâle , qui paroît sulphureuse & arsénicale, & propre à emporter une grande partie du métal dans la Scorification. Celle du Trou S. Louis, qui est voisin

|du premier , quoiqu’un peu moins pésante, m’a paru meil- || leure & moins embarrassée de cette pyrite arsénicale: d'ailleurs elle est engagée dans une espéce de Quartz qui la rend très-aisée à fondre: enfin celle du Corall m'a paru la meilleure de toutes ; elle est de même intimement unie à un Quartz fort dur , avec lequel elle forme un tout fort pesant; on y apperçoit aussi quelques filets de cuivre naturel déja formé dans la Mine, comme dans celle de Soredde.

Les Mines de la Compagnie,quoiqu'elles n'ayent pas laissé que de produire , ne sont cependant pas si estimées qu'une Mine de Catalogne , qui n'est éloignée de celle du Corall, que d'environ une heure de chemin: cette Mine est dans la colline de Bernadelle , précisément sous la Montagne qui sépare la France d'avec l'Espagne, entre la petite ville d'AuLot & celle de Campredon , à peu près à deux portées de fufil, tout au plus , des Terres de France. S'il en faut croire la tradition, elle a été travaillée autrefois par les Romains , qui y occupoient un grand nombre d'Esclaves , & qui avoient établi au Fort de Roquebrune une bonne garnison pour les contenir. On voit effectivement à l'extrémité de ce vallon les ruines d'un vieux Château d'où l'on pouvoit très-bien découvrir tout ce qui se passoit à l'ouverture de cette Mine. Cetre ouverture est tournée, à peu près, vers le Levant; on entre par une gallerie assez étroite & longue de dix ou douze toises, dans une chambre irréguliére assez vaste , où aboutissent plusieurs autres galleries plus commodes que la précédente : on voit dans cette premiere chambre beaucoup de Spathe , dont les fragmens d'un blanc presque transparent affectent une figure rhomboïdale réguliere : ces morceaux de Spathe ont quelquefois des taches de deux pouces de diamétre, de la plus belle couleur d'Azur ; ils sont aussi traversés de quelques filets argentins , sur-tout dans les endroits où ce Spathe s'unit avec ce qu'ils appellent la Gangue fauvage, qui est une espéce de rocher assez tendre & jaunâtre; au reste les décombremens & les autres fragmens qu'on rencontre, tant dans cette chambre, que le long des galleries , sont tachés de verd-de-gris assez foncé, mêlé en quelques endroits de ce

bleu azuré dont je viens de parler. Au bout des galleries , quil laboutissent à la chambre dont je viens de parler, on trouvell d'autres chambres quarrées allez réguliéres, sur les murailles desquelles on reconnoît les coups de pic avec quoi elles ont||| été taillées : ces murailles sont toutes parsemées de filers del cuivre qui forment un réseau de différentes couleurs, rouges, violettes, argentées, &c. & ce réseau métallique s'obferve dans toute l'étendue de la Mine & des galleries. Jell m’artendois à voir quelque filon cuivreux; mais il paroît qu'il | n'en a jamais existé d'autre dans cette Mine , que ce réseau que j'ai vu presque par-tour. Il y a bien quelques endroits où||| les filets font plus gros & où les mailles du réseau sont| moins écartées ; mais c'est toujours la même configuration, & je crois, à en juger par la disposition des chambres & des galleries , qu'on coupoit indistinctement la masse de cette Mine pour en tirer le métal.

Les chambres ausquelles aboutissent les galleries sont per-|| cées d'autres rues qui vont se rendre à d'autres chambres, toujours en se plongeant, de façon que par toutes ces subdi-|| visions , qui forment une espéce de labyrinthe, il n'est pas facile de déterminer l'étendue de cerre Mine; mais du moins de cette multitude de chambres & de rues, toutes taillées au|| pic, il est aisé de conclure que cette Mine a été exploitée pendant fort long-tems, & le produit en devoit être considérable; mais ce qui prouve encore mieux que cette mariére étoit bonne de tous côtés, c'est que dans quelques-unes des chambres dont je viens de parler, on voit un second étage de galleries au-dessus des premiéres , d'où l'on tiroit la même matiere : ces secondes galleries ne font ordinairement que des culs-de-fac.

J'ai fait sauter quelques quartiers de cette Mine par le moyen de la poudre , mais les échantillons que j'ai eu ne m'ont pas paru extrêmement riches; ils avoient cependant deux sir

larités qui méritent d'être rapportées. Dans les éclars les mieux choisis , il y avoit quelques creux garnis chacun de plusieurs de ces végétations cuivreuses , d'un très beau verd, soyeux , semblables pour la disposition des

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